Donald Trump : Marine Le Pen ou Berlusconi ?

Donald Trump n’est pas fasciste et ses adversaires ne sont pas de nouveaux résistants. Pour mieux comprendre en quoi il est dangereux, c’est vers l’Europe qu’il faut se tourner…

Par Bruno Levy.

Donald Trump : Marine Le Pen ou Berlusconi ?
By: kl801CC BY 2.0

Ceux qui voient en Trump un fasciste ou une sorte de Marine Le Pen se trompent complètement. Le nouveau président américain devrait plutôt être vu comme un mélange de deux personnages historiques très connus : Herbert Hoover et Sylvio Berlusconi (en Italie).

Herbert Hoover, la plupart des gens oublient ce point, a été l’un des plus grands hommes d’affaires américains. Il a été élu sur la conviction que, étant le grand homme d’affaires qu’il était, il conduirait l’Amérique à la prospérité. C’était en 1928…

Le mauvais goût de Berlusconi

marine-trump-rene-le-honzecMême chose pour Berlusconi dont le sexisme, le mauvais goût, l’extravagance et les déclarations tonitruantes sont très semblables à celles de Trump. De plus, comme Trump, Berlusconi était aussi un milliardaire de télé-réalité sans expérience officielle du gouvernement au moment de sa première élection. Berlusconi, lui aussi, a été élu, et réélu, sur la base qu’étant devenu riche lui même il saurait rendre plus riches les Italiens.

Mais l’analogie ne s’arrête pas là, car Trump partage avec ces deux personnages un même pragmatisme qui consiste à ne suivre aucun principe qui risquerait de ne pas se faire ré-élire …

Pourquoi la présidence de Hoover a-t-elle été un tel échec ? Parce qu’il a raté le sens de la crise de 1929 en prenant toutes les mesures politiques et économiques possibles pour amplifier les impacts négatifs du crash. Au nom du pragmatisme il s’est permis d’oublier tous les principes libéraux appliqués par exemple lors du crash de 1920, parce que ces principes ne semblaient pas opportuns électoralement…

Opportunisme et faillite

Les gens oublient que la gestion d’un pays ne peut reposer sur l’opportunisme. Hoover savait être expédient comme tous les bons PDG le sont, mais il a totalement raté sa présidence.

Dans le cas de Berlusconi, celui-ci a conduit son pays à la faillite, confondant son intérêt commercial personnel avec celui du pays ; il est trop tôt pour dire si nous verrons le même genre de comportement chez Trump.

Franchement, dire que Donald Trump est un nouveau Mussolini et voir dans son élection la fin du monde est faux, voire dangereux. La seule chose que la gauche et ses sympathisants font en exprimant cela est de stimuler leur ego en diabolisant leurs adversaires. Voir en Trump un fasciste, voir l’émergence d’un nouveau totalitarisme dans son élection ne fait pas de vous un nouveau résistant. En revanche, cela vous rend juste plus inefficace en tant qu’adversaire politique.

En Italie, l’opposition s’est suicidée en personnalisant son opposition à Berlusconi, en en faisant le diable ; le résultat étant que Berlusconi a été élu, et réélu, menant son pays à la paralysie, lentement mais sûrement.

Savez-vous pourquoi il a été réélu ? Parce qu’une élection ne se gagne pas en proclamant une fatwa contre un adversaire politique, elle se gagne en éprouvant seulement du mépris pour les électeurs du candidat auquel vous êtes opposé ; on ne gagne pas en considérant que les partisans de son programme sont des imbéciles.

Quand l’opposition se résume à diaboliser et déprécier ses adversaires, elle concentre toute son énergie sur les façons de faire perdre l’autre, au lieu de comprendre comment elle doit changer pour gagner.

L’Italie a perdu près de 15 ans à cause de Berlusconi et de la vanité du gauchisme qui a constitué son mode d’opposition principale pendant toutes ces années. C’est ce qu’il faut craindre pour l’Amérique : de longues années de Berlusconisme et de paralysie politique.