Pourquoi, libérale, j’ai choisi Fillon

Natasa Jevtovic a choisi de défendre François Fillon, qu'elle estime capable de faire progresser la liberté en France. Un témoignage à lire pour comprendre.

Par Natasa Jevtovic.

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J’ai rencontré François Fillon en décembre 2015, en pleine campagne pour les élections régionales, dans une brasserie du 18e arrondissement à Paris. Il était venu soutenir les candidats républicains Valérie Pécresse et Pierre-Yves Bournazel et faire en même temps la promotion de son livre Faire, qu’il nous a dédicacé. En présence de quelques personnalités politiques et une centaine de militants, il a tenu un discours présentant sa vision des relations internationales et de la politique économique.

Il s’est dit en désaccord avec François Hollande sur deux axes majeurs de sa politique extérieure : selon lui, il faudrait renforcer nos liens avec la Russie et remettre en question notre alliance avec l’Arabie Saoudite. Sur les deux points, le contexte actuel lui donne raison. La Russie est sortie du communisme depuis déjà vingt-sept ans, elle est une grande puissance qui fournit la majeure partie de l’Union européenne en gaz et fait la guerre contre Daesh en Syrie. Peut-on le lui reprocher ?

La politique étrangère de François Fillon

De surcroît, Vladimir Poutine est très populaire au sein de son peuple ; contrairement aux dirigeants européens estimant être les seuls défenseurs de la liberté et de la démocratie, il a accueilli Edward Snowden, le célèbre lanceur d’alerte devenu apatride. Quant à l’Arabie Saoudite, une victoire militaire contre Daesh ne pourra jamais être durable si elle n’est pas accompagnée d’une victoire idéologique contre le wahhabisme, promu et financé par nos alliés et partenaires saoudiens.

Avec la fin des sanctions économiques contre l’Iran, le monde occidental peut désormais diversifier son approvisionnement en pétrole, et même le nouveau gouvernement des États-Unis promet de remettre en cause ses anciennes alliances.

Débureaucratiser le pays

Au plan économique, M. Fillon a constaté que le modèle français fabriquait trop de chômage. Il souhaite libérer la croissance par le biais d’une modération fiscale et la réduction de la taille de l’État. Dès les premiers pages de son ouvrage, il a revendiqué un libéralisme décomplexé :

« … Nous avons secrété un système qui se méfie de l’individu et qui lui refuse la liberté et la responsabilité dont il a besoin pour développer l’activité qui lui permettrait de s’épanouir et d’être maître de sa vie.

La France étouffe sous les réglementations, les interdictions, les injonctions et les prélèvements obligatoires. Les Français ne parviennent plus à supporter le poids d’un État et d’un secteur public hypertrophiés. Non seulement cette pesanteur s’exerce péniblement sur la vie quotidienne, mais elle fait glisser notre pays en ligne droite vers le mur de sa dette, contre lequel il ne peut que se fracasser en espérant le recours humiliant de ses partenaires européens.

Le moment est venu de libérer le pays et, d’un même geste, de restaurer sa souveraineté en le sevrant de la dépendance des marchés financiers. […] Contre le sang et les larmes, je choisis la liberté et la vérité. Contre les conservatismes qui nous étouffent, je choisis la liberté qui est le meilleur logiciel du progrès économique, technologique et social.1 »

En lisant ces passages en 2015, j’ai pensé que M. Fillon n’irait pas très loin en exprimant ce type de propos aussi brutalement et sans détour, trop inhabituels dans un pays où les énarques s’expriment en subjonctif, édulcorent leurs propos et ne prennent jamais d’engagements difficiles à tenir.

Le libéralisme, ce gros mot

En France, le libéralisme est un gros mot et ses partisans sont considérés comme des individus égoïstes, insensibles aux souffrances de leurs concitoyens et capables du pire par l’appât du gain ; tout le monde semble oublier que la liberté est le premier des trois mots qui constituent la devise de la république française. Pire encore, l’étatisme de l’économie est considéré par beaucoup comme gage de qualité des services et de sécurité d’emploi.

Or, l’État est un piètre gestionnaire et toujours moins performant que le secteur privé, quel que soit le secteur ou le domaine d’activité. Lorsque le secteur des télécommunications a été libéralisé en France, le monopole étatique de France Télécom a été brisé et les prix ont considérablement baissé, ce qui a bénéficié à tous les consommateurs. La même chose est arrivée dans le secteur aérien où la mise en concurrence et l’apparition des compagnies low cost ont fait chuter les prix et démocratisé ce type de transport pour apporter un bénéfice à tous.

Favoriser la croissance

Aux États-Unis, où chaque citoyen veille à ce que l’État demeure réduit au minimum, la liberté économique est une tradition. Lorsque les républicains s’opposent au projet Medicare de Barack Obama, ils ne le font pas par refus de payer de leur poche une assurance santé pour les ménages démunis, mais parce qu’ils estiment qu’une assurance santé publique imposée par l’État, et sans possibilité de choisir le prestataire, entrave leur liberté de choix.

Plusieurs économistes modernes ont démontré que la réduction de la taille de l’État dans l’économie favorise la croissance et la création d’emplois. Dans les années 1980, Ronald Reagan et Margaret Thatcher se sont inspirés de la célèbre courbe d’Arthur Laffer pour diminuer la pression fiscale, aboutissant à une croissance vigoureuse et une opulence qui a bénéficié à tous.

Le Prix Nobel de 2004, Edward Prescott, a modélisé les données statistiques et montré que la pression fiscale et la rigidité du Code de travail expliquent le chômage en Europe. Un Américain conserve 60% de ce qu’il gagne, contre 40% en Europe ; « une réduction du prélèvement fiscal sur le travail de 60 à 40% susciterait une augmentation du temps de travail de 6,6% et accroîtrait le pouvoir d’achat de 19% sur une vie de travail2. » Le modèle de Prescott montre également qu’en privatisant les retraites, le prélèvement fiscal américain sur le travail pourrait être réduit de 13% à 8,7% pour un avantage équivalent ; si ce capital investi rapporte 4% par an, à 63 ans les Américains pourraient percevoir pendant 20 ans une retraite équivalente au dernier salaire3.

C’est finalement une question de liberté de choix : l’État taxe 60% de nos revenus pour que nous puissions bénéficier d’une retraite publique par répartition et d’une Sécurité sociale monopolistiques ; ce qui signifie que nous laissons la majeure partie du fruit de notre travail à l’État, ses administrations et ses choix d’investissement. L’institut économique Molinari a même calculé la date de la libération fiscale. À ce prix, les citoyens pourraient s’assurer eux-mêmes au titre de la santé et de la retraite, en choisissant le meilleur prestataire.

Redresser les finances publiques

Le programme économique de François Fillon n’est donc pas une simple envolée lyrique, mais un projet ouvertement libéral de redressement de nos finances publiques, reposant sur des notions économiques ayant déjà fait leurs preuves dans le passé. Il évoque dans son livre un échange avec Nicolas Sarkozy au cours duquel il lui avait suggéré d’appliquer des mesures libérales : « Tu sais, François, la liberté, c’est Madelin : 4%4. » Or, justement Nicolas Sarkozy avait été élu grâce à un programme que les observateurs disaient libéral et mondialiste, qu’il n’a pas mis en œuvre. Il a commis l’erreur d’aligner son projet sur les sondages, ce qui lui a fait perdre sa réélection. Espérons que M. Fillon parvienne à tenir ses promesses électorales et fasse enfin entrer la France dans le XXIe siècle ; s’il est élu président.

Savez-vous comment s’intitule le dernier ouvrage d’Alain Juppé, le deuxième placé dans les primaires républicaines ?

Pour un État fort5.

  1. François Fillon, Faire, Paris, Albin Michel, 2015, p. 13-15.
  2. Guy Sorman, L’économie ne ment pas, Paris, Fayard, 2008, p. 24.
  3. Ibid, p. 27.
  4. François Fillon, Faire, Paris, Albin Michel, 2015, p. 40.
  5.  Alain Juppé, Pour un État fort, Paris, JC Lattès, 2016.