Le siècle des travailleurs indépendants

By: National Library of Ireland on The Commons - Flickr Commons

Dans la plupart des sociétés occidentales, le travail est synonyme de salariat. Pourtant, le salariat n’est que depuis récemment la norme. Il s’est imposé avec l’essor de la société industrielle à la fin du XIXe siècle.

Par Bertrand Moine.

Le siècle des travailleurs indépendants
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Ce modèle dominant que l’on pensait irréversible est en train de se fissurer. Si le salariat reste la norme, les contrats de travail sont de plus en plus précaires puisque, selon l’INSEE, plus de 80% des embauches effectuées depuis 2011 sont des contrats de moins de 3 mois.

Il n’est donc pas anormal de voir émerger, depuis plusieurs années, un nouveau mouvement structurel : l’essor du travail indépendant. En Europe, il y aurait ainsi près de 9 millions de freelances soit une augmentation de 45% entre 2000 et 2013. Aux États-­Unis un travailleur sur trois est aujourd’hui indépendant. On en prévoit un sur deux dans 10 ans.

L’ère des slashers

Avec l’avènement de la société post­industrielle, fondée sur la connaissance plus que sur les machines, chaque personne devient sa propre entreprise quel que soit le contrat qui la lie avec la structure donneuse d’ordre (contrat de service ou de travail). Que vous soyez entrepreneur, travailleur indépendant ou même salarié, la problématique est la même : il s’agit de valoriser vos actifs incorporels en utilisant plusieurs leviers (se spécialiser, faire sa pub sur les réseaux sociaux, etc.).

Signe des temps, les salariés eux­-mêmes commencent à se revendiquer « slashers », c’est-­à-­dire multitâches, soucieux de jongler entre plusieurs activités. La vie du travailleur indépendant n’est pourtant pas facile. Il faut trouver des clients, s’improviser comptable et juriste tout en exerçant son cœur de métier.

Du côté des entreprises, il n’est pas non plus aisé de gérer la multitude des prestataires malgré l’émergence de plateformes qui regroupent ces indépendants.Travailler avec un indépendant ne correspond pas aux mêmes logiques que travailler avec un salarié. Il suppose au préalable un brief précis et une définition des objectifs car la mesure du résultat se fait sur un horizon temps beaucoup plus court que celui du salarié.

Digital village apporte des réponses

Sans attendre une profonde réforme de notre système de droit du travail, qui ne sera bientôt plus adapté aux nouvelles formes d’emploi, Digital Village entend apporter des réponses aux problématiques récurrentes mais concrètes des freelances.

Le travail indépendant, surtout et paradoxalement dans les métiers du numérique, ne s’effectue pas nécessairement à distance, via Skype ! Travailler de chez soi ne convient pas à la réalisation de projets collectifs tels qu’un site internet ou une application mobile. Des espaces de travail ont ainsi été créés à Paris, Roissy, Bordeaux et Toulouse.

Des espaces de petites tailles permettant de regrouper des groupes de freelances d’une trentaine de personnes pour éviter l’effet usine négatif dans la motivation des équipes. Ces lieux et ce travail collectif favorisent la construction d’un lien social, élément essentiel d’épanouissement professionnel et personnel. Les échanges, les conseils, la concurrence positive permettent de rester dans une dynamique d’apprentissage vertueuse.

Nous sommes également convaincus que nos villageois doivent se concentrer sur le métier qu’ils aiment et qui les ont conduit à se mettre à leur compte. Dans ce monde si complexe, comment pouvons-nous être à la fois développeur, commercial, comptable et juriste ? Chez Digital Village, nous gérons l’ensemble des aspects juridiques, administratifs et financiers, ce qui permet à nos villageois de se concentrer sur leur spécialité.

Digital village apporte un cadre et des règles pour le bon fonctionnement du modèle, notamment sur les questions d’argent qui sont au cœur du système. Chacun reste libre sur ses tarifs, nous veillons juste à informer les freelances sur les prix du marché pour rester compétitif face à la concurrence tout en valorisant leur travail.

Se fédérer autour d’une marque commune permet de proposer plus de compétences, de définir des process de travail et de qualité rigoureux, de pallier les absences et imprévus pour travailler en définitive sur des projets plus ambitieux.

Les grandes entreprises travaillent essentiellement avec des prestataires renommés et disposant d’un chiffre d’affaires significatif malgré leur volonté de faire appel à des experts freelances. Nous permettons à nos clients de répondre à cette contradiction sans en subir les inconvénients grâce à la mise à disposition d’un chef de projet freelance qui gère l’ensemble des interactions avec les équipes techniques.

Notre modèle économique et notre organisation du travail fonctionnent désormais depuis plusieurs années pour la cinquantaine de freelances avec lesquels nous travaillons. Conscients de notre responsabilité sociétale, nous luttons chaque jour pour que le travail indépendant ne soit pas synonyme de précarisation.

Si nos freelances ne sont que très peu concernés par les problématiques d’emploi, compte tenu de la forte demande dans le secteur du numérique, nous travaillons avec des partenaires assureurs et des banques à l’élaboration d’offres permettant aux freelances d’avoir une position au moins aussi sécurisante que celle d’un salarié classique. Aujourd’hui, tous ces outils existent. Il suffit de les assembler et de les proposer sous une forme innovante.

Les initiatives que nous portons sont probablement les premières graines d’une nouvelle organisation du travail qui concernera une grande partie de la population dans les prochaines années.

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