Agriculture : comment aider nos petits producteurs ?

alkainel - vache-agriculture(CC BY-NC-ND 2.0)

L’idéal de l’équilibre consommateur-producteur connait enfin sa concrétisation par la force de l’engagement citoyen et l’usage d’Internet. Ces initiatives permettent de sauver nos petits producteurs.

Par Sébastien Laye.

Agriculture : comment aider nos petits producteurs ?
alkainel – vache-agriculture(CC BY-NC-ND 2.0)

La réconciliation des intérêts des producteurs et des consommateurs est la martingale de la science économique et de la vie des affaires : quel étudiant en économie n’a pas passé ses nuits sur les équilibres walrassiens et les optimums parétiens en la matière ? Et pourtant, les Français sont en train de déployer leur génie atavique en alignant les intérêts des consommateurs, des producteurs et des distributeurs, en créant des marques de consommateur.

Les premiers exemples de telles marques proviennent d’un secteur hautement symbolique, celui du lait, dans un contexte qui a vu ces dernières années se multiplier les drames parmi des agriculteurs qui ne pouvaient plus vivre de leur production, mais pourraient être étendus à de nombreux produits. Qui n’a pas été scandalisé par ces récits d’agriculteurs acculés à la faillite ou au suicide du fait de prix d’achat de leur production inférieur à leurs coûts ?

Qui n’a pas souhaité une agriculture plus biologique et respectable pour tous ? Et qui n’a pas considéré les aides d’État en la matière comme un panier percé ou un tonneau des Danaïdes qui ne sauveraient ni nos agriculteurs, ni ne garantirait la transition vers une vraie agriculture durable (ces subventions et quotas étant directement à l’origine du manque de transparence des coûts de production dans le secteur agricole) ?

Le pouvoir aux consommateurs

À l’heure de l’économie dite collaborative, il existe des moyens de redonner du pouvoir aux citoyens consommateurs (c’est ce que font les Citoyens d’Alexandre Jardin dans leur programme) : il leur suffit de créer de nouvelles marques où le consommateur décide du prix et des conditions de production des produits qu’il achète.

On parle ainsi dans la production de lait, de lait équitable. Les citoyens consommateurs (n’ayons pas peur d’associer la citoyenneté au pouvoir d’achat et au bien-manger, la prospérité et la citoyenneté allant de pair) sont prêts à soutenir massivement cette démarche afin de soutenir les petits producteurs. Sur le lait, l’effort financier est infinitésimal : en moyenne, chaque Français consomme 53 litres de lait par an. Les grands accords avec des laiteries prévoient en moyenne un prix d’achat autour de 28cts par litre. Pour que les producteurs puissent se rémunérer, il faut 8cts de plus par litre de lait, soit 4,24€ par an.

Avec le lait équitable, les consommateurs fixent eux-mêmes le tarif du produit en rayons, via des questionnaires en ligne : Internet et l’économie collaborative permettent aux citoyens de s’organiser en toute transparence pour définir un prix final assurant : le produit de qualité qu’ils recherchent (alimentation des vaches sans OGM et par fourrages locaux, durée de pâturage, etc…), une rémunération correcte pour les producteurs, un prix en rayons acceptable.

Engagement citoyen et internet

L’idéal de l’équilibre consommateur-producteur connait enfin sa concrétisation par la force de l’engagement citoyen et l’usage d’Internet. Ces initiatives permettent de sauver nos petits producteurs et de ré-impliquer les citoyens dans la définition de ce qui atterrit dans leur assiette : et ce sans l’intervention de l’État ou des divers lobbies alimentaires.

Il est d’ailleurs légitime de se demander pourquoi la fixation des prix avait ainsi échappé aux consommateurs en la matière ? La puissance des cartels d’intermédiaires, l’omniprésence de l’État et de Bruxelles qui ont faussé les prix avec leurs quotas et leurs subventions, il n’en fallait pas moins pour que le consommateur perde toute notion du coût réel de production du produit.

C’est ce manque de transparence que les initiatives citoyennes peuvent mettre à bas : or il faut ici rappeler qu’il n’y a rien de mieux qu’un marché libre pour que les producteurs puissent vivre de ce que les consommateurs achètent.

En attendant la généralisation de cette approche citoyenne à tous les produits alimentaires, je vous demande de sauver nos petits producteurs de lait en demandant aux distributeurs la généralisation du lait équitable dans leurs rayons.