Débat présidentiel US : Donald Trump ne s’est pas écroulé, mais qui a gagné ?

Aucun des deux candidats, de Trump ou de Clinton, n’a réellement pensé à développer des points en rapport direct avec ses électeurs. Peut-être à l’occasion du troisième débat ? Il commence à y avoir urgence.

Par Jean-Eric Branaa.
Un article de The Conversation

Si Donald Trump ne s’est pas écroulé, qui a gagné ?
By: Mike MaguireCC BY 2.0

L’attente était grande autour de ce deuxième débat présidentiel entre Hillary Clinton et Donald Trump : pendant trois jours il n’avait été question que de vidéos et de propos misogynes et vulgaires. Beaucoup de leaders de son camp, des sénateurs, députés ou gouverneurs avaient alors déclaré ne plus le soutenir et la question centrale était de savoir si Donald Trump allait s’écrouler en direct, ou pas.

« Je ne suis pas fier de tout ça », a déclaré Donald Trump, réitérant des excuses proférées du bout des lèvres dans une vidéo où il promet pourtant que le débat serait l’occasion de sa revanche. Et, effectivement, c’est par l’offensive tous azimuts que le milliardaire a choisi de répondre, organisant dès le début de la soirée une conférence de presse surprise où, entouré de trois femmes, il a lancé de graves accusations contre Bill Clinton.

Cela donnait le ton d’une soirée durant laquelle il est resté tout aussi combatif, menaçant même d’envoyer sa rivale en prison s’il était élu à la Maison-Blanche. Le débat a été extrêmement tendu et tout aurait pu déraper à n’importe quel moment. Les deux candidats ont toutefois gardé le contrôle d’eux-mêmes, se battant avec une violence dans les propos qui tranchait avec une attitude très calme, créant ainsi une ambiance assez extraordinaire.

« C’est le vrai Donald Trump »

Hillary Clinton n’a pas attendu pour essayer de porter le coup fatal qui lui aurait donné la victoire sur Trump à l’occasion de ce débat : elle a rappelé que ses propos sur les femmes n’étaient pas nouveaux, qu’il est coutumier de ce genre de réflexions, et qu’il n’a pas hésité à s’en prendre à différentes catégories de personnes, les Mexicains, les femmes, ou les handicapés, entre autres. « Le Donald que vous voyez dans la vidéo, c’est le vrai Donald », a-t-elle alors conclu.

La contre-attaque de ce dernier a été immédiate, frontale et violente : Bill Clinton a abusé de nombreuses femmes et son épouse a couvert tout cela, avant de s’en prendre directement à ces femmes qu’elle a tenté de faire taire. Il n’a donc fallu que quelques minutes pour que l’affrontement devienne très personnel et tombe dans les accusations sordides et les insultes.

Si on cherchait un répit, il fallait changer de chaîne : l’affaire des emails, celle de Benghazi, la sortie de Clinton qui a qualifié les électeurs de pitoyables : tout a été étalé sur la table et à chaque nouvelle attaque Donald Trump semblait retrouver de sa vigueur.

« Votre place est en prison »

Visiblement, les deux candidats s’étaient très bien préparés, et jusque dans les attitudes à adopter que ce soit en parlant, ou pas. Hillary Clinton est restée très souriante et Donald Trump a réussi à contenir sa nature bouillonnante, même s’il se déplaçait régulièrement en formant des cercles lorsque son adversaire s’exprimait, soit par agacement, soit par impatience de reprendre sa charge.

Ses réponses étaient plus fines qu’à l’habitude et même parfois drôles : attaqué à propos d’impôts qu’il n’a pas payés pendant dix-huit ans, il a répliqué qu’il avait fait comme les donateurs du Parti démocrate. Débattant de la Syrie et d’Alep, il a voulu montrer qu’il connaissait le dossier et a suggéré que l’on s’intéresse désormais à Mossoul, donnant l’impression, à des milliers d’Américains découvrant ce nom, qu’il maîtrisait le sujet et qu’il était un grand stratège.

Mais, toujours à ce sujet, il a fait connaître sa divergence d’opinion avec son vice-président : « Je n’ai pas échangé sur ce point avec lui, a-t-il précisé, mais nous ne pensons pas la même chose ». Cette prise de position inédite au cours d’un débat présidentiel a beaucoup surpris, habituellement, les candidats cherchant plutôt à donner d’eux une image d’unité. Or, Mike Pence avait de son côté exprimé, le 4 octobre, lors du débat des colistiers, que des frappes devaient être envisagées contre le régime de Bachar Al-Assad pour mettre fin à l’insoutenable épreuve d’Alep.

L’attaque la plus féroce est arrivée subitement, alors qu’il évoquait une fois de plus l’affaire des e-mails : « Votre place est en prison », a-t-il dit en substance à Hillary Clinton, en promettant de nommer un procureur indépendant lorsqu’il serait à la Maison-Blanche.

Elle a répliqué en le traitant de menteur, martelant que tout ce qu’il disait était faux ou n’avait aucun sens : « Il vit dans un autre monde », a-t-elle fini par conclure.

Toujours au plan international, c’est la Russie qui a, une fois de plus, donné lieu à de vifs échanges. Hillary Clinton a critiqué avec virulence ce pays, rendant d’actualité la Guerre froide pour le téléspectateur. Au contraire, pour Trump, la Russie est devenue un allié incontournable « puisque c’est à travers une collaboration étroite avec ce pays que les États-Unis pourront battre Daech », a-t-il affirmé.

Une tension très forte

La tension a été extrêmement forte tout au long du débat, faisant craindre un dérapage à tout moment. Aucun des candidats n’a d’ailleurs cherché une poignée de main de son adversaire en montant sur scène et en se présentant aux électeurs. Alors que la question de la clôture d’un tel débat se posait, un électeur a demandé, ce qui a détendu tout le monde : « Quelles sont les qualités que vous reconnaissez chez l’autre ? » Hillary Clinton, en grande professionnelle, n’a rien reconnu, préférant désigner les enfants de Trump comme ce qu’il a de mieux, et développant son propre intérêt, depuis toujours, pour les enfants.

« Sa détermination, car elle ne lâche jamais et je respecte cela, je le dis franchement », a pour sa part préféré reconnaître Donald Trump, « même si je suis en désaccord avec ses idées. »

L’humanité de cette dernière question à laquelle personne ne s’attendait, sa simplicité et l’évidence à privilégier le vivre ensemble ont alors mis en évidence qu’aucun des deux candidats n’avait réellement pensé à développer des points en rapport direct avec ses électeurs. Peut-être à l’occasion du troisième débat ? Il commence à y avoir urgence.

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