Otages : Payer la rançon ou pas ? Le désaccord franco-américain

Suite à l’exécution du journaliste américain James Foley, les républicains accusent la France de favoriser les prises d’otage en payant les rançons.

Par Guy Sorman

 

Après l’exécution du journaliste américain James Foley par les islamistes syriens, le 19 août, le gouvernement américain a rappelé que, par principe, il ne versait jamais de rançon aux ravisseurs et que l’envisager encourageait les enlèvements. Plusieurs parlementaires républicains et des journalistes de Fox News ont accusé la France de favoriser la prise d’otages parce qu’elle payait toujours une rançon pour la libération de ses concitoyens.

À l’appui de cet argument, on fait observer du côté américain que les otages français sont les plus nombreux aux mains des islamistes. Et il est exact que les États-Unis ne payent jamais et que la France paye toujours ! Lorsque Ronald Reagan parvint à la Maison Blanche en 1981 et obtint la libération des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, il fut accusé d’avoir payé alors que Jimmy Carter aurait refusé. Mais cette mise en cause de Reagan fut plutôt politicienne, aucune preuve n’ayant jamais été apportée.

La controverse franco-américaine a véritablement commencé en 1985, avec l’enlèvement à Beyrouth de deux diplomates et deux journalistes français, dont Jean-Paul Kauffmann. Ceux-ci restèrent otages du Hezbollah, agissant sur ordre de l’Iran, pendant trois ans. Enlevés sous un gouvernement socialiste, ils furent libérés sous un gouvernement « chiraquien ». Celui-ci a toujours nié avoir payé, mais plusieurs enquêteurs ont retrouvé le cheminement de fonds secrets par l’intermédiaire d’une banque libanaise, basée à Paris, la Banque de Participation et de Placement. Les otages libérés, cette banque disparut mystérieusement, effaçant toute trace de transaction.

Plus récemment, c’est avec mollesse que François Hollande et Laurent Fabius ont démenti le versement de rançons aux islamistes du Mali : mais de source non vérifiable, on estime à un million d’euros la somme payée par otage libéré. Pour le journaliste américain James Foley, les islamistes auraient demandé neuf millions de dollars.

Entre « réalisme français » et « idéalisme américain », il est difficile d’arbitrer. La vérité est également difficile à prouver. Mais les circuits sont connus : Présidents et Ministres disposent de fonds secrets en liquide, globalement approuvés par les Parlements, et les gouvernements utilisent aussi le système des rétro-commissions sur les ventes d’armes pour « défrayer » les intermédiaires.

Le plus regrettable dans ces affaires tragiques est le manque de concertation entre la France et les États-Unis, aggravé par le total manque de confiance entre François Hollande et Barack Obama.


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