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	<title>Contrepoints &#187; La Cité libre</title>
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	<description>Le nivellement par le haut</description>
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		<title>Walter Lippmann</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Feb 2011 11:02:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fabrice Copeau</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Cité libre]]></category>
		<category><![CDATA[biographie]]></category>
		<category><![CDATA[Walter Lippmann]]></category>

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		<description><![CDATA[Du « muckraker » socialiste au columnist respecté]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l'occasion de la sortie, aux Belles Lettres, de la ré-édition de <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZ3AvcHJvZHVjdC8yMjUxMzkwNTI5P2llPVVURjgmYW1wO3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMSZhbXA7bGlua0NvZGU9YXMyJmFtcDtjYW1wPTE2NDImYW1wO2NyZWF0aXZlPTE5NDU4JmFtcDtjcmVhdGl2ZUFTSU49MjI1MTM5MDUyOQ==">la Cité libre</a></em> de Walter Lippmann, nous vous invitons à relire les textes que Contrepoints a consacré à cet auteur important, tant parce qu'il a été à l'origine du courant dit "néo-libéralisme", que par l'influence qu'il a exercé, après guerre, sur les penseurs libéraux et libertariens qui se sont rassemblés autour de la Société du Mont-Pèlerin. </strong></p>
<p><strong><a rel=\"attachment wp-att-14034\" href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTEvMDIvMTUvNTcwMS13YWx0ZXItbGlwcG1hbm4tZHUtJWMyJWFiLW11Y2tyYWtlci0lYzIlYmItc29jaWFsaXN0ZS1hdS1jb2x1bW5pc3QtcmVzcGVjdGUvMjI1MTAxMDA3NDc3NjBs"><img class="alignleft size-medium wp-image-14034" title="22510100747760L" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2010/10/22510100747760L-192x300.jpg?c2fb0e" alt="" width="192" height="300" /></a><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZ3AvcHJvZHVjdC8yMjUxMzkwNTI5P2llPVVURjgmYW1wO3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMSZhbXA7bGlua0NvZGU9YXMyJmFtcDtjYW1wPTE2NDImYW1wO2NyZWF0aXZlPTE5NDU4JmFtcDtjcmVhdGl2ZUFTSU49MjI1MTM5MDUyOQ==">Acheter sur Amazon</a></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La pensée de Lippmann ne saurait se concevoir en-dehors des grands débats de son temps ; son œuvre n’est pas celle d’un universitaire versé à l’abstraction, bien qu’il ait deux fois eu l’occasion de devenir professeur, à Chicago et à Harvard, mais d’un commentateur de son temps, d’un « passeur » entre la recherche pure et l’opinion publique. C’est la raison pour laquelle il est resté dans la mémoire collective américaine un journaliste – deux fois lauréat du Prix Pulitzer – d’un type certes particulier, commentateur beaucoup plus que reporter, mais un journaliste tout de même.</p>
<p>Walter Lippmann nait à New York le 23 septembre 1889, d’une famille juive aisée et assimilée, qui a l’habitude de faire un voyage annuel en Europe. C’est en effet sur le vieux continent, et parmi les ashkénazes allemands en particulier, que se trouvent ses racines familiales, dont il n’entend pas se départir. C’est du reste le propre de la bourgeoisie éclairée de l’époque que de ranimer, à intervalle régulier, le cordon ombilical qui lie le Vieux continent au Nouveau monde, en particulier dans les familles juives de la côte Est. Après de brillantes études, le jeune Walter Lippmann entre à Harvard à l’âge de 17 ans, en 1906, et a, notamment, comme professeur William James[1] (1842-1910), George Santayana[2] (1863-1952), ou encore Charles Townsend Copeland[3]. Lippmann est du reste, durant sa quatrième année à Harvard, l’assistant de Santayana[4].</p>
<p>Lippmann adhère rapidement à la Fabian Society[5] (dont les figures de proue sont les époux Webb[6], Herbert George Wells[7], George Bernard Shaw[8]). Il crée, en 1908, avec huit autres étudiants le Harvard Socialist Club[9], dont il devient rapidement le président. Il en profite pour s’essayer au journalisme étudiant, en devant le principal rédacteur de <em>The Harvard Monthly</em>[10].</p>
<p>Il devient à cette époque un ami proche de John Reed[11], qui, selon sa biographe Barbara Gelb, « fut très impressionné par la capacité de Lippmann à mobiliser ses idées et par l’influence notable que le Club commençait à exercer, grâce à Lippmann, non seulement au sein de l’université, mais dans toute la communauté (des intellectuels socialistes) ».</p>
<p>Sans quitter ses attaches socialistes initiales, Lippmann évolue vers une posture plus sociale-démocrate, sous l’influence de son mentor, Graham Wallas[12], dont il suite les cours de science politique à la London School of Economics (LSE), en qualité d’invité à Harvard. Celui-ci, ancien membre éminent des socialistes fabiens, a quitté cette Société en 1904, du fait de sa profonde empathie pour les principes libéraux. Empathie qui commence à contaminer son disciple.</p>
<p>A la fin de ses études, Lippmann devient l’assistant de Lincoln Steffens[13], un journaliste « muckraker[14] » du <em>New York Post</em>. Il est au cœur du reportage sur la grève de Paterson[15]. Ses recherches suscitent aussi les investigations du Comité Pujo qui pousse Wilson à faire voter le Federal Reserve Act de 1913 destiné à contrôler les banques.</p>
<p>Lippmann participe ensuite à la campagne présidentielle de 1912, qui a la particularité – oubliée de nos jours – d’être une triangulaire opposant le républicain William Howard Taft[16] (1857-1930), le démocrate Woodrow Wilson (1856-1924), et le « progressiste », ancien président républicain des Etats-Unis, Theodore Roosevelt[17] (1858-1919). Cette campagne marque intellectuellement et durablement Lippmann. Il y trouve en effet en toile de fond d’une part la nécessité d’adapter la démocratie à la complexité de la vie économique moderne, et d’autre part, celle de mieux prendre en compte la réalité du suffrage universel. Deux projets cohérents se font donc face en 1912 : le programme du <em>New Nationalism</em> de Theodore Roosevelt et d’Herbert Croly[18], le programme de <em>New Freedom</em> de Woodrow Wilson et de son conseiller spécial Louis Brandeis[19]. Roosevelt et Croly sont aussi favorables à un renforcement de l’Etat fédéral, qu’ils sont réservés vis-à-vis de la législation anti-trust. A rebours, Wilson et Brandeis sont favorables à un renforcement de la législation anti-trust et réservé quant à un renforcement de l’Etat. Le New Freedom incarne un courant pour le moins original pour nous Européens : celui des juristes et économistes opposés au laissez-faire sans renier leur méfiance, toute jeffersonienne, envers l’Etat.</p>
<p>Lippmann s’engage – assez logiquement compte tenu de son cheminement intellectuel – du côté du plus interventionniste, Theodore Roosevelt. Ses ouvrages postérieurs, <em>A Preface to Politics</em> (1913) et <em>Drift and Mastery</em> (1914) résumeront sa position. Grâce à une sorte de saint-simonisme expurgé de son enveloppe pseudo-religieuse, Lippmann croit alors possible une maîtrise de l’ordre social par l’homme. Il considère que la théorie de l’intérêt personnel et de la maximisation du profit sont anachroniques. Il croit aussi en la responsabilité d’une nouvelle classe de managers professionnels, distincts des propriétaires d’entreprise, et se montre en conséquence favorable aux grands groupes, même s’il en perçoit aussi les dangers. Cette thèse sera popularisée peu après par Veblen, dans <em>Les Ingénieurs et le système des prix</em>[20].</p>
<p>Mais c’est Wilson qui, au final, l’emporte : il est élu grâce à la division au sein du Parti républicain ; le total des votes de Taft et de Roosevelt est en effet supérieur à celui obtenu par Wilson.</p>
<p><strong>Le tournant de la guerre</strong></p>
<p>C’est la Première Guerre mondiale qui va définitivement brouiller ses certitudes constructivistes. Il perd progressivement sa confiance dans « l’intelligence organisée de la classe gouvernante[21] ».</p>
<p>En novembre 1914, il participe, avec notamment Herbert Croly et Walter Weyl[22] à la fondation du <em>New Republic</em>, une petite revue « assez à gauche du consensus libéral pour être stimulante », comme l’écrit dans sa biographie Ronald Steel[23]. Ce journal aura très vite une grande influence, et devient un véritable forum pour les esprits les plus libres et les plus originaux. John Dewey[24], Charles Beard[25], James Bryce[26], George Bernard Shaw, Graham Wallas notamment, y publient des articles. Lippmann se spécialise dans l’examen de la politique étrangère. Il y plaide pour que les Etats-Unis abandonnent l’isolationnisme, et s’impliquent plus fortement dans les affaires internationales. Il est déjà assez connu pour que le poids de ses écrits ait une certaine influence sur l’engagement du Président Wilson en faveur de l’entrée en guerre des Etats-Unis. En 1916, alors que les forces américaines se lancent dans la guerre, Wilson, qui a besoin des voix des intellectuels de gauche pour la prochaine élection présidentielle, se rapproche de Lippmann et de ses camarades. Il fait même de celui-ci l’assistant du ministre de la Guerre, Newton Baker[27], en 1917.</p>
<p>Il est nommé en septembre 1917 secrétaire général de l’Inquiry, une commission de spécialistes formée par Wilson et le colonel Edward Mandell House pour étudier les problèmes des nationalités en Europe, et pour réfléchir sur la façon dont pourrait être redessiné le paysage européen après-guerre[28]. Il participe ainsi, au sein de l’Inquiry, à l’élaboration de huit des célèbres <em>Quatorze points</em> de Wilson, et, de la sorte, à la définition des buts de guerre de la diplomatie américaine.</p>
<p>Fin 1918, membre de la délégation américaine à la Conférence de Paris (18 janvier 1919 – août 1920), il est chargé de réaliser à la hâte l’exégèse officielle de ces mêmes <em>Quatorze points</em> pour les premiers plénipotentiaires arrivés à Versailles, mais quittera rapidement la France, fin janvier 1919, non sans avoir auparavant rencontré et sympathisé avec John Maynard Keynes (1883-1946), dont il restera l’ami[29], et Bernard Berenson[30].</p>
<p><strong>« LE » columnist américain</strong></p>
<p>Revenu aux Etats-Unis, Lippmann s’oppose, et avec lui le <em>New Republic</em>, à la ratification du Traité de Versailles. Il saisit très vite les dangers de cette paix bâclée, et se retourne contre Wilson. Il s’oppose en particulier à la « balkanisation de l’Europe centrale[31] » et aux réparations de guerre, ainsi qu’aux concessions territoriales et à l’obligation faite aux Etats-Unis de les défendre par la force. Il obtient de Keynes l’autorisation de publier certains extraits des <em>Conséquences économiques du Traité de Versailles</em> dans le numéro de noël 1919 du <em>New Republic</em>.  Le féroce portait que Keynes dresse de Wilson finit de faire de Lippmann une <em>persona non grata</em> à la Maison Blanche, et sert ceux qui, au Sénat, s’oppose à la ratification du Traité[32<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bjMy">]</a>. Lippmann aurait ultérieurement regretté son geste.</p>
<p>C’est alors que Lippmann devient « LE » <em>columnist</em> américain. Un journaliste, certes, mais dont le modèle n’existe pas en France. Un journaliste au statut si particulier qu’il dessine, plusieurs fois par semaine, en quelques milliers de signes, à côté des <em>news</em>, l’opinion de ses lecteurs. Comme l’écrit Bruno Latour, « <em>contrairement aux éditoriaux qui engagent les propriétaires des journaux ou les rédacteurs en chef, aux articles des reporters, aux opinions publiées par les uns ou par les autres, la colonne du columnist est tenue régulièrement par un journaliste sans autre autorité que sa capacité à résumer les problèmes du moment et à leur donner, en toute indépendance, une analyse instantanée. Contrairement à Raymond Aron jadis, il n’occupe aucune chaire universitaire ; contrairement à Paul Krugman aujourd'hui, il ne parle pas au nom de la science économique. Quand il se risque à une interprétation des événements courants, c’est sans filet</em>[33]. » Lippmann a sans doute été le <em>columnist</em> par excellence.</p>
<p><strong>Le précurseur du « néo-libéralisme »</strong></p>
<p>Lippmann quitte en 1922 le <em>New Republic</em> pour<em> The New York World</em> de Ralph Pulitzer. Il y rédige la première de ses trois œuvres majeures, jamais traduite en français, <em>Public Opinion</em> (1922). Dans ce livre, il développe la notion de stéréotype (dont il est l’inventeur), et celle, voisine, de <em>Pictures in Our Heads</em>. Il étudie plus précisément la manipulation de l’opinion publique. Selon Lippmann, pour « <em>mener à bien une propagande, il doit y avoir une barrière entre le public et les événements</em>[34]. » La démocratie, ajoute-t-il, a vu la naissance d’une nouvelle forme de propagande, basée sur les recherches en psychologie associées aux moyens de communication modernes[35]. La démocratie s’est muée en « fabrication du consentement », <em>manufacture of consent</em>, terme dont il est également l’inventeur.  L’arrivée de personnes dotées d’une culture politique relativement faible entraîne un accroissement du risque d’une forte divergence entre les images que les citoyens ont dans la tête, et la réalité du monde extérieur. Pour résoudre ce problème, Lippmann se prononce en faveur de groupes d’experts indépendants chargés de « rendre intelligibles les faits non apparents ». Il ne devance en cela que de quelques années les projets planistes des polytechniciens français de X-Crise[36].</p>
<p>Dans son ouvrage suivant, récemment traduit en français, <em>Le Public fantôme</em> (1925), il développe l’idée que si le public ne peut pas constituer une force créatrice et directrice de la société, il peut néanmoins apporter son assistance à ceux qui défendent des idées raisonnables.</p>
<p>Il quitte en 1931 le <em>World</em> pour le non moins célèbre <em>New York</em> <em>Herald Tribune</em>, propriété des républicains. Sa chronique, « T &amp; T » (« Today &amp; Tomorrow »), grâce au système de la syndication, est lue par cinq à dix millions de personnes pendant près de cinq décennies, et sert toujours aujourd'hui de modèle dans les écoles de journalisme.</p>
<p>En tant que <em>columnist</em>, Lippmann va chercher à comprendre les désastres successifs de son siècle, en éclairant ses lecteurs sur un nombre immense de crises, sur les projets d’une douzaine de présidents. Il est celui qui a poussé Wilson dans la guerre, mais aussi qui s’est dressé contre la paix impossible de la Société des nations, qui a évité à son pays un conflit avec le Mexique (par une diplomatie secrète avec le Vatican !), qui a vu immédiatement les dangers du stalinisme, qui a longuement préparé son pays à la guerre contre le national-socialisme, qui a compris dès juin 1940 tout l’intérêt de de Gaulle[37], qui a exprimé son horreur du maccarthisme, et qui a tout fait pour éviter l’intervention américaine en Corée comme au Viêt-Nam. Il a inventé les termes de Communauté atlantique, de Guerre froide, et tant d’autres.</p>
<p>Cela ne l’a évidemment pas empêché de commettre des erreurs de jugement, parfois même grossières. Il soutient par exemple, contre toute évidence, qu’il n’y aura pas de division de l’Allemagne après la guerre. Mais l’exercice auquel Lippmann se livre chaque jour ou presque mérite bien un peu d’indulgence lorsqu’on juge <em>a posteriori</em> la qualité de ses analyses.</p>
<hr size="1" /><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE=">[1]</a> Psychologue et philosophe, William James est issu d’une grande famille intellectuelle américaine. Il compte parmi ses parents Henry James Sr., le disciple de Swedenborg, et a comme frère cadet le célèbre romancier Henry James. William James est souvent présenté comme le fondateur de la psychologie en Amérique. « <em>La première conférence de psychologie à laquelle j'ai assisté, c'est moi qui l'ai donnée</em> », disait-il.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI=">[2]</a> Ecrivain et philosophe américain d’origine espagnole, George Santayana est professeur de philosophie à Harvard. Son réalisme critique, pragmatiste et naturaliste le distingue du néoréalisme qui dominait la philosophie américaine de son temps.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjM=">[3]</a> Charles Townsend Copeland (1860 – 1952) est un critique littéraire du <em>Boston Advertiser</em> et du <em>Boston Post</em>.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjQ=">[4]</a> D'après Ronald Steel, Walter <em>Lippmann and the American Century</em>, 1980, Transaction Publishers, Londres, 1998., (p. 19-22), Lippmann aurait été fortement marqué par ce philosophe pour qui « la fonction de la raison est de dominer l'expérience ». Sur le rapport de Santayana avec le pragmatisme, on pourra voir Levinson (1992) <em>Santayana, Pragmatism and the Spiritual Life</em>, éd. UNC Press.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjU=">[5]</a> La Société des Fabiens ou Société fabienne (<em>Fabian Society</em>, du nom du général romain Quintus Fabius Maximus Verrucosus, « le méticuleux ») est un groupe de réflexion britannique fondé en 1884. Son but est de promouvoir la cause socialiste par des moyens réformistes et progressifs plutôt que révolutionnaires.  Il est partie prenante à la création du Parti travailliste en 1900 et aussi, plus près de nous, à la refonte de celui-ci dans les années 1990 avec le New Labour de Tony Blair.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjY=">[6]</a> Martha Beatrice Potter Webb (1858 - 1943) et son mari Sidney sont des socialistes britanniques bien connus. Beatrice est à l’origine de la Fabian Society et de la création de la London School of Economics (LSE), co-auteur de <em>History of Trade Unionism</em> (1894), et co-créatrice du célèbre magazine labour <em>The New Statesman</em> en 1913. Dans le livre de H.G. Wells <em>The Next Machiavel</em> (1911), les époux Webb, sous le nom des Baileys, sont critiqués comme des bourgeois manipulateurs. La Fabian Society dont Wells fut membre pour une courte période, ne valait pas beaucoup plus à ses yeux. Par ailleurs, Friedrich A. Hayek, consacre en 1948 une critique au brûlot contre l’ouvrage de Béatrice Webb intitulé <em>Our Partnership</em> ; il écrit : « <em>Chez elle, la confiance dans la « direction générale et coercitive » par un expert et dans « liberté supérieure » de la vie en corporation » était une passion, et le dégoût pour toutes les idées, mais en particulier pour le libéralisme gladstonien, qui « pense en terme d’individus », une véritable haine </em>», Economica, août 1948, repris dans Friedrich A. Hayek, <em>Essais de philosophie, de science politique et d’économie</em>, Annexe II, Les Belles Lettres, Paris, 2007.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjc=">[7]</a> Le célèbre auteur de romans de science-fiction (1866 - 1946)</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjg=">[8]</a> George Bernard Shaw (1856 - 1950) fut un critique musical et dramaturge irlandais, essayiste, scénariste, et auteur célèbre de pièces de théâtre. Irlandais acerbe et provocateur, pacifiste et anticonformiste, il obtint le prix Nobel de littérature en 1925.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjk=">[9]</a> A l’époque de Lippmann, le Club est déjà noyauté par des éléments entristes, tels que Heywood Broun, un journaliste new-yorkais, qui ourdit un complot afin de fomenter une révolution trotskiste dans le Nouveau Monde. Comme l’écrit Zygmund Dobbs, « Broun became a red under the leadership of Walter Lippman at the Harvard Socialist Club in 1906. », in <em>Keynes at Harvard, Economic Deception as A Political Credo</em>, chap. IX, 1969, Probe Research, Inc., West Sayville, New York.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjEw">[10]</a> Cette revue, qui existe encore de nos jours, expose les événements récents et ceux à venir du campus de Cambridge.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjEx">[11]</a> John « Jack » Silas Reed, (1887 – 1920), est un journaliste et militant socialiste américain. Témoin enthousiaste de la révolution d'Octobre, il est surtout connu pour son ouvrage <em>Dix jours qui ébranlèrent le monde</em>. Le film de 1981 <em>Reds</em> avec Warren Beatty, Diane Keaton et Jack Nicholson, est basé sur sa vie et celle de sa femme, l’écrivain féministe Louise Bryant.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjEy">[12]</a> Graham Wallas (1858-1932), professeur et théoricien en science politique et en relations internationales, a été membre de l’exécutif la Fabian Society de 1888 à 1895. Il en était l’un des trois « mousquetaires », selon l’expression de Shaw.  Il quittera, en 1904, cette société car il avait une profonde empathie avec les principes libéraux et il était en faveur du libre échange. Son parcours, d’une certaine manière, préfigure celui que Lippmann empruntera quelques années plus tard.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjEz">[13]</a> Steffens est connu pour sa déclaration de 1921, à son retour de l'Union Soviétique : « I have been over into the future, and it works. »</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE0">[14]</a> Un <em>muckraker</em> (de muck : fange /ordure / boue et to rake : fouiller... donc en bon français : fouille-merde) est un journaliste ou un écrivain qui enquête et publie des rapports véridiques soulevant des questions de société, généralement en rapport avec la criminalité et la corruption, impliquant souvent des élus, des dirigeants politiques et des membres influents du monde des affaires et de l'industrie. On se souvient des enquêtes menées sur le monopole de la Standard Oil, par exemple.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE1">[15]</a> Paterson est à cette époque la « ville de la soie des Etats-Unis ». Suite à un conflit social, tous les ouvriers de la soie sont en grève et les 300 usines dans la ville sont contraintes de fermer. John Reed décide d’écrire un reportage sur la grève à Paterson. Il est bientôt arrêté et emprisonné à la prison du comté. Walter Lippman arrive alors sur place pour manifester sa solidarité avec Reed, et pour exiger la libération des journalistes, afin qu’ils puissent rendre compte des conflits du travail.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE2">[16]</a> William Howard Taft, (1857 - 1930), est le vingt-septième président des États-Unis. Il a été élu pour un mandat, de 1909 à 1913.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE3">[17]</a> Roosevelt, mécontent de la politique menée par Taft, venait de fonder son nouveau parti, de circonstance.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE4">[18]</a> Lui aussi ancien élève de George Santayana, il est connu pour son livre <em>The Promise of American Life</em> (1909).<em> </em></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjE5">[19]</a> Louis Dembitz Brandeis (1856 - 1941), est un avocat américain, membre de Cour suprême des États-Unis ainsi qu'un important soutien au mouvement sioniste américain. Un des principaux conseillers économiques de Woodrow Wilson puis de Franklin Delano Roosevelt, il est un des symboles de l'ère progressiste et un des pionniers d'une concurrence régulée. Il a participé à la création du Federal Reserve System.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjIw">[20]</a> Thorstein Veblen, <em>The Engineers and the Price System</em>, Batoche Books, Kitchener, 1921.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjIx">[21]</a> J.M. Blum, <em>Public Philosopher, Selected Letters of Walter Lippmann</em>, 1985, New York, Ticknor &amp; Fields.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjIy">[22]</a> Walter Weyl (1873-1919) est un des leaders du mouvement progressiste américain. Son ouvrage le plus connu, <em>The New Democracy</em> (1912), est un classique du méliorisme, révélant son chemin vers un avenir de progrès et de modernisation fondée sur des valeurs de la classe moyenne. Le méliorisme est une morale de l'action : le monde n'est pas parfait, mais on peut travailler à son amélioration, dont la fin du <em>Candide</em> de Voltaire donne la parfaite illustration : « cultivons notre jardin ». Alain le qualifiait d' « optimisme de la volonté ».</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjIz">[23]</a> Ronald Steel, op. cit.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI0">[24]</a> John Dewey (1859 - 1952) est un philosophe américain spécialisé en psychologie appliquée et en pédagogie. Son système philosophique se rattache au courant pragmatiste développé par Charles S. Peirce et William James. Ses idées politiques et sociales sont proches du socialisme. Il définit la morale ou l'éthique comme la recherche d'un « équilibre » entre le social et l'individuel.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI1">[25]</a> Charles Austin Beard (1874 - 1948) est considéré comme l'un des principaux historiens américains du début du XX<sup>e</sup> siècle avec Frederick Jackson Turner. Il propose une nouvelle interprétation de l'œuvre des Pères fondateurs des États-Unis en avançant que ces derniers étaient davantage motivés par leurs intérêts économiques que par les principes philosophiques.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI2">[26]</a> Célèbre historien britannique, Bryce (1838 - 1922) entame après des études à Glasgow une carrière de juriste à Londres, puis devient professeur de droit civil à l'Université d'Oxford. Il publie en 1878 son chef d’œuvre, l’<em>Histoire du Saint-Empire romain germanique</em>.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI3">[27]</a> Baker a supervisé l'implication militaire américaine dans la guerre. Comme le Royaume-Uni, les États-Unis disposent uniquement d’une armée de métier. C’est ainsi que l’on doit à Baker et a son assistant, qui ont besoin de trouver des volontaires, la célèbre affiche de l’Oncle Sam pointant son index vers le lecteur.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI4">[28]</a> L'Inquiry (l’Enquête) devait préparer les documents pour les négociations de paix après la Première Guerre mondiale Le groupe, composé d'environ 150 universitaires, a été dirigée par le conseiller présidentiel Edward House et supervisé directement par le philosophe Sidney Mezes. Certains membres de la Commission établirent plus tard le Council on Foreign Relations, entité indépendante du gouvernement.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjI5">[29]</a> Craufurd. D. Goodwin (1995), « The Promise of expertise: Walter Lippmann and policy sciences », Policy Sciences, 28, p. 317-345, Kluwer Academic Publishers, Pays-Bas, p. 336.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjMw">[30]</a> (1865 – 1959), historien de l'art spécialiste de la Renaissance italienne.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjMx">[31]</a> Walter Lippmann est l’inventeur de cette expression.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjMy">[32]</a> Steel, op. cit., p. 164-165.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjMz">[33]</a> Walter Lippmann, <em>Le Public fantôme</em>, trad. Laurence Decréau, présentation par Bruno Latour, Paris, Démopolis, 2008.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjM0">[34]</a> Walter Lippmann, <em>Public Opinion</em>, partie II, chap. II, section 3.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjM1">[35]</a> « La création du consentement n’est pas un art nouveau. Il en est un très ancien et était supposé disparaître avec l’apparition de la démocratie. Mais ce n’est pas le cas. La technique de cet art a, en fait, été énormément améliorée, parce qu’elle est à présent basée sur l’analyse plutôt que sur des règles approximatives. Ainsi, grâce aux résultats de la recherche et de la psychologie, associée aux moyens de communication modernes, la pratique de la démocratie a effectué un tournant. Une révolution est en train de prendre place, infiniment plus significative que tout déplacement du pouvoir économique. », <em>op. cit</em>., partie V, chap. XV, section 4.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjM2">[36]</a> Ce groupe fondé par Gérard Bardet, André Loizillon et John Nicolétis est né à l'automne 1931 et est transformé en 1933 en Centre polytechnicien d'études économiques. On compte parmi les acteurs de ce groupe Raymond Abellio, Alfred Sauvy, Louis Vallon, Jean Coutrot, Jules Moch.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9GYWJyaWNlL0J1cmVhdS9CaW9ncmFwaGllJTIwTGlwcG1hbm4lMjB2NC5kb2MjX2Z0bnJlZjM3">[37]</a> Ce dont le général lui sera toujours reconnaissant, y compris lorsque, en 1962, Lippmann se retourne contre lui dans <em>L’Unité occidentale et le Marché commun</em>, ouvrage dans lequel il critique vertement la remise en cause du monopole atomique américain au sein du camp occidental à laquelle la France se livre.</p>
<p>A lire également :</p>
<ul>
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		<title>Walter Lippmann et le libéralisme</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Nov 2010 14:01:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fabrice Copeau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À la loi naturelle qu’il fustige, Lippmann oppose le droit artificiel fondé sur l’usage de la raison ]]></description>
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<p>L’autre influence majeure du libéralisme de Lippmann est incarnée par John Dewey. Celui-ci fait paraître en 1930 <em>Individualism, Old and New</em>, puis en 1935 <em>Liberalism and Social Action</em>.  Il s’en prend à l’école de Manchester, aux utilitaristes anglais, au laissez-fairisme, et récupère à son profit le mot même de « libéralisme » qui était tombé en désuétude depuis Herbert Spencer[2]. Lippmann prolonge pour partie la diatribe de Dewey, à ceci près qu’il se prononce également contre une intervention excessive de l’Etat dans l’économie, et contre le collectivisme. S’il reproche au libéralisme de s’être mué en un « dogme obscurantiste et pédantesque », c’est pour mieux le redéfinir : il crée ainsi le concept de <em>néo-libéralisme</em>, sorte de troisième voie entre le <em>modern liberalism</em> américain gauchisé et le libéralisme classique moribond. Il convient de noter que le néo-libéralisme des années trente n’a pas du tout le sens polémique qu’on lui confère souvent aujourd'hui, lorsqu’on assimile sans craindre la contradiction des penseurs de courants fort divers dans un même ensemble[3].</p>
<p><strong>Le pragmatisme post-machiavélien</strong></p>
<p>Lippmann, sa vie durant, aura incarné ce <em>pragmatisme</em> philosophique, qui s’oppose épistémologiquement tant à l’idéalisme, qu’au positivisme ou à l’empirisme. C’est par leurs effets dans l’expérience que l’on peut mesurer la vérité de nos énoncés, et pas autrement. Ce n’est donc pas d’un principe ou d’une essence fixée axiomatiquement ou <em>ab initio</em> que nous pouvons déduire ce que sont les choses, mais des possibilités offertes par la situation dans laquelle nous nous trouvons.</p>
<p>L’illustration la plus flamboyante que Lippmann donnera au pragmatisme, c’est son ouvrage de 1927, <em>Le Public fantôme[4]</em>. Lippmann y retourne son lecteur comme une crêpe. Tocqueville, étudiant la démocratie américaine, montra en son temps que loin d’être l’incarnation d’un passé antique, médiéval, féodal, ou d’un quelconque ancien régime, l’Amérique était en réalité l’incarnation de notre avenir. Lippmann fait de même et nous montre, lui, que les fondements mêmes de la démocratie représentative et de l’intérêt général, que le mythe d’un citoyen éclairé et apte à trancher au sein de l’Agora, n’ont aucun sens, et que c’est sur un substrat autrement plus modeste – mais aussi autrement plus fragile – que tient notre démocratie. Comme l’écrit Bruno Latour, « si la lecture de Machiavel fut dure à ceux qui cherchaient la vertu ailleurs que dans la force, la fortune et l’astuce, celle de Lippmann sera plus douloureuse encore car c’est à l’idée même de représentation, de peuple et de public qu’il vient s’attaquer »[5].</p>
<p>Lippmann cherche à comprendre comment faire participer le mieux possible les citoyens, tout en tenant compte des limites pratiques qui rendent impossible l’utopie rousseauiste. Le concept de volonté générale n’a pour lui aucun sens, d’une part parce qu’il y voit un retour aux prérogatives des anciens seigneurs et maîtres, et donc du principe d’autorité[6], et d’autre part parce qu’il ne dit rien sur la réalité des choses. Or c’est cette seule réalité que veut regarder Lippmann.</p>
<p>Non, nous dit Lippmann, dans la Grande société, les citoyens ne sont pas en mesure d’appréhender les affaires qu’on leur soumet. Ils ont déjà suffisamment à faire avec leurs propres problèmes quotidiens. A cette dure réalité nul n’échappe, ni le philosophe, ni le politique, ni le journaliste, ni l’expert[7]. Aucune théorie politique n’a de vraisemblance si elle suppose, au-dessus de cette connaissance étriquée, quiconque ou quelconque qui lui serait supérieure. Il n’y a pas de volonté générale, il n’y a que des problèmes ponctuels et particuliers, pour lesquels la seule différence de fond est celle qui oppose ceux qui sont de la partie (<em>insiders</em>) et les autres, immensément plus nombreux (<em>outsiders</em>).</p>
<p>Le pragmatisme de Lippmann nous contraint à regarder la réalité en face : « Les problèmes les plus frustrants de la démocratie sont justement ceux qu’on ne peut pas résoudre par des principes démocratiques. »[8] Ce qui doit céder, ce qu’il faut abandonner, c’est l’idée même de <em>Public</em>, avec un grand P, issu de la tradition rousseauiste. C’est lui le fantôme qui effraye la démocratie et lui interdit d’être adulte.</p>
<p>Il n’y a pas de Public, mais il y a le <em>public</em>, qui incarne un tragique paradoxe. Lorsque les précédents manquent, lorsque tout est inédit et confus, le public doit pourtant prendre ses décisions les plus importantes et trancher les différends, dans toute son incompétence. C’est au moment où tous les autres ont failli que le public doit résoudre l’affaire malgré toute son incompétence, sa fragilité et son amateurisme. Mais il serait illusoire de lui prêter des vertus qu’il n’aura jamais : le public n’est qu’un juge de dernière instance, et accessoirement un incapable.</p>
<p>Dans son travail de sape, Lippmann ne s’arrête pas en chemin. Comme Adam Smith avant lui, il affirme qu’il n’y a que des gens intéressés. Nous sommes liés les uns aux autres, non par l’existence préalable d’une quelconque communauté, mais par le fait que nos affaires ne cessent de s’emmêler les unes les autres. La société n’existe pas. Il n’y a que des ajustements entre les gens et leurs affaires. Dans ce <em>relativisme</em> assumé, les gouvernants ne sont évidemment pas les dépositaires du Bien public grâce à leur désintéressement et à leur vision d’avenir ; ils ne sont que des spécialistes délégués et payés pour essayer tant bien que mal de faire appliquer les règles qui ont émergé à la suite des crises précédentes – car on ne va que de crise en crise, en titubant.</p>
<p>La décision publique n’est pas celle des philosophes, mais celle des sociologues : elle est comme l’onde concentrique d’un caillou porté à la surface de l’eau. Si les parties à un différend ne s’entendent pas, les gouvernants interviennent ; si les gouvernants ne parviennent pas à maintenir les règles, les activistes interviennent. Et lorsque les esprits des activistes s’échauffent, le public, attiré « par la scène comme des badauds par un accident », selon le mot de Latour, commence à s’impliquer, mais pour un temps seulement et pour une fonction très précise. Celle qui consiste à soutenir une décision par essence relative à une situation donnée à un moment donné. A rebours de l’esprit français, qui établit la vie publique sur un accord unanime, Lippmann la reconstruit sur les désaccords, les cassures, les ajustements et l’appel aux <em>modus vivendi</em>.</p>
<p>De surcroît, le public n’apprécie qu’au jugé, en ne retenant que les différences les plus superficielles et les plus dramatisées. Personne ne peut avoir de vision d’ensemble. Personne ne tutoie la volonté générale.</p>
<p>En analysant le processus de décision, Lippmann montre que le public parvient, par une série de questions simples sinon sommaires, à discerner laquelle des parties en présence est la <em>plus</em> partisane, pour peser ensuite de tout son poids en faveur de celui qui paraît l’être <em>moins</em>. Et c’est tout. Le public doit laisser les activistes, les militants, se saisir des détails, et doit en retour se tourner et soutenir ceux qui lui paraissent les plus recommandables. Comme l’écrit Bruno Latour, « mettre son poids dans la balance sans interférer, c’est l’exact contraire de l’immobilité mobilisée et de l’engagement dégagé de ceux qui se croient politiques parce qu’ils s’émeuvent sans bouger aux effrayants spectacles de la télévision ».</p>
<p>La fonction réelle des citoyens, lorsqu’ils forment un public, est de s’aligner derrière ceux qui vont gouverner effectivement. Le fait de voter n’est pas l’expression de nos idées – un même vote peut avoir une signification et des raisons différentes –, mais une <em>promesse de soutien</em>[9].</p>
<p>C’est justement parce qu’il y a des rapports de force que les ajustements sont possibles. Lippmann laïcise la politique ; il ringardise ceux qui croient que la démocratie repose sur le Peuple représenté, qui serait une sorte de pouvoir de droit divin.</p>
<p>Si le pragmatisme caractérise si bien la pensée de Lippmann, le <em>relativisme</em> tout autant sinon plus. Il n’a rien d’un « réaliste » qui aurait jeté son idéal aux orties. Il craint et voue aux gémonies les réformistes, qu’il considère comme encore plus rêveurs que les révolutionnaires : ceux-ci croient à la totalité qu’on pourrait renverser, ceux-là s’occupent des détails et laissent le tout à l’écart. Qu’on prétende le renverser ou le laisser intact, c’est la même illusion, le même fantôme. En réalité, <em>Il n’y a pas de Tout</em>.</p>
<p><strong>Le libéralisme de <em>La Cité libre</em></strong></p>
<p>Alors qu’à la fin des années vingt, Lippmann avait écrit <em>A Preface to Morals</em> (examinant les rapports entre modernité et religion), ce n’est qu’après la Conférence économique de Londres de juillet 1933 qu’il va vraiment s'intéresser au libéralisme alors contesté et menacé de toutes parts. Il donne à Harvard plusieurs conférences en mai 1934, publiées l’année même sous le titre de <em>Method of Freedom</em>. Il y constate l’impossibilité de restaurer l’économie mondiale sur la base des principes d’avant-guerre. L’arrivée des masses dans le champ du politique, la suppression, pendant la guerre, de la séparation entre les pouvoirs politiques et économiques marquent à jamais un changement d’époque. Le laissez-faire était déjà selon lui à bout de souffle avant 1914 ; il est illusoire de vouloir le restaurer. L’Etat est à présent tenu pour responsable de l’activité économique ; le gouvernement a donc le choix entre deux grandes voies : le système d’économie dirigée (ou collectivisme absolu), et le système d’économie compensée (collectivisme libre). Ce dernier concept, que Lippmann s’attache à forger, est « collectiviste parce qu’il reconnaît l’obligation de l’Etat non seulement dans la poursuite d’un certain standard de vie, mais également dans le fonctionnement global de l’ordre économique. Il est libre parce qu’il préserve, à l’intérieur de très larges limites, la liberté des transactions. Son objet n’est pas de diriger les entreprises privées selon un plan officiel, mais de les mettre et de les conserver dans un équilibre convenable. Sa méthode consiste à redresser la balance des actions privées par des actions publiques de compensation. » Quant au collectivisme absolu, Lippmann ne le voit pas seulement dans les expériences communistes, fascistes et nazies, mais aussi dans certaines tendances planistes du New Deal.</p>
<p>A la charnière de ses réflexions encore teintées d’un keynésianisme assumé[10], Lippmann fait alors la découverte des ouvrages de Ludwig von Mises et de Friedrich A. Hayek, dont il écrit que leur « critique de l’économie planifiée a apporté une nouvelle compréhension de tout le problème du collectivisme[11] ». Lippmann s’intéresse en particulier à deux évolutions qu’il considère comme cruciales : d’une part, poursuivant ses réflexions antérieures, il s’interroge sur les conséquences politiques qui s’imposent à un Etat qui sort de la neutralité économique pour être en butte à une multitude d’intérêts particuliers. Il juge le parlement trop soumis aux pressions des lobbies. D’autre part, il s’inquiète de l’affaiblissement de la classe moyenne, en qui il voit pourtant un antidote apte à atténuer le pouvoir de l’alliance de la ploutocratie et du prolétariat.</p>
<p>Ses recherches aboutissent à la publication, en 1937, de <em>The Good Society</em>, rapidement traduit par la Librairie de Médicis sous le titre <em>La Cité libre</em>, avec une préface d’André Maurois.</p>
<p>Bien que Lippmann ne mentionne personne en particulier lorsqu’il critique le programme illibéral des gouvernements américains, il est clair que les articles de l’<em>Atlantic Magazine </em>collationnés dans <em>La Cité libre</em> sont inspirés par la publication de <em>Democracy in Crisis</em> par Harold Laski en 1933[12].  Ce dernier, membre de la commission exécutive de la Fabian Society, est le successeur de Wallas à la chaire d’économie politique de la London School of Economics, et le futur président du Parti travailliste britannique. De surcroît, Laski est « l’éminence rouge » de F.D. Roosevelt, selon le mot de Gary Best[13]. <em>La Cité libre </em>est donc aussi une réaction au New Deal. Lippmann a commencé l’écriture de son ouvrage la même année que Laski publie son livre. Avant même sa sortie, Laski confiait à Felix Frankfurter qu’il s’attendait à ce que son livre cause à Lippmann un « malaise aigu ». En un sens, le livre de Laski est une sorte de défi lancé à Lippmann par le marxiste britannique.</p>
<p>Laski écrit que l’apparition de la Grande Dépression révèle l’incapacité du capitalisme à assurer de façon adéquate la subsistance des travailleurs, et souligne l’existence d’une classe de privilégiés vivant à proximité des masses appauvries, spectacle intolérable pour une société dans laquelle les pauvres ont le droit de vote. Aux Etats-Unis, écrit Laski, il y a aujourd'hui  « une plus grande désillusion démocratique, un plus grand scepticisme à l'égard des institutions populaires, qu’à n'importe quelle période de son histoire. […] Le malaise de la démocratie capitaliste est incurable aussi longtemps qu’elle reste capitaliste, pour la simple raison que c’est contre les conditions inhérentes du capitalisme que les hommes se révoltent. » Ainsi, pour Laski, soit les capitalistes seront contraints d’éliminer la démocratie, soit la démocratie fera disparaître le capitalisme.</p>
<p>Lippmann rétorque dans le premier chapitre de son ouvrage que le seul instrument dans lequel les collectivistes « aient confiance, c'est l'autorité gouvernementale. On dirait qu'ils ne peuvent rien imaginer d'autre, et qu'ils ont oublié que tous les progrès qui leurs sont chers ont été obtenus en émancipant les hommes de la puissance politique, en limitant le pouvoir, en libérant les énergies individuelles de l'autorité et de la contrainte collective. Presque toutes les doctrines que l'on considère aujourd'hui comme « progressistes » en Angleterre et aux États-Unis proclament la nécessité d'un accroissement des pouvoirs de l'État. On demande toujours plus de fonctionnaires exerçant un pouvoir toujours plus étendu sur un nombre toujours plus grand d'activités humaines. »</p>
<p>Il ajoute : « nous appartenons à une génération qui a perdu sa voie. Incapable de développer les grandes vérités qu'elle a reçues des émancipateurs, elle est revenue aux hérésies de l'absolutisme, de l'autorité, et de la domination de l'homme par l'homme. L'esprit progressiste du monde occidental n'est qu'une longue et toujours plus vive protestation contre toutes ces idées. Nous avons déchiré l'esprit humain, et ceux dont les sympathies profondes semblaient les destiner à être les porteurs de la tradition civilisatrice se sont dressés les uns contre les autres dans une lutte fratricide. »</p>
<p>Lippmann développe cinq idées principales dans <em>La Cité libre</em>.</p>
<p>En premier lieu, il se demande pourquoi le libéralisme, qui a été le moteur de la Révolution industrielle, qui a « eu pour mission historique de découvrir la division du travail », qui a engendré la prospérité économique autant que les libertés individuelles, n’a été vraiment « l’étoile polaire de l’esprit humain » que jusque vers 1870. Après cet âge d’or, l’ascension du collectivisme commence. Les hommes, à nouveau, se mettent à penser en termes d’organisation, d’autorité, de rapport de forces, de recherche de privilèges. A l’enrichissement mutuel, succède l’égoïsme, les relations économiques vues comme un jeu à somme nulle[14]. Si la Grande révolution (le nom qu’il donne à la Révolution industrielle) a été une source incontestable de progrès, elle a aussi des conséquences néfastes : paupérisation de certaines couches de la société, déracinement des hommes, … Ces maux ont provoqué un rejet de l’économie de marché qui s’est traduit par une double réaction collectiviste. La doctrine du laisser faire a retardé longtemps toute législation protectrice du travail et des loisirs. L'homme a été traité par l'industrie comme une chose, au lieu de l'être comme une personne. Une réaction était inévitable. Elle est venue et elle a été terrible.</p>
<p>D’un côté, à droite, l’alliance des militaires et des politiciens prône le nationalisme économique, l’impérialisme et les monopoles. De l’autre, à gauche, cette révolte a donné naissance à un courant socialisant également étatiste. Quelle que soit sa forme, le collectivisme tend à contrôler le marché et à lui substituer l’autorité de l’Etat. Dès le moment où pouvoir économique et pouvoir politique sont réunis dans les mêmes mains, l'individu se voit sans recours contre les abus. « Le collectivisme, dit Lippmann, crée une nouvelle forme de propriété : celle du bureaucrate. La lutte pour la richesse devient lutte pour le pouvoir. » L'inégalité se fait plus insupportable que jamais.</p>
<p>La meilleure preuve de l'échec de ces régimes, c'est qu'ils ne peuvent se maintenir que grâce à la plus cruelle sévérité. « Si la doctrine collectiviste était conforme aux données de l'expérience et des besoins humains, il ne serait pas nécessaire d'administrer le collectivisme en dressant le peuple, en le stérilisant contre les idées subversives, en le terrorisant, en le corrompant, en l'endormant et en l'amusant. Les fourmis vivent, il est vrai, sous un régime collectiviste et il n'est pas prouvé qu'elles aient besoin de ministres de la propagande, de censeurs, d'inquisiteurs, de police secrète, d'espions et d'indicateurs pour les rappeler à leurs devoirs. Mais les hommes ne peuvent pas vivre comme des fourmis... »</p>
<p>Si Lippmann ne nie pas les maux engendrés par la Grand révolution, cela ne le conduit pas du tout à rejeter le libéralisme. Au contraire, il veut renforcer les mécanismes de marché de manière à neutraliser les menaces que font peser sur celui-ci les monopoles. Devant ce défi, les derniers libéraux – il pense notamment à Herbert Spencer (1820-1903) – n’ont pas été à la hauteur. Lippmann note que « du moment que les marxistes et les derniers libéraux partaient des mêmes prémisses, à savoir que l’ordre social du XIX<sup>e</sup> siècle était l’ordre nécessaire, l’ordre approprié, qu’il était le reflet parfait du nouveau mode de production, toute leur querelle consistait à décider si l’ordre en question était bon ou mauvais[15] », et rien de plus. Or, c’est au contraire à une véritable refondation qu’il entend se livrer.</p>
<p>Lippmann trouve la cause de la déchéance du libéralisme dans la sacralisation du laissez-faire manchestérien, qu’il critique vertement[16]. Depuis Smith et surtout Ricardo, ce dernier aboutit à distinguer un champ de l’économie, lieu des lois naturelles, de la sphère de la politique, régie par les lois des hommes[17]. Ce « dilemme de Burke », comme il l’appelle[18], trouve un écho dans l’histoire contemporaine des Etats-Unis. A la fin du XIX<sup>e</sup> et au début du XX<sup>e</sup> siècle, un conflit féroce oppose en effet la Cour suprême, qui soutient que l’Etat ne doit pas intervenir dans l’économie, et de nombreux hommes politiques, qui soutiennent le contraire. Cette opposition, observe Lippmann, ne porte pas seulement sur la volonté d’améliorer la situation ouvrière ; mais aussi sur la façon de concevoir la loi.</p>
<p>Cette observation nous mène au troisième temps de l’analyse que Lippmann déploie dans <em>La Cité libre</em>. Il prône un retour vers la tradition juridique anglaise du XVII<sup>e</sup> siècle. Il soutient que l’architectonique des lois des Manchestériens n’est pas conforme à la tradition anglaise, issue de lord Coke et de la lutte contre la monarchie absolue. S’appuyant sur les thèses de Roscoe Pound, un juriste de Harvard, Lippmann rappelle qu’il y a deux manières de concevoir la loi[19]. Soit comme une série de commandements, selon la tradition autoritaire, soit comme l’expression de <em>relations</em> entre des êtres humains ou des choses, selon la tradition libérale. Pour expliquer cette opposition, Lippmann revient au conflit qui a opposé, au XVII<sup>e</sup> siècle, le roi Jacques I<sup>er</sup> au Parlement anglais et à Lord Coke. Alors que le roi, dans un élan louis-quatorzesque, prétendait que la loi était « l’émanation de la volonté du souverain », Lord Coke répliqua que ce dernier « est soumis à Dieu et à la loi ». « La loi, dit Lippmann, est conçue comme tirant son origine de la nature des choses et le rapport du roi à ses sujets, et de tout homme avec les autres, est considéré comme établi par des lois impersonnelles qui obligent tout le monde[20] ». Prolongeant cette idée, Hannah Arendt dira plus tard que la loi libérale, la <em>lex</em>, est une « liaison étroite, c'est-à-dire quelque chose qui relie deux choses ou deux partenaires que les circonstances extérieures ont réunis[21] ».  Penser la loi en termes de <em>relations</em> présente l’avantage d’envisager le domaine de la loi non plus de manière verticale, du pouvoir vers la masse, mais de manière multidimensionnelle, d’individualiser les hommes, de conjuguer singularité et vie en société. A l’inverse, des lois entendues comme des commandements poussent soit au totalitarisme, lorsque l’essentiel de la communication politique médiatisée par la loi a lieu, non pas entre les individus, mais entre les autorités et la masse des hommes[22], soit à l’atomisme, lorsqu’on se focalise sur les transactions entre les autorités et l’individu[23]. De plus, on ne peut pas, par cette conception, traiter les individus comme s’ils étaient isolés, comme s’ils étaient des « Robinson Crusoë avant l’apparition de Vendredi », puisque l’important réside dans le traitement des interactions.</p>
<p>Nous arrivons ainsi à la quatrième thèse de Lippmann, celle qui l’éloigne le plus nettement d’une partie importante des penseurs libéraux. Il considère que les économistes manchestériens, à partir de David Ricardo, ont cédé à la tentation autoritaire. Il les accuse, par l’introduction du droit naturel, d’avoir conçu « un ordre social imaginaire », à coup d’hypothèses, dans lesquelles ils ont souvent introduit « les conclusions qu’ils prétendaient en tirer ». Walter Lippmann s’oppose donc tout à fait à la méthode hypothético-déductive, et préfère – en bon disciple de Graham Wallas – se placer dans le cadre de la rationalité limitée.</p>
<p>Si Keynes, lorsqu’il s’interroge sur les raisons pour lesquelles le laissez-faire a pu s’imposer dans l’esprit des populations, en impute la raison aux géniaux vulgarisateurs que sont Marcet[24] ou Bastiat[25], Lippmann, lui, trouve un fondement plus lointain à ces thèses. Il remarque qu’après Ricardo l’économie devient une science des lois et que ces lois sont des lois naturelles. S’ils ne citent ni Leibnitz, ni Malebranche, les économistes classiques ont cru, comme ceux-ci, en une harmonie fondée sur un « ordre social imaginaire », le « monde tel qu’il faudrait le refaire », dira encore Lippmann dans des développements mordants[26]. Chez ces philosophes et chez les économistes post-smithiens, il n’y a pas tant pour Lippmann une adhésion joyeuse à une harmonie – comme chez certains vulgarisateurs –, qu’un dessein d’imposer aux hommes l’ordre du monde qu’ils croient le meilleur, leurs « monades » axiomatiques.</p>
<p>A cette loi naturelle qu’il fustige, Lippmann oppose le droit artificiel fondé sur l’usage de la raison pour améliorer l’état des choses. Il développe une thèse originale de l’articulation des relations entre la loi et la raison qui se veut un vrai retour à Grotius, à Newton et à Montesquieu. Pour l’avocat batave, la raison est conçue comme venant limiter le despotisme de l’Etat ou du souverain. Mais les lois restent des commandements de l’autorité. Ce qui distingue Grotius de ses prédécesseurs, c’est que désormais, on doit s’assurer que ces commandements sont rationnels. Avec Pound, Lippmann se pose la question de savoir comment établir des lois qui ne dérivent ni de la volonté de l’Etat, ni d’un absolu. C’est à travers l’expérience et la raison qu’il faut y répondre. Comme l’écrivait Coke, la loi n’est « pas trouvée par la raison naturelle, mais par la raison artificielle ». La raison n’est ni infinie, ni immuable, comme Malebranche le pensait. Lippmann la considère comme un concept contingent, pragmatique, mais universel dans ses intentions.</p>
<p>Enfin, la dernière partie de <em>La Cité libre</em> s’intitule l’ « agenda du libéralisme ». Lippmann y développe sa conception du gouvernement libéral, qu’il voit comme celui du peuple par « la loi commune qui définit les droits et les obligations réciproques des parties ». Derrière cette définition, en apparence anodine, Lippmann entend résoudre le dilemme de Burke. L’Etat de Lippmann est fondé à légiférer partout, car tout est rapport et relation ; le problème qui se pose au gouvernement libéral est celui de savoir de quelle façon gouverner et légiférer. Il ne doit légiférer qu’au moyen de lois traitant de façon générale des rapports des hommes entre eux.</p>
<p>Si Lippmann affiche une sympathie relative pour le programme social de Roosevelt (impôt progressif, allocations chômage, régulations économiques type loi antitrust) et pour l’analyse keynésienne (investissement public, politique monétaire), il s’oppose en revanche fermement au collectivisme progressif, qu’il appelle aussi « collectivisme démocratique ». Il refuse d’abandonner le « principe de Jefferson » qui voulait ne donner de privilèges à personne. Il craint la fin de la généralité de la loi. Il reproche aux socialistes de vouloir « donner des privilèges à tout le monde ». Il fait siens les propos de Wilson, qui disait « je ne veux pas de philanthropie, je ne veux pas d’un gouvernement qui prenne soin de moi […] Nous voulons un gouvernement juste[27] ».</p>
<p>En conséquence, si Lippmann est favorable à l’expertise, il prend garde à ce que celle-ci ne sombre ni dans le planisme, ni dans le constructivisme. Le scientifique de Lippmann ne découvre pas les lois nécessaires de la nature, mais participe seulement à une tentative de rationalisation des choses, que les hommes peuvent accepter ou réfuter en se fondant sur une loi suprême de nature <em>morale</em>. Les experts ne sont qu’un élément d’un ensemble institutionnel de pouvoir et contre-pouvoir qui doit chercher à fabriquer du consentement. Anticipant les fondements de ce que sera le New Public Management britannique de la fin du XX<sup>e</sup> siècle, il se prononce pour une administration publique prenant la forme d’agences spécialisées, moins dangereuses pour les libertés qu’une grande fonction publique monolithique, et placées sous l’autorité d’un gouvernement qui devient dès lors une sorte d’instance d’appel.</p>
<hr size="1" /><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYx">[1]</a> William James, <em>Le Pragmatisme</em>, trad. Nathalie Feron, Paris, Flammarion, 2007, pp 113-114.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYy">[2]</a> Cf. Alain Laurent, <em>Le Libéralisme américain, Histoire d’un détournement</em>, Les Belles Lettres, 2006.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYz">[3]</a> Pierre Bourdieu, « L'essence du néolibéralisme », <em>Le Monde diplomatique</em>, mars 1998, et, en contrepoint, Pascal Salin, « Le Néo-libéralisme, ça n'existe pas ! », site internet Catallaxia.org.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY0">[4]</a> Walter Lippmann, <em>Le Public fantôme</em>, op. cit.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY1">[5]</a> <em>Le Public fantôme</em>, <em>op. cit.,</em> préface. Ce n’est pas un hasard si Lippmann écrit ceci à propos de Machiavel : « Un auteur violemment critiqué parce qu’il a pour la première fois utilisé un langage naturaliste dans un domaine jusqu’ici dominé par le surnaturel », <em>Public Opinion</em>, p. 168.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY2">[6]</a> Cf. Bertrand de Jouvenel, <em>Du Pouvoir</em>, Hachette, Pluriel, 1972 (première édition : Genève, 1945) : « Le plébiscite ne confierait aucune légitimité au tyran si la volonté générale n'avait été proclamée source suffisante de l'autorité. »</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY3">[7]</a> « Quand on se souvient que le public est fait d’hommes très occupés qui consacrent environ une demi-heure par jour à la lecture de leur journal, ce n’est pas faire preuve de cruauté mais de simple prudence que de prévoir qu’ils ne pourront jamais rendre justice aux détails des affaires », <em>in</em> <em>Le Public fantôme</em>, op. cit.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY4">[8]</a> <em>Le Public fantôme</em>, op. cit.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWY5">[9]</a> « Le rôle du public ne consiste pas à exprimer ses opinions, mais à s’aligner ou non derrière une proposition. Cela posé, il faut cesser de dire qu’un gouvernement démocratique peut être l’expression directe de la volonté du peuple. Il faut cesser de prétendre que le peuple gouverne. […] La volonté populaire ne dirige pas les affaires publiques en continu, elle se contente d’intervenir occasionnellement. », <em>Le Public fantôme</em>, op. cit., p. 81.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxMA==">[10]</a> Lorsque Lippmann parle d’économie au sens strict, c’est à cette époque pour faire siens les concepts de base de la macroéconomie keynésienne (politique budgétaire, politique monétaire, politique commerciale).</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxMQ==">[11]</a> W. Lippmann, <em>La Cité libre</em>, 1937, p. 7.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxMg==">[12]</a> Harold J. Laski, <em>Democracy in Crisis</em>, 1933, University of North Carolina Press.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxMw==">[13]</a> In W. Lippmann, <em>The Good Society, With an Introduction by Gary Dean Best</em>, Transaction Publishers, Re-issue 2004.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxNA==">[14]</a> Cela même si pour Lippmann le marché ne conduit pas nécessairement à l’harmonie naturelle des intérêts que Halévy définissait par cette heureuse formule. Pour Lippmann, comme pour Adam Smith, le marché offre seulement l’opportunité « négative » de pouvoir échapper à l’harmonisation artificielle des intérêts imposée par une autorité supérieure.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxNQ==">[15]</a> <em>La Cité libre</em>, p. 223.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxNg==">[16]</a> Ses propos font écho à ceux de Louis Rougier, qui écrit dans les <em>Mystiques économiques</em> : « Le libéralisme constructeur, qui est le libéralisme véritable, ne permet par qu'on utilise la liberté pour tuer la liberté […] Le libéralisme manchestérien (celui du « laissez faire, laissez passer ») se pourrait comparer à un régime routier qui laisserait les automobiles circuler sans code de la route. Les encombrements, les embarras de circulation, les accidents, seraient innombrables... L'Etat socialiste est semblable à un régime de circulation où une autorité centrale fixerait impérativement à chacun quand il doit sortir sa voiture, où il doit se rendre et par quel chemin... L'Etat véritablement libéral est celui où les automobilistes sont libres d'aller où bon leur semble, mais en respectant le code de la route... »</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxNw==">[17]</a> Alors que Keynes, partant du même constat, ne parvient pas à penser les solutions autrement qu’au sein de l’opposition entre ce que l’Etat peut ou ne peut pas faire, Lippmann entend dépasser ce dilemme et refuse l’existence de deux domaines, l’un régi par la loi de l’Etat et l’autre laissé à l’ « anarchie ».</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxOA==">[18]</a> <em>La Cité libre</em>, p. 323. Pour Lippmann, le « dilemme de Burke » suppose que l’Etat doit ou bien intervenir, ou bien s’abstenir.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYxOQ==">[19]</a> Pound est rejoint en cela par d’autres juristes, en particulier Holmes et Brandeis, ou par des économistes, tels que Veblen, Ely ou Commons.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyMA==">[20]</a> <em>La Cité libre</em>, p. 404.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyMQ==">[21]</a> Hannah Arendt, <em>Essai sur la révolution</em>, 1963, Gallimard, Essais.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyMg==">[22]</a> Cf. José Ortega Y Gasset, <em>La Révolte des masses</em>, Bibliothèque classique de la liberté, Les Belles Lettres, 2010.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyMw==">[23]</a> <em>La Cité libre</em>, p. 334 : « Aujourd’hui nous assistons au triomphe d’une hyper démocratie dans laquelle la masse agit directement sans loi, imposant ses inspirations et ses goûts au moyen de pressions matérielles ».</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyNA==">[24]</a> Jane Marcet, <em>Conversations on Political Economy </em>1816, Longman.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyNQ==">[25]</a> Bastiat, <em>Harmonies économiques</em>, incontournables pour tout lecteur francophone, 1850, Guillaumin, Paris.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyNg==">[26]</a> <em>La Cité libre</em>, pp. 230-246.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=ZmlsZTovLy9DOi9Eb2N1bWVudHMlMjBhbmQlMjBTZXR0aW5ncy9EU0kvRmF2b3Jpcy9CdXJlYXUvV0wvQmlvZ3JhcGhpZSUyMExpcHBtYW5uJTIwdjQuZG9jI19mdG5yZWYyNw==">[27]</a> A.M. Schlesinger, <em>L’Ere de Roosevelt</em>, tome 1, Paris, Denoël, 1971, p. 36.</p>
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		<title>Le colloque Lippmann</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Oct 2010 08:02:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fabrice Copeau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire du libéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[La Cité libre]]></category>
		<category><![CDATA[colloque Lippmann]]></category>
		<category><![CDATA[néo-libéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Serge Audier]]></category>

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		<description><![CDATA[Aux origines du néo-libéralisme]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Recension de l’ouvrage de Serge Audier sur le Colloque Lippmann.</strong></p>
<p><strong>Par Fabrice Copeau.</strong><span id="more-5647"></span></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTAvMTAvMjkvNTY0Ny1sZS1jb2xsb3F1ZS1saXBwbWFubi9sZS1jb2xsb3F1ZS1saXBwbWFubg==" rel=\"attachment wp-att-5648\"><img class="alignleft size-medium wp-image-5648" title="Le Colloque Lippmann" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2010/10/Le-Colloque-Lippmann-188x300.png?c2fb0e" alt="" width="188" height="300" /></a>Souvent mentionné, le colloque Lippmann, qui a eu lieu en août 1938, est pourtant très mal connu, y compris parmi les spécialistes de l’histoire du libéralisme, et même du néo-libéralisme. Le terme même de néo-libéralisme a pris, depuis les années soixante-dix, un sens nettement différent de celui qu’il avait du temps de ce colloque. L’Institute of Economic Affairs, créé à Londres en 1955 par Arthur Seldon et Anthony Fischer, sur les bons conseils de Friedrich Hayek, suite à la création de la société du Mont-Pèlerin en avril 1947, serait la quintessence de l’entreprise idéologique néo-libérale. Or, les mots n’avaient pas le même sens avant le second conflit mondial.</p>
<p>Selon Bourdieu, le néo-libéralisme serait un projet politique d’autant plus redoutable qu’il ne s’énonce pas comme tel et que les choix concrets qu’il préconise se présentent comme une description neutre des lois de l’économie [1]. Le postulat de Bourdieu et d’une cohorte d’autres auteurs est que la contre-révolution néo-libérale a été planifiée de très longue date par une sorte de « commando » intellectuel qui, avec préscience, n’attendait que l’occasion de passer à l’attaque.</p>
<p>Si Serge Audier ne cache pas que, pour lui, « <em>la connaissance informée du néo-libéralisme n’est pas antinomique avec la possibilité de le combattre politiquement</em> » (ce qui est vrai), il veut même souligner les graves tensions et contradictions « p<em>our en percer les faiblesses et pour dénoncer l’impasse historique de ce qui devait finalement s’imposer comme l’idéologie "néo-libérale"</em> ».</p>
<p>Keith Dixon [2] clame, quant à lui, que les cibles des conférenciers du colloque Lippmann étaient bien Keynes et le keynésianisme [3]. Or il semble clair que la cible était plutôt le planisme, le corporatisme, et du reste il est absolument faux d’affirmer, comme le fait pourtant Dixon, que l’ensemble des membres du colloque s’accordaient à voir dans le keynésianisme l’ennemi à abattre.</p>
<p>Serge Halimi, dans L<em>e Grand bond en arrière</em>, ne s’embarrasse pas de plus de détails. Peu importe, pour Dixon comme pour lui, qu’Aron se définissait alors « socialiste ».</p>
<p>Certes, dit Serge Audier, parmi les participants du colloque, il y avait bien un certain nombre d’auteurs importants qui, dans les années 1930-1940, ont assumé des positions qui les opposent nettement à Keynes (Rueff, Mantoux, Mises, Hayek, Röpke). Mais cette position est loin d’être alors entièrement partagée. Même Lippmann évoque, dans la <em>Cité libre</em> [4], Keynes sans le dénigrer. Bien au contraire, le livre de Lippmann constitue une critique radicale des « illusions du laisser-faire » [5] et un bilan des plus sévères de la « débâcle du libéralisme ». Michaël Polanyi, disait, lui, qu’ « une politique keynésienne correcte pourrait régénérer le marché libre et refonder le capitalisme sur de nouvelles bases » [6].</p>
<p>C’est oublier un peu vite que bon nombre des participants du colloque Lippmann n’étaient pas économistes de formation, et que l’aile la plus favorable au marché, celle de la « première » école de Chicago, n’était pas présente à Paris en 1938. À dire vrai, le contexte de l’ère des totalitarismes et de la montée de la guerre pèse alors infiniment plus lourd que la critique de la <em>Théorie générale</em> de Keynes.</p>
<p>François Denord a apporté de nombreux éléments de documentation sur le colloque [7], en soulignant notamment l’importance d’X-crise, le cercle de réflexion de polytechniciens très actif avant et après guerre. Mais on ne peut considérer qu’expliquer les réseaux intellectuels et patronaux suffise à savoir ce qu’il faut penser des thèses de tous ces auteurs.</p>
<p>Audier, s’il offre une bonne présentation du colloque, de ses particularités, liées à la forte présence des Européens au détriment des Américains, peu présents non seulement pour des raisons de fond mais aussi et tout simplement à cause du contexte géopolitique de l’époque, offre de nombreux arguments en faveur de sa thèse. Laquelle consiste à faire de ce colloque fondateur l’un des fondements de la pensée sociale-libérale, sinon social-démocrate, contemporaine. Ce faisant, il mésestime assez nettement l’influence et le magistère unique de Mises, qui n’avait pas à proprement parler de concurrent en termes d’aura parmi les membres du colloque. Même les deux tenants de l’ordo-libéralisme, Röpke et Rustow, ne sauraient sérieusement se comparer au Mises de la fin des années trente.</p>
<p>Par ailleurs, soutenir que les membres du colloque Lippmann étaient favorables à l’interventionnisme économique le plus orthodoxe, à la manière du New Deal Rooseveltien, ne me semble pas correspondre à la réalité, peut-être à l’exception d’un Raymond Aron qui, encore à l’époque, se disait socialiste. D’une façon plus générale, je ne partage pas le point de vue qui consiste à prétendre que le néo-libéralisme serait assimilable au keynésianisme. Il n’est qu’à lire les textes de l’époque, et ceux parus un peu plus tard sous la plume de ces auteurs, pour se rendre compte de l’erreur d’une telle appréciation. Walter Lippmann lui-même, dans la <em>Cité libre</em>, tient des propos extrêmement éloignés de ceux qu’Audier rapporte dans son livre. À toutes fins utiles et afin que chacun se fasse son propre jugement, je reproduis du reste en ce moment sur Librairal <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5saWJyYWlyYWwub3JnL3dpa2kvV2FsdGVyX0xpcHBtYW5uOkxhX0NpdCVDMyVBOV9saWJyZQ==" target=\"_blank\">l’intégralité du texte de la <em>Cité libre</em></a>.</p>
<p>S’il ressort du colloque de 1938 un penchant social prononcé, qu’on ne retrouvera effectivement pas après-guerre, au moment de la création de la Société du Mont-Pèlerin, et qu’aucun des auteurs présents en 1938 ne portera de manière prégnante sur la place publique (à l’exception de Röpke, quoiqu’on puisse en débattre, et bien qu’il ait été lui aussi président de la Société du Mont-Pèlerin), il ne faudrait pas pour autant caricaturer. L’aile libérale la plus orthodoxe, autrichienne ou américaine, reste une voie présente aussi bien dans les débats que dans le rapport final. À aucun moment, les néo-libéraux n’ont pris le pas sur les orthodoxes, pour dire les choses autrement.</p>
<p>Enfin et plus grave, Audier n’a pas du tout saisi la teneur des différents courants qu’il appelle « orthodoxes », terme que je reprends ici comme il m’y invite. Il mélange allègrement les Autrichiens classsiques, qui, à la manière de Mises et plus tard Hayek, reprennent la méthode scientifique professée par Carl Menger [8], il évoque les futurs Austro-Américains, qui ont pourtant développé une voie particulière vers le libéralisme, et plus encore les tenants de l’école de Chicago, sans saisir le moins du monde les oppositions épistémologiques et pratiques extrêmement fortes qui émaillaient déjà, avant-guerre, cette dernière école aux deux premières. Faire des libéraux orthodoxes un tout pour mieux tirer à soi la couverture du libéralisme social est une chose, mais la réalité a été tout autre.</p>
<p>Je passe enfin sur certaines imprécisions [9] qui m’incitent à vous dire que cet ouvrage peut constituer une bonne entrée en matière pour saisir les tenants et les aboutissants de cet événement en effet fondateur de la pensée libérale contemporaine. Mais en vous précisant que, si vous souhaitez véritablement approfondir le sens de ce cheminement tortueux, mieux vaut s’orienter vers d’autres ouvrages, à commencer par le<em> Libéralisme américain</em> d’Alain Laurent [10], qui évoque assez longuement le colloque, en des termes nettement plus objectifs.</p>
<p><strong>Notes :</strong></p>
<p>[1] Pierre Bourdieu, « le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d’une exploitation sans limites », <em>Contre-feux</em>, Paris, 1998, pp. 108-119.</p>
<p>[2] Keith Dixon, <em>Les Evangélistes du marché. Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme</em>, Paris, Seuil, 1998.</p>
<p>[3] Qu’est-ce que le keynésianisme en 1938 ? On aurait aimé savoir.</p>
<p>[4] W. Lippmann, <em>La Cité libre</em>, trad. G. Blumberg, Paris, Librairie de Médicis, 1946.</p>
<p>[5] Serge Audier n’a manifestement pas saisi la différence entre le « laisser faire » et le « laissez-faire », et seul le second concept est revendiqué par les libéraux. Voir <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTGFpc3Nlei1mYWlyZQ==" target=\"_blank\">ici</a> en particulier.</p>
<p>[6] M. Polanyi, <em>Full Employement and Free Trade</em>, Cambridge, University Press, 1948, p. XII. Le terme “correcte” n’est peut-être pas le moins important dans la phrase de Polanyi.</p>
<p>[7] F. Denord, <em>Néo-libéralisme, version française. Histoire d’une idéologie politique</em>, Paris, Demopolis, 2007.</p>
<p>[8] Il y a même eu des Autrichiens classiques partisans de l’interventionnisme, ce qui n’est pas en soi incompatible, par exemple von Wieser. A propos de Carl Menger, lire la biographie que je traiterai plus tard de Gilles Campagnolo<em>, Carl Menger, entre Aristote et Hayek</em>, CNRS, 2008. Du même auteur, lire aussi <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL0NhcmwtTWVuZ2VyLWVudHJlLUFyaXN0b3RlLWV0Lmh0bWw=" target=\"_blank\">mes commentaires</a> sur <em>Seuls les extrémistes sont cohérents… Rothbard et l’école austro-américaine dans la Querelle de l’herméneutique</em>, ENS Lyon, 2007.</p>
<p>[9] Audier fait de Karl Menger le fondateur de l’école autrichienne (p. 8), alors qu’il s’agit de Carl Menger. Aurait-il confondu le père et le fils, qui, lui est un mathématicien de renom ? Croirait-il par ailleurs qu'un certain Ludwig van Mises, auteur néerlandais je présume, a participé au colloque Lippmann ?</p>
<p>[10] Alain Laurent,<em> Le libéralisme américain, Histoire d’un détournement</em>, les Belles Lettres, 2006. J’ai résumé l<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLy1MZS1MaWJlcmFsaXNtZS1hbWVyaWNhaW4tLmh0bWw=" target=\"_blank\">’ensemble de cet ouvrage</a>, je vous invite donc à vous y référer. Voir en particulier le <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL05vdXZlbC1hcnRpY2xlLmh0bWw=" target=\"_blank\">chapitre 4</a>.</p>
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