Quelques bienfaits de la mondialisation

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Faut-il avoir peur de la mondialisation ? Non car elle est bénéfique pour tous les peuples, y compris pour les Français.

Faut-il avoir peur de la mondialisation ? Non car elle est bénéfique pour tous les peuples, y compris pour les Français.

Par Natasa Jevtovic.

La mondialisation, qui est en vérité accélération de l’histoire, raccourcissement des distances, affaiblissement des frontières et victoire sur le populisme, a sorti de la misère un milliard d’êtres humains en une seule génération. Et pourtant, nos concitoyens ont peur des nouvelles dispositions de l’échiquier mondial, ne se font pas suffisamment confiance, ne sont pas assez mobiles et attendent de l’État de les protéger.

Certains hommes politiques jouent sur ces peurs et proposent aux Français de sortir de la mondialisation, ou encore de « voter pour la démondialisation » [1], comme si une telle option était faisable et envisageable. D’autres encore osent parler de la décroissance [2] dans un contexte de chômage structurel où seule une croissance durable serait capable de créer des emplois supplémentaires.

Et pourtant, la mondialisation est bénéfique pour tous les peuples, y compris pour les Français. « Les riches s’enrichissent, mais les pauvres font encore mieux. Entre 1980 et 2000, les pauvres ont doublé leur consommation. Les Chinois sont dix fois plus riches et vivent environ 25 ans plus longtemps que ce qu’ils ont fait il y a 50 ans. Les Nigérians sont deux fois plus riches et vivent neuf ans de plus. Le pourcentage de la population mondiale vivant dans la pauvreté absolue a diminué de plus de la moitié » explique le journaliste scientifique Matt Ridley [3].

La mondialisation est surtout irréversible et les frontières ne pourront plus jamais être hermétiquement fermées pour « protéger » les économies nationales. Tant mieux, car les pays les plus prospères sont ceux qui ont le plus libéralisé leur économie [4]. Le monde est tel qu’il est et non tel que nous voudrions qu’il soit ; il faut accepter ces changements et vivre dans son temps, à moins d’accepter d’être déclassé.

Les crises cycliques sont naturelles dans le capitalisme car la « création destructrice », expliquée par Joseph Schumpeter, fait que toute innovation remplace les secteurs peu performants et désuets. Ainsi, les ordinateurs ont remplacé les machines à écrire et les emplois des anciennes secrétaires se sont modernisés et bonifiés, à tel point qu’elles sont promues en assistantes et perçoivent un bien meilleur salaire. À mesure que le progrès technologique avance, plus d’emplois sont créés dans les secteurs de services qui se situent en haut de la pyramide de Maslow car les nouveaux besoins sont continuellement créés.

La libéralisation de la finance a permis la circulation des capitaux et facilité le commerce international. L’innovation financière a permis une immense création de richesse et démocratisé les services financiers autrefois réservés aux plus aisés. Aujourd’hui, grâce à certains produits dérivés, on peut couvrir les risques de fluctuation des taux de change ou des prix des matières premières, ou encore du non remboursement d’une créance quelconque. Une entreprise peut fixer le prix des matières premières à une échéance en souscrivant « les contrats à terme », simplifier sa comptabilité et éviter les problèmes de trésorerie.

L’objectif principal de la création des titres hypothécaires (i.e. les « subprimes ») a été le partage et la diminution du risque, mais les commerciaux trop optimistes ont surestimé la capacité de remboursement des emprunteurs américains et il y a eu un crash immobilier. Les emprunteurs, quant à eux, pas suffisamment informés ou conseillés, n’ont pas eu l’idée de renégocier leur prêt et passer à un taux fixe, ou encore de sous-louer une chambre de leur maison pour pouvoir rembourser leurs mensualités. Toujours bénéfique, chaque innovation peut parfois entraîner les accidents de parcours ; Thomas Edison a effectué plus de neuf mille expérimentations avant de produire une ampoule qui marchait. La prochaine fois, nous ferons mieux, mais le principe de l’innovation financière ne sera pas abandonné.

Et pourtant, la finance est aujourd’hui diabolisée, contestée par les mouvements tels que les Indignés ou Occupy Wall Street et devenue un sujet des campagnes électorales. La finance est le cœur de l’économie et son rôle est de faire vivre les entreprises, permettre les échanges et sécuriser les dépôts. À moins de revenir au troc, les banques sont indispensables dans la société moderne. C’est pour cette raison que les gouvernements les ont aidées lors de la crise des subprimes, afin de protéger l’économie. Mais cette aide ponctuelle apportée aux banques n’est pas responsable de l’aggravation de la dette souveraine française : en seulement quelques mois, toutes les banques françaises ont remboursé l’État avec intérêts [5].

Faut-il avoir peur de la mondialisation ? Certes, elle dilue les identités ethniques et rend difficile la survie des théories nationalistes reposant sur les inégalités – reconnues par l’État-nation – entre les minorités et les privilégiés de naissance par la « bonne » appartenance ethnique ou raciale. Cela fait parti de ses avantages. Mais elle n’est pas une menace pour la langue française, car l’apprentissage des langues étrangères ne diminue en rien la capacité de parler la sienne. Dans tous les pays du nord de l’Europe, les citoyens parlent anglais car ils regardent les films en version originale sous-titrée. Chez nous, le Conseil supérieur d’audiovisuel explique sur son site que sa mission est de « veiller à la défense et à l’illustration de la langue française » dans la communication audiovisuelle. Et si nos PME n’arrivaient pas à exporter car ses commerciaux ne parlent pas bien anglais ?

Les technologies de l’information et l’Internet participatif ont apporté la démocratie au monde entier, à tel point que le nombre de dictatures décroît chaque année. Ils ont également mis les savoirs à la portée de tous, entre les bibliothèques en ligne et les cours gratuits proposés par les fondations comme Khan Academy pour la plupart des matières. Il existe même une fondation qui offre les ordinateurs portables à 100$ aux enfants des pays en développement, One Laptop per Child (OLPC).

La France a beaucoup d’atouts et pourrait devenir très concurrentielle sur l’échiquier mondial. Mais notre grand défaut, c’est le manque d’autonomie et de confiance en soi, car nous attendons que l’État s’occupe de nos besoins comme si nous étions mineurs. Nous le laissons gérer notre santé, notre éducation, ou encore nos entreprises les plus stratégiques. Bientôt nous demanderons à l’État de nous trouver un conjoint, nous irons déposer un dossier comme pour un logement social et attendrons notre tour.

Nous devons sortir de cette torpeur et redevenir optimistes, autonomes et adultes. Nous devons cesser de répéter que nous sommes pauvres, c’est indécent – les vrais pauvres, eux, vivent avec 1$ par jour. Nous devons saisir la chance que nous offre la mondialisation, en n’oubliant jamais à quel point nous sommes bénis.

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Notes :

  1. Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation !, Flammarion, Paris, 2011. Jacques Sapir, La Démondialisation, Paris, Le Seuil, 2011.
  2. Serge Latouche, Le Pari de la décroissance, Fayard, 2006. Paul Ariès, Décroissance & gratuité, Golias, 2010.
  3. Matt Ridley, 17 reasons to be cheerful.
  4. The Heritage Foundation, 2012 Index of Economic Freedom.
  5. Julie de la Brosse, « L’aide de l’État aux banques a été gagnant-gagnant pour tout le monde », L’Expansion, 14 octobre 2009.