L’hyperinflation qui a ruiné le Zimbabwe

Anéantissement de la croissance des 60 dernières années

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L’hyperinflation qui a ruiné le Zimbabwe

Publié le 26 janvier 2011
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Article paru originellement sur UnMondeLibre.org. Version condensée de Oasis Kodila Tedika, « La politique hyper-inflationniste a tué la croissance économique du Zimbabwe », Université de Kinshasa, Working Paper.

Il y a à peine trois ans le Zimbabwe était hyper-inflationniste. Le trentième pays au monde à connaitre cette situation et le tout premier du présent siècle. Si aujourd’hui en termes d’inflation, la situation est relativement bonne du fait notamment de l’abandon de la monnaie nationale au profit des devises étrangères, cela n’exclut guère de revenir sur les conséquences de cette hyperinflation qui sont durables et nuisibles à la population.

Rappelons rapidement que c’est au mois d’octobre 2008 que l’inflation connut son pic historique (80 milliards), soit 98 % en taux journalier. Dit autrement, le taux d’inflation doublait tous les 24,7 heures. C’est le deuxième pire taux d’inflation au monde depuis qu’il existe ! Cette « catastrophe monétaire » est clairement la conséquence d’une politique monétaire durablement laxiste, obéissant à une logique politique.

Telle est la conclusion de toutes les études économiques sérieuses. En effet, l’État a financé ses dépenses en émettant de la dette que la Banque centrale zimbabwéenne devrait acheter avec de nouveaux dollars zimbabwéens, créés ex nihilo. Ce qui naturellement n’a pas manqué de gonfler la masse monétaire, créant un déséquilibre entre l’offre et la demande qui s’est traduit par la hausse des prix.

Plus précisément, son évolution est impressionnante, et même effarante : le flux de la masse monétaire (monnaie et quasi-monnaie) qui tournait en 1990 autour de 737 millions a atteint le chiffre de 27,4 mille milliards de dollars zimbabwéens en 2005. Le stock de la même masse monétaire, s’élevant à près de 5 milliards en 1990, est passé à 586 millions de milliards en 2007.

A côté de cette envolée, les finances publiques ont pris, elle-aussi, un virage inquiétant. Au cours de la période 2001-2006, le déficit budgétaire moyen s’élevait à -5,8 %.

Les dépenses publiques, quant à elles, ont connu des hausses vertigineuses. En devise locale courante, sa croissance annuelle, qui se situait à moins 25 % en mi-1985, est montée en flèche pour atteindre plus de 350 % en 2004. Le graphique suivant illustre l’envolée des dépensées publiques.

Evolution des dépenses publiques en pourcentage du PIB :

Les indicateurs macroéconomiques se sont sensiblement dégradés, à la suite notamment de cette hyperinflation. L’épargne a dégringolé de 11 % du PIB en 2000 à 4 % en 2006 (dans le même temps en Zambie, elle passait de 0,7 à 16,4 %). L’investissement a connu le même sort : supérieur à 20 % du PIB en 1995, il est tombé à moins de 5 % en 2006.

Anéantissement de la croissance de la production per capita durant les 60 dernières années :

Le PIB per capita reculait de -2,4 % sur 1990-2007. Une des explications la plus convaincante est l’hyperinflation qu’a connue le pays. Ange Lubaki Nzalakanda et nous-même avons entrepris récemment une étude liant l’inflation à la croissance économique. Nos résultats suggèrent que des taux d’inflation supérieurs à 18 % dans les pays d’Afrique ont des effets négatifs sur la croissance économique. Or, c’est depuis le mois de février 1999 que le Zimbabwe a évolué à des taux largement supérieurs à 18 %. Une autre étude récente, de Makochekanwa, intitulée “Measuring the Welfare Cost of Inflation in Zimbabwe”, vient également en appui à notre thèse selon laquelle l’hyperinflation zimbabwéenne a été couteuse en termes de croissance économique. Ses conclusions : un coût en termes de bien-être pouvant représenter jusqu’à 27,6 % du PIB.

Le graphique précédent montre clairement qu’il existe une corrélation négative entre hyperinflation et croissance. Compte tenu des études mentionnées, on peut proposer une causalité – l’hyperinflation causant une croissance négative. En effet, l’inflation, et surtout l’hyperinflation, a un effet désastreux sur les incitations des acteurs et l’information véhiculée par les prix au sein du système économique.

D’abord, elle détruit la valeur du revenu et du patrimoine, notamment l’épargne, des agents économiques : le fruit de leur labeur étant dégradé, elle viole donc leur droit de propriété. Aussi, le calcul économique de l’entrepreneur, et sa volonté à investir, est fortement perturbé par l’incertitude de l’évolution des prix. Le rendement de l’investissement peut fortement baisser du fait de l’inflation. Si cette dernière est en plus volatile, cela ajoute un degré supplémentaire d’incertitude dans les anticipations inflationnistes, et le rendement de l’investissement anticipé est encore plus difficile à évaluer : il y aura logiquement moins d’investissement de la part des entrepreneurs. Par conséquent, l’inflation altère leurs incitations à produire, à investir et donc à créer de la richesse.

Enfin, en hyperinflation, l’intermédiaire général des échanges qu’est la monnaie et qui est le véhicule de la division sociale du travail, est totalement « corrompu » : il ne joue plus son rôle de « lien social » dans la sphère économique, c’est à dire qu’il ne permet plus l’échange. Or la croissance repose sur la division du travail permise par l’échange monétaire. Sans échange, l’activité économique s’écroule, et avec elle la croissance et le revenu par habitant, et par ricochet, l’épargne et l’investissement se contractent encore, et ainsi de suite…

Aujourd’hui 63 % des Zimbabwéens vivent sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage atteignait 94 % en 2009. La production par habitant est revenue au seuil de celle d’il y a soixante ans. Et pourtant, comme le graphique précédent le suggère, le pays avait fait des progrès, littéralement enrayés par l’hyperinflation. Les autorités et ses « amis (in)conditionnels » ont propagé une vulgate selon laquelle cette pauvreté serait le complot de la communauté internationale et de la mauvaise situation géographique. Il est clair qu’au lieu de chercher à condamner les autres, ces autorités devraient se rendre à l’évidence que ce sont d’abord leurs mauvaises politiques, avec en tête la politique monétaire durablement laxiste, qui ont tué la croissance.

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