Élections législatives au Maroc : le bilan décevant d’Abdelilah Benkirane

Malgré une popularité certaine, la position du premier ministre marocain Abdelilah Benkirane est fragilisée par son bilan médiocre.
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Élections législatives au Maroc : le bilan décevant d’Abdelilah Benkirane

Publié le 10 août 2016
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Par Daniel Fadiga.

Elections législatives au Maroc : le bilan décevant d’Abdelilah Benkirane
By: MagharebiaCC BY 2.0

À deux mois des élections législatives au Maroc, Abdelilah Benkirane affiche un bilan très en deçà des attentes formulées par le Roi Mohammed VI lors de sa nomination à la tête du gouvernement en 2011. Au manque de résultats du Premier ministre dans les domaines de l’éducation, de l’économie et du social, s’ajoute une personnalité qui divise fortement dans le royaume chérifien.

Un bilan économique très mitigé pour Abdelilah Benkirane

Alors que les élections législatives du 7 octobre approchent à grands pas, le bilan d’Abdelilah Benkirane ne plaide pas vraiment en faveur de sa reconduction à la tête de l’exécutif marocain. Après 5 années en fonction, le Premier ministre a dû, le 23 juin dernier, présenter ses résultats en termes de croissance, d’endettement et de fiscalité. Un exercice difficile qui pourrait bien lui coûter sa campagne avec le Parti de la justice et du développement (PJD), dont de nombreux membres sont également passés par le Mouvement Unité et Réforme (MUR) qui regroupe des ex-membres d’un mouvement islamiste violent des années 1960.

Dans une conférence sur le sujet, l’économiste Abdelkader Berrada a en effet jugé alarmant l’état des finances publiques, qualifiant l’héritage laissé au prochain gouvernement de «patate chaude». Et pour cause : la croissance économique est restée inférieure à 3,2 % sur les cinq dernières années, soit « un des taux les plus faibles depuis 1960 », d’après l’expert. L’endettement public a, lui, connu une hausse de 23 % entre 2012 et 2015, notamment à cause de la baisse flagrante de l’impôt sur les sociétés, réduit de plus de moitié entre 2012 et 2014.

À cela s’ajoute un déficit budgétaire pour 2015, non pas de 4,3 % du PIB comme avancé par le gouvernement, mais de 7,5 %, soit identique à celui de 2012, selon Abdelkader Berrada, qui évoque de nombreuses zones du budget de l’État sinistrées. Les entreprises et établissements publics ont vu leurs revenus chuter de 6,6 % en 2013 à 4,2 % en 2015, à cause notamment de recettes fiscales couvrant seulement 62 % des dépenses publiques contre plus de 80 % par le passé, d’après Najib Akesbi, docteur en économie.

Les intérêts du peuple marocain au second plan

Ce dernier estime justement que Abelilah Benkirane favorise le patronat au détriment des travailleurs, à coups de réductions fiscales et de déductions de TVA. Le manque à gagner pour les caisses marocaines s’élèverait à près de 20 milliards de dirhams (1,8 milliard d’euros), selon Najib Akesbi. « Le rythme du progrès s’est inscrit ces dernières années dans une tendance baissière », déplore quant à lui Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale du Maroc, qui souligne le manque de stratégie en faveur de l’industrialisation du pays. « L’atonie des activités non agricoles et de l’emploi se poursuit, notre tissu productif se fragilise et les progrès sur le plan du développement humain restent en deçà des attentes et faibles en comparaison internationale. »

Contrairement aux ambitions affichées par Mohammed VI, le gouvernement Benkirane a pris du retard dans les chantiers majeurs du royaume, comme la réforme des systèmes d’éducation et de retraites, que l’exécutif n’a pas encore mené à bien. Roué aux techniques de communication et de story-telling, Abdelilah Benkirane semble cependant confondre ses casquettes de Premier ministre et de chef du PJD, au risque de faire passer l’intérêt de ses concitoyens au second plan. Le refus d’enseigner les matières scientifiques en langues étrangères en est un exemple criant, l’homme d’État préférant conserver l’arabe, pourtant quasiment inutilisé dans leur enseignement à l’université.

Un rapport aux femmes compliqué pour Benkirane et son administration

Pour ne rien arranger, le Premier ministre entretiendrait un rapport aux femmes plus que compliqué. Le 24 juin, environ 200 personnes ont manifesté devant le parlement de Rabat à la suite de ses déclarations la semaine précédente sur l’évolution des femmes dans la société marocaine. « Il y a un problème par rapport au rôle de la femme dans la famille moderne », avait-il affirmé aux parlementaires avant de s’enfoncer un peu plus : « lorsque la femme est sortie des foyers, ceux-ci sont devenus sombres ». Peut-être Abdelilah Benkirane déplore-t-il le nombre de femmes entrées dans son gouvernement, soit 6 aujourd’hui, lui qui n’en avait nommé qu’une seule lors de son arrivée à la tête du gouvernement ?

Preuve s’il en fallait une, le Premier ministre ne fait aucun cadeau à la ministre de l’Environnement, Hakima El Haïté, qui gère en ce moment seule le scandale ayant éclaté fin juin, relatif aux 2 500 tonnes de déchets industriels importés au Maroc en provenance d’Italie. S’il a finalement été prouvé que ses déchets importés ne représentent aucun danger pour l’environnement, son absence de réaction face à cette polémique interroge. Apparemment très occupé, il a également brillé par son absence lors de l’ouverture de la Med Cop 22 le 18 juillet à Tanger. Un oubli qui fait tache alors que le Maroc accueillera la COP 22 en novembre 2016.

Face à une impopularité croissante, Abdelilah Benkirane ne peut même plus compter sur le soutien du Roi pour tenter de gagner les élections législatives. Malgré ses fréquentes allusions à leur proximité et leur complicité, les deux hommes n’entretiennent pas de bonnes relations. Mohammed VI aurait d’ailleurs exprimé son mécontentement à l’encontre d’Abdelilah Benkirane début juillet, l’accusant de se comporter en opposant lors des meetings du PJD, où le Premier ministre évoquerait deux gouvernements distincts, celui qu’il dirige et celui du Roi. « Mes valises sont prêtes et je suis prêt à quitter le gouvernement à tout instant », confiait-il à Jeune Afrique. Avant d’ajouter qu’il resterait fidèle au Roi « même s’il [l]e jette en prison ». Une nouvelle – et dernière ? – pointe d’humour qui n’a probablement pas fait rire grand monde.

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  • Comment peut on se réferencer à des économistes COMMUNISTES sur contrepoints ? Najib Akesbi est un économiste et militant socialiste ?
    L’auteur de l’article voit que la baisse des dépenses publique et la baisse de fisclité et le manque a gagner des caisses de l’Etat sont des points négatifs dans le bilan de Benkirane ?

    Je suis vraiment en colère. On dirait que pour contrepoints les marocains ne méritent pas le libéralisme. Ce n’est pas la première que vous nous proposez des articles de ce genre en relation avec le Maroc.

  • Ça se voit que c’est un article sur commande. Trop d’informations tronquées.

  • Les commentaires sont fermés.

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