Histoires de Noël

Quelle est la signification des traditions de Noël ?

Par Jean-Baptiste Noé.

Noël
Bûche de Noël by Harmony(CC BY-ND 2.0)

Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?

La fête de Noël correspond à la nativité de Jésus Christ, dont la date de naissance est fixée au 24 décembre dans la nuit. C’est en se fondant sur des textes historiques que les chrétiens ont établi cette date. Les Évangiles précisent que Jésus est né six mois après son cousin Jean-Baptiste. La tradition le faisant naître le 24 juin, le jour de la Saint-Jean et de ses feux, la date de naissance de Jésus fut donc fixée au 24 décembre. Nous disposons d’un texte d’Hippolyte de Rome (170-235), daté de 204 qui relate les festivités de Noël. Celles-ci avaient lieu bien avant cette date, même si aucune source écrite ne les mentionne. Toutefois, jusqu’au Ve siècle, c’est la fête de Pâques qui est la plus fêtée par les chrétiens. Noël est une fête importante, mais secondaire.

La compréhension des textes bibliques a beaucoup progressé au XXe siècle, grâce notamment à la découverte des manuscrits de Qumran. L’étude de ceux-ci a pu déterminer que la conception de Jean-Baptiste telle qu’elle est mentionnée dans les Évangiles, avait bien eu lieu le 24 septembre. Sa naissance est donc bien le 24 juin, et donc celle du Christ le 24 décembre. La recherche historique a pu authentifier la pratique traditionnelle.

Le Noël chrétien remplace-t-il une fête païenne ?

On a longtemps cru que les chrétiens avaient placé la fête de Noël le 25 décembre pour remplacer la fête païenne du solstice d’hiver. Là aussi la recherche historique a pu préciser les choses. En réalité, la fête du Sol Invictus, le soleil invaincu, a été créée par les Romains au IIIe siècle. C’est l’empereur Aurélien (270-275) qui prend un décret en 274 pour faire du Deus Sol Invictus la divinité officielle de l’Empire romain. L’effigie du dieu orne notamment les pièces de monnaie. Pour Aurélien, il s’agit de rétablir l’unité de l’empire et la cohésion des citoyens autour d’une divinité commune. Comme le christianisme connaît un grand essor, il pense pouvoir mêler la fête de la naissance du Christ à celle du dieu soleil.

Le Sol Invictus est fêté le 25 décembre, lors du solstice d’hiver. Ce n’est que lorsque l’Occident est passé du calendrier julien (celui de Jules César) au calendrier grégorien (celui du pape Grégoire XIII) en 1582, que le solstice d’hiver a été fixé au 21 décembre.

Le sapin de Noël

On le voit, comprendre la fixation de la date de Noël impose de prendre en compte des éléments archéologiques, politiques, bibliques et astronomiques. Mais Noël c’est aussi les nombreuses traditions et coutumes qui se sont fixées au cours des siècles.

Le sapin de Noël en est la partie la plus visible. Dans sa forme moderne, les historiens en font remonter l’origine à l’Europe du Nord. Le sapin est l’image de la lumière qui demeure dans les ténèbres, puisqu’il ne perd pas ses épines en hiver. En Alsace, on le décorait de pommes et de galettes. Les pommes représentaient le fruit du péché originel, et les galettes, l’hostie. La perdition et la rédemption étaient ainsi associées. De nos jours, les pommes ont donné les boules qui ornent les sapins, et les galettes, les sucres d’orge ou les bonshommes en chocolat, qui le décorent et ravissent les gourmands.

La crèche de Noël

Elle fut à l’honneur cette année avec les nombreuses polémiques administratives que les crèches ont suscitées. Il y a toujours eu dans les campagnes et dans les villes des représentations de crèches vivantes, jouées par des comédiens et des troubadours. Au moment de la Révolution française, les églises étant fermées, les chrétiens ont commencé à constituer de petites figurines pour perpétuer l’histoire de Noël. En Provence, cela a donné lieu aux santons, les petits saints, réalisés en argile et peints à la main. L’ensemble des figurines s’éloigne grandement de la crèche de Bethléem puisqu’on retrouve la plupart des métiers du village du XIXe siècle : meunier, potier, poissonnier… et bien évidemment le célèbre ravi.

La bûche de Noël

L’histoire de la bûche, que l’on consomme de façon traditionnelle au dessert, est elle aussi liée aux traditions paysannes. Le soir de Noël, on mettait dans le foyer une grosse bûche, qui devait tenir plusieurs heures : de la tombée de la nuit (environ 17h) au retour de la messe de minuit. Au cours du XIXe siècle, de nombreux paysans ont émigré vers Paris pour venir y travailler, amenant avec eux leurs traditions. C’est ainsi qu’en 1879, un pâtissier de Paris, Antoine Charadot, eut l’idée de faire un gâteau en forme de bûche. Il s’agit d’une génoise roulée et fourrée de crème au beurre. Le XXème siècle finissant a vu apparaître les bûches glacées, pour maintenir la tradition sous une autre forme.

Les 13 desserts

Terminons enfin notre série des traditions culinaires de Noël par l’évocation des treize desserts. Les lecteurs provençaux se sentiront chez eux, puisque c’est une coutume de cette région. À l’origine, il s’agit de desserts que l’on consomme au retour de la messe de minuit : c’est le grand souper. Il y en a treize, comme les apôtres du Christ. Certains sont des incontournables et se retrouvent dans toutes les villes et toutes les familles : la pompe à huile, les nougats blancs et noirs, la fougasse, d’autres peuvent varier selon les coutumes urbaines et les pratiques de chacun : les fruits frais (pomme, poire et orange), les raisins secs, la confiture de cédrat.

Et bien sûr il y a les quatre mendiants : noix, noisette, amande et figue sèche. Ce nom leur est donné car chacun représente un ordre religieux : capucin, augustin, dominicain et franciscain. En les mangeant, on pourra penser à Marcel Pagnol dans La gloire de mon père : « Nous fîmes le grand souper des treize desserts devant un brasier pétillant. »