La République de Hollande : copinage et compagnie, où est passée l’exemplarité ?

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)

François Hollande avait promis une « République exemplaire ». Qu’en est-il réellement ?

Par Héloïse Brun

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)
François Hollande – Crédits : Parti socialiste (licence creative commons)

 

Être Président de la République n’est pas facile au quotidien : rendez-vous, scandales, rencontres, crises internationales… autant de problèmes qu’il faut gérer au jour le jour et tous sont différents. Mais il y a un problème qui, lui, semble traverser les âges, les mandats et les bords politiques : le pouvoir. Surtout le pouvoir de nomination pour certains postes haut placés et très bien payés. Un piège dans lequel François Hollande avait promis de ne pas tomber lors de sa campagne électorale… et comme la fameuse « inversion de la courbe du chômage », cette promesse a été un échec. Mais pour sa défense il est loin d’être le seul dans ce cas.

La République exemplaire : idéal vs réalité

Idéaliser c’est beau, ça donne de l’espoir. Mais la réalité est bien différente et Kant nous l’avait déjà appris en séparant la Raison Pure de la Raison Pratique. Cela n’aura pas empêché Marx puis Lénine de se laisser tenter par le communisme… ni même les « hippies » de penser qu’un monde sans règles fait de paix et d’amour aurait pu exister.

Et François Hollande n’est pas en reste lorsqu’il a promis, lors de sa campagne électorale, une « République exemplaire ». Une République où le chef de l’État, malgré sa toute puissance, serait illuminé, juste et sans préférences. Une République à la Platon, en somme… mais Platon était un idéaliste. Du coup François Hollande est tombé dans le panneau… et a donné des postes à responsabilité à certains de ses proches. Dernier en date ? Christian Gravel, proche du Premier ministre Manuel Valls et directeur du Service d’information du gouvernement, qui a été nommé préfet hors cadre lors du conseil des ministres du 29 avril 2015.

Les exemples de copinage ne manquent pas sous la présidence de François Hollande

Si la nomination de Christian Gravel était un cas isolé, on aurait pu penser à une erreur, mais malheureusement pour le Président c’est loin d’être le cas. Ce qui fait complètement échouer son projet de République exemplaire. Naturellement, il n’est pas question ici de juger des qualités intrinsèques des personnes nommées à ces postes de responsabilité, on se doute tous que malgré le copinage, la nomination soit justifiée. Mais la proximité entre le nominé et celui qui nomme reste troublante.

Contrepoints454 - République exemplaire - René Le HonzecL’équipe de direction de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) en est un exemple parfait. Cet organe qui gère une très large partie des finances de l’État a, à sa tête, une flopée d’amis et connaissances du Président et de son équipe. Jean-Pierre Jouyet en est le Directeur général, et il est aux côtés de Hollande depuis une bonne trentaine d’années. Odile Renaut-Basso en est la Directrice générale adjointe, après avoir été directrice adjointe du cabinet de l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Thomas Le Drian en est le « Conseiller du Directeur général »… une fonction non mieux définie mais tenue par le fils de l’actuel ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian.

Il ne serait guère difficile de trouver d’autres exemples de nominations « étranges » (pour ne pas dire « douteuses ») dans les rangs de la République. Mais comme nous le disions, François Hollande est loin d’être le seul.

Nicolas Sarkozy : un prédécesseur et un Maître

Sans aller trop loin dans l’histoire de la République, le prédécesseur de François Hollande est également un bel exemple de cet écueil contre lequel les Présidents ne semblent pas pouvoir s’empêcher de se heurter. Et il en est un bel exemple car lui aussi avait, en 2007, promis une « République exemplaire » exempte de copinages et nominations diverses.

Malheureusement pour celui qui brigue déjà un second mandat en 2017 malgré les quelques mises en examen qui pourraient lui barrer la route, tout le monde se souvient de la tentative de faire nommer son propre fils, Jean Sarkozy, à la tête de l’Epad. Une nomination qui a fait un tel scandale qu’elle n’aura finalement pas abouti. Mais bien d’autres ont réussi. Stéphane Richard, qui est encore le PDG d’Orange à ce jour, a été nommé par Sarkozy à ce poste en 2009 alors qu’il était… le directeur de cabinet de Christine Lagarde, alors ministre de l’Économie, et surtout un de ses amis proches.

Et que dire d’Alexandre Juniac, PDG d’Air-France, qui subit une des pires crises de son histoire et n’est toujours pas rentable après quatre années de plans sociaux ? S’il n’a pas été « nommé » par Nicolas Sarkozy à la tête de la compagnie aérienne, sa proximité avec le Président en charge lors de sa nomination en novembre 2011 laisse perplexe. Nicolas Sarkozy lui-même aurait déclaré qu’il « n’avait pas le niveau » pour diriger Areva, avant de le mettre à la tête d’Air France, selon des propos attribués par Anne Lauvergeon, ex-présidente d’Areva à qui le poste a été proposé. Pourtant celui qui a été le directeur de cabinet adjoint au Budget de Nicolas Sarkozy  de 1993 à 1995, qui a côtoyé nombre de ministres et qui a tenté de devenir numéro un de Thalès avec le soutien de l’Élysée en 2009 s’est tout de même retrouvé là où il est aujourd’hui… avec des résultats peu satisfaisants. Comme quoi, les copinages se suivent et se ressemblent au sein de la République Française…