Nucléaire : une exception française

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

Les réticences de la France vis-à-vis du nucléaire l’empêchent d’avancer pleinement vers un avenir décarboné.

Par Arnaud Daguin

Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)
Centrale nucléaire (Crédits Alpha du centaure, licence Creative Commons)

 

Au deuxième jour de la COP21, François Hollande a annoncé que la France consacrera 2 milliards d’euros au développement des EnR en Afrique. Si les énergies vertes font désormais consensus pour répondre aux problématiques environnementales, le nucléaire reste une énergie qui ne cesse de se développer à travers le monde et ce malgré un certain désaveu français qui pourrait bien handicaper la transition énergétique hexagonale.

La France a un rapport schizophrénique avec son énergie nucléaire. L’Hexagone est le pays où l’atome est roi, c’est un fait. 75 % de la demande d’énergie électrique nationale est pourvue grâce à l’énergie nucléaire. Et pourtant, cette source d’énergie souffre d’une image plus que négative chez les Français, une image ternie par les quelques accidents nucléaires qui ont émaillé l’histoire et qui continuent de hanter nos pires scénarios catastrophes.

Le résultat est une volonté du gouvernement d’amoindrir l’importance qu’a aujourd’hui le nucléaire dans le mix énergétique français en faisant passer sa part à 50 % d’ici à 2025. Si cet objectif inscrit dans la loi sur la transition énergétique adoptée cet été n’a de réelle utilité que de contenter l’opinion publique, les associations et les lobbys qui militent en faveur d’un abandon de l’énergie atomique, il reste néanmoins déconnecté des enjeux économiques et environnementaux actuels auxquels continue de répondre très bien le nucléaire.

En tant qu’énergie décarbonée, le nucléaire permet à la France d’être l’un des pays européens qui émet le moins d’émissions de gaz à effet de serre et l’un des rares à se rapprocher des objectifs fixés par le protocole de Kyoto. En 2013, la production française d’électricité représentait 550,7 TWh. Pour le PDG d’EDF, « Le nucléaire est une énergie d’avenir ». Une position que semble partager la ministre de l’Écologie puisqu’elle rappelait il y a quelques mois l’importance de cette énergie pour réussir la transition énergétique. « Dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident », déclarait alors Ségolène Royal.

Vers un plébiscite mondial du nucléaire ?

Et si l’opinion publique en France semble bouder cette énergie, à l’international, l’énergie nucléaire ne souffre pas des mêmes stéréotypes. La France est même connue à travers le monde pour son expertise en la matière grâce à l’énergéticien hexagonal EDF qui multiplie les projets à l’étranger et est aujourd’hui le premier producteur d’électricité au monde. Au mois d’octobre, EDF finalisait ainsi son partenariat avec le groupe chinois CGN pour la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, au Royaume-Uni. Ce chantier de près de 25 milliards d’euros est le plus gros investissement étranger jamais réalisé Outre-Manche.

Aucune centrale nucléaire n’a été construite en Grande-Bretagne depuis 1995. En plus de faire valoir l’expertise d’EDF à l’international, ce projet marque également les premiers pas de l’industriel chinois dans le domaine du nucléaire occidental. C’est ainsi que ce champion de l’énergie atomique entend étendre son programme de développement de l’énergie nucléaire au reste du monde et profiter de la forte demande internationale en la matière pour multiplier les rentrées d’argent.

Si la France fait la moue lorsque le nucléaire s’invite dans les débats, d’autres pays n’hésitent pas à lui ouvrir grand les bras. La Chine dispose aujourd’hui de 29 réacteurs nucléaires en exploitation et en a 22 en phase de construction, quand autant sont annoncés dans les tuyaux. Ce rendement pourrait bientôt conduire le pays à la tête du deuxième parc mondial, juste derrière les États-Unis.

Le parc nucléaire américain devrait également s’étoffer d’ici à 2020, selon les prévisions de l’EIA (Energy Information Administration). Les États-Unis comptent aujourd’hui 99 réacteurs nucléaires. Malgré la récente fermeture de plusieurs réacteurs, l’EIA indique que cinq nouvelles installations devraient être mises en service dans les cinq prochaines années.

Le Brésil souhaite aussi mettre l’accent sur le nucléaire. Le gouvernement brésilien ne s’est fendu pour le moment d’aucune ligne directrice claire quant au développement de son parc énergétique mais il espère cependant la construction de quatre réacteurs de 1.000 à 1.400 MW d’ici à 2030. Ce chantier permettrait au pays de doubler la capacité de production de ses centrales, ces dernières ne représentant aujourd’hui que 3 % du mix énergétique du pays.

Après avoir délaissé l’énergie atomique pendant plusieurs années en réponse aux sombres épisodes qui ont émaillé son histoire, le Japon se remet peu à peu à l’heure du nucléaire. L’été dernier, soit quatre ans après l’accident de Fukushima, l’archipel a relancé un réacteur.

La fermeture des centrales avait plongé le pays dans d’importantes difficultés financières. Avec la reprise du nucléaire, le Japon entend donc doucement remonter la pente. Pour garantir la sécurité liée à cette réactivation, la centrale de Sendai, où se situe le réacteur, a investi pas moins de 100 millions de dollars.

L’Inde, la Russie, la Corée du Sud ou encore l’Arabie Saoudite sont autant de pays qui ont également fait le choix de favoriser l’essor du nucléaire. Si la France reste distante vis-à-vis de l’énergie atomique, tout en profitant largement de ses avantages, sa position l’empêche d’avancer pleinement vers un avenir décarboné. Le nucléaire est nécessaire et si le gouvernement français se veut prudent, il ne doit pas pour autant faire de bêtises.