70 ans après 1945, les Français ne disent plus merci à l’URSS

Libération de la ville de Reims (Crédits : Photos Normandie, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Selon une étude Ifop/Metro News, une majorité des Français estime que les États-Unis ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie.

Selon une étude Ifop/Metro News, une majorité des Français estime que les États-Unis ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie. Il y a quelques années encore, c’était l’URSS selon les Français.

Par Alexis Vintray.

Libération de la ville de Reims (Crédits : Photos Normandie, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.
Libération de la ville de Reims (Crédits : Photos Normandie, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

 

Même pour des événements historiques bien connus et enseignés, la perception des responsabilités des différents acteurs évolue dans le temps, parfois largement. C’est ce que vient souligner une étude Ifop/Metro News, réalisée en 1945, en 1994, en 2004, en 2014 et en 2015 : seuls 20% des Français créditaient les États-Unis comme principaux artisans de la victoire des Alliés sur l’Allemagne Nazie en 1945. Aujourd’hui, 70 ans après, ils sont 54%, soit près de trois fois plus. À l’inverse, l’URSS, considérée comme principal artisan de la victoire en 1945 (par 57% des Français) n’est plus jugée ainsi que par 23% des sondés en 2015. Un effondrement massif, qui est le pendant de la montée inverse des États-Unis. Même par rapport à 1994, la tendance est similaire : les États-Unis ont gagné 5% en 21 ans, tandis que l’URSS a chuté de 2%, mais est légèrement moins bas que son plus bas de 2004 à 20%.

Voici les résultats détaillés de cette enquête :

Sondage vainqueur 1939 1945 (Crédits : Ifop Métro News, tous droits réservés)
Sondage vainqueur 1939 1945 (Crédits : Ifop Métro News, tous droits réservés)

 

Jérôme Fourquet, analyste politique à la tête du Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’Ifop résume ainsi l’évolution : « Pendant longtemps, l’URSS de Staline était, aux yeux d’une écrasante majorité, l’artisan de la défaite de l’Allemagne nazie. Dans les années 90, le jugement s’est complètement inversé ». Pourquoi une telle évolution dans la perception populaire, sans même se prononcer sur le fond ? L’historienne Virginie Sansico, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, l’explique ainsi pour Métro News : « Sous De Gaulle, qui était anti-atlantiste, on n’était pas prompt à entretenir la mémoire du Débarquement. De plus, le Parti communiste a longtemps contribué à valoriser les Soviétiques, du temps où il avait une forte influence. Les premières commémorations du Débarquement appuyées par l’État ont eu lieu seulement en 1984, organisées par Mitterrand : elles marquent une rupture dans l’opinion. » À l’inverse, on peut ajouter aujourd’hui une influence culturelle plus grande des États-Unis, avec en particulier de nombreux films qui traitent du débarquement de Normandie, bien plus que du front de l’Est, sur lequel beaucoup plus trouvèrent pourtant la mort.

Des explications qui permettent aussi de comprendre pourquoi les réponses des sondés varient fortement en fonction de l’âge : si 59% des Français de 18 à 34 ans donnent le premier rôle aux États-Unis, ils ne sont plus que 45% chez les 65 ans et plus, qui ont grandi dans l’après-guerre dominée par l’anti-atlantisme et un Parti Communiste Français à son apogée. L’explication « politique » est renforcée par l’analyse des résultats par proximité idéologique : les sympathisants des partis les plus à gauche, le Front de Gauche et Europe Écologie / Les Verts sont aussi les moins nombreux à reconnaître le rôle américain (32% et 43% respectivement, à plus de 20% et 10% de moins que le reste des sondés) et les plus nombreux à créditer l’URSS de Staline (32% et 26%). Vous avez dit dissonance cognitive ?


À lire aussi : Étude détaillée sur le site de l’Ifop

Méthodologie : sondage réalisé auprès d’un échantillon de 995 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, par questionnaire en ligne du 4 au 6 mai.