Assange, Wikileaks : la persécution d’État

Fabriquées de bric et de broc, les accusations contre Assange visent l’intimidation de tous, journalistes, blogueurs, citoyens. Quelques rappels.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Swartz, Manning, Assange

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Assange, Wikileaks : la persécution d’État

Publié le 24 août 2014
- A +

Par Vincent Andrès

WarOnPublicInfo.jpg

« La meilleure arme d’une dictature est le secret, mais la meilleure arme d’une démocratie
devrait être la transparence. »
— Niels Bohr

« Le journalisme c’est publier ce que quelqu’un d’autre ne veut pas voir publié.
Tout le reste relève des relations publiques ».
– George Orwell

 

Suite au buzz récent autour de la vraie fausse sortie prochaine de Julian Assange de l’ambassade d’Équateur, Contrepoints est au regret de ne pas s’associer à ses collègues de la presse mainstream pour répéter en boucle à quel point nous ne savons rien à ce sujet. Par contre, plutôt que de gaspiller des temps de cerveaux à débiter des non-informations, nous saisissons cette opportunité pour rappeler quelques éléments dans cette affaire tristement emblématique des atteintes étatiques aux libertés.

Rappel préliminaire : Julian Assange n’est inculpé de rien.

Les accusations contre Assange sont fabriquées de bric et de broc

  • Le préservatif utilisé comme preuve contre Assange ne contient pas son ADN comme le relatent deux sources ici et ici. Dans d’autres affaires, la justice se montre souvent plus tatillonne quant à la crédibilité du témoin qui a fourni une pareille « preuve ».

La liste des irrégularités dans le traitement de l’affaire, aussi bien par la justice anglaise que par la justice suédoise, est trop longue pour ce court article de synthèse. Le lecteur intéressé doit consulter les sites spécialisés sur ce dossier : justice4assange.com, wikileaks actu francophone. En juin 2014, pas moins de 59 associations internationales œuvrant pour les droits de l’homme ont saisi l’ONU pour faire cesser les violations constatées dans cette affaire.

La « justice » au service de l’État et le deux poids deux mesures

  • Faut-il rappeler la liberté dont jouissait Pinochet en Angleterre, et les polémiques, alors qu’il était accusé non pas de viol, mais de crimes contre l’humanité ?
  • Pas un seul des crimes de guerre mis en lumière par wikileaks n’a fait l’objet d’investigations ou de poursuites. Les victimes, réelles, se comptent pourtant en centaines.
  • Tous ceux qui ont entrainé les États-Unis dans la guerre en Irak sur des allégations mensongères (armes chimiques etc.) n’ont encore jamais été inquiétés. Pas le moins du monde.
  • Pour mémoire, l’État US a refusé de rendre publiques les transcriptions (greffier) du procès Manning (c’est dire s’il est fier de ce procès) obligeant la défense à financer son propre sténographe.
  • On pourrait aussi s’appesantir sur les attaques informatiques subies par wikileaks et dont les auteurs n’ont été ni recherchés, ni bien sûr identifiés.
  • Visa & MasterCard autorisent les donations au Ku Klux Klan, mais ont bloqué WikiLeaks.

On pourrait hélas longuement prolonger cette liste. Voilà en 2014 nos « États de droit » à géométrie variable. Les fripouilles semblent être partout dans l’appareil d’État, jusqu’au sommet, et les justes persécutés.

Le vrai crime d’Assange

« Government is the Entertainment division of the military-industrial complex. » –– Frank Zappa

Le véritable crime de Julian Assange est d’avoir participé à révéler des informations sur les ignominies que commettent quotidiennement les États. Bref, d’avoir fait du journalisme (au sens originel du terme). Et en particulier d’avoir contribué à la diffusion d’une fameuse vidéo sur un massacre de civils depuis un hélicoptère en Irak en 2007, vidéo vue des millions de fois. Crime de guerre toujours impuni. Le contribuable occidental doit absolument continuer à croire aux fariboles de la « noble lutte pour la démocratie au loin » de manière à continuer à financer ces diversions et les bonnes affaires du complexe militaro-industriel. Informer le public sur la réalité d’un conflit est donc effectivement un crime contre les intérêts des groupes qui instrumentalisent l’État à leurs propres fins.

Les accusations proférées contre Julien Assange n’ont pas d’autre but que de lui coller un fil à la patte (et également de le salir à peu de frais) pour le ramener aux États-Unis le moment venu et vraisemblablement l’y emprisonner pour une très longue durée à titre d’exemple pour tous les autres whistleblowers de par le monde. L’État apparait dans cette affaire pour un ramassis de voyous qui pratiquent l’intimidation de tous, citoyens, journalistes, blogueurs, lanceurs d’alertes, via la persécution médiatisée de quelques-uns.

La surveillance de J. Assange à Londres coûte une fortune au contribuable anglais. Certains qualifient cela de gaspillage, mais l’État de son côté ne considère pas cela comme un gaspillage. Ne nous y trompons pas, c’est de facto le coût délibéré d’une intimidation volontairement médiatisée et à destination de nous tous. Mais, à force de s’asseoir sur la légalité, la légitimité et la morale, c’est tout l’édifice démocratique que les inconscients sapent tranquillement.

Julian Assange n’a pas commis de crime contre le peuple américain, il a commis un crime contre l’État américain, enfin du moins contre ceux qui instrumentalisent l’État américain. Le fait qu’il soit persécuté pour avoir révélé des informations à la population montre bien à quel point l’État US (comme tant d’autres) est complètement découplé de la population.

Wikileaks Aujourd’hui

Sans tambours ni trompettes (ce qui est bien normal de la part des médias subventionnés) et bien que cela soit rendu compliqué par la non-liberté de mouvement de son fondateur, wikileaks continue de divulguer régulièrement, sur un rythme mensuel/bimensuel, des informations. Tout aussi silencieusement, wikileaks a fait des émules de par le monde. En France, mentionnons par exemple WeFightCensorship, le site de Reporter Sans Frontières, ou FrenchLeaks de Mediapart.

Pour plus de détails, le lecteur intéressé est renvoyé à l’article original ainsi qu’aux liens plus complets ayant servi à l’écriture de cet article de synthèse :

Pour un rappel (non exhaustif) des multiples informations rendues publiques grâce à wikileaks, nous renvoyons aussi à un précédent article de Contrepoints.

Les informations et liens complémentaires que les lecteurs voudront bien communiquer sont d’avance bienvenues.

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • on comprend mieux pourquoi les merdias en france et ailleurs continuent à nous fournir des infos ( ou plutôt des propagandes ) pour nous endormir ; les assanges et cie ont des convictions qui leur donnent le courage qu’il faut pour nous tenir au courant de tout ce que l’on voudrait nous cacher ; et puis eux n’attendent rien des états sauf la prison dans le meilleur des cas ;

  • L’histoire de Aaron Swchartz harcelé par un juge psychopathe est aussi symptomatique du pouvoir, octroyé par l’état, que possèdent certains sur les citoyens et dont ils usent et abusent sans vergogne pour protéger leurs privilèges.
    Un livre sorti il y a une vingtaine d’années sur la Mafia portait le titre « La Pieuvre ». Aujourd’hui, c’est à l’état qu’il faut donner ce qualificatif.

  • la question dans tout ça est aussi de savoir si Wikileaks est ou pas un projet gouvernemental visant à promouvoir la transparence politique?
    cette question me semble largement plus importante que ce qui se passe en Suède… pourquoi Julian Assange n’explique pas une fois pour toutes quels sont ses liens véritables avec les services secrets et pourquoi autant de mystères autour de son organisation?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

D’abord, rappelons-nous. Onze ans après les révélations WikiLeaks, Julian Assange finit par être interpellé à l’ambassade d’Équateur à Londres. Il est immédiatement livré à la justice britannique et placé en détention provisoire. Les États-Unis réclament alors son extradition.

Le lanceur d’alerte avait de sérieux espoirs d’y échapper pour trois raisons :

Un état de santé préoccupant, La liberté d’expression et le droit à l’information dont son alerte est le symbole, Et la jurisprudence Snowden.

 

Ce n’est en effet ... Poursuivre la lecture

Par Pierre Farge.

Un témoin clé contre Julian Assange admet avoir menti en échange de l’immunité américaine. Un élément central de l’accusation américaine s’effondre. Pierre Farge, avocat, auteur de l’ouvrage Le Lanceur d’alerte n’est pas un délateur, rappelle un procès politique où les États-Unis sont prêts à tout pour condamner l’auteur des Wikileaks, y compris piétiner le droit à pieds joints.

--

En France, la subornation de témoin est punie conformément à l’article 434-15 du Code pénal, disposant ainsi que :

Le... Poursuivre la lecture

Par Pierre Farge.

Saisie par les autorités américaines, la justice britannique a refusé la demande d’extradition de Julian Assange, le lanceur d’alerte des Wikileaks. Si ce refus semble heureux à l’opinion, il ne permet pas pour autant sa libération. Pierre Farge, avocat de lanceurs d’alerte, témoigne ici comment, en réalité, la situation s’aggrave. 

Début janvier 2021, onze ans après les premières révélations dites Wikileaks, un énième chapitre s’écrit pour Julian Assange, le lanceur d’alerte détenu dans une prison londonienne ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles