Nucléaire : la Biélorussie aspire à l’indépendance énergétique

TVA nuclear plant By: Tennessee Valley Authority - CC BY 2.0

La Biélorussie souhaite avoir son indépendance énergétique, tout en accordant une grande importance à la sécurité.



Par Peter Lubomirov.

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TVA nuclear plant By: Tennessee Valley AuthorityCC BY 2.0

Aujourd’hui la Biélorussie est préoccupée par le besoin de renforcer sa sécurité énergétique. Un document conceptuel spécial a été élaboré à cette fin, dont l’un des points principaux est le développement de l’énergie nucléaire.

Le choix d’un site et d’un réacteur plus sûrs

La construction de la première centrale nucléaire biélorusse – centrale d’Ostrovets – se poursuit depuis 2012. Le site d’Ostrovets a été choisi parmi 74 terrains potentiels après études des facteurs naturels et géographiques, sismiques, environnementaux, radiologiques entre autres. Les résultats des recherches ont été approuvés par les experts de l’AIEA.

Selon le projet, la centrale biélorusse sera équipée du réacteur type VVER-1200 de la dernière génération 3+ qui correspond à toutes les exigences post-Fukushima. Le choix de cette technologie a été fait après un examen attentif de différentes propositions d’autres fabricants.

La particularité du réacteur consiste en une unique combinaison des systèmes de sécurité active et passive, ce qui réduit considérablement l’influence du facteur humain. La protection passive assure le refroidissement du réacteur grâce à la circulation d’eau, ainsi que l’extraction de la chaleur du cœur de réacteur même en l’absence d’alimentation. En outre, la double enceinte de confinement et le piège de la masse fondue éliminent les possibilités de la fuite de matière radioactive dans l’environnement.

Après avoir subi les conséquences de Tchernobyl, la Biélorussie a accordé un grand soin au choix du projet nucléaire vraiment sûr.

Des experts internationaux

Afin d’assurer la fiabilité maximale de sa première centrale nucléaire, Minsk engage régulièrement des experts internationaux pour évaluer le projet d’une manière impartiale. Depuis le début de la construction, il y avait déjà six missions de l’AIEA et, en janvier 2017, les experts de l’Agence effectueront la septième mission pour examiner le site et la conception, et déterminer les dangers internes et externes potentiels.

Chaque fois que l’AIEA formule ses recommandations à l’issue de l’examen, les experts de l’Agence donnent généralement des conclusions positives sur le travail effectué. Ainsi, Petteri Tiippana, le chef de la dernière mission, lancée en octobre, a souligné l’adhésion de la Biélorussie à la stratégie de sécurité ; Yukiya Amano, le directeur général de l’AIEA, à la suite de la visite officielle sur la centrale d’Ostrovets en avril 2016, a noté que le pays prend la responsabilité d’assurer un haut niveau de sécurité et de transparence au cours de la réalisation du projet, ainsi que la participation active dans la coopération internationale sur cette question.

Entre-temps, des spécialistes de l’organisation internationale accueillent le choix biélorusse du réacteur qui est éprouvé par le temps : «Choisir des technologies innovantes et déjà éprouvées par le temps est une bonne approche. La référence du projet est sa qualité importante», est-il noté dans le cadre du séminaire de haut niveau de l’AIEA sur le développement de l’infrastructure de l’énergie nucléaire tenu en février 2016.

Une centrale qui répond au besoin d’indépendance énergétique

La centrale biélorusse est construite à plusieurs fins principales : la satisfaction des besoins domestiques en électricité, la réduction des prix d’énergie pour les consommateurs finaux, la diversification des combustibles et l’économie des hydrocarbures. Selon les estimations du département de l’efficacité énergétique du Comité d’État de normalisation, après que la centrale nucléaire sera mise en service en 2020, le pays pourra économiser jusqu’à 5 milliards de m3 de gaz naturel par an. Étant donné que le pays consomme annuellement environ 19,5 milliards de m3 de gaz, la centrale nucléaire sera capable de remplacer un quart du volume requis.

En outre, la mise en exploitation de la centrale permettra de réduire le coût de l’électricité dans le pays, car l’électricité produite par la centrale nucléaire est beaucoup moins chère que celle générée par des centrales électriques à combustible fossile. Cela est aussi confirmé par la pratique mondiale. C’est pourquoi, l’électricité produite par la centrale nucléaire biélorusse sera entièrement consommée à l’intérieur du pays.

La construction de la centrale nucléaire biélorusse vise également à atteindre une croissance sociale et économique. L’une des conditions essentielles de la réalisation du projet a été la participation maximale des sociétés biélorusses et l’utilisation de matériaux domestiques. Aujourd’hui de nombreuses industries et entreprises sont engagées dans la construction, et le secteur de nouvelles technologies obtient un coup de pouce supplémentaire.

La sécurité avant tout

Depuis 2008, la formation intensive du personnel pour l’industrie nucléaire biélorusse sur la base des programmes éducatifs de l’AIEA est conduite dans les universités nationales. Des spécialistes biélorusses sont régulièrement envoyés pour divers cours d’amélioration de la qualification et séminaires de l’Agence. Une attention considérable est accordée, non seulement à la formation professionnelle, mais aussi à la surveillance de construction sur le chantier.

Un système clair du contrôle de qualité et de l’inspection des équipements existe sur le site. L’accomplissement des tâches est également contrôlée pendant la journée de travail. En outre, il existe un système de surveillance vidéo, un règlement de chantier qui définit des sanctions pour violation des règles, parmi lesquelles la mise à pied d’un travailleur.

Il est à noter que la centrale ne produit pas d’émissions de gaz à effet de serre pendant le fonctionnement, ce qui participe aux mesures écologiques. L’état de l’environnement a été déjà examiné par une organisation publique «Oka». Les spécialistes ont mesuré la dose du rayonnement des matériaux utilisés pour la construction, du lamine et de l’équipement. Rassurés sur la conformité à la norme, ils sont satisfaits des résultats.

Une évaluation de l’impact transfrontalier sur l’environnement a été également faite par la Biélorussie dans un rapport spécial, conformément à la Convention d’Espoo. À la suite des consultations internationales tenues en Autriche, Ukraine, Lettonie, Pologne et Lituanie, le document a été actualisé et présenté aux parties concernées. De la même manière, le travail a été effectué au regard d’analyse post-projet. Ainsi, la Biélorussie remplit ses engagements de fournir aux pays intéressés, y compris la Lituanie, des informations nécessaires sur l’état environnemental et radiologique autour de la centrale. Comme le confirment ces pays, l’information qu’ils reçoivent est complète et compétente.

Les réticences de la Lituanie

Cependant, la Lituanie ne cesse pas de s’exprimer contre la construction de la station biélorusse et appelle à l’abandonner, citant comme argument principal sa proximité de la capitale lituanienne (le site est à 50 km de Vilnius). Mais la distance entre des stations nucléaires et des villes n’est pas réglementée dans les recommandations de l’AIEA ou la pratique mondiale. En Europe, de nombreuses centrales sont situées à moins de 50 km de grandes villes. La France, par exemple, ne fournit aucune garantie supplémentaire à l’Allemagne au regard de la centrale de Fessenheim qui est située à 28 km de la frontière allemande.

À son tour, la Biélorussie qui respecte les intérêts de son voisin balte, a proposé à la Lituanie de tenir des consultations d’experts à plusieurs reprises au cours des années 20092016, et de répondre à toutes les questions posées. Bien que la convergence des positions ne soit pas observée, la partie biélorusse continue d’espérer un dialogue constructif et professionnel.

En total, l’effet combiné de la construction de la première centrale nucléaire en Biélorussie consiste en un renforcement de la sécurité et de l’indépendance énergétique, ainsi qu’en une croissance de la compétitivité de l’économie nationale et l’amélioration de la situation écologique. Perspectives positives qui surpassent considérablement la tension dans les relations biélorusses-lituaniennes, de sorte que le projet ne sera évidemment pas gelé. Le seul scénario raisonnable et qui apportera un bénéfice mutuel, est d’aller l’un vers l’autre et de contribuer conjointement à la bonne réalisation du projet.