Le mythe du Made In France (vidéo)

Attention aux sirènes du Made in France ! Le protectionnisme n’aide ni le consommateur, ni le travailleur. Une nouvelle vidéo de #HackLaPolitique

Par Rafael Amselem.
Une vidéo de #HackLaPolitique

C’est officiel, le made in France sera la coqueluche des candidats à la présidence de la République, et en général, que ce soit à gauche ou à droite, les personnes qui veulent privilégier les entreprises françaises accompagnent tout cela d’une politique protectionniste.

Mais en politique comme en économie, ce ne sont pas les solutions en apparence les plus simples qui sont les meilleures réponses à nos problèmes, et le Made in France l’illustre très bien. Avant de commencer cette vidéo, je précise que je ne m’oppose pas au Made in France en tant que label, model business d’une entreprise, ou comme mode de consommation. Par contre, je vais m’attacher à vous expliquer pourquoi, selon moi, le Made In France en tant que protectionnisme est une grave erreur comme choix de politique commerciale, et même un danger pour les classes populaires. C’est parti !

Le protectionnisme : c’est quoi ?

protectionnisme-rene-le-honzecLe protectionnisme est une politique commerciale qui vise à lutter contre la concurrence internationale qui propose des produits à plus bas prix, et surtout qui vise à protéger les emplois nationaux.

Si l’intention concernant les emplois peut être louable, ce choix politique a un coût économique et social très lourd de conséquences, bien plus qu’on ne peut l’imaginer.

Le protectionnisme heurte les plus démunis

Lorsque le pouvoir politique exclut du marché la concurrence des produits moins chers, automatiquement les prix augmentent, puisque par définition, il y a moins de concurrence. Donc les premiers impactés par une politique protectionniste sont les plus pauvres, qui voient leur pouvoir d’achat diminuer par la hausse des prix.

À titre d’exemple, un rapport du Think Tank Generation Libre a montré que la PAC, le programme de protectionnisme agricole européen, a fait augmenter les prix des aliments d’au moins 25%. Autre exemple en 2009, Barack Obama instaure un droit de douane sur les pneus chinois pour protéger l’industrie nationale, on estime que le coût pour le consommateur s’élève à 1 milliard de dollars, à cause de la hausse des prix.

Ainsi, en cassant la concurrence, l’État condamne les plus démunis à rester pauvres. Ce qui est assez injuste, mais apparemment pas suffisamment pour heurter la conscience de certains politiques, qui se présentent comme les défenseurs des classes populaires, n’est-ce pas, monsieur Philippot !

Le protectionnisme ne crée pas d’emplois

Si on applique une telle politique, à court terme, les emplois dans les entreprises protégées seront sauvés. Mais puisque les prix augmentent, le pouvoir d’achat diminue, et donc la consommation baisse dans d’autres entreprises ; ces autres secteurs qui verront donc leur carnet de commandes diminuer subiront des pertes d’emplois.

Reprenons l’exemple des pneus d’Obama évoqués précédemment : une étude a estimé que pour les 1200 emplois sauvés, 3000 ont été perdus dans d’autres entreprises (source : E. Combes sur XerfiTV).

Le protectionnisme coûte cher au contribuable

Faisons un rapide calcul : 1 milliard de dollars en moins en pouvoir d’achat, pour sauver 1200 emplois… Cela fait 900 000 dollars par emploi sauvé chaque année. Un peu cher pour le contribuable, n’est-il pas ?

La bonne question n’est pas de savoir si le protectionnisme sauve des emplois ? La réponse est en effet positive. La bonne question est de savoir à quel coût ces emplois sont-ils sauvés ?

Tous ces effets, la hausse des prix, les emplois détruits en parallèle… sont des effets de long terme, invisibles immédiatement ; ce qui explique qu’aujourd’hui le protectionnisme a un si bon écho.

Qui est le gagnant final du protectionnisme ? Il n’y en a qu’un, et pour citer Jean Jaurès, le protectionnisme ne sauve que les producteurs. Oui, le seul gagnant dans toute cette affaire sont les producteurs : leur entreprise est sauvée, ils peuvent même vendre leurs produits plus chers !

Résumons : le protectionnisme n’aide ni les consommateurs, ni les travailleurs, et grâce à l’État l’argent de ces derniers va dans les poches du producteur qui se contente d’encaisser ce qui s’apparente à une forme de redistribution des richesses. Ou selon moi de dépouillement des plus pauvres.

Souvent dans ce type de débat, la Chine est citée à titre d’exemple en llustration de la concurrence déloyale contre laquelle il faudrait se protéger. Engager des mesures protectionnistes, c’est aussi ignorer que notre déficit commercial avec la Chine est inférieur à celui que nous avons avec l’Allemagne et la Belgique réunies, basé sur les chiffres de 2013. Contrairement à ce que beaucoup de politiques véhiculent, nous avons d’abord un retard de concurrence avec des pays européens, dont les salaires sont équivalents aux nôtres.

Félicitons donc tous les hommes politiques comme Mélenchon, Montebourg ou encore Philippot qui chaque jour assurent que le protectionnisme réglera la question du chômage. Non seulement ils proclament sans honte que le Made in France n’impactera pas les classes populaires, mais soutiennent que leur politique sera sans conséquences au plan international. Alors qu’il serait de leur responsabilité politique d’affirmer que nous avons, nous Français, un problème de compétitivité. Seuls les mauvais choix effectués par les gouvernements depuis plusieurs années nous ont amené à la désindustrialisation de notre pays.

La sidérurgie française est à ce titre un scandale : des années d’éloignement de la concurrence, et aujourd’hui un secteur en faillite.. Les solutions sont pourtant simples : la France ne peut pas être spécialisée dans tous les domaines. Oui, des pays font mieux que nous dans certains secteurs, ce n’est pas important, puisque nous avons aussi nos spécialités. L’essentiel est de le reconnaître et de laisser la liberté des échanges, la liberté aux entreprises de se faire concurrence, et la liberté aux consommateurs de choisir ; tout cela s’accompagnant d’un changement radical de notre politique fiscale.