Les moi-on-ne-me-la-fait-pas en ordre de bataille contre les banques

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Les moi-on-ne-me-la-fait-pasne savent pas trop de quoi ils parlent. Et avec l’affaire Kerviel, ils se lâchent

Don't move or I'll shoot the Numpty!Remarques sur les réactions à deux sous d’une affaire à 5 milliards.

La justice vient de condamner en première instance l’ancien trader Jérôme Kerviel, ce aussi bien au pénal qu’au civil. Son ancien employeur, la Société Générale, triomphe. Mais de partout s’élève une clameur : « Moi on ne me la fait pas ! On nous vole on nous spolie ! »

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas, c’est tout un programme. Ils ne savent pas trop de quoi ils parlent mais… mais… on ne la leur fait pas ! « Tous pourris ! »

Et avec l’affaire Kerviel, ils se lâchent.

Vous n’êtes pas d’accord avec eux ? « Naïf ! Idiot utile ! »

La Société Générale perd cinq milliards ? Nos amis se sentent détroussés.

La même gagne son procès ? Cela prouve que le système est pourri.

Le fisc rembourse à la banque les impôts qu’elle a payé sur des bénéfices volatilisés ? « Au voleur ! »

Déjà Paul Valéry remarquait que les nuls aiment se prennent pour des rois détrônés : la faute au système qui ne les estime pas à leur juste valeur !

Ah si on leur donne le pouvoir, ils couperont quelques têtes et restaureront la république, la vertu et la justice… Car pour les monmlfp la politique se résume au combat des gentils contrariés contre les pourrivendus forcément coalisés. Ils sont d’ailleurs toujours du côté du vent, soutenant une proposition puis une autre, généralement incapables de comprendre que le bien peut contredire le bien et que la politique est un art du moindre mal.

Ainsi il ne fait pas de doute que nos amis qui vilipendent la décision de justice faisant triompher les intérêts de la société générale seraient les premiers à réclamer l’indépendance de la justice tout en étant les premiers à hurler contre les conséquences pratiques telle que la présente décision.

Et les monmlfp vont, de courriers des lecteurs en tribunes, partout gémissant, toujours conspuant, étaler leur ignorance et leur bêtise.

Si on ne peut se réjouir des malheurs du trader, comment rester triste devant la réaction du vulgum pecus à cette affaire ?

Alors où trouve-t-on les plus belles concentrations de monmlfp ? Réponse : dans les courriers des lecteurs et plus particulièrement chez lemonde.fr, qui a sa rubrique dédiée aux réactions (je ne parlerais même pas de la presse nationale-socialiste). Ah s’il n’y avait qu’une rubrique à lire dans les journaux, je prendrais le courrier des lecteurs. Manifestement pas mal de monde y trouve la sensation d’exister enfin un tout petit peu en énonçant son petit avis indigent. (bon c’est vrai pour tout internet)

Quel merveilleux sottisier : on y apprend que la décision condamnant Kerviel à réparer l’intégralité du préjudice de la Société Générale est de la justice religieuse, ou alors aux ordres du pouvoir, que c’est une condamnation perpétuelle, que la collectivité qui paye etc.

Mais c’est là l’illusion que procure internet : nous faire croire que nous sommes intelligents quand ce sont seulement les autres qui sont idiots.

Soyons donc modeste et réfutons rationnellement quelques-unes des accusations les plus communes. Expliquons.

Non, les 4,9 milliards ne sont pas une peine. C’est la réparation du préjudice causé par le trader à la Société Générale. La juridiction a imputé la pleine responsabilité du préjudice au trader et l’a condamné à réparer celui-ci.

Ainsi la Société Générale est blanchie. Quand bien même elle aurait pu commettre quelque négligence, son trader a commis des infractions au caractère intentionnel à l’origine du préjudice. Et parce qu’il s’agit d’infractions intentionnelles, les négligences éventuelles de la banque n’entrent pas dans le calcul.

Voici le passage décisif de la décision. Pour le tribunal, « Attendu qu’il ressort néanmoins des débats et des pièces de la procédure que la Société Générale a été victime du fait volontaire de Jérôme KERVIEL, constitutif des infractions d’abus de confiance, de faux et d’usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé de données, dont il s’est rendu coupable ; que les négligences imputables à la partie civile ne sauraient être prises en compte dans la détermination de l’étendue de ses droits à indemnisation résultant de la commission d’infractions volontaires ; qu’en effet, Jérôme KERVIEL a été l’unique concepteur, initiateur et réalisateur du système de fraude ayant provoqué les dommages causés à la partie civile ; qu’il s’ensuit que la Société Générale est en droit d’obtenir la réparation de l’intégralité du préjudice financier qui en découle ; »

Le jugement a aussi le mérite de montrer un nouvel échec de la stratégie de rupture. Jouer la carte de l’opinion publique se révèle in fine un aveu de faiblesse. On pourra se reporter à cet article pour se renseigner sur les stratégies de rupture.

L’avocat de Jérôme Kerviel semble pourtant s’engager davantage dans la rupture en affirmant que la banque aurait perçu 1,7 milliard du fisc, ce que les monmlfp ont immédiatement compris comme une offrande de l’Etat au temple spéculatif quand il ne s’agit que de la restitution d’impôts dont la cause du versement a disparu : les bénéfices disparaissent et donc de même les impôts correspondants. Seuls de beaux sophismes bien démagogiques permettent de dire que c’est l’argent des français qui paie les erreurs de la finance.

Trop compliqués pour les monmlfp ? Il y a sans doute de ça. Et plus difficile encore : l’incapacité à entrer une conclusion déplaisante dans un petit système avec de petites cases ; voire l’impossibilité d’entrer une nouvelle conclusion dans un système ou les conclusions se confondent avec les postulats, et les arguments ne sont que de vilaines rationalisations des idées reçues et de la mise en accusation des usual suspects.

Car la culpabilité des banques n’est pas seulement l’aboutissement du raisonnement des monmlfp, c’est encore le point de départ.

Et peu importe le raisonnement, leur vérité c’est que la finance vole les braves citoyens, que la banque savait forcément ce que son trader faisait, et puis une décision de justice c’est trop compliqué à lire, et puis le système est vendu. Et puis à quoi bon les arguments car à eux… on ne la fait pas.