Cliché du socialisme : La spéculation devrait être déclarée hors la loi

Bourse de Tokyo Nikkei (Crédits Stéfan, licence Creative Commons)

Nouvel épisode de la série des clichés du socialisme de la Foundation for Economic Education, avec les lieux communs sur l’inutilité de la spéculation, voire sa nocivité.

Nouvel épisode de la série des clichés du socialisme de la Foundation for Economic Education, avec les lieux communs sur l’inutilité de la spéculation, voire sa nocivité.

Par John Fiske (Foundation of Economic Education), depuis les États-Unis.

Bourse de Tokyo Nikkei (Crédits Stéfan, licence Creative Commons)John Fiske, est un philosophe américain respecté, érudit et critique littéraire qui a écrit en 1869 un essai sur « la famine de 1770 au Bengale » (dans The Unseen World and other essays, Houghton, Mifflin, Boston, 1876) dans lequel il démontre que la sévérité de cette famine était dû à la loi alors en vigueur qui consistait à interdire toute spéculation faite sur le riz. L’extrait suivant est un passage de cet essai.

Cette législation désastreuse fut votée en raison de la prévalence universelle d’un préjugé dont les soi-disant communautés éclairées ne se sont pas encore départies. Il est même coutumier d’accabler les personnes qui dans les temps difficile de rareté, quand les prix augmentent rapidement, achètent les « articles de premiéres nécessités », et par cela augmentent un peu plus et pour un temps le coût de la vie. Les spéculateurs sont généralement décriés par des généralités spécieuses au point d’apparaître comme des ennemies de la société. Les gens qui se prétendent détenteurs d’« idées morales » les considèrent comme des aigrefins sans cœurs qui s’engraissent sur le dos de la misère de leurs semblables. Et il est parfois suggéré que la loi doit stopper de telles « activités ».

Maintenant, bien que ce soit un préjugé, très ancien d’ailleurs, et qui se justifie à l’origine par les faits, la spéculation sur le pain et autres nécessités de base, loin d’être un mal, est en fait une technique essentielle employée par les pays civilisés des temps modernes afin de rendre impossible les famines réelles. En premier lieu, en augmentant les prix, la spéculation contient la consommation, obligeant chacun à utiliser une allocation monétaire moindre jusqu’á la fin de la période de privation. En cela, les spéculateurs permettent d’éviter de transformer une privation en une famine. En second lieu, en augmentant les prix, cela stimule l’importation en provenance de ces localités où l’abondance règne et où les prix sont bas. Et cela égalise dans le long terme la pression du temps sur le manque et diminue les oscillations extrêmes des prix, ce qui interfère avec le cours naturel et sain du commerce. Un gouvernement qui, en période d’inflation des prix, fait tout pour l’enrailler se comporte aussi sagement que le commandant d’un vaisseau en perdition qui refuserait d’obliger son équipage à fonctionner avec une demi-ration.

La capture d’Anvers

Le tournant de la grande révolution hollandaise, qui touchait les provinces qui aujourd’hui constituent la Belgique, se mit en place durant le siège et la capture fameuse d’Anvers par Alexandre Farnèse, Duc de Parme. Le siège fut long et la résistance obstinée, et la cité n’aurait probablement pas été prise si la famine n’avait pas aidé les assiégeants dans leur besogne. Il est dès lors intéressant d’enquêter sur les étapes que les autorités civiles ont prises pour prévenir une telle calamité. Elles savaient que la lutte qui allait se dérouler était sûrement une lutte à la vie – à la mort du sud des Pays-Bas. Elles savaient aussi qu’il y avait un risque d’être cerné, de telle manière qu’il était impossible d’en réchapper. Elles savaient enfin que leur assaillant était un des hommes les plus astucieux et invincible, et de loin le plus grand général du XVIème siècle.

Dès lors elles se sont mis à faire ce que notre congrès républicain aurait probablement fait, dans ces circonstances, ou ce que le New York Tribune leur aurait conseillé de faire si ce journal avait existé à cette époque. Trouver divers spéculateurs qui accumulent et thésaurisent des provisions en anticipation de la saison de la hausse des prix. Ils décidèrent précipitamment, premièrement de stopper de telle « injustice égoïste ». À leur yeux, la grande chose à faire consistait à rendre les choses abordables. Ils ont apposé un prix maximum très bas à tout ce qui pouvait se manger et ont prescrit des amendes très lourdes pour tous ceux qui tentaient d’en prendre plus que la somme décrétée par la loi. Si un boulanger refusait de vendre son pain à un prix qui aurait été adéquat sous des cieux cléments, son magasin était mis à sac et ses pains étaient distribués à la populace. Les conséquences de cette politique idiote furent de deux types.

En premier lieu, le bas niveau appliqué aux prix a empêché tous les pains et autres provisions d’être apportés en ville. Cela se déroula pendant un certain temps avant que Farnèse ne parvint à bloquer l’Escaut de façon à interdire l’entrée des navires chargés de victuailles venant du sud. Le maïs et les viandes conservées auraient pu être précipitamment chargés par milliers de tonnes dans la cité assiégée. Des navires hollandais amis, chargés en abondance, attendaient à l’embouchure de la rivière. Et tout cela pour rien. Aucun marchand ne mettait en péril son navire précieux, avec sa cargaison en affrontant le risque d’être coulé par les batteries de Farnèse, tout cela pour trouver un marché qui n’est pas mieux qu’une centaine d’autres auxquels il pourrait accéder sans faire face à ces dangers. Il n’y a pas de doute que si les marchands de Hollande avaient suivi la maxime « vivre pour autrui » [Ndt : en français dans le texte] ils auraient bravé la ruine et la destruction plutôt que de voir leur voisins d’Anvers devenir des esclaves.

Il n’y a pas de doute non plus que s’ils avaient pu s’élever à l’aide d’une perspective philosophique embrassant tous les intérêts futurs des Pays-Bas, alors il semblerait bien qu’Anvers aurait dû être sauvé, même si quelques-uns avaient eu à perdre un peu d’argent dans l’aventure. Mais les hommes ne se sacrifient pas pour leurs compatriotes, ni ne se projettent généralement plus loin que le présent et ses situations d’urgences. Et le travail du gouvernement est de légiférer pour les hommes tels qu’ils sont, et non pas tels qu’on suppose qu’ils doivent être. Si des provisions avaient fait monter les prix à Anvers, elles y auraient été apportées. Ce qui se passa, c’est que la ville, de par sa propre bêtise, se bloqua elle-même bien plus efficacement que Farnèse n’aurait pu le faire.

En second lieu, le bas niveau appliqué aux prix a empêché tout retranchement général de la part des citoyens. Personne n’a senti l’utilité de faire des économies. Tout le monde acheta autant de pain qu’il voulait, et en mangea autant qu’il voulait, comme si le gouvernement en assurant des prix bas en avait assuré l’abondance. Dès lors la ville vivait dans un grand optimisme et avec une défiance exubérante envers les assiégeants, jusqu’au moment où toutes les provisions ont disparu d’un seul coup. Le gouvernement devait encore intervenir pour faire face à la détresse qu’il venait en partie de provoquer. Il se constitua maître chef général de la communauté, et distribua des rations pour les riches et les pauvres, avec cette impartialité démocratique morne qui est si particulière aux époques de danger mortel. Mais, cela n’a servi, comme tout palliatif artificiel, qu’á prolonger la misère. Au moment de la défaite, pas un seul morceau de pain ne pouvait être obtenu contre quoi que ce soit, que ce soit de l’amour ou de l’argent.

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Un article de la série « Clichés du socialisme » de la Fondation pour l’Éducation Économique (FEE) qui cherche à aider ceux qui dénoncent ces erreurs intellectuelles et mettent l’accent sur les mérites de la liberté.
Traduction de JATW pour Contrepoints

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