Grand débat en Allemagne autour d’un bestseller climato-sceptique

« Die Kalte Sonne », le nouvel ouvrage climatosceptique suscite débats et controverses en Allemagne. Les auteurs répondent à certaines de leurs critiques

« Die Kalte Sonne », le nouvel ouvrage climatosceptique, dont Contrepoints vous avait parlé à sa sortie, suscite débats et controverses en Allemagne. Les auteurs répondent à certaines de leurs critiques dans une tribune présentée par Anthony Watts.

Par Sebastian Lüning et Fritz Vahrenholt, Allemagne

Avant-propos d’Anthony Watts : le Dr. Sebastian Lüning et le Pr. Fritz Vahrenholt, auteurs du nouveau livre climatosceptique controversé qui connaît un grand succès dans les librairies allemandes, m’ont demandé de poster leur réponse aux commentaires du climatologue Georg Feulner de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam dans une interview pour NTV television. Feulner insiste sur le fait que le CO2 joue un rôle majeur dans le changement climatique et que le soleil n’a qu’un impact réduit.

Vous pouvez vous renseigner sur le nouveau livre récemment édité en Allemagne, qui cause un tumulte dans l’establishment écologiste allemand ici. La réponse est si acide qu’un quotidien (le TAZ) a titré en une « les sceptiques sont comme des virus ». La branche allemande de Greenpeace est passée à l’action en accusant Lüning et Vahrenholt (auparavant champions de la cause du réchauffement climatique) d’être des « négationnistes de glace ».

Le site (en allemand) du nouveau livre (qui est devenu un bestseller dans trois points de vente) de Lüning et Vahrenholt est ici. Une version anglaise est également prévue, je l’annoncerai sur WUWT (wattsupwiththat.com).

— Anthony

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Georg Feulner du PIK (Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam) tourne en rond

Par Sebastian Lüning et Fritz Vahrenholt

Sur le site internet d’une chaîne de télévision allemande, Georg Feulner de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam a commenté notre livre récemment publié, « Die kalte Sonne »  (« Le Soleil froid »). Nous ne sommes pas surpris du tout de son rejet de notre position puisque nous avons critiqué son travail dans notre livre.

Tout d’abord, il conteste l’assertion selon laquelle le réchauffement climatique a cessé pour le moment. Pour ce faire, il utilise un tableau précis à partir d’un blog illustrant une évolution des températures par paliers, ce qui n’a aucun sens sur ce sujet en particulier. Le plateau de température que nous avons eu depuis l’an 2000 est contesté par Feulner. Toutefois, l’absence de réchauffement de ces 12 dernières années n’est pas une fabrication concoctée par les auteurs du « Soleil froid ». N’importe qui peut le tracer en allant sur le site woodfortress.org. Vous pouvez encore vous informer sur le sujet dans la littérature scientifique, e.g. Kaufmann et al. (2011). Même le Pr. Ottmar Edenhofer, membre du même Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam que Feulner, semble le voir de cette façon. Le Pr. Jochem Marotzke de Hambourg, chercheur sur le climat, vient de le confirmer une fois de plus dans une récente interview avec le quotidien allemand TAZ (édition du 9 février 2012).

Ensuite, Feulner tente de marquer des points en utilisant la règle des 30 ans appliquée au climat. Dans certaines définitions officielles, le climat est défini comme la moyenne de la météo sur 30 ans. Si cela a du sens pour certains facteurs, cette règle rigide entrave la discussion sur les mécanismes impliqués dans le climat. Il est de plus en plus clair que les cycles décennaux naturels ont été largement sous-estimés par le passé. Par exemple, l’Oscillation décennale du Pacifique (ODP) est caractérisée par une phase chaude et une phase froide, chacune durant entre 20 et 30 ans. Ils ont un impact significatif sur la température globale. Si cette fenêtre de 30 ans venait à être placée entre les deux phases, les tendances seraient mélangées et nous finirions par comparer des choux et des navets. Les résultats « climatiques » correspondants dépendent plus du choix du point de départ de cette période de 30 ans, et moins des réelles tendances climatiques à plus court terme. En conséquence, se baser sur des tendances de température sur 10 ans est non seulement légitime, mais fait également sens.

En parlant du soleil, Feulner tente de montrer que dans le cas d’une chute significative imminente de l’activité solaire jusqu’à un niveau égal aux minimums de Dalton ou de Maunder, ce qu’il prévoit aussi, aucun refroidissement notable n’est à prévoir. Il omet de mentionner ici qu’il a oublié d’inclure toute amplification solaire dans ses modèles climatiques. C’est essentiel parce que c’est seulement grâce à cette amplification solaire qu’on est capable d’expliquer la simultanéité entre le soleil et la température, avec une évolution climatique pulsatoire d’au moins 1°C sur les 10 000 dernières années. Le modèle utilisé par Feulner ne peut pas expliquer le passé, et n’est dont naturellement pas adéquat pour prévoir le futur. Pour expliquer le minimum de Maunder survenu il y a 300 ans, Feulner utilise le joker douteux des volcans. Mais ça n’explique toujours pas le problème fondamental du couplage soleil-climat sur les autres cycles millénaires bien documentés des 10 000 dernières années.

À propos de l’effet d’amplification solaire de Svensmar, dont l’existence est attestée par de nombreuses preuves dans la littérature scientifique (voir le chapitre 6 et la contribution de Svensmark à la page 209 dans “Le Soleil froid”), Feulner se contente de le balayer de la main sans fournir un seul argument valable. Pas un mot sur les confirmations indépendantes des importants sous-processus de l’effet (e.g. Usoskin et al. 2004, Laken et al. 2010, Kirkby et al. 2011).

L’interview de NTV ne fait qu’illustrer à quel point Georg Feulner tourne en rond avec ses arguments. Ceux qu’il présente sont faibles. Quand est-ce que l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam s’occupera des cycles millénaires de ces 10 000 dernières années ? Dans le passage intitulé « L’impact du soleil sur les 10 000 dernières années » (pages 68-75 de notre livre), nous soulevons un des thèmes clés les plus importants sur le débat climatique. Étrangement pas un seul rapport des médias suivant la publication du livre n’a étudié la question. Huitième jour, et je compte toujours.

Exemple sur les cycles millénaires : les études des stalactites à Oman pour la période 7500-4500 av. J.-C. montrent un haut degré de simultanéité entre l’activité solaire et l’évolution de la température. Chiffres modifiés selon Neff et al. (2001).

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Sur le web
Traduction : eDoK pour Contrepoints.

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