Système et chaîne d’innovation : vers un système libéral et compétitif (2/2)

innovation chalkboard credits missy schmidt CC BY 2.0)

Le marché libre est le moteur de l’innovation : l’exemple africain.

Par Soufiane Kherrazi.

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Étude de cas : la chaîne d’innovation en Afrique

Par analogie à la chaîne de valeur de Porter (1986), on entend par la chaîne d’innovation l’ensemble des activités de recherche, de développement et de mise en marché d’une innovation (Fondation Technologies du Développement Durable Canada, 2015). En d’autres termes, la chaîne d’innovation regroupe les étapes en amont (inputs) et en aval (outputs) aboutissant à une innovation.

Les inputs du système qui se situent dans les stades en amont de la chaîne sont les dépenses en R&D, financement & investissement, l’infrastructure de l’innovation, le cadre institutionnel, la recherche et le capital humain, etc. et les outputs se situant en aval sont les brevets, les inventions, les innovations, les technologies, etc. qui traduisent les preuves manifestes de l’innovation et, donc, l’efficacité du système d’innovation dans son ensemble.

Appliquée à l’Afrique, il apparaît que c’est cette efficacité qui fait défaut dans bon nombre de pays. Ceux-ci ont du mal à transformer leurs moyens (inputs) en résultats tangibles (outputs). Pour le montrer, nous proposons de revenir sur le classement de l’Afrique dans le Global Innovation Index2014 (GII). En effet, dans leur rapport sur l’Indice Mondial de l’Innovation, l’OMPI, l’Université Cornell et l’INSEAD proposent un classement des performances des pays du globe en matière d’innovation. Pour cela, ils calculent l’indice mondial de l’innovation en utilisant un certain nombre d’indicateurs comme décrit dans la figure 1. Il s’agit de calculer la moyenne des sous-indices d’input et d’output d’innovation pour déterminer le GII. Puis, un ratio entre ces deux sous-indices (output/input) permet d’ajouter une mesure complémentaire, à savoir : l’Indice de l’Efficacité de l’Innovation (Innovation Efficiency Ratio, IER).

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Nous proposons donc d’analyser le positionnement des pays africains ayant le meilleur classement sur le GII et de discuter de l’efficacité de leur système d’innovation. Pour ce faire, nous choisissons d’abord un échantillon composé des 6 premiers pays de l’Afrique faisant le mieux en matière du GII (Global Innovation Index). Le Tableau 1 montre leur classement au niveau mondial ainsi que leur score. Ensuite, en reclassant ces pays en fonction des sous-indices qui composent le GII, nous obtenons les résultats des tableaux 2 et 3. Enfin, en se référant au ratio output/input qui renseigne sur l’Indice de l’Efficacité de l’Innovation, on trouve les résultats décrits dans le tableau 4. L’objectif est de savoir si les efforts déployés, révélés dans le GII (Global Innovation Index) et l’IISI (Innovation Input Sub-index), se conjuguent en résultats concrets révélés dans l’IOSI (Innovation Output Sub-index) et l’IER (Innovation Efficiency Ratio), ce qui traduit l’efficacité du système d’innovation dans son ensemble.

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Il ressort des résultats des tableaux 2 et 3 que les performances des 6 premiers pays africains concernant de l’indice de l’innovation sont tirées davantage par les activités en amont (l’infrastructure, le cadre institutionnel, la recherche et le capital humain, etc) que par les activités en aval qui traduisent les preuves manifestes de l’innovation (technologies, inventions, brevets, etc). Autrement dit, si les efforts de ces pays en matière de promotion de l’innovation sont là, les résultats ne sont pas encore tangibles. Cela suggère que leur système d’innovation manque d’efficacité. Le tableau 4 le confirme avec un recul évident dans le classement de ces pays. Ainsi, l’Afrique du Sud est passée de la 53e position sur le GII à la 93e sur l’IER. De même, l’Ile Maurice, les Seychelles et la Tunisie affichent un recul si l’on compare leur position respective sur le GII (Global Innovation Index) et l’IER (Innovation Efficiency Ratio).

Toutefois, l’apport de tels résultats peut être limité. En effet, la mesure de l’innovation est sujette à débat. D’une part, parce que les « inputs » peuvent avoir un impact qui varie en fonction des secteurs en question (le secteur pharmaceutique comparé à l’agro-alimentaire par exemple). En outre, si les « inputs » fournissent des données assez fiables, les « outputs » le sont moins encore (Massard). D’autre part, parce que l’IER, par exemple, ne reflète pas forcément l’efficacité réelle d’un système d’innovation. Il suffit juste d’avoir un dénominateur faible, qui traduit dans ce cas-là moins d’efforts de dépenses R&D et de budgets consacrés à la promotion de la recherche, pour que le ratio s’améliore. Et c’est pourquoi les pays figurant aux premiers rangs du classement par l’IER sont des pays qui se situent dans la tranche inférieure de la catégorie des revenus moyens et qui, de ce fait, n’ont pas assez, ou suffisamment, de moyens alloués et/ou investis dans l’amont (l’input) de la chaîne d’innovation comme la République de Moldova, la Chine, l’Indonésie, Malte, le Vietnam, etc.

Mais, si l’on s’en tient au GII (Global Innovation Index), le recul de l’Afrique est manifeste. Ainsi, une des explications possibles réside dans le fait que ces pays font souvent le choix de confier l’allocation de leurs ressources non pas au marché de l’innovation, puisqu’il n’existe pas, mais aux structures bureaucratiques comme en témoigne leur score de liberté économique : pays modérément libres et essentiellement non libres (Index of Economic Freedom). Si cela peut relativement bien fonctionner en Allemagne, c’est parce que son environnement institutionnel est bien assaini. En revanche, l’Afrique, elle, connait encore bon nombre de problèmes liés essentiellement à la gouvernance, à la défaillance du système institutionnel, à la transparence, à la corruption, etc. et donc à l’absence de marchés libres.

Raison pour laquelle les États africains sont appelés à investir beaucoup dans le capital humain. D’un côté, ils doivent encourager la R&D, à l’investissement dans la technologie, la diffusion et la mise à disposition des informations au profit des industriels locaux pour renforcer leur compétitivité informationnelle. Bien entendu, cela ne passe pas nécessairement par les dépenses en R&D, mais surtout par la création d’un écosystème propice à l’innovation. C’est le cas du système d’innovation britannique où l’État, après avoir créé le marché d’innovation mettant en concurrence des acteurs indépendants, se contente d’encadrer et de stimuler le système (Loudière, 2013). Car l’innovation est plutôt l’affaire du privé. De l’autre côté, les États africains sont tenus de faciliter l’apprentissage transnational (comme le cas des Diasporas en Chine) pour permettre la qualification et l’amélioration de la productivité du capital humain, sous productif dans bon nombre des pays du continent.

Somme toute, l’État, globalement, doit favoriser l’émergence d’écosystèmes d’innovation avec tout ce que cela requière en termes de système de droit, de transparence, de cadre institutionnel, etc. et veiller à ce que les structures du marché ne soient déformées et, si nécessaire, déléguer ce rôle à un nombre d’acteurs le plus « minimal » possible.

Sur le web

http://master-iesc-angers.com/systeme-et-chaine-dinnovation-vers-un-systeme-liberal-et-competitif/

Références :

Lire sur Contrepoints la première partie de l’article