Qu’est-ce que la victimologie ?

De plus en plus de groupes sociaux attendent de l’État des subventions, des privilèges, au détriment du reste de la société

De plus en plus de groupes sociaux attendent de l’État des subventions, des privilèges, au détriment du reste de la société. Les féministes, les immigrés de telle ou telle ethnie, les handicapés, les jeunes, les vieux, les homosexuels, les transsexuels, les roux, les chauves, les myopes, les astigmates… ceci n’a bien sûr aucune limite. Et qui attribue de tels privilèges ? L’État bien sûr, ou plutôt les hommes de l’État, en échange d’un soutien électoral ou financier. En un mot, la victimologie, c’est le clientélisme et la ploutocratie généralisés.

Par Murray Rothbard (*)

« Selon une idéologie que l’écrivain Joseph Sobran qualifie de « victimologie officielle », certains groupes d’individus sont désignés comme Victimes d’État, on pourrait dire « Victimes en carte ». Ces groupes, toujours plus nombreux, sont censés être, ou avoir été, les victimes d’autres groupes appelés Oppresseurs officiels. Le devoir de l’État est alors de déverser richesses, emplois, postes et privilèges innombrables sur la tête des Victimes aux dépens, bien entendu, des prétendus Oppresseurs. C’est une forme particulièrement grotesque de réparation ou de compensation puisque les « Oppresseurs » n’ont personnellement fait aucun tort à quiconque et que les « Victimes » n’ont jamais souffert de leur fait. Privilèges et pénalités sont distribués sous le seul prétexte que des groupes similaires pourraient avoir été des victimes ou des oppresseurs dans le passé – un passé parfois fort lointain.

« Par-dessus le marché, on n’a jamais fait mention d’une date à laquelle cesseraient ces « réparations », apparemment destinées à se perpétuer à jamais, ou du moins jusqu’à ce que la communauté des Victimes soit déclarée en tous points « égale » à celle des Oppresseurs. Comme c’est la « nouvelle classe dirigeante » qui devrait faire cette déclaration, alors qu’elle est installée dans un système de redistributions massives, tout en prélevant au passage de coquets pourcentages en « frais de dossier », on peut être sûr que le bulletin de victoire finale ne sera jamais publié.

« A ce jour, l’ensemble des Victimes officielles inclut (je tiens à rappeler qu’étant moi-même Juif je suis une Victime Officielle, et donc officiellement autorisé à dire ces choses) : les Noirs, les Juifs, les Asiatiques, les femmes, les jeunes, les vieillards, les « sans-abri », les homosexuels et – dernière catégorie – les « handicapés ». Ce qui permet d’identifier les Oppresseurs comme étant des Blancs mâles, d’âge moyen, hétérosexuels, chrétiens, non handicapés et ayant un logement. »

(*) Murray Rothbard, postface à l’édition française de L’éthique de la liberté