Libéraliser le permis de conduire pour faire baisser les prix

Vitrine d'une auto-école by Ink75(CC BY-NC-ND 2.0)

Des auto-écoles misent sur le numérique pour concurrencer les structures traditionnelles et faire baisser les prix. Cette ubérisation du permis est accusée de manque de sérieux. À tort ou à raison ?

Par Fabien Duval.

permis de conduire
Vitrine d’une auto-école by Ink75(CC BY-NC-ND 2.0)

En mai dernier, l’examen du permis de conduire faisait peau neuve. Portée depuis près de deux ans par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à l’époque, la réforme du « papier rose » consacrait des évolutions non seulement dans le fond mais également sur la forme. Et si le nouveau Code de la route n’opère pas de profondes modifications pour les apprentis automobilistes, l’accent est aujourd’hui mis, lors de l’examen du code, sur des questions contemporaines telles que l’écoconduite, les voitures automatiques, ou encore la cohabitation entre automobilistes et motards. Afin de répondre au mieux aux mille énigmes, qui sont venues remplacer les 700 questions de la base de données en vigueur, les candidats bénéficient d’ailleurs de matériel plus sophistiqué, comme la vidéo, les prises de vue aériennes et même des tablettes tactiles.

« Diviser par deux le prix » du permis de conduire avec le numérique

Face à la modernisation du Code de la route et du permis de conduire, il est logique que les auto-écoles, censées former au mieux ceux qui se présentent à l’examen, aient suivi la tendance. À moins qu’elles l’aient au contraire précédée ? Ces dernières années, une série d’auto-écoles 2.0 ont en effet vu le jour en France, comme Ornikar, En voiture Simone ou Permigo. Leur credo : miser sur le numérique et l’essor des nouvelles technologies pour faciliter l’apprentissage et, par la suite, le passage du permis, tout en revendiquant des prix moins élevés que ceux pratiqués dans les auto-écoles traditionnelles. En d’autres termes : ces nouvelles structures souhaitent « ubériser » l’examen du permis de conduire.

Il y a quelques années, Ornikar, dont l’objectif était de « diviser par deux le prix de formation du permis », se lançait après avoir ferraillé avec les auto-écoles, en guerre contre son permis low-cost. Résultat : avec une offre disponible dans quelque 45 villes en France, la startup peut mettre en relation, via Internet, les candidats au permis et des enseignants diplômés, dont la disponibilité et les compétences sont accessibles en ligne. Et, selon Benjamin Gaignault, co-fondateur d’Ornikar, les deux parties sont gagnantes, puisque l’élève débourse une moindre somme tandis que le moniteur perçoit une indemnité plus importante. « Pour une location d’une heure, il percevra environ 25 euros, son salaire sera ainsi augmenté de 20 % », promet-il.

Le permis de conduire entre progrès et tradition

Difficile pour les structures classiques de rivaliser avec des offres qui, sur le papier, proposent à peu près les mêmes services pour des coûts inférieurs. Menace pour les uns, opportunité pour les autres, une brèche s’est ouverte. La libéralisation du permis de conduire, concomitante avec celle d’autres professions réglementées, comme les taxis par exemple, découle directement de l’ouverture du marché par la loi Macron, votée en 2015.

À terme, ses défenseurs espèrent une amélioration globale des services proposés par les auto-écoles traditionnelles et une baisse de leurs prix. Souvent pointés du doigt, les tarifs pratiqués peuvent être un frein sérieux pour certains jeunes, obligés de travailler à côté de leurs études pour pouvoir payer leur permis de conduire.

L’argument financier, pourtant bien recevable, ne fait pas vaciller les professionnels de la conduite déjà établis. Pour ces derniers, pas de bon apprentissage sans échanges : avoir des centres à disposition serait ainsi un gage de qualité et de réussite.

Sauf que certaines auto-écoles pionnières dans le numérique arrivent à associer présence digitale et présence physique, et marient parfaitement progrès et tradition. C’est le cas, par exemple, d’Auto-école.net, première auto-école dématérialisée à s’être lancée sur le marché en 2014, qui possède également 17 agences en France, toutes agréées par les préfectures, compétentes pour autoriser les écoles de conduite à s’implanter. Si Stanislas Llurens, fondateur et patron d’Auto-école.net, évoque la réforme du permis de conduire comme d’une évolution « vertueuse, tant sur le plan de l’organisation que de la pédagogie », il espère tout de même que le législateur ira plus loin dans son désir de libéraliser l’apprentissage de la conduite en France. En ce qui concerne, notamment, l’accès à l’examen.

La France, mauvais élève européen pour le permis de conduire

L’Hexagone fait partie des pays européens où les délais d’attente pour passer l’examen sont les plus longs, 72 jours en moyenne contre 45 en Europe. Et s’ils sont principalement le fait des lenteurs administratives, les préfectures arrêtant le nombre de places accordées aux écoles, celles-ci y trouvent leur compte ; entre deux passages du permis de conduire, un candidat est obligé d’acheter des heures de conduite pour se maintenir à niveau, en plus du forfait initialement payé.

Sauf que l’Autorité de la concurrence a annulé, en mars dernier, un projet d’arrêté modifiant les règles d’attribution des places à l’examen qui favorisaient trop les structures classiques. Celles-ci pourraient d’ailleurs devenir, à terme, des simples intermédiaires entre les candidats et les centres d’examen.

La lutte entre les anciens et les modernes n’est donc pas près de se terminer. D’autant moins que la France fait office, en Europe, si ce n’est d’exception, du moins de mauvaise élève en matière de permis de conduire. Si, en Allemagne, passer l’examen ne coûte pas moins cher, le système est beaucoup plus flexible et, contrairement à l’Hexagone, personnalisé. Au Royaume-Uni, où les cours théoriques et pratiques sont beaucoup moins chers, le candidat est également beaucoup plus libre pour choisir la date de l’examen par exemple. En Espagne où l’épreuve a récemment été durcie et en Italie, enfin, le permis est en moyenne deux fois moins coûteux qu’en France.

Les détracteurs d’une plus grande libéralisation du secteur des auto-écoles rétorqueront que la formation des candidats est meilleure sur notre territoire, parce que plus longue et, donc, plus complète. Ils n’auraient, en théorie, pas tort, si des acteurs comme Auto-école.net, alliant ancien et nouveau modèle tout en proposant de diminuer drastiquement les prix, ne s’étaient immiscées dans l’équation. Difficile, dès lors, de dénoncer une rupture nette et dangereuse avec les méthodes ayant fait leurs preuves.