
A l'occasion de la sortie, aux Belles Lettres, de la ré-édition de la Cité libre de Walter Lippmann, nous vous invitons à relire les textes que Contrepoints a consacré à cet auteur important, tant parce qu'il a été à l'origine du courant dit "néo-libéralisme", que par l'influence qu'il a exercé, après guerre, sur les penseurs libéraux et libertariens qui se sont rassemblés autour de la Société du Mont-Pèlerin.
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La pensée de Lippmann ne saurait se concevoir en-dehors des grands débats de son temps ; son œuvre n’est pas celle d’un universitaire versé à l’abstraction, bien qu’il ait deux fois eu l’occasion de devenir professeur, à Chicago et à Harvard, mais d’un commentateur de son temps, d’un « passeur » entre la recherche pure et l’opinion publique. C’est la raison pour laquelle il est resté dans la mémoire collective américaine un journaliste – deux fois lauréat du Prix Pulitzer – d’un type certes particulier, commentateur

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Walter Lippmann s’ouvre certes au libéralisme par l’entremise de Graham Wallas, mais aussi par celle de William James. Dans un livre sobrement intitulé Le Pragmatisme (1907), à la fois programme philosophique et méthode, James fait sienne la philosophie de Charles Sanders Peirce, pour lequel non seulement la pensée n’est rien sans l’action, mais encore celle-ci ne prend sens que dans l’action. C’est par l’action qu’apparaît la signification d’une pensée. Comme l’écrit James : « Pour que nos pensées à propos d’un objet soient parfaitement claires, il nous suffit de considérer quels effets d’ordres pratiques nous pouvons concevoir que l’objet puisse impliquer – quelles sensations en attendre, et quelles réactions préparer. Notre conception de ces effets, immédiats ou éloignés, est en somme ce à quoi se réduit notre conception de l’objet, pour autant qu’elle ait un sens positif »[1]
L’autre influence majeure du libéralisme de Lippmann est incarnée par John Dewey. Celui-ci fait paraître en 1930 Individualism, Old

Recension de l’ouvrage de Serge Audier
Souvent mentionné, le colloque Lippmann, qui a eu lieu en août 1938, est pourtant très mal connu, y compris parmi les spécialistes de l’histoire du libéralisme, et même du néo-libéralisme. Le terme même de néo-libéralisme a pris, depuis les années soixante-dix, un sens nettement différent de celui qu’il avait du temps de ce colloque. L’Institute of Economic Affairs, créé à Londres en 1955 par Arthur Seldon et Anthony Fischer, sur les bons conseils de Friedrich Hayek, suite à la création de la société du Mont-Pèlerin en avril 1947, serait la quintessence de l’entreprise idéologique néo-libérale. Or, les mots n’avaient pas le même sens avant le second conflit mondial.
Selon Bourdieu, le néo-libéralisme serait un projet politique d’autant plus redoutable qu’il ne s’énonce pas comme tel et que les choix concrets qu’il préconise se présentent comme une description neutre des lois de l’économie [1]. Le postulat de Bourdieu et d’une cohorte d’autres auteurs est