20 milliards à la mer… pour du vent !

L’investissement éolien reviendra au bas mot 40 fois plus cher que l’investissement nucléaire par unité d’électricité produite

Alors que la situation calamiteuse des finances publiques françaises exige des mesures drastiques de réduction des déficits, le gouvernement vient de décider, au nom de la lutte contre les rejets de gaz à effet de serre, le lancement d’un marché de 20 milliards d’euros pour l’installation d’éoliennes (600 éoliennes géantes pour commencer) au large des côtes de l’Atlantique et de la Manche.

Le coût sera en grande partie supporté par les finances publiques, tandis que les consommateurs d’électricité devront subir un peu plus le prélèvement opéré par EDF ou les autres fournisseurs d’électricité sous la rubrique « Contribution au service public de l’électricité » qui permet de compenser les énormes surcoûts occasionnés par la production d’électricité éolienne et solaire.

Quelles « justifications » peut-on trouver à cette décision ?

L’électricité d’origine éolienne est une énergie qualifiée de « propre » et « renouvelable » par opposition à celle produite par des centrales thermiques. Sa production n’entraîne pas de rejets de CO2 dans l’atmosphère. Mais dans un pays, la France, qui produit 90% de son électricité à partir de centrales nucléaires et de turbines hydrauliques, et qui, en outre, produit plus d’électricité que n’en demande le marché intérieur, ce qui conduit à brader les excédents de production aux pays voisins, est-il besoin d’investir dans une technologie dont le coût est quatre fois supérieur à celui des installations nucléaires ou hydro-électriques ? Ces moulins à vent océaniques ne feront même pas baisser notre production d’électricité d’origine thermique, et donc n’auront aucun effet de réduction des émissions de dioxyde de carbone.

En effet, les 8% d’électricité produite à partir de gaz ou de charbon ne jouent qu’un seul rôle, celui de faire l’appoint lorsque la demande d’électricité connait un pic, car les centrales nucléaires fonctionnent continûment, sans que leur production puisse être augmentée momentanément pour faire face à des sauts de la consommation. Les éoliennes ne peuvent se substituer aux centrales thermiques, car elles sont tributaires du vent, lequel a l’inconvénient de ne pas toujours souffler lorsque les gens ont froid ou quand les usines tournent à plein régime.

Certes, la demande en électricité pourrait augmenter dans les prochaines années, si le marché des automobiles électriques se développe fortement, ce qui n’est pas encore garanti, et si le chauffage électrique se substitue au chauffage au gaz et au fuel. Toutefois, la progression de la consommation d’énergie devrait être freinée par l’adoption des normes drastiques d’isolation dans les constructions neuves, et par les chantiers de mises aux normes basse consommation que l’on attend pour l’habitat ancien. Mais si l’on parie sur une augmentation des consommations d’électricité telle que de nouveaux investissements sont nécessaires, alors il faut se demander s’il convient de recourir à l’éolien plutôt qu’au nucléaire.

L’éolien, une énergie hors de prix

Le marché des éoliennes off-shore  porte sur une puissance installée de 3000 mégawatts. L’investissement est donc de 6 600 000 euros par mégawatt. Le coût d’une centrale nucléaire est d’environ 1 500 000 euros par mégawatt.

Mais on ne peut comparer la puissance d’une centrale nucléaire à celle d’éoliennes. Une centrale nucléaire tourne à pleine puissance pendant 90% de l’année, soit pendant 7900 heures. Une éolienne ne délivre sa puissance optimale que dans des conditions très favorables de vent, 60 à 90 km/heure. Lorsque le vent est faible, moins de 15 km/heure, elles ne produisent rien. Lorsqu’il dépasse 90 km/heure, il faut bloquer les pales et attendre la fin de la tempête. A la puissance installée, il faut donc associer le facteur de charge qui indique quel pourcentage de la puissance nominale est utilisé effectivement. Le facteur de charge est de 78% à 80% pour les centrales nucléaires, et de 20% pour les éoliennes. Dès lors, le kilowattheure produit annuellement demande 18 fois plus d’investissement si l’on recourt à l’éolien.

Mais le bilan économique des investissements ne s’arrête pas là. Une centrale nucléaire a une vie de 60 années. Les prévisionnistes s’accordent à chiffrer à 25 ans la durée probable des éoliennes marines. Dès lors, si l’on tient compte de la durée d’amortissement, l‘investissement éolien reviendra au bas mot 40 fois plus cher que l’investissement nucléaire par unité d’électricité produite.

Cet ordre de grandeur doit être modulé, à la baisse si on prend en compte le fait que les éoliennes Off Shore auront un facteur de charge pouvant être  plus élevé que sur terre –jusqu’à deux fois, en théorie… Mais en partie en heures creuses-, mais surtout à la hausse si on tient compte des aménagements très coûteux que les transporteurs d’électricité doivent supporter pour que leurs réseaux puissent supporter les très fortes variations de charge liées aux éoliennes, surtout lorsque celles ci déchargent à fond dans le réseau en heure creuse, obligeant les exploitants ou les transporteurs à dissiper l’énergie produite en pure perte.

Le transporteur d’énergie Allemand Eon a publié un rapport complet, résumé en français ici, sur les difficultés que pose l’éolien à son réseau, soulignant que Les systèmes de sécurité du réseau vont sauter chaque fois que l’éolien envoie des sursauts d’énergie dans le réseau puisque ces systèmes n’ont pas été prévus pour cela. Le développement de l’éolien entraîne donc qu’il faut refaire l’infrastructure du réseau et son installation de sécurité. Eon ajoute en langue de bois diplomatique qu’actuellement, nombre de producteurs éoliens ne se préoccupent absolument pas des coûts qu’ils font supporter au réseau… Surcoûts qui seront d’une façon ou d’une autre facturés au consommateur ou au contribuable.

Les écologistes ont beau jeu de dire qu’à l’investissement initial, il faut ajouter le coût du démantèlement des centrales nucléaires, dont il est vrai que la cour des comptes a souligné leur mauvaise prise en compte par EDF à plusieurs reprises. Mais qu’en est-il du coût de remplacement, tous le 25 ans, d’éoliennes élevées à plusieurs kilomètres des côtes ? Quand à la maintenance, est-elle moins coûteuse pour des installations dont on peut prévoir que chaque tempête amènera son lot de dégâts à réparer, et ce en haute mer, quand ce n’est pas la destruction pure et simple de l’éolienne (vidéo), comme on le constate de façon récurrente pour des installations sur terre ferme ? (voir cet exemple dans la Drome).

Face au nucléaire de nouvelle génération, l’éolien n’a aucun argument à faire valoir

Un pays aux finances exsangues peut-il se permettre ces ruineux investissements ? La France, ne cessent de rappeler le gouvernement et les écologistes, s’est engagée dans le cadre de l’Union européenne à porter à 21% la part de sa production en énergie renouvelables. Mais cet engagement ne vaut qu’autant qu’il permet de réduire notre consommation d’hydrocarbures et de charbon, or les éoliennes ne répondent pas à cette exigence ! Par contre la filière nucléaire, même si elle ne répond pas exactement à la définition d’une énergie renouvelable, offre une solution durable aux problèmes d’approvisionnement en énergie. Les réserves connues d’uranium exploitable aux conditions économiques actuelles correspondent à 60 années de consommation. Mais la prospection s’est arrêtée en 1986, avec la catastrophe de Tchernobyl, et sa reprise apportera son lot de découvertes.

De plus, on peut utiliser des ressources dont le coût d’extraction serait dix fois plus élevé qu’aujourd’hui, sans augmenter considérablement le coût de l’électricité, le prix de la matière première étant très faible par rapport aux coûts totaux des centrales. Mais surtout, nous commençons à savoir produire de l’électricité avec des technologies dites à neutrons rapides, qui permettent d’utiliser l’uranium 238 non fissile, 140 fois plus important en quantité dans le minerai que l’uranium 235 actuellement seul utilisé.

Bien mieux, on peut utiliser, avec ces technologies, le thorium, quatre fois plus abondant que l’uranium. Les approvisionnements, dès lors, sont garantis pour quelques dizaines de milliers d’années de production, et nous avons là une énergie, non renouvelable, mais disponible pour 1000 générations. De plus, le coût de la matière première dans le prix de revient devient négligeable. La France dispose d’un savoir faire dans ce domaine, pour avoir fait fonctionner la centrale pilote de Creys-Malville pendant une quinzaine d’années avant que Lionel Jospin et Dominique Voynet n’en décident la fermeture sous la pression des écologistes et les menaces de Greenpeace. Certes, il n’est nul besoin de recourir dès aujourd’hui à la construction de telles installations, car il n’y a pas de danger immédiat de manque de ressource, mais on sait que ces technologies seront prêtes à prendre le relais lorsque cela sera nécessaire.

Pourquoi l’entêtement pro-éolien ?

Rien, rien d’objectif ne justifie le recours à l’éolien. Nos dirigeants ne peuvent pas ignorer tous les problèmes posés par l’énergie éolienne, qui ont fait l’objet de nombreuses analyses publiques. Alors, pourquoi orner nos côtes d’un chapelet d’énormes structures de béton s’enfonçant profondément dans l’océan et dans la roche sous-jacente, – sans qu’on s’interroge d’ailleurs sur le bilan carbone de telles constructions -, qui seront autant de récifs redoutables pour les bateaux lors des tempêtes fréquentes de l’Atlantique et de la Manche ? Pourquoi orner l’horizon de la Baule, de Deauville et du Touquet de ces disgracieuses colonnes aux corolles tournoyantes ? Pourquoi engloutir vingt milliards au fond de l’océan… Pour du vent ?

Créer des emplois ? Mais des emplois financés par les subventions publiques et les surcoûts imposés aux consommateurs ne sont que des emplois destructeurs d’autres emplois. Ne pas dilapider ces milliards d’argent public permettrait de ponctionner d’autant moins les contribuables, ou encore de rembourser nos dettes au lieu de les aggraver.

Alors, il ne reste plus qu’une explication possible : nos gouvernants feraient-ils délibérément le jeu des entreprises qui exploitent le filon éolien, au premier rang desquelles se situent des entreprises intimement liées à l’état telles que  EDF Energie Nouvelle et Areva ? La lecture d’un rapport parlementaire piloté par Patrick Ollier pourrait le suggérer. Ce rapport dénonce « les dispendieux effets d’aubaine » de l’éolien et des « importants surcoûts » qui en résultent.

Alors, pourquoi nos dirigeants s’obstinent-ils à favoriser ces filières anti-économiques, au risque d’aggraver la situation financière du pays, et sans qu’aucune nécessité ne justifie cette politique ?

© Jean Michel Bélouve, septembre 2010JM Bélouve est l’auteur de « la servitude climatique« , ouvrage synthétisant les controverses scientifiques, économique et géopolitiques autour de la question du réchauffement climatique

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(NdR.)

A noter : même l’association climato-alarmiste « sauvons le climat » s’oppose également à l’éolien off shore.

Lien recommendable:

« Groupe d’information sur les éoliennes », un site très complet en français sur les contraintes et contradictions de l’énergie éolienne.

En anglais, la catastrophe de la politique éolienne au Danemark

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Article repris depuis le blog de Vincent Bénard avec son aimable autorisation