Big Brother s’intéresse à votre vessie

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L’humanité se répartit en trois catégories : les imbéciles, les exploiteurs et les altruistes éclairés

De notoriété publique, l’humanité se répartit en trois catégories:

1. Les imbéciles
2. Les exploiteurs
3. Les altruistes éclairés, ces derniers travaillant exclusivement pour le compte de l’Etat.

Tout le problème de l’altruiste éclairé est: comment faire le bonheur des imbéciles, malgré eux, en les soustrayant à l’influence des exploiteurs? Réponse: en pondant quelques centaines de milliers de pages de réglementation décrivant ce que les exploiteurs ne peuvent pas faire aux imbéciles, même avec leur accord.

Ainsi, les malheureux imbéciles pourraient avoir la mauvaise idée de s’asseoir à la table d’un restaurant non pourvu de toilettes. Ils seraient alors encore plus malheureux au moment de faire leurs petits besoins, ce qui serait trop injuste. Et qu’on ne vienne pas nous raconter qu’il y en a qui s’en fichent, ou d’autres qui n’y mettraient plus les pieds, contribuant ainsi à ce qu’un restaurant avec des toilettes gagne plus d’argent qu’un restaurant sans toilettes; et qu’on observerait alors une large majorité de restaurants pourvus de commodités. On sait ce que valent vos raisonnements ultra-néo-libéraux à la noix, pourquoi ne pas privatiser les transfusions sanguines, tant que vous y êtes?

Restons entre gens sérieux. Les altruistes éclairés ont donc rédigé, parmi leurs centaines de milliers de pages de réglements, un article qui dit que tout restaurant doit être équipé de toilettes.

Il existe à Toulouse une populaire échoppe vietnamienne qui vend des plats chauds dans un jardin public. Et les gens s’assoient avec ce qu’ils ont commandé sur des chaises pour le consommer sur des tables. L’endroit se résume à un petit kiosque qui sert à peine à faire réchauffer la nourriture, et à ces quelques tables et chaises.

Vous l’avez compris, pour nos altruistes éclairés, l’endroit est un RES-TAU-RANT et de ce fait contrevient à la législation sur les pipi-rooms. Et qu’il y ait des toilettes publiques à cinquante mètres dans le même jardin n’y change rien; depuis quand les exploiteurs du privé se mêlent-ils de remplir les intestins et les vessies des imbéciles en profitant lâchement des toilettes publiques installées par les altruistes éclairés?

De sorte que la Mairie de Toulouse, qui dans le cadre de sa philosophie oecuméno-démagogique s’intéresse au transit intestinal de gens qui ne lui ont rien demandé et qui voudraient qu’on les laisse déguster tranquillement leurs rouleaux de printemps au soleil, s’en est pris audit « restaurant » et lui a enjoint de régulariser sa situation dans les plus brefs délais.

Dans l’intérêt de tous, bien entendu. Tel que défini par les altruistes éclairés qui décident à notre place du contenu de notre existence.

Les propriétaires des lieux, après s’être faits in petto la réflexion que la connerie humaine telle que prévalant en Espace de Francitude Génial, an I, ressemble fort à sa cousine de la Chine des Mandarins, an 1500, ont décidé d’obtempérer, soit en fermant ce commerce, ce qui est une merveilleuse façon de concourir à l’intérêt général, soit en supprimant les tables et les chaises, ce qui transformerait sa boutique illico en « vente à emporter » non astreinte à l’amendement pipicaca. Pour le plus grand confort de ses clients, bien entendu, et le soulagement des altruistes éclairés, qui pourront dès lors épancher leurs grands sentiments aux dépens de quelque autre victime.