Suppression des sacs plastique : une bonne idée, uniquement sur le papier

Ségolène Royal (Crédits : Philippe Grangeaud-PS, CC BY-NC-ND 2.0)

Écobilan désastreux, recyclage plus compliqué des sacs en papier et 3000 emplois menacés, les retombées néfastes s’accumulent.

Le projet de loi sur la biodiversité porte sur un grand nombre de domaines, et les réformes qu’il entend instituer sont pour la plupart bienvenues. Cependant, parmi les « avancées » proposées, il en est une qui constitue une bourde à la fois économique et écologique : le remplacement des sacs plastiques de supermarchés par des sacs en papier. Écobilan désastreux, recyclage plus compliqué des sacs en papier et 3000 emplois menacés, les retombées néfastes s’accumulent, alors que le gouvernement, qui nous donne encore un bel exemple de son écoute attentive des Français (il a même réussi à lancer un mouvement de frondeurs dans son propre camp à force de sourde oreille) persiste et signe.

Par Héloïse Brun.

Ségolène Royal (Crédits philippe grangeaud-PS licence Creative Commons)
Ségolène Royal (Crédits philippe grangeaud-PS licence Creative Commons)

Les sacs plastiques à usage unique mis à disposition gratuite ou à titre onéreux aux caisses des supermarchés seront bientôt de l’histoire ancienne. Dans un amendement déposé par la ministre de l’Écologie à la loi sur la transition énergétique, il est prévu que l’article 19 bis étende l’interdiction des sacs de caisse en plastique aux sacs composables en compostage domestique et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées (amendement 160). L’idée est donc de les remplacer par des sacs en papier. Le décret d’application de cette mesure aurait dû paraître avant la fin de l’année 2015, mais sa publication a été repoussée, comme l’a annoncé récemment la ministre de l’Écologie Ségolène Royal, à mars 2016. Pourquoi un tel report ? Parce que les critiques sont nombreuses et virulentes. Première inquiétée, la Commission européenne, qui étudie en ce moment le projet. « Nous avons reçu un avis circonstancié de la Commission européenne qui bloque la publication du décret de trois mois jusqu’au 28 mars », a expliqué un porte-parole du ministère de l’Écologie.

L’argument écologique derrière cette mesure est limpide. Mais ses conséquences économiques sont moins enthousiasmantes : la plupart des commerçants font aujourd’hui grise mine. Pour les poissonniers et les bouchers, par exemple, à cause des jus émis par leurs produits, difficile de se passer de ces emballages. Mais les plus affectés sont les commerçants de fruits et légumes. Ils ont fait savoir qu’ils étaient fermement opposés à cette mesure. Selon eux, « les 12 milliards de sacs de fruits et légumes distribués chaque année sont indispensables pour des raisons d’hygiène et de sécurité », explique la fédération du commerce et de la distribution (FCD). « Cette mesure, adoptée sans concertation, représente un surcoût de 300 millions d’euros et entraînera une hausse des prix, notamment des fruits et légumes. À l’heure où les Français sont inquiets pour leur pouvoir d’achat, une telle inflation sur des produits alimentaires de première nécessité est un frein supplémentaire à la consommation. »

Après la taxe sur le carburant (et un gouvernement qui profite de la chute du prix du pétrole pour taxer encore plus les citoyens) et la pastille verte (projet pénalisant les plus défavorisés), on assiste en réalité ici à un autre exemple de bobo-écologie punitive. La ministre de l’Écologie avait pourtant promis ne pas recourir à ces politiques. Une promesse visiblement encore oubliée.

Une deuxième loi devrait intervenir au 1er janvier 2017, interdisant la distribution de tous les autres sacs plastique jetables (sauf ceux biodégradables), y compris ceux fournis pour emballer les fruits et légumes ou le fromage, mais également ceux de la vaisselle jetable en plastique à partir de 2020. Le gouvernement part donc en croisade contre les produits plastiques, au risque de couler toute une industrie, une des rares qui tienne encore la route en France. La situation est d’autant plus insupportable que ce revirement se produit après que le pays a demandé de gros efforts de conversion au secteur plastique. Les technologies ont permis la mise sur le marché des sacs 100 % biosourcés à base d’amidon de maïs, mais qui coûtent jusqu’à 10 fois plus chers que les sacs à base de polyéthylène.

Déjà, sous l’effet d’une convention volontaire, le nombre de sacs de caisse distribués en France dans les grandes surfaces alimentaires est passé de 10,5 milliards à 700 millions entre 2002 et 2011. Le coût de fabrication a également été sensiblement impacté par une loi de 2010, prévoyant une taxe de 6 centimes d’euros par sac plastique à usage unique. En Irlande, ce type de taxe avait permis de réduire de plus de 90 % en un an l’utilisation de sacs plastique jetables.

Aujourd’hui, il est généralement admis qu’un sac doit contenir au moins 40 % de plastique végétal (généralement issu d’amidon ou d’huiles) pour bénéficier de l’appellation biosourcé. Cette conversion difficile est accueillie par le désaveu sans autre forme de procès du gouvernement. Encore une belle preuve de gratitude. Il faut bien trouver un remplaçant à ces emballages, et le gouvernement a fait le choix des sacs en papier. Pourtant, ces derniers présentent nombre de désavantages, ce qui revient à soigner la peste (une peste déjà largement réformée) par le choléra.

Peu compactables (un rapport volume-matière 15 fois inférieur par rapport au plastique), il faudra compenser leur faible efficience par la quantité. Cela suppose des capacités de transports largement accrues (ce qui s’offrira le luxe d’être polluant ET coûteux). À cela, il faut ajouter des méthodes de recyclages très coûteuses en eau (des millions de litres d’eau gaspillés, alors qu’il existe déjà des solutions pour valoriser les déchets plastiques comme celles d’Éco-Emballages). Ses contraintes les rendent très coûteux (le double des sacs plastiques biosourcés), et les commerçants ne manqueront pas de reporter ce surplus sur leurs clients. Sans oublier les conséquences dramatiques de l’arrêt des industries plastiques en matière d’emploi, avec plus de 3 000 postes menacés en France. Devant la calamité annoncée de ce projet, une pétition a été lancée. Il s’agit de faire retrouver ses esprits à un gouvernement qui s’est lancé dans une fuite en avant écologique dangereuse et aveugle.

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