Attaques de requins à la Réunion : l’écologiste moderne pire prédateur pour l’homme que les squales ?

Requin-Reunion

Les spécialistes des requins ne veulent pas qu’on touche le moindre bout d’aileron au nom de la préservation des espèces

MISE A JOUR

À l’île de la Réunion, ceux qui pêchent, naviguent et surfent chaque jour constatent depuis plusieurs années la présence accrue des requins près des côtes et l’augmentation inquiétante des attaques mortelles. Légitimement, ils réclament la capture de quelques espèces pour mieux comprendre leurs comportements, mais les spécialistes des requins ne veulent pas qu’on touche le moindre bout d’aileron au nom de la préservation de la nature.

Par Monsieur Z.

 

MISE A JOUR :

6/8/2012. Dans un triste développement de cette nouvelle, un nouveau surfeur s’est fait attaquer aujourd’hui par un requin bouledogue sur la côte ouest de l’île de la Réunion, et il y a perdu un pied et une main. La victime a réussi à regagner le rivage par ses propres moyens malgré ses horribles blessures. Cette nouvelle attaque ne fait que confirmer la gravité de l’intransigeance des autorités en faveur des requins, et malheureusement au détriment des humains.

Il y a quelques jours le champion de surf Jérémy Florès sortait de sa réserve pour en dénoncer une autre : la réserve marine qui existe juste devant les plages les plus fréquentées de l’île de la Réunion, à laquelle s’ajoute une ferme aquacole à quelques kilomètres seulement. De quoi attirer d’après lui une quantité croissante de requins ces dernières années et expliquer en grande partie la multiplication des attaques mortelles sur les nageurs.

Ému par la disparition de plusieurs confrères et amis comme Mathieu Schiller, Jérémy Florès est lucide sur le risque inhérent à sa discipline sportive lorsqu’elle est pratiquée dans des océans peuplés naturellement de requins. Mais ce qu’il dénonce c’est l’accroissement considérable d’un risque dû à l’action des hommes.

Le témoignage complet qu’il livre sur cette situation est riche d’enseignements sur la nocivité des comportements dictés par l’aveuglement idéologique et l’entêtement obsessionnel, en l’occurrence ceux des écologistes parés des vertus du savoir scientifique absolu :

C’est l’homme qui a créé un vrai parc à requins. Où sont passés les petits requins de récifs ? On n’en voit plus, repoussés ou dévorés. Eux sont les vrais régulateurs des barrières de coraux. J’ai beaucoup parlé avec les vrais connaisseurs de la mer, ceux qui sont à l’eau tous les jours, ils m’ont bien confirmé qu’une race de requin, que l’on voyait passer de temps en temps, souvent suivant les baleines, s’est sédentarisée sur nos côtes : le bouledogue.
Je dis bien « sédentarisée », n’en déplaise aux spécialistes qui essayent de nous faire croire le contraire en jouant sur les mots : territorialité, sédentarisation, où est la différence ? En vélo, on peut mettre 10 minutes entre Boucan et les Roches Noires, alors un requin…

Le plus croustillant dans son témoignage est sans nul doute le paradoxe conséquent aux prises de décisions unilatérales des dictateurs en herbe :

On me dit qu’il faut arrêter le surf à la Réunion et que les baigneurs et les touristes doivent se contenter du lagon maintenant. Ok, mais alors… Que va devenir notre lagon maintenant que des milliers de personnes, dégoulinantes d’huile solaire, vont l’envahir, perturber cet écosystème fragile, écraser le corail. Moi qui participe au programme « Reef chek », je sais de quoi je parle.

Nous buvons du petit lait… de coco vu les vieilles habitudes staliniennes qui poussent les uns à décider de ce dont les autres doivent « se contenter ». Revoilà la négation des individus qui crée des situations absurdo-ubuesques avec effets pervers garantis. Effets dont on n’envisagera probablement la résolution qu’en franchissant un palier supplémentaire dans l’escalade perpétuelle vers encore plus de restriction de liberté, celle des requins prévalant visiblement sur celle des vacanciers. Imaginez dans quelques années des baigneurs déclarés coupables de se faire attaquer par les requins qui seraient punis en étant donnés en pâture aux mêmes requins. Mais ne franchissons pas le pas de trop dans le passage à la planche des condamnés de la croisière écolo.

Il faut écouter sans discuter les scientifiques, ceux qui savent, ceux qui affirment, ceux qui mènent des études onéreuses en obtenant des bourses juteuses. Pour eux, il n’y a aucun effet de réserve et il n’y a pas plus de requins qu’avant, il y en a même moins. C’est un des nombreux consensus scientifiques, même si le bon peuple marin qui pêche et navigue chaque jour y voit plutôt un nonsensus quand il constate depuis plus de 5 ans l’augmentation des requins et des attaques.

Toutefois, nos amis scientifiques éclairés avaient un peu prévu le coup dans la charte de la réserve et son article 26 qui indique que pour des cas de « développement envahissant ou surabondant, une espèce peut être régulée pour restaurer l’état du site ». Force est de constater qu’à défaut de tirer sur les requins, on a plutôt tiré sur l’ambulance appelée au secours des victimes d’attaques.

Si l’on excepte les réactions épidermiques de quelques surfeurs-vengeurs désireux d’exterminer la moindre bestiole à aileron, la majorité réclame des mesures simples destinées à minimiser les risques et ne confondent pas pêche préventive et massacre à l’aileron. Mais les spécialistes des requins soutiennent mordicus que le facteur risque est amplifié uniquement par l’imprudence des fous de la planche quand ils n’affirment pas que la préservation de la vie des requins est plus importante que celle des humains.

Ainsi comme le déplore Renaud Daron, surfeur et journaliste il n’y a « pas de panneaux avertissant du risque encouru et exposant la conduite à tenir pour minimiser le danger, pas de velléité d’installation de filets, de drumlines (*), pas de patrouilles de lifeguards et surtout pas de prélèvement de bébêtes un peu trop sédentarisées près du rivage, ni d’études sur les requins et leur comportement ».

En 1997, une étude de l’IFREMER allait déjà dans ce sens tout en préconisant l’étude plus approfondie sur des espèces de requins sédentaires comme le requin bouledogue, réputé agressif et peu farouche. Mais cette étude a été enterrée, ou plutôt noyée par les spécialistes qu’elle contrariait dans le souhait impérieux de ne toucher à aucun requin, quoi qu’il en coûte. Et Renaud Daron ne s’y trompe pas :

Présenter une thèse comme une vérité unique et absolue alors que cette dernière est contredite par des points de vue au moins aussi éclairés (le Natal Shark Board par exemple), cela s’appelle de la désinformation et selon toute vraisemblance, on n’a pas fait son boulot non plus du côté des journalistes (et je m’inclus dans ces journalistes qui ont gobé en bloc les idées de ces experts).

Tiens tiens. Cela ne nous rappelle-t-il pas l’éthique scientifique, politique et journalistique à géométrie variable qui président à tous les débats sur le réchauffement climatique ?

Froidement dirait le citoyen un peu mieux informé que la moyenne et qui subit la culpabilisation outrancière des écolos modernes soutenue par l’opportunisme politique et législatif sur tout ce qui touche de près ou de près à ses manières de vivre et de consommer.

Vaguement dira le surfeur de la Réunion et peu importe les retombées désastreuses sur l’économie touristique et ses emplois, il ne restera peut-être plus qu’à inviter tout le monde à la soupe populaire… d’ailerons de requins.

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(*) : une drumline est une bouée à laquelle est rattachée un hameçon unique qui ne vise que les requins. Ce système de capture permet de marquer et baliser les requins pour mieux les étudier. Un faible pourcentage de létalité existe, ce qui confère à la drumline un caractère plus « écologique » que la pêche aux filets. Voir par exemple comment l’utilise le Professeur Gruber pour ses études dans ce reportage en trois parties.