La marque France, unique au monde : un pays de rêves

Say oui to France

Alors que les Français quittent la France, que la croissance est atone et le chômage en pleine croissance, Arnaud Montebourg veut promouvoir la « marque France ».

Alors que les Français quittent la France, que la croissance est atone et le chômage en pleine croissance, Arnaud Montebourg veut promouvoir la « marque France ».

Par Baptiste Créteur.

La « marque France » doit promouvoir les atouts de la France auprès des consommateurs et investisseurs du monde entier. Des atouts qui nous distinguent du reste du monde.

«La France est un grand pays, mais ne le sait pas, a déclaré devant la presse la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq. Il est essentiel que tous ceux qui s’implantent à l’étranger véhiculent cette image de marque. Nous ne sommes pas un musée, il faut vanter notre dynamisme, nos technologies de pointe, notre modèle social.»

On aimerait pouvoir vanter le dynamisme, les technologies de pointe et le modèle social français, mais le fait est qu’ils ne sont pas bons.

Le modèle social injuste et inefficace est sans doute la raison principale de l’agonie de la France, et sa nouvelle version n’est pas pour changer la donne. Il participe pourtant de la notoriété de la France : le modèle social français fait rire ou pleurer mais ne laisse pas indifférent.

Le dynamisme français s’illustre notamment par l’incapacité des dirigeants à réformer ce splendide modèle social, promis à une mort certaine qu’on préfère occulter pour vivre confortablement dans l’illusion. La sclérose française admet pourtant quelques exceptions : le dynamisme fiscal français est unique au monde, les syndicats bondissent avec énergie à chaque occasion, et les Français sont de plus en plus mobiles à l’international – aucune raison de fanfaronner pour autant.

Difficile de parler des technologies de pointe françaises, sauf à en croire les optimistes communiquants en charge de la création de cette marque.

Il faut donc construire un récit : par exemple, l’immigré turc qui ouvre un atelier de retouche doit se voir comme l’héritier de la grande histoire textile française, l’entrepreneur en technologie est dans la filiation de l’aventure de la carte à puce et du Minitel…

C’est avec la carte à puce et le Minitel que la France part à la conquête du monde. Des innovations d’avant-garde il y a 30 ans, soit plus récemment que le dernier budget de l’État à l’équilibre : irrésistible pour tout investisseur ou consommateur digne de ce nom.

L’idée avait été lancée par Arnaud Montebourg lui-même en fin d’année dernière, suggérée ensuite par le rapport Gallois, et reprise enfin par le gouvernement. Vers la même époque, un classement des pays selon leur image auprès de «leaders globaux» attribuait à la France des notes moyennes dans les catégories «stabilité», «performances économiques» et «innovation», notre pays ne se distinguant que pour sa «créativité culturelle et artistique». L’image d’une nation étant considérée comme un facteur important d’attractivité internationale, le gouvernement a inscrit son amélioration parmi les principales mesures de «compétitivité hors-coût».

Si la France se distingue, c’est par ses productions audiovisuelles nombreuses, subventionnées et pas rentables, ses musées – dont la très prestigieuse ville de Paris – et une créativité culturelle alimentée par de l’argent public et promise à une mort certaine une fois les subventions taries.

Difficile encore de savoir à quoi ressemblera cette «marque France». Selon Nicole Bricq, il devra s’agir d’une «marque-ombrelle, qui permettra à d’autres marques d’exister, notamment dans les régions à forte identité. Mais chacun pourra s’y rallier librement et profiter de sa visibilité». Autre certitude : la marque sera plus large que le seul «made in France». Mais Philippe Lentschener ne voit pas plus loin pour l’instant : «Est-ce qu’il y aura un logo, des labels, des campagnes ? Qui va les gérer ? On ne sait pas. On va travailler et voir ce qu’il en sort.» Le publicitaire a néanmoins donné son modèle en la matière : «Il faut comprendre les composants de ce qui fonde le récit économique français. Aux États-Unis, ils ont l' »American dream », un référentiel commun à des millions de personnes : n’importe qui dans la rue peut vous expliquer ce que c’est.» Mais, poursuit-il, «ce référentiel n’existe pas pour nous, car notre mythe fondateur est politique, pas économique : c’est la Révolution. […] Il faudra trouver quelque chose d’aussi simple que l' »American Dream », même si ce sera forcément un peu réducteur». Le rapport final de la mission doit être remis le 1er mai.

Avant même sa sortie, la marque France est déjà emblématique du pays. On veut un message lisible ; rien de plus simple qu’une marque-ombrelle laissant les régions libres de participer en créant elles aussi leur marque, quitte à ce que ça revienne cher au contribuable ; l’essentiel est de ne pas offusquer qui que ce soit, que la marque-ombrelle ne fasse d’ombre à personne et que tout le monde puisse en profiter puisque l’image de la France, c’est gratuit.

Les Américains ont eux aussi un mythe fondateur politique avec leur révolution, qui a posé les principes d’une société libre. Pourtant, quand on pense aux États-Unis, on pense à l’American Dream. Quand on pense à la France, on pense apparemment encore à la Révolution – peut-être parce que la France est un nouvel ancien régime dont les producteurs composent le tiers-état, peut-être parce que la France n’a pas la même capacité à définir simplement ses valeurs fondatrices qu’elle comprend d’ailleurs assez mal en confondant égalité de droit, égalité des chances et égalité matérielle.

Le récit économique français, c’est l’histoire d’une longue agonie, mais ce n’est sans doute pas très vendeur. Pourtant, s’il y a bien une marque France, c’est celle d’un village d’irréductibles qui croit encore au protectionnisme et à la relance par la dépense publique, qui n’a toujours pas abandonné son rêve socialiste, qui ne croit toujours pas au capitalisme ou à la liberté. Un village d’irréductibles où tous les discours sont recevables tant qu’ils ne se fondent sur aucun principe et ne décrivent pas la réalité telle qu’elle est ni telle qu’elle devrait être mais telle qu’on voudrait qu’elle soit. Un village d’irréductibles où une ministre veut apprendre la charité à l’Église catholique et qu’on rende à l’État ce qui est aux Français.

N’est-ce pas là une magnifique marque ? La France, le pays où tout est possible, où un cumulard peut demander le non-cumul des mandats, où dire la vérité sur les finances de l’État fait scandale, où le partage du temps de travail et l’augmentation des impôts peuvent contribuer à relancer la croissance et résorber le chômage. Un pays où on peut attirer les entrepreneurs du monde entier après avoir fait fuir tous les entrepreneurs français. Un pays où l’État dispose de millions de serviteurs qu’il rémunère et de millions de serviteurs qui le rémunèrent. Un pays où les députés s’amusent avec l’argent public à déposer des amendements rigolos pour tout texte de loi avec lequel ils ne sont pas d’accord. Et, surtout, un pays où les citoyens trouvent ça on ne peut plus normal.

La marque France est toute trouvée : la France, un pays de rêves. Un magnifique slogan à imprimer sur des affiches présentant des moutons à poil très ras mâchant avec résignation une herbe tout aussi rase, un train à grande vitesse en retard en toile de fond rempli de syndicalistes en gilet fluorescent. Investisseurs et consommateurs ne seront peut-être pas convaincus, mais si on fait vite, même en tenant compte des 35 heures, les affiches seront prêtes pour l’échéance du 1er mai. Tout un symbole.