L’individu face à ses choix (3) : Décentraliser jusqu’à l’individu

René Stratégie

L’individu et la société sont gagnants lorsqu’on individualise les décisions.

Par Baptiste Créteur

René StratégieDe l’histoire des hommes et de l’analyse des expériences individuelles, nous avons conclu que, si la concurrence amène parfois le succès et parfois l’échec, l’uniformité assure l’échec à long terme. En effet, ce n’est pas la rigidité qui fait la solidité, mais la flexibilité.

Plusieurs leçons peuvent en être tirées. D’abord, les bénéfices de la décentralisation et de la concurrence entre régions, aussi bien dans les décisions prises que dans le système politique. Plus les régions sont petites, plus le pouvoir est proche des citoyens, géographiquement mais aussi dans l’exercice quotidien de ses fonctions. On peut ne pas aimer le maire dans une petite ville, le lui dire, et déménager pour cette raison ; mais on peut plus difficilement joindre un parlementaire européen, et la distance à parcourir pour déménager est plus prohibitive.

On peut pousser le raisonnement plus loin. À l’échelle d’une société, il faut privilégier le choix et la responsabilité individuels ; en rendant chaque individu dépendant de tous les autres, les échecs individuels peuvent se transformer en désastres, et les succès récompensent à peine leurs auteurs. Certains parlaient du crony capitalism comme d’un système où on privatise les profits et on socialise les pertes ; on a pu observer ce phénomène avec le bailout des banques aux États-Unis. Mais pour les petites entreprises dans la France socialiste d’aujourd’hui, on socialise les profits en taxant ceux qui réussissent, et on privatise les pertes. Il faut, pour permettre l’innovation, privatiser pertes et profits – rien n’empêche ensuite chacun d’entre nous de tendre la main aux nécessiteux et à ceux qui auraient échoué, au contraire. Le mécanisme est similaire à la sélection naturelle, avec certaines nuances ; notamment parce que les hommes sont récompensés aujourd’hui plus sur la base de leurs choix que de leurs mutations génétiques, et parce qu’ils font naturellement preuve d’empathie.

L’individu et la société sont gagnants lorsqu’on individualise les décisions. Et perdants lorsqu’on les collectivise. En effet, l’ensemble de la société bénéficie des succès de chacun, car le succès est fait du bénéfice qu’on apporte aux autres. Mais tous sont perdants lorsqu’on choisit pour eux ; la valeur est subjective, d’une part, et les choix faits ont toutes les chances d’être mauvais d’autre part.

Il vaut mieux, donc, une société de taille modeste où les individus sont libres et responsables ; les décisions décentralisées deviendront des succès qui bénéficient à tous et des échecs qui ne coutent qu’à leurs responsables (sans les condamner, loin de là).

« Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » – Winston Churchill

L’idée est simple, mais les obstacles sont nombreux. Il faut affronter la soif de pouvoir des hommes politiques qui, de tout temps, ont cherché à subjuguer les individus autant que ces derniers étaient prêts à les laisser faire (et souvent plus, ce qui a souvent causé leur perte).

Les hommes de pouvoir ont, dès qu’ils ont pu assurer leur emprise, développé des structures bureaucratiques pour régir les hommes. Pour ce faire, ils ont, en certains endroits de la planète, favorisé le développement de l’écriture – mais de systèmes si complexes que les individus capables de les manier et les usages auxquels ils étaient employés sont assez limités pour que les historiens soient capables de les connaître tous, ou presque1. Ce n’est que quand l’écriture a été simplifiée qu’elle est devenue un instrument de diffusion et de partage de l’information et de la connaissance plutôt que de pouvoir – où est-ce l’inverse ?

Les hommes de pouvoir ne cherchent pas à assurer le bien-être de la population. Même dans une démocratie moderne comme la France, pays des droits de l’homme et phare du monde (sic), ils s’attellent non pas à trouver les meilleures solutions, mais à faire en sorte que ce soit eux plutôt que leurs rivaux qui dirigent les Français – à leur propre profit, cela va sans dire. Il y en a sans doute de bons, mais ils sont rapidement confrontés à un choix : entre faire partie du système et suivre ses règles, ou en être exclu.

Mais pas seulement ; il nous faut aussi affronter la peur du changement et de la responsabilité qui, à des degrés divers, sont en chacun de nous.

« Peu à peu, j’ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États ni les classes ni les partis, mais qu’elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l’humanité. » — Alexandre Soljenitsyne

Car n’avons-nous pas tous en nous une certaine peur du changement ? N’avons-nous pas tendance à nous défausser, au moins en partie, de nos responsabilités ?

À suivre.


Lire aussi les deux premières parties :

  1. Pour certains systèmes, les quelques scribes capables de l’utiliser se comptaient sur les doigts d’une main et ont été identifiés grâce à leur écriture