Banlieues : et s’il suffisait de ne rien faire ?

Comment résoudre les problèmes des banlieues ? Voici quelques pistes novatrices pour l’emploi ou le logement.

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Banlieues : et s’il suffisait de ne rien faire ?

Publié le 15 juillet 2013
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Par Natasa Jevtovic.

Je viens de lire l’ouvrage Toxi-cités : pour en finir avec les ghettos de Nadhéra Beletreche, conseillère en communication au cabinet de Sylvia Pinel, ministre de l’artisanat, du commerce et du tourisme. L’auteur dresse un excellent portrait de la banlieue, de la ghettoïsation des populations défavorisées – souvent issues de l’immigration – et d’inégalité des chances promue et consacrée par l’éducation nationale. L’ouvrage était édifiant, et pourtant il m’a laissé sur ma faim car il lui manquait la moitié : les propositions et les éventuelles solutions.

La collectivisation contre la propriété immobilière

L’auteur dénonce d’abord la collectivisation des logements dans le parc social et semble y voir une volonté de ségréguer les populations originaires des anciennes colonies. Seulement, la vérité est ailleurs. Dans une société profondément inspirée d’idées marxistes, cette trappe à la pauvreté sert à maintenir une population dans la dépendance pour fournir un électorat aux partis de gauche, qui sont le plus souvent au pouvoir dans les banlieues.

Sur le site de Paris Habitat, il est possible de calculer le loyer moyen pour un logement social. On y apprend qu’un appartement de 4 pièces coûte 502€ mensuels, ce qui revient à environ 6 000 € annuels. Une famille qui peut débourser un loyer de ce montant peut tout à fait consacrer la même somme au remboursement d’un crédit immobilier et devenir propriétaire de son logement au terme de son prêt.

Presque tout le monde peut bénéficier d’un logement social car les plafonds de ressources sont plutôt élevés. Mais pourquoi ne pas envisager la disparition des HLM ou les réserver aux seules personnes en grande précarité, pour une durée déterminée et jusqu’à ce que leur situation s’améliore ? Pourquoi ne pas favoriser l’accession à la propriété ? Il suffit de prendre l’exemple des sans-papiers : sans carte de séjour, ils ne peuvent bénéficier d’un logement social et habitent donc dans le secteur privé. Dès leur régularisation, ils montent souvent des petits commerces et finissent par acheter leur propre logement, n’ayant pas de la patience pour attendre pendant dix ans l’obtention d’un HLM. Mais la propriété privée est idéologiquement inacceptable pour un marxiste ; elle implique un enrichissement immoral et une éventuelle transmission familiale de cette richesse, provoquant l’inégalité des chances entre ceux qui héritent et ceux qui n’héritent pas.

La dépendance contre l’initiative individuelle

Il existe une autre théorie marxiste, omniprésente auprès des intellectuels de notre pays et coupable de bien des maux dans nos banlieues : la théorie de la dépendance. Développée par les marxistes sud-américains, elle a été utilisée pour démontrer que l’échec du développement de certains pays devait être attribué à l’impérialisme des grandes puissances. Qu’y a-t-il de plus facile que de croire aux théories du complot et attribuer nos propres défaillances au complot international – qu’il s’agisse de l’hégémonisme américain, de l’Europe « ultralibérale », du lobby financier, des médias, des sionistes ou des francs-maçons… ? Derrière le rideau de fer, à l’époque de l’empire soviétique, la population ne pouvait pas voyager dans les pays capitalistes et se rendre compte d’elle-même que les pauvres n’y étaient pas aussi pauvres que ça ; on pouvait alors lui raconter les fables concernant la justice sociale de laquelle était supposée bénéficier. Mais aujourd’hui, les théories du complot ne sont plus intellectuellement défendables.

Ainsi, lorsque Nadhéra Beletreche écrit que « la gauche doit prendre à bras-le-corps la question de la représentation politique des habitants des cités, et accepter de partager le pouvoir avec eux » (p. 116), elle demande l’impossible. Dans une démocratie, la représentation politique se fait par les élections. Les partis politiques ne peuvent embrigader les militants de force. De surcroît, ce n’est pas à la gauche de chercher les adhérents comme si elle proposait la seule solution. Personne n’empêche les jeunes des banlieues de s’engager politiquement, mais ils ne le souhaitent pas et s’abstiennent même du vote car ils ne partagent visiblement pas les idées du PS ou du PCF.

La solution pour en finir avec les ghettos, selon Nadhéra Beletreche, c’est de solliciter l’aide de François Hollande. « La gauche ne doit pas manquer son rendez-vous historique avec les cités. Elle doit aller plus loin et donner aux habitants des quartiers leur place dans la République » (p. 123-124). Encore de la dépendance.

Il n’est pas judicieux d’infantiliser les gens en évoquant systématiquement la responsabilité de l’Etat ou des partis politiques. Les initiatives personnelles sont nécessaires et salutaires ; les populations des banlieues sont plus que capables de les initier et concrétiser.

L’assistanat contre l’esprit d’entreprise

Pour Camille Bedin, secrétaire nationale de l’UMP en charge de l’égalité des chances et auteur de Pourquoi les banlieues sont de droite, « les valeurs portées par les jeunes des banlieues sont avant tout libérales et de droite. Il s’agit tout d’abord de la liberté, du travail, du mérite, du fait de gagner son argent, et la réussite individuelle. Dans les quartiers, un jeune sur deux veut créer sa boîte! (…) Et ils sont contre le plafonnement des salaires, car leur rêve est bien de gagner le plus d’argent possible. De plus, il y a un rejet total de l’assistanat. Ils ne croient plus en l’État, seulement en eux-mêmes. Les autres valeurs de ces banlieues, ce sont la transmission familiale. Quand la gauche veut faire table rase du passé, eux veulent faire la fierté de leurs parents. »

Nadhéra Beletreche attribue le manque d’intégration professionnelle et économique des jeunes des cités aux préjugés racistes. Elle donne l’exemple de l’entrepreneur Aziz Senni, que les professeurs voulaient orienter vers un CAP boucherie malgré une moyenne générale de 14/20[1]. Malheureusement, elle ne raconte pas comment il a réussi son parcours : il a d’abord créé son entreprise de taxis collectifs, puis un fonds d’investissement à l’image des business angels dans les pays anglo-saxons, qui financent d’autres jeunes entrepreneurs pour finaliser leurs projets. Les préjugés racistes ne sont donc pas décisifs et il appartient à la société civile de les combattre. Quant à Aziz Senni, il a réussi tout seul, en partant de rien. En revanche, il ne vote pas à gauche : il est centriste et libéral.

Les jeunes des cités feront d’excellents chefs d’entreprise. Ils sont audacieux et inventifs : il suffit de voir leur créativité pour inventer les néologismes afin d’enrichir leur langue, ou encore leur implication dans l’économie souterraine. Cette dernière a été applaudie par les chercheurs dans les anciennes économies socialistes car c’était un passage intermédiaire vers l’économie de marché ; elle avait « un rôle positif, à la fois de stabilisateur social et de mécanisme d’accumulation primitive du capital » [2]Et si l’État faisait une campagne de sensibilisation, ou mieux encore, s’il offrait l’amnistie aux petits trafiquants en échange d’un projet d’entreprise ? Il pourrait être assorti d’un prêt remboursable, plus responsabilisant qu’une subvention, et des avantages fiscaux accordés à la création de toute nouvelle activité. Mais je vois mal François Hollande proposer un tel projet aux jeunes.

Trois pistes, donc, pour en finir avec les ghettos : la propriété immobilière, la responsabilité individuelle, l’entreprise privée. Et trois nouvelles idées à explorer pour Nadhéra Beletreche, pour un prochain ouvrage sur le sujet.


Notes :

  1. Aziz Senni, L’ascenseur social était en panne alors j’ai pris l’escalier, L’archipel, Paris, 2005.
  2.  Patrick Mordacq, De l’Est aux Est(s) : la transition, Problèmes économiques, 3-10 novembre 1989, p. 70.
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  • Modération Contrepoints >>

    Message modéré. LES APPELS AU MEURTRE, QUI PLUS EST, DE MASSE, NE SERONT PAS TOLÉRÉS ICI. DERNIER AVERTISSEMENT AVANT BANNISSEMENT.

  • Précisions qu’Aziz Senni, comme il le raconte dans « de la cité à la city », a du, pour pouvoir décoller, aller finir ses études en Suède puis commencer sa carrière professionnelle à Londres. Sans quoi il lui aurait été bcp plus dur de démarrer quoi que ce soit en France.

  • Une famille peut débourser 600 euros de loyer donc elle peut acheter ?

    Une jolie utopie, qui est la cause d’immeubles entiers en déshérence, car vous oubliez 2 choses : les charges et les impôts fonciers.

    C’est à partir de ce type de calculs « oublieux » qu’on arrive a des ascenseurs jamais entretenus et des gens qui jettent leurs poubelles du 10éme étage.

    Je ne suis pas allée plus loin dans votre article.

    • En supposant 50€ de charges mensuelles (ça doit être pas loin de ça, pour 600€ de loyer tout compris) ça fait 550€ remboursables par mois. Soit, sur 30 ans, 320000€ empruntables à 3% par an.
      C’est sûr, on s’achète pas un 6 pièce dans le VIIe avec ça. Mais un appart coquet dans une banlieue tranquille, voir un bel appart en pronvince, oui.

      Et pour emprunter sur une telle base, il suffit d’avoir 1650€ de revenus nets mensuels. Avec deux SMIC, c’est sans problèmes. Et les banques prêteront sans problème. Elles auraient plutôt tendance à trop prêter…

      Le vrai problème c’est l’incitation à ne pas se bouger, et la volonté des politiciens de maintenir leur clientèle sous leur coupe.

  • Faudrait surtout rétablir l’ordre avant de penser à quoi que ce soit

  • Sceptique sur cette obsession de la propriété de son logement…

    Commençons par :
    1) Libérer le marché de la drogue => moins de délinquance
    2) Libérer le foncier => logements moins chers (en achat ou location)
    3) Libérer le travail (Code du Travail à nettoyer) => moins de chômage
    4) Libérer le capital (taxation faible et simple) => afflux d’investissements => augmentation des salaires
    5) Libérer le marché du transport de personnes (fin des monopoles publics) => ouverture sur l’extérieur.

    • pour 1) et 2) je suis d’accord sur le principe (même si 1) me semble d’un point de vue éthique difficilement acceptable).
      Pour 3) et 4) je suis plus sceptique :
      – le code du travail mérite d’être simplifié mais de là à résorber le chomâge ; il faut créer des emplois, et pas forcément des emplois précaires (qui donnera du chômage frictionnel, certes mieux que du chômage longue durée ). C’est à dire investir en formation pour les gens à la recherche d’un emploi ET aussi ceux qui sont en poste… et là le bat blesse actuellement.
      – l’afflux d’investissement est une bonne chose mais étant donné que le capital cherche toujours au moins cher, l’augmentation des salaires, ce sera aux calendes grecques.
      Pour 5) le système mixte me semble assez pertinent (association public – privé ) pour gérer les différents périmètres d’intervention.

      • « il faut créer des emplois »

        Yakafokon…

        Et ils se créeront, vu l’assouplissement des conditions, qui sont autant de charges supplémentaires sur le contrat de travail.

        «C’est à dire investir en formation pour les gens à la recherche d’un emploi»

        Et la formation, c’est aux entreprises de le faire, pas à l’État. Encore faut-il ne pas leur enlever les moyens.

        « – l’afflux d’investissement est une bonne chose mais étant donné que le capital cherche toujours au moins cher, l’augmentation des salaires, ce sera aux calendes grecques. »

        Le capital cherche le moins cher, soit… Et les travailleurs, cherchent le plus rémunéré, pourtant, plus l’offre de travailleurs est abondante, plus les salaires baissent.

      • Quand le capital est abondant, il se fait concurrence, ce qui entraîne l’augmentation de la part des salaires dans la valeur ajoutée. C’est pourquoi le salarié français est mieux payé que le salarié chinois. Ce n’est certainement pas « grâce au SMIC » (véridique, je l’ai entendu !).

        Il n’y a que par accumulation du capital dans la société que les salaires peuvent augmenter. Donc ne s’occuper que du code du travail sert « juste » à résorber le chômage, pas à améliorer le sort des salariés en poste.

      • « pour 1) et 2) je suis d’accord sur le principe (même si 1) me semble d’un point de vue éthique difficilement acceptable)…. »

        Ah. Donc, d’après vous, il est plus acceptable (éthiquement) d’être alcoolique que cocaïnomane (par exemple) ? Pour quelle(s) raison(s) ?

        Je serais heureux d’entendre votre point de vue sur la question…

  • Encore une fois cf Singapour ou l’Etat mene une politique d’aide a l’accession a la propriete au benefice des citoyens singapouriens

  • Bonjour,
    je pense que votre postulat de base est faux :
    un crédit même sur 25 ou 30 ans avec 500 euros de traites mensuelles ne permet pas de devenir propriétaire d’un 4 pièces à Paris ou en banlieue parisienne.
    500 euros par mois sur 25 ou 30 ans, aux taux d’intérêt actuels et pour les prix immobilier constatés en Ile de France permet de devenir propriétaire (je parle sans apport initial ou presque) d’un studio ou au mieux d’un 2 pièces.
    Pouvez-vous détailler votre raisonnement (si vous en avez le temps et l’envie bien sûr) ? Comme c’est un point clé de votre article je me permets d’insister pour bien le comprendre.

    • Paris est un marché de luxe, international et exceptionnel, dont les prix correspondent à la moyenne des 5 ou 6 capitales internationales dans le monde. C’est une exigence exorbitante sans fondement intelligible d’exiger que l’ensemble des Français puissent vivre à Paris, aussi infondée et déraisonnable que d’affirmer que l’ensemble des automobilistes devraient avoir « droit à » une Ferrari.

      Par ailleurs, être propriétaire d’un studio ou d’un deux pièces en IDF est un excellent début qui, après accumulation génération après génération, permettra à la famille en question de sortir durablement de la pauvreté.

      • + 1

        500 euros par mois sur presque 30 ans, à 3.5%, hors droits de mutation, ça fait 100 k€. i.e. une studette à Paris (au 6ème à pied, sous les toits, dans un coupe-gorge).

        Ceci dit, une vrai politique libérale : décentraliser, déconcentrer, supprimer les droits de mutation, laisser les régions se concurrencer sur la fiscalité (plus un effort sur le mille feuilles territorial), on devrait retrouver des prix acceptables à Paris.

        Pourquoi la France c’est Paris et rien d’autre? Quand beaucoup de monde pense que Sydney est la capitale de l’Australie, NY aux USA, ou encore qu’Istanbul est la capitale de la Turquie…

        La Silicon Valley de la France, c’est 3 préfabriqués à Sophie Antipolis !

    • Sur 30 ans avec 550€ mensuels on s’achète un beau 5 pièces dans une grande ville de province (cf mes chiffres plus haut). Si on est pauvre, on ne cherche pas à tout pris à vivre dans l’une des 5 ou 6 villes les plus chères du monde, Paris. D’autant que les boulots qui n’existent qu’à Paris et pas en province ne sont pas légion… Opérateur sur les marchés financiers, analyste quantitatif, gérant de hedge fund, lobbyiste au Palais Bourbon… hum… que des gens qui luttent pour accéder à la propriété immobilière !

  • Cet article est aussi cohérent, argumenté et réaliste qu’un tas de phrases aléatoires mises bout à bout. Cela n’a pas choqué la rédaction de Contrepoint avant de le publier ?

  • Les commentaires sont fermés.

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