Opposition au stockage géologique des déchets nucléaires : un combat idéologique 

Le débat à propos du projet Cigéo s’est transformé en une véritable lutte idéologique pleine de contradictions.

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Cigéo by Cberthel(CC BY-NC-ND 2.0)

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Opposition au stockage géologique des déchets nucléaires : un combat idéologique 

Publié le 15 octobre 2017
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Par Arnaud Daguin.

Devant le dessein encore flou de l’État de fermer plusieurs réacteurs, la question du traitement des déchets nucléaires piétine. Les manifestations contre le projet Cigéo à Bure (Meuse) ont exacerbé les critiques sur le stockage géologique profond, mais aucune autre solution scientifiquement fondée n’a été avancée à ce jour. Le débat s’est transformé en une véritable lutte idéologique pleine de contradictions.

Des réacteurs en moins mais des déchets nucléaires en plus

Bien que dépourvue d’objectifs précis, la position du gouvernement sur le parc nucléaire français est claire depuis les dernières annonces de Nicolas Hulot.

Le 30 août 2017, le ministre de la Transition écologique a confirmé la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) ainsi que celle de plusieurs autres réacteurs, qui seront choisis sur des critères sociaux, économiques et surtout de sécurité, a-t-il assuré.

Le 10 juillet, il avait déjà déclaré qu’il faudrait fermer « peut-être jusqu’à 17 réacteurs » afin de réduire la part du nucléaire à 50% du mix électrique d’ici 2025, conformément aux objectifs de la loi sur la transition énergétique.

Ces prudentes sorties médiatiques correspondent en effet à la fourchette basse des estimations de l’État ; en 2016, un rapport de la Cour des comptes avait chiffré entre 17 et 20 le nombre de réacteurs à fermer sur les 58 recensés dans le pays pour atteindre l’objectif de 50% de nucléaire dans huit ans.

Dans l’attente de noms précis et d’actions concrètes, le ministre a indiqué actuellement « travaill[er] sur des scénarios », notant que celui retenu devrait être « humainement et socialement acceptable ».

Tiraillé entre ses engagements écologiques et la réalité énergétique d’un territoire qui dépend à 75% de l’atome pour sa production d’électricité, le gouvernement doit à présent faire face à ses responsabilités. Si la réduction du parc nucléaire français semble inéluctable, l’heure est à présent à la prise de décisions concernant la gestion des déchets.

Comptant pour 60% du volume total de déchets radioactifs produits en France, la filière nucléaire suit un protocole rigoureusement étudié et validé par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire). Et rien n’est laissé au hasard.

Largement majoritaires, les déchets de très faible activité (TFA) sont stockés au CIRES (Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage) de Morvilliers (Aube), qui dispose actuellement d’une capacité de 650 000 m3, soit le volume produit d’ici 2020. L’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) envisagerait de demander l’autorisation d’étendre sa capacité de stockage à 900 000 m3 pour pouvoir voir venir encore plusieurs années.

Tandis que les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) font l’objet d’une démarche de réduction de la production pour limiter la saturation des installations de gestion correspondantes, un programme de recherche a débuté en 1991 pour le traitement des déchets de moyenne et haute activités à vie longue.

Parmi les trois voies étudiées figure le stockage géologique profond, que l’État avait alors retenu comme solution via la loi Bataille, adoptée la même année. C’est aussi l’option privilégiée par l’ASN, qui préfère cette technique au stockage en surface de longue durée.

Cigéo : des opposants bercés d’utopies

Placés dans un réceptacle étanche dans un milieu naturel sous-terrain lui-même radioactif, les déchets nucléaires perdent progressivement de leur nocivité, épousant la radioactivité ambiante. Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, présente justement un tel environnement géologique, aux propriétés stables et anhydres. Le choix de ce site a d’ailleurs été conforté par 15 années d’expérimentations en situation réelle pour y implanter le projet Cigéo, qui doit abriter des déchets d’une durée de vie estimée à 100 000 ans.

Mais après plusieurs années de concertation avec la population et de débats avec des associations anti-nucléaire, le mouvement de contestation a grandi, au point de menacer aujourd’hui la naissance du centre.

Après la création sur place d’un camp autogéré proche d’une ZAD pendant l’été 2015, la confrontation avec les autorités est montée d’un cran cet été suite à une manifestation organisée le 15 août. La violence des opposants s’est heurtée à celle des forces de l’ordre, faisant plus d’une trentaine de blessés dont deux gendarmes. À ce stade, le contact semble définitivement rompu, les pourfendeurs de Cigéo s’étant engagés dans un combat plus idéologique que scientifique, politique ou même sociétal.

Exigeant l’arrêt pur et simple de la production nucléaire dans le pays, les manifestants n’ont pour réponse, à la question du stockage des déchets actuels et futurs, que celui en surface. En prétendant que le stockage profond revient à transmettre un dangereux héritage aux générations futures, les opposants font la sourde oreille à toutes les théories et études scientifiques sur le principe de retour à la radioactivité ambiante.

Ils tiennent également l’État pour responsable de ce « legs empoisonné » alors que les différents acteurs publics et industriels gèrent rigoureusement leurs déchets selon un cahier des charges bien précis : caractérisation, comptabilité, traçabilité, réduction des volumes, etc.

En soutenant la lutte contre le réchauffement climatique mais sans énergie nucléaire, ces utopistes n’ont pas peur des contradictions. Veulent-ils réellement se priver d’une source fiable, peu chère et surtout sans émissions de gaz à effet de serre ? Dans les faits, un tel revirement reviendrait à encourager la production d’énergies fossiles, l’apport des renouvelables étant encore trop faible à cause de leur intermittence.

Mais alors, qu’attend Nicolas Hulot pour faire preuve de raison dans ce dossier, à deux doigts de devenir aussi épineux que celui de Notre-Dame-des-Landes ? Fermons les centrales nucléaires les plus vieillissantes, certes, mais occupons-nous dès maintenant de rénover les installations actuelles et de stocker leurs déchets de manière responsable pour assurer une transition progressive et contrôlée.

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  • Ce qui est une contradiction pour nous (je me range dans les pro nucléaires) n’est pas une contradiction pour ceux qui détestent notre type de société. La contradiction entre des exigences irréalisables est en effet un excellent moyen d’affaiblir une société (certains parlent de bordel !). Le nucléaire n’est que l’un de leurs points d’attaque, s’il n’était pas disponible ils utiliseraient un autre épouvantail (OGM, ondes électromagnétiques, intelligence artificielle..).Les déchets nucléaires sont une bénédiction pour eux car si l’on ferme la porte à toute solution alors que ces déchets sont là et devront être gérés même si l’on arrête le nucléaire, on est en face d’une contradiction qui n’est pas prête d’être résolue !

  • Le principe de précaution devrait être appliqué aux paroles de certains écologiques qui parlent sans savoir. je n’ai jamais entendu un géologue émettre un avis négatif sur le stockage des matières radio actifs en profondeur

  • Il est fou comme on fait fi dans ces dossiers de la surgénération.
    Quand l’idéologie l’emporte sur le pragmatisme, sont alors ouvertes toutes grandes les portes de l’obscurantisme.

  • Mais c’est l’objectif de 50% d’électricité d’origine nucléaire qui est une ânerie de première grandeur!
    Tout le reste n’est que littérature.

  • Les 100 000 ans c est la demi vie (c est la duree pour perde 50 % de radioactivite, dans 200 000 il en perde encore la moitie (donc on a une chose qui a que 25 % de la radioactivite initiale) et ainsi de suite

    Vous trouvez pas qu il est debile d enfouir des dechets dangereux pour 100 000 ans au moins ? en cas de probleme vous faites quoi ?
    aller les chercher sera impossible ou coutera une fortune
    Les dechets doivent etre stocke en surface ou du moins a un endroit ou il est facile de les surveiller et d intervenir. Pas dans un trou ou on peu etre sur que la maintenance ne sera pas fait pendant 100 000 ans (juste pour info, il y a 100 000 ans c etait la prehistoire, vous pensez que dans 100 000 ans EDF existera toujours ?)

    Dans les annees 50/60 en alsace des gens ont eut la bonne idee de stocker dans des mines abandonnees des dechets (chimiques ceux la). Operation geniale ! Il a fallu aller les chercher 30 ans plus tard et ca a coute bien plus que ca a arapporté.
    mais je vous rassure, ca a ete le classique « nationalisation des pertes, privatisation des profits » : le contribuable a payé

    PS: les ecolo sont un parti detestable (coucou V Place) qui raconte pas mal d anerie. Mais sur ce point il ont quand meme raison : cacher la merde sous le tapis ne la fait pas disparaitre

    • La demi vie radioactive n’est pas un concept pertinent. Il y a des tas d’éléments toxiques ayant une vie infinie et cela n’empêche pas le monde de tourner. Ce qui compte c’est le temps de séjour dans la biosphère. Il est toujours mieux de placer les déchets hors de la biosphère et si en plus il n’existe pas de mécanismes très actif de retour et de maintien dans la biosphère, alors la situation est satisfaisante. La croute superficielle de notre terre (la biosphère) a une composition très différente de celle des couches géologiques sous-jacentes. Tout ce qui est utile est pompé en permanence (les cycles biogéochimique depuis l’extraction par les plantes jusqu’à la décomposition et l’extraction dans un nouveau cycle) et ce qui ne sert à rien finit par se retrouver hors biosphère par un effet de cliquet. Le résultat des courses est bien connu des pédologues : la composition des sols superficiels est bien plus dépendante du climat que de la composition des roches profondes. Il y a hélas quelques cas de sols pollués par des retombées d’accident ou par des rejets d’industrie nucléaire plus ou moins bien maitrisés mais la bonne nouvelle est que la contamination de la matière vivante décroit bien plus vite que le contenu total du sol ne le fait par décroissance radioactive physique. Le stockage des déchets en profondeur, s’il est fait correctement n’est donc pas du tout une mauvaise solution.

  • C’est oublier que le sommet du Mont Blanc ou de l’Everest étaient au fond de la mer il y a quelques millions d’années
    Ce qui adviendra dans le futur: Rien à cirer !!!!
    On a su faire et faire fonctionner des centrales sans se poser une seule seconde la question de savoir comment les arrêter ou les démonter: Rien à cirer !!! (cf Brénilis)

    • Ce qui se passera dans quelques millions d’années, vous ne croyez pas que nous sommes, avec nos esprits d’aujourd’hui, incapables de le concevoir en détail et que nous serions bien prétentieux de juger de ce qui sera à cette échéance souhaitable ou regrettable ? Pensez-vous à ce que le singe aurait dû faire ou ne pas faire lorsqu’il est descendu de l’arbre ?

  • Idéologique, l’affaire ne l’est pas vraiment. La solution du stockage profond n’a pas émergée spontanément comme étant la meilleure. Etant donné le temps qu’il a fallu pour parvenir à cette conclusion, étant donné que des stockages profonds (certes dans des mines de sel) se sont révélés catastrophiques (malgré les promesses des autorités publiques)… s’interroger, encore aujourd’hui, sur le bien-fondé de ce choix, ne me semble pas aberrant.
    On parle beaucoup aujourd’hui de la dette qu’on lègue à nos enfants, du climat qu’on perturbe à un horizon de quelques générations, le stockage en profondeur de déchets radioactifs crée un énorme challenge, non pas pour les générations futures, mais pour les civilisations futures. Sera-ce encore dans 200000 ans, homo sapiens qui sera aux commandes ? Comment s’assurer, à une telle profondeur, qu’un message intelligible sur ce dossier sera encore disponible et compréhensible pour nos lointains descendants ?

  • Aucune énergie n’est parfaire. Le nucléaire (bien fait), et de loin la moins pire. Stocker des déchets profondément dans des zones géologiques ultra-stables sur des centaines de milliers d’années est la seule solution raisonnable, n’en déplaise aux rêveurs. La vraie question est de savoir si les politiciens, bureaucrates et cégétistes de l’EDF/Areva etc., sont encore capables de faire tourner une filière nucléaire sûre. J’en doute désormais…

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