Une interdiction du glyphosate coûterait 1 demi milliard à la SNCF

Malgré une nocivité non avérée, les ennemis du glyphosate poussent pour une interdiction aux conséquences financières désastreuses. Exemple avec la SNCF.

Par Sébastien Durieux.

Comment l’interdiction d’un désherbant pourrait coûter un demi-milliard d’euros à la SNCF

Fin juillet, la Commission européenne a lancé les discussions finales avec les États membres afin de prendre une décision définitive quant à l’utilisation du glyphosate, molécule utilisé dans près de 70 désherbants, mais qui est aujourd’hui l’ennemi numéro un de certaines ONG environnementales. Les agriculteurs s’inquiètent et sont même rejoints par la SNCF qui a recours aux désherbants issus de cette molécule pour débarrasser son réseau ferré de certaines végétations dangereuses pour la sécurité.

La SNCF va-t-elle se faire avoir par un désherbant ? La question est sur bien des lèvres en cette période estivale annonciatrice d’une décision historique au niveau européen. Mis sur le marché depuis plusieurs décennies, le glyphosate est un herbicide fort apprécié des agriculteurs et des jardiniers. Toutefois, les pressions issues d’ONG environnementales se font ressentir et à compter du 1er janvier 2019, les particuliers n’auront plus le droit de s’en servir. Le Roundup et autres dérivés vont ainsi disparaître, mais l’aspect le plus important reste en débat puisque les professionnels peuvent toujours l’utiliser. Mais pour combien de temps ?

Une molécule qui fait débat

Le sort du glyphosate dans l’Union européenne se joue aujourd’hui puisque la Commission, excédée de voir les conclusions des institutions scientifiques être sans cesse contestées, a souhaité que les États prennent leurs responsabilités et se positionnent clairement sur l’interdiction ou non du produit. Dans l’impossibilité de renouveler l’autorisation du glyphosate pour une période de dix ans faute de majorité qualifiée, la Commission européenne avait décidé d’accorder un délai de dix-huit mois afin de défaire un nœud bien emmêlé par une dizaine d’États, dont la France en tête. Ces derniers vont devoir se prononcer et les études ne manquent pas pour se faire une opinion.

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Toutefois, les conclusions laissées par les experts ont de quoi donner le tournis. « Sans danger » pour la majorité, mais « cancérigène probable » selon d’autres, le glyphosate tiraille la communauté scientifique. La Commission européenne, favorable au maintien du glyphosate s’appuie sur les résultats de deux agences européennes compétentes en la matière : l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et de la sécurité des aliments (EFSA). Les deux concluent à l’absence de danger du glyphosate, un produit qui n’est pas cancérigène selon elles.

Cette position n’est pas partagée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) qui estime quant à lui que le glyphosate est « cancérigène probable » à l’image d’autres agents étudiés comme la caféine, le nylon, le paracétamol et l’oxyde de fer. Les conclusions du CIRC sont abondamment reprises par les promoteurs d’une interdiction pure et simple du glyphosate qui évacuent peut-être sciemment deux éléments essentiels pour lire les résultats de ces travaux scientifiques. Le premier est que le CIRC tient compte uniquement du danger et non pas du risque. L’exposition au produit n’entre pas en ligne de compte. Ainsi les résultats du CIRC sont sous cloche et ne tiennent pas compte de la réalité des usages et de l’exposition. Second élément qu’il est nécessaire de garder en tête : la différence entre dose et toxicité. Tout produit, qu’il soit naturel ou artificiel est toxique. La toxicité dépend de la quantité (dose) à laquelle le sujet est exposé et il apparaît que le glyphosate est bien moins toxique que des produits utilisés chaque jour comme le sel ou la caféine. Trente fois plus toxique que le glyphosate, la caféine n’est pourtant interdite par aucune agence de santé.

Pour la SNCF, 500 millions euros de perte

Le glyphosate est donc attaqué par les ONG avec un certain succès malgré un crédit scientifique ténu et les professionnels qui y ont recours s’inquiètent. Les agriculteurs consomment 8 500 tonnes de glyphosate chaque année en France et une interdiction les condamnerait à des rendements moins élevés (donc une perte de revenus) et plus de travail sur les sols pour les désherber efficacement. La Fondation Concorde, un think tank d’obédience libérale a chiffré le coût (fourchette basse) à 976 millions d’euros. Mais la prohibition du glyphosate touche un autre acteur, pour le coup beaucoup plus éloigné du monde agricole mais gros consommateur de glyphosate : la SNCF.

En effet, l’entreprise publique est tenue de désherber les voies et les bas-côtés afin d’assurer une sécurité maximale. Elle utilise le glyphosate le long de ses 61 000 kilomètres de voies et des 95 000 hectares qu’elle doit préserver de la végétation, afin que celle-ci ne gêne pas la circulation des trains ou déforme le trajet des rails, ce qui pourrait menacer la sécurité des passagers. Se passer du glyphosate signifierait un fauchage mécanique (lent) et qui devrait être renouvelé chaque année. Une hypothèse qui amène la Fondation Concorde à une conclusion sans appel :

Toute solution autre que le glyphosate qui nécessiterait une vitesse plus faible et/ou qui nécessiterait plusieurs passages par an entrainerait un coût très élevé et une faisabilité très difficile, voire impossible […] Dans le cas de l’interdiction du glyphosate, une étude externe a démontré que le coût de traitement pourrait être 16 à 17 fois plus élevé, pour atteindre 470 à 500 millions d’euros par an ! 

Près de 500 millions d’euros par an pour contribuer au maintien en état des voies représentent un coût impossible à supporter pour une SNCF en grande délicatesse sur le plan financier, avec une dette évaluée actuellement à 44 milliards d’euros et qui augmente de 2 milliards d’euros chaque année. Une situation intenable à moyen terme qu’une interdiction du glyphosate pourrait rendre encore plus menaçante. Après le coûteux cafouillage de la gare Montparnasse, la SNCF ne peut pas se permettre d’ajouter 500 millions à son déficit.