Attentats à Paris : vous avez dit « bien gérés » ?

François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)

Selon les médias, Hollande et l’ensemble de l’exécutif auraient géré de manière exemplaire la crise. Vraiment ?

Par Héloïse Brun.

François Hollande CC flickr Mathieu Delmestre Parti socialiste

Depuis 2012 la France a la gueule de bois. Depuis la fameuse journée du 7 janvier 2015 elle a la tête dans son propre sang. Peu après l’émotion légitimement suscitée par les atrocités des trois islamo-racailles, les médias se sont lancés comme un seul homme dans le « Hollande et l’ensemble de l’exécutif ont géré de manière exemplaire cette crise ». Exemplaire ? Hollande ? Sa nullité a juste été moins visible qu’à l’accoutumée. Éléments d’explications (comme disent les pipeauteurs du PAF).

La France est une cible du terrorisme depuis des décennies. Toute personne raisonnable savait qu’un jour le pire arriverait sur notre territoire. Des innocents seraient tués à cause de la folie barbare d’un petit groupe. Les services de renseignement ont beau être très performants, il devient irréaliste de répondre à une menace de plus en plus grande avec des moyens réduits et une justice au laxisme coupable. Que fait donc un Coulibaly dans la rue (armée d’une kalachnikov) alors que ce dernier a été condamné pour tentative d’évasion d’un islamiste radical notoire moins de cinq ans auparavant ? Pire (si cela est possible) avec sept condamnations, les peines cumulées auraient dû isoler Coulibaly de la société pendant 20 ans. Mais non, les petites frappes transformées en islamistes écervelés sont libres de tuer où et quand elles le veulent.

Mais passons les égarements coupables de la justice et penchons-nous sur la gestion de la crise louée par nos médias préférés. Hollande a été l’homme de la situation, sa gestion de la crise est exemplaire, il a guidé la France à travers les ténèbres. Encore une couche et on confondrait presque le roitelet de l’Élysée avec un des courageux hobbits du Seigneur des Anneaux. La réalité est bien moins tendre avec le chef de l’État. Hollande a subi les événements – comme toujours – et ce ne sont que les circonstances exceptionnelles qui ont changé la perception des journalistes.

Qu’a fait concrètement le président pendant les trois jours qui ont ensanglanté la France ? Il a communiqué sur les différentes réunions de crise qu’il a convoquées. Des réunions pendant lesquelles il attend désespérément de bonnes nouvelles de la part des services de renseignement et des forces de l’ordre. Quelle décision prendre quand en cas de crise aussi grave, chacun sait ce qu’il doit faire et que nul ordre n’est attendu de la part d’un président dépassé par les événements ? Il faut juste attendre – dans l’angoisse – que le cauchemar prenne fin et appeler au rassemblement de toute la nation. Ce rassemblement a pris le nom d’unité nationale. Très bien. Mais tout autre président aurait fait pareil étant donné que c’était la seule chose à faire.

Ce qu’il a fait et que n’aurait peut-être pas fait un autre, c’est venir quelques minutes après la tuerie dans la rue qui abritait Charlie Hebdo. Venu marquer son effroi et sa détermination à lutter contre les islamistes. Une sortie très médiatisée bien inutile et au danger mortel. Quel président digne de ce nom serait venu s’exposer aux balles d’un terroriste resté dans le coin sans alerter les passants ? Une rafale et c’est la moitié du gouvernement qui était à terre. Certes, ils sont nuls, mais ils ne méritent pas de figurer dans l’histoire comme victimes du terrorisme et de leur propre bêtise.

Union nationale : vive la force des images

Le pays est choqué et se rassemble comme un seul homme. Réflexe salutaire, sursaut d’orgueil, souffle de vie, appelons-le comme on voudra, les toutes premières réactions ont été dénuées de charges politiciennes très malsaines en temps de crise. Les gens se sont réunis spontanément sur la place de la République et n’ont pas attendu un feu vert officiel pour partager leur peine et dire non au terrorisme. La grand-messe, elle, eut lieu le dimanche 11 janvier. Il y eut deux défilés. Celui des Français venus par millions et celui organisé pour les figures politiques issues des quatre coins du monde. Les images les plus impressionnantes sont celles de cette foule innombrable où pendant plus de deux heures, il fut impossible de faire le moindre pas tant les rues étaient saturées d’hommes et de femmes venus clamer leur liberté. Pour Hollande, l’image la plus importante était celle de l’union nationale même s’il a réussi à se prendre les pieds dans le tapis avec le méli-mélo de la présence, ou pas, du Front national. Le président ne s’est pas pensé comme chef de l’État dans cette situation, mais comme chef de parti. Triste retour à la réalité politicienne que n’a jamais quittée un Hollande qui a décidément du mal avec la hauteur de vue et la grandeur d’âme.

Une union nationale nécessaire est utile à un président qui pense pouvoir surfer sur une marée montante d’opinion favorable. Symptôme logique, les Français abreuvés de « Hollande a bien fait son boulot » à longueur de temps, ont mis de côté leurs préoccupations essentielles l’espace de quelques jours. Une fois l’émotion passée, le visage de la nullité s’affichera sans fard sur un président aux abois. Les journalistes et instituts de sondage s’en donnent pour le moment à cœur joie, mais le retour de bâton ne se fera pas sans dégâts.