La Chine fait la part belle au nucléaire

Le recours au nucléaire est, pour la Chine, doublement intéressant : d’une part il permettra à l’Empire du Milieu de répondre à sa demande nationale en énergie, d’autre part il facilitera l’essor des énergies renouvelables.

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Centrale Nucléaire By: strelitzia --- - CC BY 2.0

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La Chine fait la part belle au nucléaire

Publié le 16 décembre 2016
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Par Arnaud Daguin.

Centrale nucléaire
Centrale Nucléaire By: strelitzia —CC BY 2.0

Afin de réduire ses émissions carbone et accompagner le développement des énergies renouvelables, la Chine, plus gros pollueur de la planète, mise de plus en plus sur l’énergie nucléaire. Sa technologie commence d’ailleurs à s’exporter un peu partout, bien aidée par des partenariats avec d’autres énergéticiens, comme EDF en Angleterre.

Davantage de carbone, certes, mais plus encore de bas carbone. Voilà comment pourrait être défini le 13ème plan quinquennal pour l’énergie publié par la Chine le 7 novembre dernier. D’ici 2020, le pays, premier émetteur de CO2 au monde, continuera de s’appuyer sur ses centrales à charbon, extrêmement polluantes et augmentera même leur capacité de 19%.

Les énergies renouvelables seront moins encouragées, même si elles représenteront tout de même 15% du mix énergétique (contre 12% aujourd’hui). Et la capacité nucléaire, quant à elle, sera plus que doublée. Si bien que si ce plan quinquennal est respecté à la lettre, l’atome devrait atteindre ainsi près de 60 GW de capacité en 2020. Un choix qui trouve plusieurs explications.

Accompagner les renouvelables

En 2015, en Chine, les énergies fossiles ont contribué à hauteur de 73% à la production d’électricité, le kilowattheure (kWh) rejetant ainsi dix fois plus de CO2 que le kWh français par exemple – l’Hexagone tirant des « énergies noires » seulement 6% de son électricité. Une large préférence pour le charbon qui, d’après Rémy Prud’homme, professeur émérite d’économie, « persiste en 2016 » puisque, selon ses termes, « pendant les six premiers mois de l’année, les investissements dans la production d’électricité (en termes de capacité effective de production) se sont portés à plus de 60 % sur le thermique et à 20% sur les renouvelables intermittents ».

Or en ratifiant l’accord de Paris sur le climat, Pékin s’est engagée à participer à la lutte contre le réchauffement climatique. L’objectif fixé par la COP21 – limiter la hausse globale des températures à 2 voire 1,5 degrés Celsius – n’étant réalisable qu’en bannissant massivement le charbon des mix énergétiques nationaux, la Chine devra fortement diminuer sa consommation d’électricité issue de ces sources fossiles si elle veut respecter ses engagements.

D’où le recours au nucléaire qui est, pour la Chine, doublement intéressant : d’une part il permettra à l’Empire du Milieu de répondre à sa demande nationale en énergie (au service de son développement économique), d’autre part il facilitera l’essor des renouvelables, sources d’énergies intermittentes et donc peu prévisibles.
Car si le plan quinquennal pour l’énergie entérine une moindre progression des énergies vertes dans le mix énergétique chinois, il devrait tout de même y avoir progression.

Aujourd’hui, la Chine peut produire 140 GW d’électricité éolienne – record mondial absolu –, 43 GW d’électricité solaire – ce qui en fait le premier producteur mondial d’énergie solaire devant l’Allemagne – et 3 GW d’électricité hydraulique – soit 27% des capacités mondiales. Demain, Pékin prévoit de faire grossir ses installations « vertes », à commencer par l’éolien.

Des installations d’une capacité totale de 80 GW sont actuellement en construction. Huw Slater, analyste pour l’ONG China Carbon Forum basée à Pékin, estime même que « la Chine fait en général mieux que ses objectifs de renouvelables ».

« Nous avons amélioré nos équipements »

La croissance du nucléaire dans son mix énergétique permettrait ainsi à Pékin à la fois de pallier l’intermittence des énergies vertes et de « décarbonner » massivement son électricité. Et si l’Empire du Milieu prévoit une telle expansion de l’atome – son objectif étant de construire cinq à huit centrales nucléaires par an d’ici 2030 –, c’est qu’il en a les moyens. Economiques, d’abord, mais technologiques, surtout.

L’an dernier, le pays lançait en effet la construction de sa première centrale nucléaire de troisième génération de conception entièrement chinoise, à Fuqing, dans la province du Fujian (Sud-Est). Le « Hualong-1 » (« dragon »), réacteur de troisième génération développé par China General Nuclear Power Group (CGN) et sa maison-mère, China National Nuclear Corporation (CNNC), n’a d’ailleurs pas vocation à rester sur le sol chinois.

Si l’Argentine et le Pakistan, où une centrale en construction utilisera prochainement la technologie Hualong, se sont dores et déjà montrés intéressés par la technologie chinoise, c’est au Royaume-Uni que Pékin entend poser ses valises. Et ceci grâce, notamment, à EDF, l’électricien français ayant retenu comme partenaire pour son projet Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre, le groupe CGN – à hauteur de 33,5%. Un partenariat qui permet à la Chine d’entrevoir la construction future d’une centrale de type Hualong à Bradwell, au Nord de Londres, où EDF prendrait à son tour 33,5% du projet.

Le groupe tricolore, qui vient tout juste de racheter la branche réacteurs d’Areva, a lui aussi obtenu la construction de deux autres EPR à Sizewell, dans le Sud-Est de l’Angleterre.

Si les deux énergéticiens seront inévitablement en concurrence – comme en Afrique du Sud, alors que Pretoria veut augmenter ses capacités nucléaires –, la multiplication des partenariats de type Hinkley Point pourrait les servir, aussi bien l’un que l’autre. EDF, qui, après la restructuration intervenue dans le secteur nucléaire français, fait office de champion tricolore en la matière, espère miser sur l’export de sa technologie, selon le souhait de son PDG, Jean-Bernard Lévy.

De l’autre côté, la technologie chinoise – qui, bien que très développée, jouit d’une expérience assez jeune – pourrait continuer de bénéficier des retours d’expérience de son homologue et ainé tricolore. En matière de sûreté nucléaire, notamment, alors que Pascal Colombani, envoyé spécial de la France sur le nucléaire en Afrique du Sud, vantait en juin dernier « la technologie [française] qui […] est la plus avancée au point de vue sécurité ».

Car la Chine ne peut définitivement pas faire l’impasse sur ces questions. D’ailleurs, l’isolation et le traitement des déchets nucléaires semblent être au cœur de ses préoccupations. D’après Geng Fei, expert du site de Hualong-1 actuellement en construction, « après l’accident de Fukushima en 2011, nous avons amélioré nos équipements », si bien que la technologie a effectué d’énormes progrès en matière de sécurité. Tant mieux. Car l’atome, dans les prochaines années, devrait voir ses capacités doubler en Chine.

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  • Petit bémol qui risque de changer bien des choses :

    Si la démonstration est apportée que le CO2 n’a rien ou quasi rien à voir avec le soi-disant « réchauffement climatique anthropologique », toute cette stratégie tombe à l’eau, car on sait faire aujourd’hui des centrales au charbon en filtrant finement toutes les particules mais on ne sait pas en faire sans produire de CO2 (sauf à multiplier par deux le prix de revient de l’électricité ou avec de nouvelles et hypothétiques technologies innovante).

    Ce n’est pas une utopie puisque c’est ce que se propose de faire Trump en y mettant les moyens. Il vient de nommer des gens comme M Ebell ou Scott Pruit, ingénieur et avocat …pour couler l’EPA qui avait sans grande preuve scientifique déclaré que le CO2 était un « polluant ».*

    De nombreux récent articles à l’étranger vont dans le sens que le CO2 (seulement 0,04% de l’atmosphère et produit par la nature à 97%) n’a rien à voir avec le peu de réchauffement de la terre (aucun échauffement depuis une vingtaine d’année et un retour vers des ages plus froids, à l’opposé de ce qu’indiquait le GIEC avec la courbe en « crosse de hockey » de M. Mann. Un courbe complètement fausse dans ses calculs statistiques et bidonnée par le choix très sélectif de l’échantillonnage mais qui a servi de base à deux rapports du GIEC, puis à disparu du dernier rapport. Vive la crédibilité de ce GIEC qui dirige tout ! et surtout les milliers de milliers de dollars à payer pour rien, grâce à la COP21).

    – Même la très réchauffiste BBC vient sortir un article qui va dans ce sens…

    – Même l’estimé Professor Philippe de Larminat (français) en met une couche :
    http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1367578816300931

    – 97 articles récents réfutent le 97% « consensus » du réchauffement anthropique.
    http://climatechangedispatch.com/97-articles-refuting-the-97-consensus/
    Satellites Show -1.2° C Temperature Drop Since Early 2016 As Scientists Project Low Solar Activity, Cooling In Coming Decades

    – Le scientifique Bjorn Lomborg vient de démontrer que l’application intégrale de la COP21 pourrait au mieux abaisser la température de la terre de l’ordre de 0,1°C.
    Ce qui ne fait plus peur aux européens dit-il (sauf aux français, européens les moins anglophones (?)):
    https://www.cfact.org/2010/11/22/climate-change-no-longer-scary-in-europe/

    -etc….

    Donc Wait & see..

    *Lire « l’innocence du carbone » de F. Gervais.
    https://www.contrepoints.org/2015/12/01/231092-linnocence-du-carbone-de-francois-gervais

    • On peut sensiblement réduire la quantité de polluants émis de manière atmosphérique, mais il en reste. Par ailleurs les cendres elles sont toujours là pour poser problème. Ainsi que l’extraction et ses risques, surtout en Chine.

  • Précisions : Une production électrique s’exprime en MWh et non en MW qui est l’unité de puissance et non de production. Si c’est là une unité de puissance dont il est question (et je pense que c’est le cas ici ) , pour le solaire et l’éolien il s’agit d’une puissance crête, autant dire une puissance maximale théorique (rarement atteinte) soumise au bon vouloir du soleil et du vent, dont le facteur de charge résultant oscille entre 12 et 15 % pour le solaire et 20 à 30 % maximum pour l’éolien en mer.

    • le facteur de charge résultant oscille entre 12 et 15 % pour le solaire cela dépend de l’altitude, air plus pur, de la latitude. Avec certains points à 20° 14′ N, 109° 56′ E, le facteur est meilleur. Au nord évidemment…

    • J’ai bien peur que vous ne confondiez puissance et potentialité. La production électrique s’exprime en MW (puissance) : c’est une puissance, et la PUISSANCE indique la production énergétique instantanée. Par ex, sur le site eco2mix, vous avez à chaque instant la production électrique (en MW)
      Les MWh, c’est la production sur une durée, à savoir l’intégrale de la puissance entre 2 instants, à savoir de l’énergie: elle indique la quantité d’énergie qui a été produite pendant une durée choisie, mais aucunement si la puissance a pu être ajustée ou pas aux moments où vous l’avez consommée …. bref, c’est pour de la « facturation », où pour le propagande « verte » qui vous balance des productions intermittentes annuelles alors que la puissance ne peut être assurée.

      La seule grandeur qui « vaille » sur un réseau électrique, c’est la puissance « garantie » et son coût. Tout le reste n’est que propagande.

  • Plusieurs remarques :
    1/ l’auteur a tout compris : pour que les EnR vent et soleil fonctionnent rien de « plus propre » que le nucléaire (à la gestion des déchets près, quand même…) afin de palier l’intermittence
    2/ L’auteur n’a pas bien compris que le CO2 n’est pas un polluant (déjà dit dans interventions précédentes), c’est même un élément indispensable à la croissance des végétaux et donc à la vie. Les quelques o/oo de concentration de CO2 en plus dans l’atmosphère ont abouti à un reverdissement global de la Planète( global même si il reste des zones où ce n’est pas, encore, le cas)
    3/ une centrale à charbon « moderne » (déjà dit également) est (quasi) « propre »; Le problème dans une économie planifiée comme le reste la Chine, c’est que les objectifs de production s’obtiennent parfois en « bidouillant » les systèmes anti-pollution (pas le CO2 !), qui réduisent les rendements.
    Autre pollution bien réelle des centrales à charbon : le souffre et ses dérivés, là aussi, entre la « mauvaise » qualité du charbon brûlé dans les centrales et les impasses dans les systèmes de filtration, oui, ça pollue vraiment (cas constaté de visu et de « respiru » récemment dans une des régions charbonnières de la Chine ; petite anecdote, tous les taxis étaient électriques;;; électricité produite par centrales à charbon.
    4/ Effectivement, ne pas confondre puissance installée et production (éolien et solaire)
    5/ les INDC chinois (engagements) de la COP21 disent : on « polluera » (lire ici émettra du CO2) jusqu’en 2030, et ça devrait commencer à décroître après… dont acte (?) Blagounette, pour l’Inde c’est : On va se limiter à ne multiplier « QUE » par 2,5 nos émissions, mais réjouissez-vous, sans effort, c’était sans doute 7 fois … (Sal*** d’indiens pauvres qui veulent de l’électricité…)
    6/ La Chine, tout comme l’Inde, sont ou seront des (gros) producteurs de panneaux solaires, d’éoliennes, de terres rares indispensables aux éoliennes (les raffineries de terres rares, pas délocalisées, sont la source de graves pollutions, mais c’est pas grave, ça reste « la-bas »).
    Que ce soit sur marché intérieur ou à l’export… suivez mon regard.
    7/ A défaut de filière thorium (je laisse la parole à Michel Gay sur ce sujet), c’est bien dommage que la France ne développe pas la filière uranium mais à sels fondus et pas à eau pressurisée, beaucoup plus sûre; Quant à la sur régénération, en attendant la fusion « rentable » (dans XX années), c’est peut être une des solutions. C’est sans doute pour ça que nos gouvernements se sont empressé de démanteler Super Phénix, ah qu’il est dur d’être prophète en son pays !

    • Il y a un projet en cours de centrale à surgénération 238U (uranium appauvri) : le projet ASTRID. La décision de construire un pilote sera prise courant 2017.

    • 1) Faux. Malheureusement, vous ne pouvez pas pallier l’intermittence des renouvelables (éolien et PV) par du nucléaire. Un réacteur nucléaire a une inertie très grande. Sans rentrer dans des détails techniques de la régulation primaire, les REP actuels peuvent intégrer au max 5% de renouvelable (en terme de puissance installée par rapport à la puissance nucléaire), et l’EPR 15%. Lorsqu’on est sous ces niveaux, alors oui le nucléaire peut pallier. Sinon, il n’y a que le stockage (pour l’instant hydraulique), l’exportation et les centrales à flamme (gaz) qui peuvent « suivre » l’intermittence.

  • Vu dans le métro de Canton, un panneau du gouvernement: en 2050, 80% de l’énergie sera d’origine recyclage. C’est leur plan pour les 30 prochaines années.

  • Cher Arnaud Daguin, avant d’écrire des phrases longues te inutiles, il fallait réviser. Le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation d’énergie sur Terre, par infime et en régression (si on ne regarde que l’électricité, le nucléaire est passé de 17,1% en 2001 à 9% à ce jour : un effondrement)
    Quant à la Chine, le nucléaire y produit royalement 1,5% de l’électricité (soit 0,3% de la consommation d’énergie) et pourrait « monter » à 3 ou 4% (moins de 1% de la consommation d’énergie).
    Alors vos théories fumeuses sur le nucléaire « pour lutter contre les émissions de vo2 », vous pouvez les oublier et retourner à vos études, de toute évidence pas finies…

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