Thaïlande : un projet de constitution controversé [Replay]

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La Thaïlande vote aujourd’hui pour ou contre une nouvelle constitution, qui permettrait à la junte de renforcer encore son pouvoir.

Par Hugo Revon

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Taïlande : une constitution controversée wmwmwm Cou'(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Face à la grave crise politique et économique que traverse la Thaïlande, l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra avait émis de lourdes critiques à l’encontre de la junte militaire, dont le projet de constitution est une atteinte de plus à la démocratie.

En proposant une nouvelle constitution pour le pays qu’il a pris par la force en mai 2014, le gouvernement du général Prayuth Chan-ochoa n’a-t-il pour unique intention que de renvoyer l’image d’une démocratie en reconstruction ? C’est l’avis de Thaksin Shinawatra, l’ancien Premier ministre thaïlandais en exil depuis huit ans, qui est sorti de son silence fin février pour exprimer ses craintes sur l’avenir de la Thaïlande.

Principale cible de ses critiques : la dernière version du projet de constitution publiée le 29 janvier dernier, qui prévoit la nomination d’un Premier ministre non élu. En limitant le pouvoir d’un futur gouvernement civil, la junte militaire préserverait ainsi l’influence des généraux ayant écarté l’ancien Premier ministre en 2006, puis sa sœur Yingluck en mai 2014 lors du 12e coup d’État militaire réussi sur 19 tentatives depuis 1932. Thaksin Shinawatra y voit là une nouvelle manœuvre du Conseil national pour la paix et l’ordre, qui a déjà repoussé d’éventuelles élections nationales à fin 2017.

Une constitution en guise de « comédie »

« Ce projet de constitution, c’est la pire de toutes les constitutions », a résumé Thaksin Shinawatra dans l’une de ses rares interviews accordées à la presse.

« C’est une comédie pour montrer au monde que la Thaïlande revient à la démocratie. Mais en réalité, ce serait comme en Birmanie avant ses réformes politiques. Il y aurait un Premier ministre, mais le vrai pouvoir serait dans un « politburo » au-dessus de lui et l’économie souffrirait. »

Ce projet de constitution anti-démocratique, que Thaksin Shinawatra compare à celle de la Corée du Nord, ne laisse toutefois personne dupe tant les atteintes aux droits de l’Homme sont fréquemment rapportées dans le pays. Pour étouffer tout risque de critique du gouvernement martial, la junte procède régulièrement à des arrestations arbitraires de journalistes et de militants, qui sont amenés dans des camps militaires jusqu’à ce qu’ils reconnaissent les torts reprochés. Censés ne pas dépasser sept jours, ces « ajustements d’attitude » peuvent en réalité aller jusqu’à 25 jours de détention pour obtenir des aveux sous la torture.

Dans le même registre liberticide, plusieurs enquêtes ont également révélé en 2015 l’ampleur de l’esclavage moderne qui se perpétue dans le pays sous les yeux d’autorités complaisantes. Des milliers de travailleurs étrangers sont ainsi contraints de travailler gratuitement dans des conditions déplorables pour rembourser leur voyage vers la Thaïlande et espérer récupérer leur passeport souvent confisqué par l’employeur.

La junte ferme le pays aux journalistes étrangers

Thaksin Shinawatra a confié à l’antenne d’Al Jazeera :

« Je vois [le pays] revenir en arrière plus qu’aller vers l’avant. C’est pourquoi nous commençons à nous inquiéter. Ce gouvernement n’a ni liberté, ni personnes de talent pour conduire l’économie. Plus il reste, plus longtemps les difficultés économiques dureront. Les militaires n’arrêtent pas d’insister publiquement sur leur volonté de réconciliation. Ils veulent faire avancer le pays, mais cela fait un an et demi et il n’y a aucun signe de réconciliation. Je pense que la situation ne leur permettra pas de jouir tant que cela du pouvoir à cause de la manière dont ils dirigent le pays. Tout régime qui ne s’occupe pas de son propre peuple ne durera pas longtemps. »

Refusant toute proposition de dialogue avec l’ancien Premier ministre, le gouvernement provisoire lui a néanmoins répondu à travers son ministre des Affaires étrangères, Don Pramudwinai, qui a annoncé vouloir réduire le nombre de journalistes étrangers basés en Thaïlande en ne renouvelant pas leur visa. Il a déclaré :

« Beaucoup ne sont pas des reporters et leurs reportages trompeurs ont amené des titres trompeurs. Nous avons émis des avertissements parce qu’ils ont causé des incompréhensions et eu un impact sur l’intérêt national.« 

En fermant encore davantage le pays au monde extérieur, la junte semble promettre la deuxième puissance économique d’Asie du Sud-Est à une grave crise économique. Malgré un tourisme toujours performant avec près de 30 millions de visiteurs en 2015, la croissance nationale est retombée à 0,7 % en 2014 alors qu’elle avoisinait les 5 % avant le putsch militaire…