Pourquoi je soutiens Rama Yade avec le PLD

White March for Ingrid Betancourt crédits philippe leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)

Pourquoi Rama Yade peut être une chance pour le Parti libéral démocrate et les libéraux. L’analyse politique de Vincent Bénard, en contrepoint de l’article de Nathalie MP.

Par Vincent Bénard.

Rama Yade
White March for Ingrid Betancourt crédits philippe leroyer (CC BY-NC-ND 2.0)

Le moins qu’on puisse dire est que l’annonce du soutien de la candidature de Rama Yade par le PLD a suscité beaucoup d’étonnement chez de nombreux libéraux. Aurélien Véron a expliqué les raisons de ce soutien chez Contrepoints ; mais il m’apparaît important d’expliquer pourquoi j’ai finalement, au sein du bureau national du PLD auquel j’appartiens, soutenu cette motion, car je comprends parfaitement que cette décision, que nous n’avons pas pu expliquer « au large » avant l’annonce officielle, confidentialité des négociations oblige, puisse étonner.

Et pour cause. Lorsque au tout début de l’année, Aurélien Véron nous a expliqué qu’il était en contact avec Rama Yade, et a présenté un projet d’alliance, je fus moi même plus que sceptique. J’avais en mémoire certaines de ses sorties sur le service civique senior obligatoire, ou son opposition féroce à toute légalisation du cannabis, et en avait conçu l’idée que Rama, non seulement n’était pas libérale, mais n’avait pas un « esprit libéralisable », et ne pourrait pas porter avec brio et sincérité des idées libérales dans une campagne, quand bien même ce serait un portage « opportuniste » uniquement pour se démarquer.

Un parcours personnel qui l’a changée

Aurélien et quelques personnes qui l’avaient rencontrée nous affirmèrent alors que tant la dégringolade de la France que son parcours personnel récent l’avaient conduit à évoluer et à comprendre que les solutions « traditionnellement » proposées par les grands partis, qui relevaient du bricolage du système existant, n’étaient plus à la hauteur des enjeux traversés par le pays. Et le fait qu’elle ait commencé à discuter avec certains d’entre nous, non seulement politique, mais aussi idées et vision prospective, montrait, selon eux, qu’à défaut d’être une libérale aguerrie, elle avait fortement évolué. Et le fait qu’elle nous contacte, nous, pour rejoindre sa coalition, était après tout un signe favorable. Bref, selon Aurélien et quelques autres, son évolution vers des idées bien plus libérales était bien plus sincère que nous ne pouvions l’imaginer au vu de ses sorties médiatiques anciennes.

Nous convînmes donc de lui demander de nous rencontrer en bureau national, et qu’elle accepte de se livrer à une sorte de grand oral devant un jury à moitié sceptique, à peu près, avant cette rencontre.

Les premières minutes de cette rencontre, en ce début d’avril, furent un peu tendues, et même si ce que j’entendais me convenait, je savais qu’ayant affaire à une femme politique, elle était parfaitement capable de dire ce que nous voulions entendre. Je restai donc méfiant. Mais petit à petit, sous l’effet de la conversation, elle commença à se lâcher. J’appris alors (je l’ignorais) que depuis qu’elle n’avait plus de mandat, elle avait créé son entreprise (dans l’audiovisuel), et qu’elle avait dû, comme des milliers d’autres, selon ses propres mots, découvrir qu’elle devait payer des charges même avec zéro de CA, se coltiner les fous furieux du RSI lui envoyant des commandements à payer comminatoires et fantaisistes, découvrir une réglementation ubuesque dans tous les domaines. Une personne qui crée son entreprise, chez les libéraux, ça se respecte.

Et du coup, lorsqu’elle énonça les idées-forces de son projet, qu’elle nous demandait de l’aider à affiner, je fus bien plus réceptif. Jugez-en : elle veut en finir avec « tout ce que l’État fait mal » et redonner à la société civile les missions aujourd’hui mal accomplies par le public ; et de nous citer la fin du monopole de l’Éducation nationale, ou l’abolition de Pôle emploi comme exemples de services où le secteur associatif ou privé ferait bien mieux, pour une fraction du coût actuel, citant plusieurs expériences de terrain dont elle avait personnellement rencontré les acteurs. Questionnée par nos soins sur l’assurance-maladie, elle nous signifia également son intérêt pour une telle désétatisation, et souhaitait étudier avec nous comment l’inclure dans un programme. Puis elle évoqua la fin du chèque en blanc donnée au politiciens, citant encore avec précision le système référendaire suisse et son impact sur la vie politique, notamment locale. Elle évoqua la fin des rentes et des monopoles, indispensable selon elle, et la nécessaire fin des privilèges des politiciens-hauts fonctionnaires.

Elle souligna enfin qu’il lui semblait que le libéralisme purement économique professé fort récemment par certains à droite, ne lui paraissait pas conforme à l’idée plus large qu’elle s’en faisait, et que, par exemple, ceux qui à LR se découvraient « le plus libéral » après avoir voté des lois comme la loi renseignement, ne lui paraissaient guère crédibles.

Et de remarquer malicieusement qu’il lui semblait avoir lu des positions à peu près similaires dans ce que le PLD avait pu publier… Ce dont nous pouvons aisément convenir.

Je lui ai demandé aussi poliment que possible comment elle assumerait le fait que certaines de ses prises de position passées, qui sont de véritables repoussoirs pour les libéraux, seront en contradiction complète avec son discours futur. Je tente de résumer sa réponse ici.

Libérale en devenir

Tout d’abord, elle a évolué sur un certain nombre d’aspects, et si elle devait l’évoquer durant la campagne, n’aurait pas honte de le dire. D’autre part, il est évident que si nous remontons le fil de toutes ses citations depuis son entrée en politique, nous trouverons beaucoup à redire, mais son analyse récente lui a fait comprendre qu’elle devait évoluer. Maintenant, elle n’est pas « libérale de formation », et donc n’est pas (pas encore ?) convaincue par l’ensemble de nos positions. Le programme que nous allons bâtir pour les présidentielles, si nous acceptons de travailler ensemble, devra accepter des compromis sur les sujets où elle a du mal à nous suivre, et il y aura d’autres partenaires dans l’alliance avec qui nous devrons nous entendre. À nous de tracer les « lignes rouges » à ne pas dépasser. Si nous nous apercevons que, sur un point particulier, il y a encore une divergence irréconciliable, il faudra en tirer les conclusions, mais, compte tenu des points qui nous rapprochent, ce serait tout de même dommage.

Devant nous, Rama Yade n’a pas pratiqué la langue de bois, au-delà des cinq premières minutes où chacun était encore un peu sur ses gardes. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir en face de moi quelqu’un qui jouait un rôle, même si je dois me rappeler qu’en politique, parfois… Mais de vous à moi, si sa démarche était purement arriviste, que ferait-elle avec le PLD ?

Bref, je dois avouer qu’à l’issue de cette rencontre, j’étais plutôt convaincu par sa personnalité (les politiciens paraissent souvent différents hors caméras de ce qu’ils montrent aux médias) et son approche de notre collaboration, le but étant de bâtir rapidement un projet avec des idées-forces, quitte à les détailler au fur et à mesure de l’avancement de la campagne. Et, plus important, même les sceptiques au sein du bureau, avant la rencontre, avaient, dans leur grande majorité, changé d’avis.

Bref, le soutien à Rama Yade, à l’issue de cette réunion, devenait, selon moi, une option crédible. Pour autant, est-ce la meilleure ? Je puis me tromper, et je suis sans doute bien meilleur analyste économique et sociétal que politique (oui, en politique politicienne, je l’avoue, je suis une vraie buse), mais revenons un instant sur les options qui se présentent à nous.

Malheureusement, le système français est ultra-verrouillé et n’offre pas, pour le PLD, de possibilité de présenter seul une candidature capable d’attirer 500 signatures sans un démarchage très coûteux que nous ne pouvons financièrement nous autoriser. Notre déficit de notoriété est trop grand, et la campagne des régionales a montré que les idées n’intéressaient pas les médias s’il n’y avait pas une personnalité un peu connue pour les porter.

Quelle autre alternative ?

Participer à la primaire UMP, pardon, LR ? Cela veut dire cautionner un appareil politique qui, au-delà de ses casseroles, sera finalement au service soit de Sarkozy, soit de Juppé, l’homme qui impose 55% de logements subventionnés à Bordeaux. Et là encore, faute de notoriété, notre candidature n’aurait pas beaucoup de visibilité, entre Nadine Morano, Geoffroy Didier, Jean-Frédéric Poisson (qui c’est celui-là ?) et Jacques Myard. Fin de la blague.

Soutenir un des trois UMP qui fait assaut de mieux-disant libéral ces derniers mois ? Sur les trois, seul Hervé Mariton a un passé libéral crédible sur le plan économique, même si ses blocages personnels sur certains sujets de société ne sont pas les nôtres. Bruno Le Maire et François Fillon se découvrent libéraux : soit, acceptons le, puisque nous acceptons que Rama Yade ait changé. Mais d’une part, leur programme économique ressemble plus à un replâtrage vaguement libéral du système ; et sur les questions de société, ils sont, disons, suspects, surtout après avoir voté la loi renseignement (contrairement à Hervé Mariton qui a voté contre). J’ajoute que Fillon a reconnu sur une radio que s’il n’était pas au second tour de la primaire UMP, il dealerait avec Juppé. Vous avez dit « grand écart » ?

Macron ? S’il coupait les ponts avec Hollande et le gouvernement, évidemment, il y aurait beaucoup de questions à se poser. Mais pour l’instant, il affirme rouler pour Hollande. Très peu pour moi, merci. Et ses déclarations, pour intéressantes qu’elles soient, sont trop empruntes d’exercices de je le dis je le dis pas, louvoiements liés à son appartenance au gouvernement, pour savoir s’il est libéral à la Fillon ou à la Madelin.

Ne pas nous présenter aux présidentielles et nous présenter seuls aux législatives ? Nous aurons du mal à trouver 150 candidats ou plus prêts à risquer de l’argent et des carrières professionnelles pour un parti à faible notoriété, sans leader reconnu par l’ensemble de la population, et avec l’espoir de faire entre 0,5 et 2% des voix.

Rama Yade nous offre la possibilité de porter au débat public des idées qui étaient jusqu’ici placées sous un plafond de verre médiatique que nous n’avons guère réussi à déverrouiller, hors de quelques programmes élitistes de télévision. Et de plus, elle m’a paru y croire sincèrement.

Évidemment, avec un programme de compromis avec d’autres formations, et compte tenu de son manque d’ancienneté libérale, elle risque de prendre sur certains sujets des positions qui s’éloigneront des nôtres. J’espère ne pas avoir trop de couleuvres à avaler ! Mais j’en accepte le risque.

Certains diront que c’est un coup de poker osé, voire hasardeux. Certains le comparent avec « la connerie du soutien à Bayrou » en 2007. Pour toutes les raisons ci dessus, je ne pense pas que nous soyons dans le même cas de figure. Avec Bayrou, il ne s’agissait que d’un raccrochage de dernière minute sans avoir pu discuter programme ou plateforme. Ici, nous parlons d’une vraie collaboration commencée bien en amont de la campagne.

Au contraire, nous avons une opportunité unique de présenter certaines de nos idées-phare aux Français, qui vont bien au-delà de la retraite à 67 ans de François Fillon, celui que Le Maire trouve trop libéral…  À nous de la convaincre, et de convaincre nos partenaires de la coalition de porter la part la plus large possible de notre programme, afin de pouvoir en présenter un maximum aux Français, et de pouvoir présenter aux législatives des candidats libéraux en position d’avoir un véritable poids dans le résultat final.

Le pays va si mal que l’émergence d’une alternative aux deux partis hégémoniques ne paraît plus illusoire, et il ne faudrait pas que cette alternative ne soit que le FN. À nous d’essayer d’être l’un des moteurs d’une dynamique permettant d’emmener le pays sur la voie de la liberté retrouvée.

Voilà pourquoi j’ai assez facilement changé d’avis et apporté sans hésitation mon vote, comme la quasi totalité du bureau du PLD, au soutien à Rama Yade.

Article en contrepoint : Rama Yade, candidate naturelle des libéraux, vraiment ?