Nucléaire : une exception française

Les réticences de la France vis-à-vis du nucléaire l’empêchent d’avancer pleinement vers un avenir décarboné.

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Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

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Nucléaire : une exception française

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 décembre 2015
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Par Arnaud Daguin

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)
Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

 

Au deuxième jour de la COP21, François Hollande a annoncé que la France consacrera 2 milliards d’euros au développement des EnR en Afrique. Si les énergies vertes font désormais consensus pour répondre aux problématiques environnementales, le nucléaire reste une énergie qui ne cesse de se développer à travers le monde et ce malgré un certain désaveu français qui pourrait bien handicaper la transition énergétique hexagonale.

La France a un rapport schizophrénique avec son énergie nucléaire. L’Hexagone est le pays où l’atome est roi, c’est un fait. 75 % de la demande d’énergie électrique nationale est pourvue grâce à l’énergie nucléaire. Et pourtant, cette source d’énergie souffre d’une image plus que négative chez les Français, une image ternie par les quelques accidents nucléaires qui ont émaillé l’histoire et qui continuent de hanter nos pires scénarios catastrophes.

Le résultat est une volonté du gouvernement d’amoindrir l’importance qu’a aujourd’hui le nucléaire dans le mix énergétique français en faisant passer sa part à 50 % d’ici à 2025. Si cet objectif inscrit dans la loi sur la transition énergétique adoptée cet été n’a de réelle utilité que de contenter l’opinion publique, les associations et les lobbys qui militent en faveur d’un abandon de l’énergie atomique, il reste néanmoins déconnecté des enjeux économiques et environnementaux actuels auxquels continue de répondre très bien le nucléaire.

En tant qu’énergie décarbonée, le nucléaire permet à la France d’être l’un des pays européens qui émet le moins d’émissions de gaz à effet de serre et l’un des rares à se rapprocher des objectifs fixés par le protocole de Kyoto. En 2013, la production française d’électricité représentait 550,7 TWh. Pour le PDG d’EDF, « Le nucléaire est une énergie d’avenir ». Une position que semble partager la ministre de l’Écologie puisqu’elle rappelait il y a quelques mois l’importance de cette énergie pour réussir la transition énergétique. « Dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident », déclarait alors Ségolène Royal.

Vers un plébiscite mondial du nucléaire ?

Et si l’opinion publique en France semble bouder cette énergie, à l’international, l’énergie nucléaire ne souffre pas des mêmes stéréotypes. La France est même connue à travers le monde pour son expertise en la matière grâce à l’énergéticien hexagonal EDF qui multiplie les projets à l’étranger et est aujourd’hui le premier producteur d’électricité au monde. Au mois d’octobre, EDF finalisait ainsi son partenariat avec le groupe chinois CGN pour la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, au Royaume-Uni. Ce chantier de près de 25 milliards d’euros est le plus gros investissement étranger jamais réalisé Outre-Manche.

Aucune centrale nucléaire n’a été construite en Grande-Bretagne depuis 1995. En plus de faire valoir l’expertise d’EDF à l’international, ce projet marque également les premiers pas de l’industriel chinois dans le domaine du nucléaire occidental. C’est ainsi que ce champion de l’énergie atomique entend étendre son programme de développement de l’énergie nucléaire au reste du monde et profiter de la forte demande internationale en la matière pour multiplier les rentrées d’argent.

Si la France fait la moue lorsque le nucléaire s’invite dans les débats, d’autres pays n’hésitent pas à lui ouvrir grand les bras. La Chine dispose aujourd’hui de 29 réacteurs nucléaires en exploitation et en a 22 en phase de construction, quand autant sont annoncés dans les tuyaux. Ce rendement pourrait bientôt conduire le pays à la tête du deuxième parc mondial, juste derrière les États-Unis.

Le parc nucléaire américain devrait également s’étoffer d’ici à 2020, selon les prévisions de l’EIA (Energy Information Administration). Les États-Unis comptent aujourd’hui 99 réacteurs nucléaires. Malgré la récente fermeture de plusieurs réacteurs, l’EIA indique que cinq nouvelles installations devraient être mises en service dans les cinq prochaines années.

Le Brésil souhaite aussi mettre l’accent sur le nucléaire. Le gouvernement brésilien ne s’est fendu pour le moment d’aucune ligne directrice claire quant au développement de son parc énergétique mais il espère cependant la construction de quatre réacteurs de 1.000 à 1.400 MW d’ici à 2030. Ce chantier permettrait au pays de doubler la capacité de production de ses centrales, ces dernières ne représentant aujourd’hui que 3 % du mix énergétique du pays.

Après avoir délaissé l’énergie atomique pendant plusieurs années en réponse aux sombres épisodes qui ont émaillé son histoire, le Japon se remet peu à peu à l’heure du nucléaire. L’été dernier, soit quatre ans après l’accident de Fukushima, l’archipel a relancé un réacteur.

La fermeture des centrales avait plongé le pays dans d’importantes difficultés financières. Avec la reprise du nucléaire, le Japon entend donc doucement remonter la pente. Pour garantir la sécurité liée à cette réactivation, la centrale de Sendai, où se situe le réacteur, a investi pas moins de 100 millions de dollars.

L’Inde, la Russie, la Corée du Sud ou encore l’Arabie Saoudite sont autant de pays qui ont également fait le choix de favoriser l’essor du nucléaire. Si la France reste distante vis-à-vis de l’énergie atomique, tout en profitant largement de ses avantages, sa position l’empêche d’avancer pleinement vers un avenir décarboné. Le nucléaire est nécessaire et si le gouvernement français se veut prudent, il ne doit pas pour autant faire de bêtises.

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  • l’avantage essentiel du nucléaire, ce n’est pas d’être décarboné, c’est d’être fiable, massif et bon marché. la production est à la demande, stable et sûre, tout ce dont on a besoin.
    l’aspect décarboné du nucléaire n’est pas un avantage car le carbone n’est pas un inconvénient. le co2 n’est pas un polluant, le co2 est le gaz à la source de la vie. s’il y avait 800 ppm de co2 dans l’atmosphère au lieu de 400 aujourd’hui, les récoltes n’en seraient que meilleures et plus faciles.
    répétons : le co2 n’est pas un polluant.

  • La Russie sait brûler les actinides dans son surgénérateur. Les déchets ne sont plus des déchets si l’on sait les utiliser.
    S’il fait si chaud, soit disant uniquement à cause du CO2, pourquoi se priver d’energie nucléaire ❓

    • La Russie n’a pas encore démarré ses installations de retraitement. Je ne vois, dès lors, pas comment elle peut désintégrer ces actinides mineurs dans les réacteurs de 4ème génération.

  • On peut qualifier la technologie nucléaire actuelle de mauvaise solution, mais c’est effectivement une solution qui marche, contrairement aux EnR.

    La logique est de chercher à la fois d’autres solutions utilisables ET d’améliorer les solutions qui marchent pour en gommer ou minimiser les inconvénients. Quand il s’agit de son cas et son intérêt personnel, l’écrasante majorité des gens suit ce principe. Comment peut-on à l’échelle nationale se lancer à l’aveugle dans des fausses solutions exclusives, qui interdisent le test d’autres solutions. Le simple mot d’ordre de « transition énergétique » est une négation de la possibilité d’améliorer l’existant et la négation des limites ou inadaptation des solutions alternatives.

    Ce n’est plus un problème technique ou économique : cela met en évidence un problème politique, un sabotage délibéré de nos perspectives d’avenir guidée par une utopie dont le discours biaisé et contradictoire ne laisse pourtant aucun doute pour peu qu’on réfléchisse deux secondes, et dont les promoteurs sont de fait transparents comme l’eau claire.

    Ce pays est foutu : les bobos l’ont tué …

    • Nos bobos et nos cocos . 😉

    • Le nucléaire est une industrie très lourde. Même si elle a des défauts, il est absolument déraisonnable de ne pas chercher à l’optimiser pour la rentabiliser ou la sécuriser. Les atermoiements sont la pire solution dans la situation française.

      Maintenant, je pense qu’avoir atteint une telle production électrique par le nucléaire (+70%), fut finalement plus un problème qu’un avantage. C’est typiquement l’erreur de l’ingénieur d’état du génie civil….

    • On peut qualifier la technologie nucléaire actuelle de mauvaise solution

      Pas d’accord. La techno nucléaire est stable (nuit et jour), fiable (non soumise aux aléas du vent), sûre (infiniment moins de morts a production d’énergie comparable), propre (déchets dérisoires par rapport au charbon), économique, peu sensible aux aléas géopolitiques. Elle ne produit pas de CO2 (pour ceux qui pensent que le CO2) est un problème. C’est aussi un domaine où la France a de grandes compétences pour exporter. C’est enfin un secteur industriel productif et pourvoyeur d’emplois. Qui dit mieux?

  • Arnaud Daguin a 25 ans et il est agréable de voir qu’au moins une partie de la génération « montante » ne se fait plus leurrer par la propagande antinucléaire. Bravo !
    J’espère qu’Arnaud Daguin fera des émules.

  • Le désavantage du nuclear qui n’est pas abordé, c’est sa propension a devenir un outil de production national. Le jour ou seront présenté des alternative nuclear privé, alors le nuclear pourra devenir autre chose qu’un outil de domination étatique et de justification du socialisme

  • Enfin un article plus nuancé sur le nucléaire que les éructations de Michel Gay.

    Le nucléaire, surtout dans l’état actuel des technologies, n’est pas LA solution à nos besoins énergétiques, mais il fait plus que probablement partie de la solution … avec les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, le captage et stockage du CO2, plus toutes les idées qui viendront dans les prochaines années.

    • « avec les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, le captage et stockage du CO2, plus toutes les idées qui viendront dans les prochaines années. »

      A condition de savoir faire le tri entre les bonnes et les mauvaises idées – et cela vaut pour le nucléaire et les EnR. Mais tant que cela est au mains de gens qui n’ont pas d’obligation de résultat et ne sont pas responsables des conséquences, il y a forcément un problème grave.

      Et cela va en empirant aussi bien sur l’héritage nucléaire (qu’on risque de ne plus pouvoir maintenir faute de personnel qualifié) que sur la prétendue « transition » (faite d’à peu près et de n’importe quoi et imposée par les politiques contre l’avis des techniciens).

    • Le nucléaire n’a jamais exclu l’efficacité énergétique !
      Quant au captage du CO2, il ne concerne aucunement le nucléaire qui n’en émet pas !
      Restent les énergies renouvelables, elles aussi non émettrices de CO2, avec lesquelles le nucléaire peut avoir à cohabiter ; mais il y a deux réalités que nos concitoyens doivent avoir à l’esprit
      1- les énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien) ne peuvent, pour des questions techniques de stabilité du réseau, dépasser 30% dans le mix énergétique. On peut donc imaginer un mix avec 30% de solaire et d’éolien, 50% de nucléaire et 20% de renouvelables non intermittents (dont une majorité d’hydraulique).
      2- mais pourquoi le faire ? Car on n’économisera pas un gramme de CO2 et on appauvrira beaucoup notre économie vu le prix exorbitant du solaire et de l’éolien (masqué par des subventions massives payées sous forme de taxes par les particuliers et les entreprises).

  • Bon article, merci à Arnaud Daguin. Attention tout de meme aux petits details qui nuisent à la crédibilité. En particulier: 75 % de la demande énergétique nationale est pourvue grâce à l’énergie nucléaire. Plus précisément: 75% de la demande d’energie électrique nationale est pourvue par le nucléaire.

  • heureux de constater que cet auteur a échappé au lavage de cerveau de son école !!…….

  • Je suis pleinement en accord avec ce résumé : la France a le nucléaire honteux.
    Elle qui avait le nucléaire triomphant quand, dans les années 80/90, elle prétendait « ne pas avoir de pétrole mais avoir beaucoup d’idées » et avait choisi le nucléaire pour assurer son indépendance énergétique autant que sa prospérité économique.
    Depuis, un parti politique qui se réclame « de gauche » (et pense qu’il doit forcément détruire des choix faits par un parti « de droite »), n’a de cesse de répéter à nos concitoyens que le nucléaire est une énergie du passé, en promouvant des énergies prétendument « Vertes » qui sont en réalité un gouffre économique autant qu’une impasse technique (on ne peut en introduire plus de 30% dans le mix énergétique français).
    Sa volonté décentralisatrice se heurte à un système de production qui a été centralisé pour des raisons d’optimisation, et son alliance avec EELV l’a conduit à dénigrer l’énergie nucléaire au point de vouloir arrêter par la force de la loi des installations qui ont coûté des milliards d’€ et font profiter nos concitoyens d’un kWh 40% moins cher que la moyenne européenne.
    A ce jeu pervers et à moins qu’une nouvelle alternance politique mette fin à cette hypocrisie et à ce gâchis, des pays comme la Chine mais aussi la Russie et la Corée évinceront la France du panel des industriels capables de vendre du nucléaire à l’exportation, et notre économie continuera sa descente aux enfers.
    Bref, l’intérêt général et le réalisme économique sont des valeurs non reconnues par nos responsables socialistes au pouvoir.

    • Une technologie du passé comparé au moulin à vent. Changer le nom d’un true, et vous en avez un nouveau. (en anglais on dit « wind mill »)

  • Arnaud Daguin > 75 % de la demande énergétique nationale est pourvue grâce à l’énergie nucléaire

    Non : 75% de la _production d’électricité_, spécifiquement.

    95% du transport en France se fait avec du pétrole, par exemple.

    Erreur classique dans les médias, mais étonnant ici.

  • Merci pour cet excellent article qui remet les idées en place.
    Deux remarques à signaler:

    1- le nucléaire produit en France 75 à 80 % de l’énergie ELECTRIQUE, soit moins de la moitié de la consommation totale d’énergie.
    2- Les accidents dont vous parlez se sont produits en dehors du parc nucléaire français et des réacteurs qui en sont issus comme ceux de Koeberg en Afrique du sud et ceux de Daya Bay et Ling Ao en Chine.

    J’étais, il y a deux mois, dans un séminaire qui réunissaient les Indiens, les Vietnamiens, les Malaisiens et les indonésiens. Pour ces quatre pays, la France qui a réussi à construire et à démarrer 58 unités en 18 ans et qui n’a connu aucun incident sérieux en exploitation, fait figure de référence mondiale.
    Le sujet que l’on m’avait demandé de traiter était : »l’électronucléaire français: les clés du succès? »
    J’ajoute que pour ces pays, l’électronucléaire fait partie du développement soutenable.

    • L’objectif des écolos n’est pas de sauver la planète, sinon ils seraient pour les surgénérateur, l’objectif des écolos est de détruire l’économie capitaliste.

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