Président Trump : la revanche des gens déplorables

Par sa victoire inattendue et unique dans l’histoire des États-Unis, Donald Trump a ainsi réécrit les règles du jeu sur l’art de faire de la politique en Amérique. Il a transformé le Parti républicain en parti populiste.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Président Trump : la revanche des gens déplorables
By: Marc NozellCC BY 2.0

Il y a 4 ans, le 17 septembre 2012, la campagne présidentielle du candidat républicain Mitt Romney prenait un coup dur en raison de la diffusion d’une vidéo, prise à son insu, le montrant affirmer que 47% des Américains étaient satisfaits de vivre au crochet de l’État. La nouvelle avait vite déboulé dans les réseaux sociaux, relayée furtivement par les partisans de Barack Obama et une presse déjà acquise au Président.

Panier de gens déplorables

En 2016, le 9 septembre, la candidate démocrate Hillary Clinton a elle aussi, comme Mitt Romney, visé les partisans de son adversaire, mais, cette fois, de façon beaucoup plus vicieuse, en qualifiant la moitié des électeurs de Donald Trump de « panier de gens déplorables. Des racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes, choisissez ! »

La remarque de Clinton n’avait pas généré autant de réactions que la déclaration de Romney, mais elle a piqué au vif beaucoup de partisans de Trump, même si l’ex-secrétaire d’État s’est vite excusée. Les « déplorables » étaient gonflés à bloc pour l’élection, et ils se sont présentés à l’urne en grand nombre.

Le seul vote que Hillary Clinton a fait sortir est celui contre elle

En politique, il faut faire sortir le vote. Or, les données recueillies à la sortie de l’urne révèlent que les Noirs et les latinos n’ont pas appuyé Hillary Clinton autant que Barack Obama. Chez les Noirs, elle a recueilli 88% des votes comparativement à 93% pour Barack Obama en 2012. Même chose pour les latinos, qui ne l’ont appuyé qu’à 65% comparativement à 71% pour Obama en 2012.

Ces chiffres font d’autant plus mal qu’elle avait cruellement besoin de ces votes pour triompher de Donald Trump, plus populaire qu’elle chez les Blancs. Ce qui a aussi nui à l’ex-secrétaire d’État c’est que seulement 84% des Démocrates blancs lui ont été loyaux par rapport à 91% des Républicains blancs qui ont appuyé Donald Trump.

Contre l’opinion des experts

Les stratèges ont blâmé Donald Trump pour s’être concentré sur sa base loyale de partisans plutôt que de viser les électeurs plus au centre. Mais le milliardaire a fait fi de l’opinion des experts, et il n’a assoupli aucune de ses positions jusqu’au jour du scrutin.

Les nombreux sondages publiés juste avant le vote ont pu donner l’impression que Hillary Clinton était sur le point de tout balayer, mais c’était sans compter sur les inconditionnels de Trump, qui attendaient cette élection depuis des mois. En les qualifiant de « déplorables », Hillary Clinton a fait sortir un vote dont elle aurait bien pu se passer.

Par sa victoire inattendue et unique dans l’histoire des États-Unis, Donald Trump a ainsi réécrit les règles du jeu sur l’art de faire de la politique en Amérique. Il a transformé le Parti républicain en parti populiste, en se montrant prêt à moduler ses politiques pour joindre l’électeur. Ce qu’il a senti, c’est que les gens en avaient assez de Washington et des promesses vides des politiciens.

L’outsider

Donald Trump a entendu les gens dénoncer les sans papiers qui ont des emplois cachés dans leur communauté alors que leur salaire stagne, et que des emplois partent pour le Mexique ou la Chine. Dès qu’il a paru attentif à ces problèmes, le milliardaire a gagné des appuis durables.

Il aurait fallu davantage que des allégations d’inconduite sexuelle remontant à des décennies pour infléchir l’appui de ces fans.

Fort de l’appui de ceux qui réclamaient un outsider, Donald Trump arrive à Washington en ne devant rien à personne. Il a même frayé son chemin vers la Maison Blanche en ignorant les remarques et les remontrances du Président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

Il a estimé ne pas avoir besoin de son appui. Le milliardaire va donc prendre le pouvoir avec des majorités au Sénat et à la Chambre des représentants, mais il aura la tâche de nouer des liens avec les politiciens de son parti, qu’il connaît à peine.

Carte blanche

Il aura carte blanche pour tenter de renégocier ses accords commerciaux, freiner l’immigration illégale, amorcer des dialogues essentiels avec la Chine et le Mexique et voir s’il peut réchauffer les liens avec la Russie, refroidis avec l’administration Obama.

La tâche est lourde et les attentes sont élevées. Mais Donald Trump a surpris tout le monde en remportant, contre toute attente, l’élection présidentielle. Il réserve peut-être d’autres surprises au peuple américain. Il a prouvé qu’il en était capable.