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	<title>Contrepoints &#187; Histoire de l&rsquo;économie</title>
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	<description>Le nivellement par le haut</description>
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		<title>Les espoirs frustrés des anticapitalistes</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/05/15/124423-les-espoirs-frustres-des-anticapitalistes</link>
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		<pubDate>Wed, 15 May 2013 06:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fabio Rafael Fiallo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Liberticides & Co]]></category>
		<category><![CDATA[anticapitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[crise de l'Euro]]></category>

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		<description><![CDATA[Régulièrement les anticapitalistes prennent leurs désirs pour des réalités et nous annoncent une « crise terminale » du capitalisme.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Régulièrement les anticapitalistes prennent leurs désirs pour des réalités et nous annoncent une « crise terminale » du capitalisme.</strong></p>
<p><strong>Par Fabio Rafael Fiallo.</strong><br />
<span id="more-124423"></span><br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLz9hdHRhY2htZW50X2lkPTEyNDQyNQ==" rel=\"attachment wp-att-124425\"><img class="alignleft size-full wp-image-124425" title="anticapitalisme" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/05/anticapitalisme.jpg?c2fb0e" alt="" width="254" height="185" /></a>Tâche ingrate que celle des anticapitalistes, de constater que le système qu’ils haïssent parvient à surmonter chacune de ses crises, sortant même renforcé de celles-ci. La crise de 1873, la Grande Panique bancaire de 1907, la Grande Dépression des années 1930, la stagflation (stagnation avec inflation) des années 1970, autant d’occasions pour les anticapitalistes d’annoncer avec fracas la « crise finale » ; et pourtant, à chaque fois, rebelote, le système s’est remis à fonctionner.</p>
<p>Après chaque déception, nos anticapitalistes ont-ils daigné remettre en question leurs certitudes et leurs espoirs ? Que dalle ! Ils se sont, certes, repliés, circonscrivant leurs attaques à telle ou telle faille du système, ou proposant des projets alternatifs de société, mais tout en continuant à attendre l’arrivée d’une nouvelle crise qui, espèrent-ils, marquera la fin définitive du système.</p>
<p>Ainsi, après la crise de 1873, l’heure était à former et consolider le mouvement communiste international. Après la Grande Panique de 1907, on se battait pour construire le socialisme en Allemagne ou en Russie. Après la Grande Dépression des années 30, on vantait la « résilience » et les « bienfaits » du modèle soviétique en même temps qu’on misait sur les mouvements « tiers-mondistes » de Mao, Kadhafi, Mugabe, Castro et autres despotes qui prétendaient œuvrer pour un nouvel ordre économique mondial plus juste et socialiste. Après la stagflation des années 70, on présentait le réchauffement climatique comme étant la preuve irréfutable que le capitalisme porte atteinte à la survie même du genre humain. En attendant à chaque fois, répétons-le, cette foutue crise finale qui tarde à se produire.</p>
<p>Ce fut dans ce contexte que la crise des « subprimes » aux USA en 2007, et plus tard celle de la dette souveraine des pays de l’Europe du Sud, donnèrent un nouveau souffle aux espoirs d’une toute proche « crise terminale » du capitalisme – comme la qualifia le célèbre marxiste latino-américain Leonardo Boff [<sup class='footnote'><a href='#fn-124423-1' id='fnref-124423-1' onclick='return fdfootnote_show(124423)'>1</a></sup>].</p>
<p>Mais voilà que l’économie américaine, bastion par antonomase du système capitaliste mondial, donne des signes de redressement. Le chômage ne cesse de reculer, se trouvant actuellement au niveau le plus bas depuis 2007. La reprise économique américaine est sans doute poussive, fragile aussi. Assez significative, tout de même, pour refroidir les espoirs des anticapitalistes dans l’imminence de l’effondrement du système.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDUvMTUvMTI0NDIzLWxlcy1lc3BvaXJzLWZydXN0cmVzLWRlcy1hbnRpY2FwaXRhbGlzdGVzL2ltZ3NjYW4tY29udHJlcG9pbnRzLTIwMTM4MDgtY29jaG9uLWRlLWNhcGl0YWw=" rel=\"attachment wp-att-124446\"><img class="alignright  wp-image-124446" title="imgscan contrepoints 2013808 cochon de capital" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/05/imgscan-contrepoints-2013808-cochon-de-capital-1024x869.jpg?c2fb0e" alt="" width="330" height="279" /></a>Alors ? Eh bien, comme après chaque « crise finale », on se résigne à s’attaquer à des cibles ponctuelles (la crise de la zone euro) ou à mettre en relief telle ou telle évolution (cette fois-ci le poids croissant de la Chine dans l’économie mondiale), présentant les unes et les autres comme des signes avant-coureurs du collapse prochain et inéluctable de l’ordre capitaliste mondial.</p>
<p>En misant sur la crise de l’euro et le poids économique croissant de la Chine, nos anticapitalistes prennent encore une fois leurs désirs pour des réalités.</p>
<p>Il n’est pas nécessaire ici d’épiloguer pour savoir si l’euro pourra être sauvé ou si, au contraire, il finira par disparaître. L’important, c’est que, contrairement aux espoirs des anticapitalistes, la disparition éventuelle de la monnaie unique ne saurait en rien mettre en danger le capitalisme mondial. En effet, tout au long de son histoire, le capitalisme a broyé des dizaines de mécanismes et d’arrangements monétaires différents. Ni l’arrêt de l’étalon or en 1914 ni la fin de la convertibilité dollar-or en 1971 (pour ne citer que deux cas saillants) ne sonnèrent le glas du capitalisme. De la même façon, la fin éventuelle de l’euro ne serait qu’un épisode de plus dans la longue histoire des systèmes monétaires nés et disparus sous le capitalisme.</p>
<p>En fait, le premier à mettre en doute la viabilité de la monnaie unique ne fut autre que l’un des économistes les plus détestés par les anticapitalistes, c’est-à-dire Milton Friedman, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDcvMzEvOTIxOTgtbWlsdG9uLWZyaWVkbWFuLWF2YWl0LXByZXZ1LWxhLWNyaXNlLWRlLWxldXJv">qui voyait en l’euro une construction artificielle</a> non conforme à des critères économiques élémentaires. S’il y a une thèse qui serait validée par la disparition de l’euro, ce serait donc celle de l’« ultralibéral » Friedman.</p>
<p>Quant au poids croissant de la Chine dans l’économie mondiale, les anticapitalistes atteignent là le paroxysme de l’aberration. Entendre le président bolivien Evo Morales claironner avec joie que bientôt la Chine colonisera l’Amérique a de quoi faire sourire. Jusqu’alors on pensait qu’Evo Morales était contre toute forme de colonisation ; mais voilà que celle-ci trouve grâce à ses yeux pour autant qu’elle s’exerce contre les USA.</p>
<p>L’aberration est d’autant plus insolite que le modèle chinois n’a en principe rien pour plaire aux anticapitalistes (si ce n’est qu’il fait pendant aux USA). Les inégalités acquièrent en Chine des proportions inouïes. La protection sociale y brille par son absence – ce qui oblige les Chinois à consacrer une part substantielle de leurs revenus à l’épargne afin de pouvoir financer eux-mêmes leurs frais de santé, leurs études et leurs retraites. Puis la dérèglementation bancaire est telle qu’un système bancaire informel se met en place, faisant courir le risque d’une crise financière plus grave encore que celle des subprimes aux États-Unis [<sup class='footnote'><a href='#fn-124423-2' id='fnref-124423-2' onclick='return fdfootnote_show(124423)'>2</a></sup>]. Est-ce ce à quoi aspirent les anticapitalistes ?</p>
<p>Quoi qu’il en soit, la montée en puissance de l’économie chinoise ne saurait aucunement mettre en question l’ordre capitaliste mondial, car le système chinois est un capitalisme, certes d’État, mais capitalisme tout de même.</p>
<p>L’euro peut s’écrouler. L’économie chinoise peut continuer à élargir son périmètre d’action. Mais on n’en serait pas pour autant à l’orée de l’embrasement tant attendu du capitalisme.</p>
<p>Cela n’empêchera pas pour autant les anticapitalistes de continuer à ruminer, avec des arguments divers et variés, leurs frustrations idéologiques et leurs espoirs contrariés.</p>
<p>---<br />
Lire aussi : <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDcvMzEvOTIxOTgtbWlsdG9uLWZyaWVkbWFuLWF2YWl0LXByZXZ1LWxhLWNyaXNlLWRlLWxldXJv">Milton Friedman avait prévu la crise de l'euro</a></p>
<p>Notes :</p>
<div class='footnotes' id='footnotes-124423'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-124423-1'>"Is the crisis of capitalism terminal?" – leonardoBOFF.com, 26-06-2011. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-124423-1'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-124423-2'>Voir sur ce dernier point Marc Ladreit de Lacharrière (président de la Revue des Deux Mondes), « Quand le dragon s’essoufflera, le monde toussera », <em>Le Figaro</em>, 10-05-2013. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-124423-2'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>La subjectivité chez Frédéric Bastiat</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/05/04/123434-la-subjectivite-chez-frederic-bastiat</link>
		<comments>http://www.contrepoints.org/2013/05/04/123434-la-subjectivite-chez-frederic-bastiat#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 04 May 2013 05:10:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick de Casanove</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Bastiat]]></category>
		<category><![CDATA[subjectivité]]></category>

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		<description><![CDATA[Frédéric Bastiat s'est montré un fin analyste de la subjectivité en économie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Frédéric Bastiat s'est montré un fin analyste de la subjectivité en économie.</strong></p>
<p><strong>Par Patrick de Casanove.</strong><span id="more-123434"></span></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDExLzAzL0ZyZWRlcmljLUJhc3RpYXQucG5n"><img class="aligncenter size-full wp-image-15909" title="Frederic Bastiat" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2011/03/Frederic-Bastiat.png?c2fb0e" alt="" width="250" height="295" /></a></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2Jhc3RpYXQub3JnL2ZyL2Nxb3ZlY3FvbnZwLmh0bWw=" target=\"_blank\"><em>Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas </em></a>est une des plus importantes œuvres de Bastiat. On y lit :</p>
<blockquote><p><em>« Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. <strong>De ces effets, le premier seul est immédiat; il se manifeste simultanément avec sa cause, </strong></em><em><strong>on le voit</strong></em><strong><em>. Les autres ne se déroulent que successivement, </em><em>on ne les voit pas</em><em>; </em></strong><em>heureux si on les </em><em>prévoit</em><em>. »</em></p></blockquote>
<p>Les individus appréhendent différemment la réalité parce que leur perception en est subjective. La perception est relative, l’interprétation est variable, les décisions diverses, les conséquences différentes parce que cela dépend du référentiel de chacun.</p>
<p>C’est flagrant pour la manière dont le politique approche et appréhende une situation. Ainsi un étatiste, qui est tout en constructions artificielles, sera dans le « ce qu’on voit », voire le « ce qu’on veut voir ». Force est de constater que « ce qu’on voit » est toujours lié à l’État ou à la puissance publique. L’erreur spécifique de toute politique économique étatique est qu’elle privilégie les effets visibles : les dépenses publiques appelées à tort investissements, les impôts, taxes et charges dont les produits attendus sont tout aussi artificiels que les taux de croissance prévisionnels ! Un médecin dirait qu’il s’agit d’un délire ! (croyance inébranlable en une perception fausse de la réalité.). La politique publique non seulement néglige les effets invisibles mais elle les nie. Elle appelle ça le « volontarisme ». Elle croit plier le monde réel à sa volonté.</p>
<p>Le marché est l’ensemble des échanges libres et harmonieux entre les hommes. Il s’appuie sur l’initiative individuelle. L’entrepreneur, qui vit dans le réel, doit anticiper les besoins et désirs des consommateurs aussi bien que les effets inattendus des offres nouvelles et des choix libres. Il tient compte de « ce qu’on ne voit pas ». S’il ne les a pas anticipées il doit s’adapter rapidement sous peine de disparaître. Seul le marché est très réactif et adaptatif. L’État ne l’est pas. L’État n’est pas soumis au marché libre mais au <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTWFyY2glQzMlQTlfcG9saXRpcXVl" target=\"_blank\">marché politique</a>. Il prend ses décisions en fonction de l’intérêt des gens au pouvoir. L’État agit par voie législative et réglementaire. À supposer que cela soit un bon moyen, à supposer que cela soit son rôle, à supposer que la loi prévue pour répondre à une situation donnée soit pertinente, entre le moment où un fait nouveau apparaît, celui où une loi le concernant est votée, celui où les décrets d’applications sont publiés, celui où la loi est appliquée, il s’écoule tant de temps qu’elle n’est plus en rapport avec la situation réelle. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvUGxhbl9kZV9yZWxhbmNlI01pbHRvbl9GcmllZG1hbg==" target=\"_blank\">Elle est obsolète avant d’être appliquée</a>. L’économie fonctionne dans un monde de relativité, de mouvement et de changements permanents. La vie remet sans cesse les acquis en question, de là vient le progrès. L’économie dépend de l’Homme. L’attitude de l’être humain dépend de sa subjectivité, de ses référentiels, des circonstances. Elle ne peut être mise en équation. Même avec les logiciels mathématiques les plus robustes. Il ne faut pas oublier la Loi du Chaos. Néanmoins pour Bastiat l’économie politique est une science parce qu’elle repose sur l’observation des faits :</p>
<blockquote><p><em>« L’économie politique  <strong>conduit à renoncer de manière absolue à la découverte de toutes les combinaisons artificielles,</strong> (…). Elle conduit à cela sans effort,<strong> par la seule révélation de cet ordre naturel</strong> qu’elle met en lumière ».</em> <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ2hhcmxlc19Db3F1ZWxpbg==" target=\"_blank\">Charles Coquelin</a> <em>Dictionnaire de l’économie politique.</em></p></blockquote>
<p>Et :</p>
<blockquote><p><strong><em>« L’économie politique est une science toute d’observation et d’exposition.</em></strong><em> (…) elle constate que le feu brûle, elle le proclame, elle le prouve, et fait ainsi pour tous les autres phénomènes analogues de l’ordre économique ou moral »</em> Frédéric Bastiat, <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cuYW1hem9uLmZyL2RwLzIwMTI3NTY3MTkvcmVmPWFzX2xpX3NzX3RpbD90YWc9bGliZXJhdXhvcmctMjEmYW1wO2NhbXA9MjkxMCZhbXA7Y3JlYXRpdmU9MTk0ODImYW1wO2xpbmtDb2RlPWFzNCZhbXA7Y3JlYXRpdmVBU0lOPTIwMTI3NTY3MTkmYW1wO2FkaWQ9MFozNTA5N1hYSlZUM1YzWjZCWFkmYW1wOw==" target=\"_blank\">Harmonies économiques</a>. </em></p></blockquote>
<p>Donc elle obéit à un certain nombre de lois simples tirées du comportement humain.</p>
<p>Peut-être le premier, Frédéric Bastiat a mis en évidence celle-ci : « La valeur, c'est le rapport de deux services échangés » :</p>
<p>Si l’on considère l’école anglaise, pour <a title=\"David Ricardo\" href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9EYXZpZF9SaWNhcmRv">Ricardo</a>, pour <a title=\"Adam Smith\" href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9BZGFtX1NtaXRo">Smith</a>, et pour Locke avant eux, la valeur est liée au travail. Pour les marxistes il en est de même. Or le travail ne fait pas la valeur.  La rareté non plus.</p>
<p><em>« Au point de vue économique, la Société c'est Échange. <strong>La première création de l'échange, c'est la notion de </strong></em><em><strong>valeur</strong></em><em> » Harmonies économiques. De la valeur.</em></p>
<p><em>« Or une analyse complète de la valeur démontre que chaque service </em><em><strong>vaut</strong></em><strong><em> d'abord en raison de son utilité intrinsèque, ensuite en raison de ce qu'il est offert dans un milieu plus riche</em></strong><em>, c'est-à-dire au sein d'une communauté plus disposée à le demander, plus en mesure de le payer. (…) </em><em>L'homme a d'autant plus de chances de prospérer qu'il est dans un milieu plus prospère »</em> <em>Harmonies économiques, Echanges.</em></p>
<p>Pour Bastiat <strong>la valeur est subjective</strong>.</p>
<p><em>« Sa pertinence et son importance ont par la suite été reconnues, notamment par Charles Gide à la fin du XIX° siècle. Plus près de nous Jacques Garello a soutenu qu’en raison de la richesse de sa théorie de la valeur, Bastiat méritait d’être considéré comme un auteur de première importance dans l’histoire de la pensée économique « Si un doute subsistait sur la qualité de son œuvre, écrit-il, la théorie de la valeur de Bastiat démontrerait que non seulement il était un véritable scientifique, un grand économiste, mais davantage encore : que sa théorie  de la valeur surpasse toutes les théories de la valeur proposées à son époque en science économique. Il faudra ensuite attendre Carl Menger pour trouver une vision aussi rigoureuse de ce qui est la valeur d’un bien » (…) il est indéniable que la pensée de Bastiat  s’agissant de la théorie de la valeur trouve écho dans l’école autrichienne. C’est le caractère subjectif de la valeur qui le rend très proche des économistes autrichiens. » </em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9Sb2JlcnRfTGVyb3V4Xyhzb2Npb2xvZ3VlKQ==" target=\"_blank\">Robert Leroux</a> <em>Lire Bastiat</em></p>
<p>Comme ceux-ci Bastiat voyait dans l'Économie "La science des échanges".</p>
<p><em>«Les hommes échangent. L'échange, nous l'avons vu, implique la séparation des occupations. Il donne naissance aux professions, aux métiers. Chacun s'attache à vaincre un genre d'obstacles au profit de la Communauté. Chacun se consacre à lui rendre un genre de </em><em>services</em><em>. » </em><em>Harmonies économiques, Échanges.</em></p>
<p><em> « Besoin, effort, satisfaction </em>: voilà l'homme, au point de vue économique. »</p>
<p>Les besoins et les satisfactions sont subjectifs. Ils ne peuvent donc être mesurés ou comparés.</p>
<p><em>« C'est donc l'</em><em>Effort</em><em> qui s'échange, et cela ne peut être autrement, puisque échange implique activité, et que l'Effort seul manifeste notre principe actif. </em><em>(…) Mais nous pouvons nous entraider, travailler les uns pour les autres, nous rendre des </em><em>services</em><em> réciproques, mettre nos facultés, ou ce qui en provient, au </em><em>service</em><em> d'autrui, à charge de revanche. C'est la société. Les causes, les effets, les lois de ces échanges constituent l'économie politique et sociale. Harmonies économiques, Echanges.</em></p>
<p>La valeur est subjective et la seule façon d'appréhender les préférences des individus est à travers leurs comportements sur un marché libre. Le <a title=\"Marché\" href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9NYXJjaCVDMyVBOQ==">marché</a> est révélateur des préférences individuelles, et régulateur de la société.</p>
<p><em>« George Lane dans sa préface à la réédition des Harmonies économiques écrit. « En plaçant les concepts d’harmonie au centre de ses analyses, Bastiat épouse une vision de la science qui s’accorde avec celle du début du XX° siècle. Il y a eu la loi de Say<strong> </strong>(</em>l'offre crée sa propre demande)<em> </em> <em>mais <strong>il nous faut maintenant considérer aussi « la loi de Bastiat »</strong> celle-ci repousse par avance le keynésianisme, s’articule autour de l’idée que <strong>« les services s’échangent contre des services » </strong></em>Robert Leroux <em>Lire Bastiat</em></p>
<p>La richesse vient des hommes et de l’échange de services. Elle est relative. Cela est nouveau. Pour les tenants du<em> « mercantilisme le développement économique vient de l'enrichissement des nations au moyen d'un commerce extérieur convenablement organisé en vue de dégager un excédent de la balance commerciale. Pour ce faire l'État se trouve investi de la responsabilité de développer la richesse nationale, en adoptant des politiques pertinentes de nature</em><em> </em><em>défensive</em><em> </em><em>(protectionnisme) mais aussi</em><em> </em><em>offensive</em><em> </em><em>(Exportation et Industrialisation).</em><em></em></p>
<p><em>Pour les physiocrates la richesse d'un pays consiste en la richesse de tous ses habitants et non seulement celle de l'État. Cette richesse est formée de tous les biens qui satisfont un besoin et non de métaux précieux qu'il faudrait thésauriser. La richesse doit être produite par le travail.</em></p>
<p><em>Pour les physiocrates, la seule activité réellement productive est l'agriculture. La terre multiplie les biens. L'industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture</em>. » (Wikipédia)</p>
<p>Pour Frédéric Bastiat :</p>
<p><em>« Les services s'échangent contre des services.</em></p>
<p><em>L'équivalence des services résulte de l'échange volontaire et du libre débat qui le précède.</em></p>
<p><em>En d'autres termes, chaque service jeté dans le milieu social vaut autant que tout autre service auquel il fait équilibre, pourvu que toutes les offres et toutes les demandes aient la liberté de se produire, de se comparer, de se discuter.</em></p>
<p><em>On aura beau épiloguer et subtiliser, il est impossible de concevoir l'idée de valeur sans y associer celle de liberté.</em></p>
<p><em>Quand aucune violence, aucune restriction, aucune fraude ne vient altérer l'équivalence des services, on peut dire que la justice règne ».</em> Frédéric Bastiat<em> Services privés, service public.</em></p>
<p>L’équivalence des services n’est pas l’égalité des services. Si les services étaient égaux ils ne s’échangeraient probablement pas. Dans l’échange il y a bien inégalité. Ce sont les efforts qui s’échangent mais l’estimation de l’effort est soumise à la perception de chacun. Pour chaque individu elle est subjective. Malgré cela l'échange volontaire à lieu et il ne peut être que mutuellement avantageux, sans cela il ne se ferait pas. « Alors <strong>même qu'ils ne sont mus que par leur intérêt personnel, les hommes cherchent à se rapprocher, à combiner leurs efforts, à unir leurs forces, à travailler les uns pour les autres, à se rendre des services réciproques, à <em>socier</em> ou s'associer.</strong> Il ne serait pas exact de dire qu'ils agissent ainsi <strong>malgré</strong> l'intérêt personnel ; non, ils agissent ainsi <strong>par</strong> intérêt personnel. <strong>Ils <em>socient</em>, parce qu'ils s'en trouvent bien. S'ils devaient s'en mal trouver, ils ne socieraient pas. »</strong> Bastiat <em>Harmonies économiques, Les deux devises. </em>On touche là toute la complexité du comportement humain que les étatistes, tout dans le « ce qu’on voit », n’arrivent pas à appréhender. C’est étranger à leur mode de penser.</p>
<p>Pour Bastiat « chaque individu bénéficie intrinsèquement de l’échange parce que non seulement chacun évalue différemment les choses échangées, chacun préférant ce qu’il reçoit à ce qu’il donne »<em>. </em>Pour Bastiat non seulement l’échange implique bien deux gains, il y a bien une double inégalité, mais il y a aussi et surtout « plus à échanger » grâce à la division du travail.</p>
<p>« La vraie puissance de l'échange. Ce n'est pas (…) qu'il implique <em>deux gains</em>, parce que chacune des parties contractantes estime plus ce qu'elle reçoit que ce qu'elle donne. Ce n'est pas non plus que chacune d'elle cède du superflu pour acquérir du nécessaire. C'est tout simplement que, lorsqu'un homme dit à un autre: « Ne fait que ceci, je ne ferai que cela, et nous partagerons, » il y a meilleur emploi du travail, des facultés, des agents naturels, des capitaux, et, par conséquent, il y a <em>plus</em> à partager. » Frédéric Bastiat <em>Harmonies économiques. Échanges.</em> « Ne fait que ceci, je ne ferai que cela » c’est la division du travail. Si chaque partie « estime plus » cela traduit bien la subjectivité de l’échange.</p>
<p>Ce point de vue subjectiviste précède l’école autrichienne. Le fait qu’il y ait « plus à échanger » explique la création de richesse grâce au génie humain qui s’épanouit dans le capitalisme qui a permit de sortir l’humanité de la misère. A partir de là on constate que la société libre est première. Parce que la société libre est une société d’échange, d’innovation, de création de richesses, d’offre de services anticipés rendus de manière adaptée et sans gaspillage. On constate qu’au début de l’Humanité la société d’échange libre, soit de liberté économique, était la seule possible. Au départ nous n’avions rien. La liberté économique permet la création, l’innovation à partir de rien et la multiplication des richesses à partir de rien. Tout le monde en tire profit grâce à l’échange.</p>
<p>Par contre l’État ne crée rien. Non seulement il est prédateur de richesses crées par d’autres mais il est un destructeur. Il s’appuie sur de fausses valeurs qui ne sont plus subjectives et liées à l’échange, mais règlementaires et arbitraires liées à la subjectivité des hommes de l’État. L’État vit coupé de la réalité et à partir de là il met en marche un grand « n’importe quoi » des plus néfastes. Nous en subissons chaque jour les conséquences.</p>
<p><em> « Ces transactions libres sont harmoniques, c'est-à-dire si elles tendent à améliorer et à égaliser les conditions, nos efforts doivent se borner à laisser agir la nature et à maintenir les droits de la liberté humaine. » </em>Frédéric Bastiat <em>Harmonies économique. Échanges.</em></p>
<p><em>« Tous les intérêts légitimes sont harmoniques. Tous ceux qui adopteront ce point de départ : les intérêts sont harmoniques, seront aussi d’accord sur la solution pratique du problème social : s’abstenir de les contrarier et de déplacer les intérêts. Il ne faut pas étendre artificiellement la solidarité de manière à détruire la responsabilité ; en d’autres termes, il faut respecter la liberté. » </em>Frédéric Bastiat <em>Harmonies économiques. À la jeunesse française.</em></p>
<p>Les comportements humains sont subjectifs, variables et complexes. Ils dépendent des référentiels de chacun. Le but de l’économie politique est de les observer, d’en tenir compte et d’en tirer des lois. Frédéric Bastiat en a tiré celle-ci : l’harmonie économique repose sur l’échange libre, la valeur est relative et dépend du service échangé.</p>
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		<title>Thatcher et la grève des mineurs : remettre l&#039;histoire au centre</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Apr 2013 05:50:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Samuel Furfari</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Arthur Scargill]]></category>
		<category><![CDATA[Margaret Thatcher]]></category>
		<category><![CDATA[mines de charbon]]></category>
		<category><![CDATA[syndicats]]></category>

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		<description><![CDATA[Pourquoi Thatcher voulait-elle fermer les mines de charbon de son pays ? Certainement pas dans le but de mater les syndicats !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pourquoi Thatcher voulait-elle fermer les mines de charbon de son pays ? Certainement pas dans le but de mater les syndicats ! Mais tout simplement pour des raisons économiques et géologiques.</strong><br />
<span id="more-122634"></span><br />
<strong>Par Samuel Furfari.</strong></p>
<div id="attachment_121665" class="wp-caption aligncenter" style="width: 378px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDQvMTYvMTIxNjY0LWxlcy1taW5lcy1kZS1jaGFyYm9uLWNldGFpdC1iaWVuLWxlcy1jZW50cmFsZXMtYS1jaGFyYm9uLWNlc3QtbWFsLXBhcmRvbi9sb2FkaW5nLWNvYWw=" rel=\"attachment wp-att-121665\"><img class=" wp-image-121665 " title="Loading-Coal" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/04/Loading-Coal.jpg?c2fb0e" alt="" width="368" height="290" /></a><p class="wp-caption-text">Est-ce qu'ils voulaient réellement que leurs petits-fils les suivent ?</p></div>
<p>Le décès de Margaret Thatcher a suscité une forte réaction populaire même si toutes les voix ne se sont pas exprimées. Comme souvent, ceux qui crient le plus fort ne sont que minoritaires. Margaret Thatcher a souvent été critiquée pour ses initiatives, entre autres celle concernant sa gestion de la grève des mineurs de 1984-1985. Puisqu'il s'agissait de houilleurs et que le charbon a figuré dans mon domaine d'activités professionnelles, peut-être qu’un témoignage personnel sur cet événement majeur dans l'évolution de l'économie européenne apportera un peu de clarté à ces critiques qui ne connaissent pas nécessairement le dossier.</p>
<p>Comme dans tous les pays de l'UE, une grande partie des charbonnages britanniques étaient fortement déficitaires lors de l’arrivée au pouvoir de Thatcher : les mines du Limbourg néerlandais avaient déjà toutes fermé, tout comme celles de la Wallonie hormis celle du charbonnage Ste Catherine du Roton à Farciennes (Charleroi) qui leur a emboîté le pas en septembre 1984. La page d'histoire glorieuse des houilleurs wallons (et italiens… dont mon père) était définitivement tournée. Sans grève et sans heurts.</p>
<p>Au Royaume-Uni, cela s'est déroulé dans un mémorable bras de fer avec le tout puissant syndicat des mineurs, la National Union Mineworkers (NUM). Son leader Arthur Scargill, surnommé Arthur le Rouge, était tout aussi puissant. À l'époque, je travaillais dans le domaine de la politique charbonnière et mon directeur était chargé personnellement du dossier de cette mémorable grève. J’ai pu ainsi, bien que n'étant pas directement impliqué, suivre de très près l'évolution du dossier.</p>
<p>Pourquoi M. Thatcher voulait-elle réformer les houillères de son pays ? Certainement pas dans le but de mater les syndicats ! C'était tout simplement pour suivre l’exemple des Belges, des Français avec Charbonnages de France, des Allemands dans la Sarre et ensuite dans la Ruhr. La raison en était géologique. Les mines de charbon européennes avaient un sens aussi longtemps que les pays étaient ceints par des frontières économiques. Dès l’ouverture de l’économie, il devint clair que le coût du transport était devenu dérisoire par rapport à celui du produit transporté et que la géologie européenne conditionnait négativement la production charbonnière de l'UE.</p>
<p>En vertu de l'article 55 du Traité CECA (dont je m'occupais à l'époque), l'UE avait pourtant accompli d'énormes efforts en matière de sécurité et de productivité des houillères européennes. Après le traumatisme de la catastrophe de Marcinelle de 1956 et grâce à la recherche financée par la CECA, le nombre d'accidents avait fortement chuté et la mécanisation des mines était d'avant-garde. Mais la géologie, elle, n’avait pas changé : les veines de charbon étaient peu épaisses (même si les britanniques étaient meilleures), et le sous-sol fortement faillé ne permettaient pas aux mineurs européens de survivre face à la concurrence du charbon international, et ce malgré les progrès accomplis. Le charbon australien qui avait traversé une partie de l'océan Pacifique, tout l'océan Indien et remonté tout l'Atlantique arrivait au port d'Anvers et coûtait moins cher que celui qui se produisait chez nous. Les décisions adoptées étaient donc justifiées et l'histoire nous a donné amplement raison puisque les houillères belges et la majorité de celles des autres États membres sont fermées à tout jamais.</p>
<p>Pour défendre l'emploi des mineurs, Arthur le Rouge n'a rien voulu entendre et s'est opposé à l'indispensable restructuration des charbonnages nationalisés pensant même que « les pertes peuvent être illimitées » et qu'un puits ne se ferme que quand il est vide. Il fit même appel à Kadhafi pour lui demander de l’argent pour financer sa grève. Il pensait répéter l'exploit du NUM qui, en 1974, avait fait chuter le gouvernement conservateur d'Edward Heath. Mais cette fois, il avait à faire à plus déterminé que lui. C’est d’ailleurs ce refus inébranlable de céder à la grève qui valut à la Dame de fer son surnom. Elle obtint victoire le 3 mars 1985, presque une année après le début de la grève. Ce fut un bras de fer avec le syndicat dont les instances dirigeantes, et non la base, avaient pris la décision. Elle fit le nécessaire pour renverser cet ordre, et ce fut finalement la base qui choisit d’accepter la restructuration des charbonnages. Fidèle à ses convictions politiques, Arthur Scargill forma le Parti socialiste du travail en 1996, en réaction contre Tony Blair qu'il accusait d'abandonner l'engagement socialiste.</p>
<p>La victoire de Thatcher a marqué un tournant dans la mentalité britannique et ailleurs. Aujourd'hui, il est communément admis qu'il n'est ni acceptable, ni rationnel, ni éthiquement correct que les citoyens payent des taxes pour maintenir des industries déficitaires en survie artificielle. Ce bras de fer entre la Dame de fer et Arthur le Rouge a effectivement résulté en une forte diminution des impôts au Royaume Uni et a donné un nouveau souffle à un pays alors en plein marasme économique.</p>
<p>Le combat était d'autant plus d'arrière-garde qu'au même moment l'aubaine des hydrocarbures de la mer du Nord venait assurer le remplacement des centrales électriques fonctionnant au charbon cher et polluant par du gaz naturel propre et bon marché. Ce fut un boom pour l'économie. Étrangement, ceux qui jugent sévèrement Margaret Thatcher feignent d'ignorer ou ignorent que c'est à elle qu’on doit la forte chute de pollution au Royaume-Uni. À l'époque un fameux fabriquant d'engrais annonçait dans sa publicité que son produit contenait du soufre, élément indispensable pour la croissance des plantes, que malheureusement (!) les fumées des centrales au charbon ne crachaient plus. Certaines mines rentables sont encore en exploitation au Royaume Uni.</p>
<p>Farouchement convaincue de la nécessité de cesser de ponctionner les Britanniques pour financer une industrie qui, malgré toute sa bonne volonté, produisait un charbon trop cher, elle alla même jusqu'à utiliser l'argument de la peur du changement climatique. En effet, Margaret a été l’une des premières politiques européennes à accorder de la crédibilité à cette théorie. Plus tard, elle s'est ravisée et a reconnu son erreur. Personne n'est parfait…</p>
<p>---<br />
Samuel Furfari est Maître de conférences à l'ULB. L'auteur s'exprime à titre personnel.</p>
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		<title>Qu’est-ce que la méthodologie économique ?</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Apr 2013 04:50:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Contrepoints</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Lecture]]></category>
		<category><![CDATA[École autrichienne]]></category>
		<category><![CDATA[économie mathématique]]></category>
		<category><![CDATA[épistémologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le dernier ouvrage de Benoît Malbranque présente de façon concise et abordable la méthodologie économique. Un livre dense, bien écrit et érudit.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le dernier ouvrage de Benoît Malbranque présente de façon concise et abordable la méthodologie économique. Un livre dense, bien écrit et érudit.</strong></p>
<p><strong>Par Pierre François.</strong><br />
<span id="more-122622"></span><br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLz9hdHRhY2htZW50X2lkPTEyMjYyNA==" rel=\"attachment wp-att-122624\"><img class="alignleft  wp-image-122624" title="Benoit-Malbranque-Introduction-à-la-méthodologie-économique" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/04/Benoit-Malbranque-Introduction-à-la-méthodologie-économique.jpg?c2fb0e" alt="" width="202" height="286" /></a>Quel rôle l’étude de l’histoire joue-t-elle dans le progrès des connaissances économiques ? Quelle relation les jugements de valeur doivent-ils entretenir avec les énoncés scientifiques ? Qu’est-ce qu’une théorie économique et comment en évaluer la validité ? Quelle doit être la place des mathématiques dans la recherche en économie ?</p>
<p>Toutes ces questions relèvent de la <em>méthodologie économique</em>, une branche de la science économique souvent négligée en France par les étudiants, voire par les économistes eux-mêmes. Et pour cause : il n’existait jusqu’à présent aucun ouvrage en français présentant de manière synthétique, et dans un langage clair, cette discipline.</p>
<p>La parution d’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMy8xMi9iZW5vaXQtbWFsYnJhbnF1ZS1pbnRyb2R1Y3Rpb24tYS1sYS1tZXRob2RvbG9naWUtZWNvbm9taXF1ZS0yMDEzLw=="><em>Introduction à la méthodologie économique</em></a>, le dernier ouvrage de Benoît Malbranque, vient récemment de pallier ce manque. L’auteur, chercheur à l’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmc=">Institut Coppet</a>, expose dans cet ouvrage l’histoire des idées en méthodologie économique et présente les débats contemporains qui agitent cette discipline.</p>
<p>Le livre est composé de six chapitres. Les trois premiers sont historiques. Ils décrivent l’évolution de la pensée méthodologique en économie depuis les premières réflexions sur ce sujet à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle. Les trois derniers sont davantage argumentatifs. Ils traitent de la place des mathématiques, du rôle des statistiques et de l’histoire, de la relation entre les énoncés de théorie économique et les jugements de valeur.</p>
<p>Les premières réflexions sur la méthodologie économique apparaissent à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, et sont l’œuvre d’économistes classiques français : <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvJUMzJTg5dGllbm5lX0Jvbm5vdF9kZV9Db25kaWxsYWM=">Condillac</a>, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRGVzdHV0dF9kZV9UcmFjeQ==">Destutt de Tracy</a>, et surtout <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmVhbi1CYXB0aXN0ZV9TYXk=">Jean-Baptiste Say</a> (chapitre 1). Dans son <em>Traité d’Économie Politique</em> de 1803, Say pose les fondements de la méthodologie économique déductiviste et axiomatique. Selon lui, l’économiste doit partir de « principes généraux incontestables », puis procéder par déductions, afin de parvenir à la découverte de lois économiques.</p>
<p>Cette conception est ensuite développée et précisée en Angleterre au XIX<sup>e</sup> siècle, par des économistes comme Nassau Senior et John Cairnes. Le raisonnement économique, selon Cairnes, doit être bâti sur des faits ultimes, « dont l’existence et le caractère sont aisément vérifiables, qui sont d’une importance primordiale au regard des questions de la production et de la distribution des richesses, et qui offrent ainsi une base stable à partir de laquelle il est possible de déduire les lois guidant ces phénomènes » ( J. Cairnes, cité et traduit par B. Malbranque). C’est la publication de <em>The Scope and Method of political economy</em>, un ouvrage de John Neville Keynes, qui parachève en 1891 l’évolution de cette tradition méthodologique.</p>
<p>À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, l’orthodoxie méthodologique déductiviste est menacée par la montée en puissance de l’école historique allemande (chapitre 2). Les économistes de l’école historique allemande remettent en cause l’universalité des lois économiques. Ils prétendent qu’ « aucune politique économique n’est valable de manière universelle et intemporelle ; au contraire, elle dépend de l’état d’avancement et des conditions historiques de chaque économie nationale. » Ce sont les économistes de<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvJUMzJTg5Y29sZV9hdXRyaWNoaWVubmU="> l’école autrichienne</a>, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ2FybF9NZW5nZXI=">Carl Menger</a> en tête, qui défendent l’orthodoxie classique face à l’école historique allemande. Cet affrontement intellectuel est connu sous le nom de « bataille des méthodes » (<em>Methodenstreit</em>).</p>
<p>L’approche méthodologique qui enlève l’adhésion des économistes après la Seconde Guerre mondiale n’est toutefois ni le déductivisme, ni l’historicisme, mais le  « falsificationnisme popperien » (chapitre 3). « Le falsificationnisme soutient qu’une théorie économique, pour être scientifique, doit pouvoir être testée à des fins d’information ultérieure. En somme, l’économiste doit produire des théories qui pourront être invalidées par les faits. », explique l’auteur.</p>
<p>Au chapitre 4, Benoît Malbranque aborde l’épineuse question de la relation entre la science économique et les mathématiques, à travers la présentation, entre autres, des œuvres d’Augustin Cournot et de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTCVDMyVBOW9uX1dhbHJhcw==">Léon Walras</a>. B. Malbranque défend dans ce chapitre la conception méthodologique de l’école autrichienne, selon laquelle l’usage des mathématiques est inapproprié en économie. La modélisation mathématique, nous dit-il, n’est féconde qu’à condition qu’il existe une régularité dans les faits économiques. Or, « l’environnement économique que l’économiste veut exprimer ne peut pas être exprimé en termes de constantes ». La modélisation mathématique a, en outre, des conséquences néfastes. Elle pousse les économistes à entretenir une croyance erronée « en l’existence d’un équilibre général », et à « faire abstraction des choix humains et de la capacité qu’ont les individus à prendre des risques. »</p>
<p>Benoît Malbranque n’est guère plus indulgent avec la pratique visant à utiliser l’économétrie et l’histoire économique pour tester la validité des théories (chapitre 5). Selon lui, l’histoire économique ne peut qu’illustrer une théorie, elle ne peut pas l’infirmer ou en prouver la véracité. Quant à l’économétrie, elle peut, au mieux, établir l’existence d’une corrélation entre deux phénomènes, mais elle ne peut pas prouver l’existence d’une relation causale, et encore moins fournir des prédictions fiables. L’étude des données empiriques ne permet pas de trancher entre deux théories concurrentes, comme c’est le cas dans les sciences de la nature. L’étude des faits, en somme, ne permet pas d’apporter de « connaissances véritables ».</p>
<p>La présentation que l’auteur fait de l’économétrie ne rend toutefois pas entièrement justice à cette discipline. D’une part, les chercheurs en économétrie ont dépensé beaucoup d’énergie à développer des méthodes permettant d’isoler empiriquement des relations causales entre les phénomènes économiques (méthode des variables instrumentales et expériences randomisées en microéconométrie, causalité à la Granger en économétrie des séries temporelles). D’autre part, l’économétrie permet la quantification, et en cela, elle est complémentaire de la théorie. C’est une chose de dire, par exemple, que la croissance économique prend sa source dans l’accumulation du capital par tête et dans l’augmentation de la productivité totale des facteurs, mais c’en est une autre de quantifier l’importance respective de ces deux variables.</p>
<p>Au chapitre 6, « Science et recommandation », l’auteur défend la pertinence de la distinction entre les énoncés « de fait » (<em>ce qui est</em>), et  les énoncés « de valeur » (<em>ce qui devrait être</em>). En partant de cette distinction, l’auteur soutient que les économistes ne devraient se préoccuper que de l’étude de <em>ce qui est</em>, et non de l’étude de <em>ce qui devrait être, </em>car les jugements de valeur relèvent de la philosophie, et non de la science : « l’économiste peut et doit considérer les mesures économiques hors de tout jugement moral ».</p>
<p>Il faut toutefois souligner que la recommandation de Benoît Malbranque ne s’applique qu’aux jugements de valeur politiques et moraux. Elle ne s’applique pas aux jugements de valeur <em>épistémiques. </em>En effet, affirmer, comme le fait l’auteur, que « les chercheurs <em>devraient</em> poursuivre objectivement la vérité » revient à énoncer un jugement de valeur épistémique [<sup class='footnote'><a href='#fn-122622-1' id='fnref-122622-1' onclick='return fdfootnote_show(122622)'>1</a></sup>].</p>
<p>Outre le fait qu’il soit, en France, le seul ouvrage sur le marché à présenter de façon concise et abordable la méthodologie économique, <em>Introduction à la méthodologie économique</em> a bien d’autres qualités. C’est un livre dense, bien écrit et érudit (le nombre de notes en fin d’ouvrage en témoigne). Par ailleurs, toutes les affirmations sont étayées par des arguments et des références à la littérature économique (qu’elle soit en français, en anglais, ou en allemand). Autant de bonnes raisons de se procurer cet ouvrage.</p>
<p><strong>• Benoit Malbranque, Introduction à la méthodologie économique (2013)</strong>, à télécharger gratuitement <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMy8xMi9iZW5vaXQtbWFsYnJhbnF1ZS1pbnRyb2R1Y3Rpb24tYS1sYS1tZXRob2RvbG9naWUtZWNvbm9taXF1ZS0yMDEzLw==">sur le site de l'Institut Coppet</a>.</p>
<p>---<br />
Note :</p>
<div class='footnotes' id='footnotes-122622'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-122622-1'>Sur cet argument, voir Hilary Putnam, « For Ethics and economics without the dichotomies », <em>Review of Political Economy</em>, Vol. 15, No. 3, 2003. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-122622-1'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
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		<title>Qu&#039;est-ce que l&#039;école de la régulation ?</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Apr 2013 05:45:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ludovic L.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie générale]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[école de la régulation]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Aglietta]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Boyer]]></category>

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		<description><![CDATA[L'école de la régulation, une des plus à gauche de l'économie, est souvent méprisée par les libéraux. A juste titre ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>L'école de la régulation, une des plus à gauche de l'économie, est souvent méprisée par les libéraux. A juste titre ?</strong></p>
<p><strong>Par Ludovic L.</strong><span id="more-120828"></span></p>
<div id="attachment_120831" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzA0L2FydG9uMjI3Ni5qcGc="><img class="size-medium wp-image-120831" title="Michel Aglietta, un des pères de l'école de la régulation" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/04/arton2276-300x215.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="215" /></a><p class="wp-caption-text">Michel Aglietta, un des pères de l'école de la régulation</p></div>
<p>La théorie de la régulation est généralement classée parmi  les écoles « gauchistes ». Ses explications des cycles longs par les structures de l'économie la rendent populaire au sein de l'aile la plus à gauche de la profession d'économiste. Cette popularité, dont l'influence se répercute sur les enseignants du secondaire, en fait un incontournable de la pensée économique contemporaine [<sup class='footnote'><a href='#fn-120828-1' id='fnref-120828-1' onclick='return fdfootnote_show(120828)'>1</a></sup>]. Souvent méprisée par les libéraux, certaines des conclusions de cette école gagneraient toutefois à être connues par iceux : d'une part, on ne connais jamais assez bien ses ennemis, d'autre part, rien n'indique que elles soient fondamentalement contradictoires avec les prescriptions libérales.</p>
<p><strong>Un repaire d'anti-libéraux ?</strong></p>
<p>La théorie de la régulation est née à la fin des trente glorieuses, alors que les économistes français s’interrogeaient sur les raisons du retournement de cycle. Aurait-il pu s'agir d'un véritable changement de paradigme, plutôt qu'un simple accident de conjoncture, conformément à l'idée qui faisait alors consensus chez les universitaires ? C'est la thèse développée par les tenants de ce que l'on appela bientôt « la théorie de la régulation », qui entendent analyser les cycles longs à partir des structures de l'économie. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9NaWNoZWxfQWdsaWV0dGE=">Michel Aglietta</a> et <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9Sb2JlcnRfQm95ZXI=">Robert Boyer</a>, tous deux polytechniciens, socialistes et anciens fonctionnaires de l'INSEE, en sont ses principaux instigateurs. Dans l'histoire des idées économiques, on les présente comme reprenant les thèses et la méthode de l'institutionnalisme né au tout début de XX<sup>ème</sup> siècle, qui était lui-même directement influencé par l'école historique allemande. En outre, tous ces courants ont pour point commun de rejeter l'individualisme méthodologique.</p>
<p><strong>Une analyse institutionnelle de l'économie</strong></p>
<p>Ce détail épistémologique, qui apparaîtra aux proches de l'école autrichienne comme une aberration, doit signaler au lecteur qu'il s'opère subrepticement un glissement de discipline, vers ce que l'on pourrait appeler « socio-économie ». De la même façon que la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9Tb2Npb2xvZ2llX2hpc3RvcmlxdWU=">socio-histoire</a> se distingue de l'Histoire, la méthode retenue par Aglietta et ses disciples les place en marge de la science économique orthodoxe. Il s'agit, pour simplifier, d'analyser les mutations du capitalisme à partir d'études statistiques et historiques, pour n'en retenir que les grandes tendances. La variable explicative des tendances longues est appelée « mode de développement », c'est-à-dire l'ensemble des éléments qui permettent la stabilité et la croissance du système capitaliste. Il s'agit d'une approche purement analytique, descriptive et non prescriptive, ce qui devrait susciter la bienveillance des lecteurs. Pour les régulationnistes, les crises surviennent lorsque le mode de développement est à bout de souffle, lorsque ses contradictions sont révélées [<sup class='footnote'><a href='#fn-120828-2' id='fnref-120828-2' onclick='return fdfootnote_show(120828)'>2</a></sup>]. Ces « grandes crises », qui remettent en cause le mode de régulation de la période passée, ne doivent pas être confondues avec les « petites crises » d'ordre conjoncturel qui n'ont pas d'incidence durable sur les structures institutionnelles du capitalisme.</p>
<p>Le mode est développement peut être décomposé en un mode de régulation et un régime d'accumulation. Le mode de régulation désigne l'ensemble des institutions qui permettent le développement et la stabilité de l'économie de marché, cet ensemble formant un système cohérent. Le mode de régulation doit être mis en relation avec ce que Boyer appelle le régime d’accumulation, qui regroupe, pour une époque donnée, les mécanismes dominants à l’œuvre dans la croissance économique. Mode et régime sont déterminés à partir des « formes institutionnelles »,  qui comprennent la nature de la monnaie, le rôle de l’État, le degré de concurrence, la structure du marché du travail et l'intensité du commerce international. L'illustration traditionnelle de la théorie est celle des transformations subies par le capitalisme tout au long du XIX<sup>ème</sup> siècle : jusque dans les années 1870, le mode de développement est caractérisé par une accumulation extensive du capital, qui reposait d'abord sur la croissance de la main d’œuvre, et par une régulation concurrentielle rendue possible par la flexibilité des prix et l'absence de rigidités sur le marché du travail. La grande dépression (1870-1896) trahit une crise du régime d'accumulation, qui s'essouffle et qui mute en régime <em>intensif</em> d'accumulation, reposant sur une <em>intensification</em> des gains de productivité due à une concentration accrue dans l'industrie et au développement du fordisme.</p>
<p><strong>Faisons-nous face à une crise de la régulation ?</strong></p>
<p>Bien sûr, tout n'est pas à conserver dans la théorie de la régulation. Ainsi, la crise de 1929 est présentée comme une crise de surproduction de type keynésien, ce qui fera bondir plus d'un lecteur de <em>Contrepoints </em>[<sup class='footnote'><a href='#fn-120828-3' id='fnref-120828-3' onclick='return fdfootnote_show(120828)'>3</a></sup>]. Néanmoins, le principal intérêt de cette école de pensée est d'introduire une réflexion sur les structures de l'économie, sur la façon dont les évolutions sociétales façonnent le capitalisme et inversement : elle nous rappelle que « le capitalisme a les crises de ses structures », selon le célèbre mot de l'historien communiste Ernest Labrousse. Les régulationnistes fournissent une matrice utile pour l'analyse des équilibres institutionnels qui conditionnent la nature de la croissance d'une époque donnée. La conclusion centrale de l'école de la régulation, selon laquelle capitalisme et crises sont nécessairement liés, ne doit pas prêter à confusion sémantique : ce capitalisme-là n'a rien à voir avec le marché libre par ailleurs encensé dans ces colonnes, mais bien plus avec que qu'il conviendrait d'appeler le marché « concret », sur lequel pèsent tous les corporatismes, les réglementations et les interventions malignes de hommes de l’État. Ces précisions permettent de réconcilier au moins en partie l'économie autrichienne et la théorie de la régulation : quand la première s'occupe d'action humaine et de calcul entrepreneurial pour en déduire des lois économiques, la seconde place l'analyse au niveau institutionnel pour tenter de déceler des déséquilibres systémiques susceptibles d'expliquer la survenance des crises sur le temps long.</p>
<p>Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation d'utiliser les outils de la théorie de la régulation pour esquisser des conclusions qui feraient frémir ses principaux défenseurs. En effet, la crise que nous traversons peut être analysée comme une crise du mode de régulation, que l'on peut décrire comme fondé sur la réglementation corporatiste du marché, la redistribution des richesses et la consommation par l'endettement (privé ou public). Les « formes institutionnelles » à l'origine de cet état de fait sont connus et dénoncés par les libéraux depuis longtemps : l'action l’État est profondément interventionniste et la politique monétaire inflationniste par nature. A bout de souffle, ce modèle souffre de « contradictions » internes évidentes, puisqu'il porte en lui-même les germes de sa propre destruction par un phénomène de fuite en avant, en particulier dans un contexte d'intense compétition internationale. Tout l'enjeu réside alors en la transformation de notre « mode de développement », ce qui n'a, de l'aveu même des principaux théoriciens de l'école, rien d'une sinécure.</p>
<p>---<br />
Notes :</p>
<div class='footnotes' id='footnotes-120828'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-120828-1'>Elle imprègne des publications telles qu'<em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3RhZy9hbHRlcm5hdGl2ZXMtZWNvbm9taXF1ZXMv" target=\"_blank\">Alternatives Économiques</a></em>, très lue par les lycéens. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-120828-1'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-120828-2'>Avis aux allergiques : la terminologie dénote parfois quelques relents marxistes. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-120828-2'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-120828-3'>On trouve un bon résumé des théories alternatives à ce lieu commun dans l'excellent ouvrage de Renaud Fillieule, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cuYW1hem9uLmZyL2RwLzI3NTc0MDE2MzcvcmVmPWFzX2xpX3NzX3RpbD90YWc9bGliZXJhdXhvcmctMjEmYW1wO2NhbXA9MjkxMCZhbXA7Y3JlYXRpdmU9MTk0ODImYW1wO2xpbmtDb2RlPWFzNCZhbXA7Y3JlYXRpdmVBU0lOPTI3NTc0MDE2MzcmYW1wO2FkaWQ9MDI1UEdSS1Q0RVc0RUZCM1JTWVQmYW1wOw==" target=\"_blank\">L'école autrichienne d'économie</a>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-120828-3'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Le Reagan de Mésopotamie ou la première baisse d&#039;impôt de l&#039;histoire</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Apr 2013 05:20:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Romain Metivet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Fiscalité]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[impôts et taxes]]></category>
		<category><![CDATA[Mésopotamie]]></category>
		<category><![CDATA[révolte fiscale]]></category>
		<category><![CDATA[sumériens]]></category>

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		<description><![CDATA[Au troisième millénaire avant J-C, les Sumériens subissaient déjà l'oppression fiscale. Récit de la première réforme libérale connue de l'histoire.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Au troisième millénaire avant J-C, les Sumériens subissaient déjà l'oppression fiscale. Récit de la première réforme libérale connue de l'histoire.</strong></p>
<p><strong>Par Romain Metivet.</strong><br />
<span id="more-120520"></span><br />
En ces temps économiques difficiles qui effraient à juste titre nos compatriotes, la France semble retourner à son pêché originel : bâtir un État encore plus puissant et omniprésent, auquel on attribue une bienveillance et une efficacité empiriquement injustifiées. Menant inévitablement à une néfaste et dangereuse réduction des libertés, cette situation est loin d'être l'apanage de notre pays ou encore de notre époque. Voici le premier article d'une série sur l'histoire de l'oppression économique dans le but d'informer mais surtout de donner espoir, car la soif de liberté demeure le centre de gravité de l'âme humaine depuis la nuit des temps. "L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue" disait Nietzsche. Il serait donc bien avisé de s'intéresser au plus ancien épisode de joug fiscal connu, sa victime n'étant autre que le peuple qui a inventé l'écriture, la roue, l'irrigation ou encore la démocratie : les Sumériens.</p>
<p>Au début du III<sup>ème</sup> millénaire avant J-C, la nation de Sumer était organisée en de multiples Cités-États, toutes soumises en principe au roi mais en réalité gouvernées par des <em>ensi</em>, autorités religieuses et politiques à la légitimité héréditaire, et des <em>lugal</em>, souverains locaux plus ou moins nommés par les <em>ensi</em>. La cité de Lagash (sud-est de l'Irak d'aujourd'hui), était majoritairement peuplée de fermiers, bateliers, pêcheurs, négociants et artisans. Le système économique était extraordinairement avancé, mêlant biens publics et capitalisme. La gestion du système d'irrigation et de certaines terres était commune et centralisée au niveau du <em>lugal </em>ou du temple. Cependant, on y jouissait de la propriété privée, d'un marché libre et l'effort personnel était seul à déterminer la richesse ou la pauvreté. Le commerce "international" était en plein essor et s'étendait sur des milliers de kilomètres jusqu'en Grèce et en Inde. Samuel Noah Kramer rappelle d'ailleurs que selon les habitants de Lagash eux-même, la liberté était "le premier des biens".</p>
<div id="attachment_120521" class="wp-caption aligncenter" style="width: 570px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDQvMDQvMTIwNTIwLWxlLXJlYWdhbi1kZS1tZXNvcG90YW1pZS1vdS1sYS1wcmVtaWVyZS1iYWlzc2UtZGltcG90LWRlLWxoaXN0b2lyZS9hbWEtZ2k=" rel=\"attachment wp-att-120521\"><img class=" wp-image-120521" title="Ama-gi" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/04/Ama-gi.jpg?c2fb0e" alt="" width="560" height="204" /></a><p class="wp-caption-text">Ama-gi, première expression connue du mot "liberté". Historiquement signifie la délivrance du péonage.</p></div>
<p>Nul ne sait vraiment pourquoi, mais en quelques siècles cette si chère liberté s'est étiolée pour finalement se noyer dans la corruption et la soif de pouvoir de la dynastie Ur-Nanshe. Apparue au XXIV<sup>ème </sup>avant J-C, elle avait produit un héritier léniniste avant l'heure, Lugalanda. Belliqueux et totalitaire, il entreprit des dizaines de guerres pour conquérir une grande partie de Sumer. Afin de lever les armées nécessaires, il empiéta sur les droits individuels et créa de nombreux impôts aussi ridicules les uns que les autres, qui feraient rêver n'importe quel fonctionnaire de Bercy : taxe de tonte de mouton, taxe de divorce, taxe de création d'onguent, taxe d'enterrement etc. La production des pêcheurs était saisie, les pauvres expropriés et les biens du temple "nationalisés". Crimes, guerre, impôt étaient devenus le quotidien de ce malheureux peuple.</p>
<p>Malgré cette grave atteinte à la liberté que les habitants de Lagash semblaient tant aimer, ils acceptèrent sans aucune réelle opposition cette spoliation en temps de guerre, certainement par sens civique. Cependant, une fois la guerre terminée, Lugalanda, son vizir et ses percepteurs n'eurent évidemment aucun intérêt à renoncer à tous les privilèges qu'ils s'étaient généreusement offerts sur le dos de leurs concitoyens. À terme Lagash fut considérablement affaiblie, perdit ses conquêtes, devint une proie pour la cité rivale d'Umma et le souvenir de la prospérité passée s'était peu à peu transformé en légende (apparemment la courbe de Laffer était déjà d'actualité). Profitant de la chute de Lugalanda au milieu d'une population en furie, Urukagina, un <em>ensi </em>qui se croyait envoyé des dieux, prit le pouvoir. Le doux vent de la liberté souffla à nouveau sur la Cité-État.</p>
<p>Le Reagan de Mésopotamie entreprit de vastes réformes visant à lutter contre la corruption endémique, développer l'égalité des droits ("la veuve et l'orphelin ne seront plus à la merci des hommes puissants" avait-il dit) et restaurer la liberté perdue. Il révoqua les inspecteurs, assura la protection des personnes, de la propriété privée et supprima peu à peu les impôts jusqu'à ce que les pas d'aucun percepteur ne foule plus jamais le sol de Lagash. Le succès de toutes ces réformes en fit un souverain populaire et honoré par de nombreuses poésies qui ont survécu au temps.</p>
<div id="attachment_120524" class="wp-caption aligncenter" style="width: 496px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDQvMDQvMTIwNTIwLWxlLXJlYWdhbi1kZS1tZXNvcG90YW1pZS1vdS1sYS1wcmVtaWVyZS1iYWlzc2UtZGltcG90LWRlLWxoaXN0b2lyZS91cmFrYWdpbmE=" rel=\"attachment wp-att-120524\"><img class=" wp-image-120524" title="Urakagina" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/04/Urakagina.jpg?c2fb0e" alt="" width="486" height="432" /></a><p class="wp-caption-text">Les réformes de Urakagina gravées sur des cônes en écriture cunéiforme.</p></div>
<p>Ces réformes arrivèrent malheureusement trop tard, car le règne de Urakagina ne résista pas à l'ambition de Lugalzaggisi, roi d'Umma, qui profita de la faiblesse de Lagash pour la conquérir. Quoi qu'il en soit, cet épisode vieux de 4500 ans nous prouve que les périodes d'oppression fiscale et étatique sont à la fois éternelles et éphémères. Il n'appartient qu'à nous de précipiter la chute de ces ignominies en conflit avec l'aspiration naturelle, éternelle et irrépressible des hommes à la liberté.</p>
<p>---</p>
<p><strong>Références :</strong></p>
<ul>
<li>David F. Burg,<em> A world History of Tax Rebellion </em>(2004).</li>
<li>Samuel Noah Kramer,<em> L'histoire commence à Sumer</em> (1957).</li>
<li>Samuel Noah Kramer,<em> From the Tablets of Sumer</em> (1956).</li>
<li>William H Stiebing Jr.,<em> Near Eastern History and Culture </em>(2008).</li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>De l&#039;importance du subjectivisme en économie</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/03/25/119368-de-limportance-du-subjectivisme-en-economie</link>
		<comments>http://www.contrepoints.org/2013/03/25/119368-de-limportance-du-subjectivisme-en-economie#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 25 Mar 2013 06:40:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sheldon Richman</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie générale]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[École autrichienne]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Bastiat]]></category>
		<category><![CDATA[subjectivisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Là où l'école autrichienne a correctement analysé l'importance du subjectivisme, Frédéric Bastiat avait omis un point essentiel.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Là où l'école autrichienne a correctement analysé l'importance du subjectivisme, Frédéric Bastiat avait omis un point essentiel.</strong></p>
<p><strong>Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.</strong><span id="more-119368"></span><br />
<em>Un article de l'<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMy8yMi9kZS1sJUUyJTgwJTk5aW1wb3J0YW5jZS1kdS1zdWJqZWN0aXZpc21lLWVuLWVjb25vbWllLWxhLWRvdWJsZS1pbmVnYWxpdGUtZGVzLXZhbGV1cnMtcGFyLXNoZWxkb24tcmljaG1hbi8=" target=\"_blank\">Institut Coppet</a>.</em></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDExLzAzL0ZyZWRlcmljLUJhc3RpYXQucG5n"><img class="alignleft size-full wp-image-15909" title="Frederic Bastiat" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2011/03/Frederic-Bastiat.png?c2fb0e" alt="" width="250" height="295" /></a>Après bien des années, Frédéric Bastiat reste un héros pour les libertariens. Il n’y a rien de mystérieux à cela. Il a défendu la liberté et a combattu les arguments en faveur d’un socialisme d’État avec clarté et imagination. Il s’est adressé au lecteur moyen avec efficacité.</p>
<p>Bastiat aimait l’économie de marché, et désirait avec ardeur qu’elle s’épanouisse pleinement, en France et partout ailleurs. Lorsqu’il décrit les bienfaits de la liberté, sa bienveillance est tangible. Une économie de marché peut élever les conditions de vie et permettre à tout le monde de bénéficier d’une vie meilleure ; ainsi étouffer la liberté est injuste et tragique. À l’opposé de la bienveillance de Bastiat on trouve donc son indignation face aux privations qui résultent des interférences dans les rouages du marché.</p>
<p>Il commence son ouvrage <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cuYW1hem9uLmZyL2RwLzE0MjEyMDY1NDQvcmVmPWFzX2xpX3NzX3RpbD90YWc9bGliZXJhdXhvcmctMjEmYW1wO2NhbXA9MjkxMCZhbXA7Y3JlYXRpdmU9MTk0ODImYW1wO2xpbmtDb2RlPWFzNCZhbXA7Y3JlYXRpdmVBU0lOPTE0MjEyMDY1NDQmYW1wO2FkaWQ9MEFNVzRXUTJTMEpZS0hLS1k5Q0smYW1wOw==" target=\"_blank\"><em>Harmonies économiques</em></a> en montrant les bienfaits économiques d’une vie en société.</p>
<blockquote><p>Il est impossible de ne pas être frappé de la disproportion, véritablement incommensurable, qui existe entre les satisfactions que cet homme puise dans la société et celles qu’il pourrait se donner, s’il était réduit à ses propres forces. J’ose dire que, dans une seule journée, il consomme des choses qu’il ne pourrait produire lui-même en dix siècles.</p>
<p>Ce qui rend le phénomène plus étrange encore, c’est que tous les autres hommes sont dans le même cas que lui. Chacun de ceux qui composent la société a absorbé des millions de fois plus qu’il n’aurait pu produire ; et cependant ils ne se sont rien dérobé mutuellement.</p></blockquote>
<p><strong>L’existence des privilèges</strong></p>
<p>Bastait n’était pas naïf. Il savait qu’il n’était pas dans un marché complétement libre. Il était conscient de l’existence des privilèges. <em>« Privilège suppose quelqu’un pour en jouir et quelqu’un pour le payer »</em>, écrit-il. Ceux qui payent sont défavorisés par rapport à ce qu’ils seraient dans un marché libre.</p>
<blockquote><p>J’espère que le lecteur voudra bien ne pas conclure de ce qui précède que nous sommes insensibles aux souffrances sociales de nos frères. De ce que ces souffrances sont moindres dans la société imparfaite que dans l’isolement, il ne s’ensuit pas que nous n’appelions de tous nos vœux le progrès qui les diminue sans cesse ;</p></blockquote>
<p>Il souhaitait mettre en avant l’importance du libre-échange pour l’épanouissement humain. Dans le chapitre IV, il écrit :</p>
<blockquote><p>L’Échange, c’est l’Économie politique, c’est la Société toute entière; car il est impossible de concevoir la Société sans Échange, ni l’Échange sans Société. […] Pour l’homme, l’isolement c’est la mort. Or, si, hors de la société, il ne peut vivre, la conclusion rigoureuse, c’est que son état de nature c’est l’état social.</p>
<p>[…]</p>
<p>Quand les hommes échangent, c’est qu’ils arrivent par ce moyen à une satisfaction égale avec moins d’efforts, et la raison en est que, de part et d’autre, ils se rendent des services qui servent de véhicule à une plus grande proportion d’utilité gratuite.</p>
<p>Or ils échangent d’autant plus que l’échange même rencontre de moindres obstacles, exige de moindres efforts.</p></blockquote>
<p>Comment l’échange délivre-t-il ses bienfaits ?</p>
<blockquote><p>L’échange a deux manifestations: Union des forces, séparation des occupations.</p>
<p>Il est bien clair qu’en beaucoup de cas la force unie de plusieurs hommes est supérieure, du tout au tout, à la somme de leurs forces isolées. […]</p>
<p>Or union des forces implique Échange. Pour que les hommes consentent à coopérer, il faut bien qu’ils aient en perspective une participation à la satisfaction obtenue. Chacun fait profiter autrui de ses efforts et profite des efforts d’autrui dans des proportions convenues, ce qui est échange.</p></blockquote>
<p>Mais ne manque-t-il pas quelque chose sur ce plan ?</p>
<p><strong>Une perspective autrichienne</strong></p>
<p>Il manque quelque-chose en effet : le point de vue autrichien subjectiviste pour lequel l’individu bénéficie intrinsèquement de l’échange. Pour qu’un échange se passe, les deux parties doivent évaluer <em>différemment </em>les choses échangées, chacun préférant ce qu’il reçoit à ce qu’il donne. Si cette condition n’est pas respectée, l’échange ne peut pas se produire. Ce doit être ce que <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTXVycmF5X1JvdGhiYXJk" target=\"_blank\">Murray Rothbard</a> appelle une <em>double inégalité des valeurs</em>. Cela fait partie de la logique des actions humaines que <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTHVkd2lnX3Zvbl9NaXNlcw==" target=\"_blank\">Ludwig von Mises</a> a baptisée la <em>praxéologie</em>. Bastiat, comme ses précurseurs classiques Smith et Ricardo, croyait à tort (du moins explicitement) que les gens s’échangeaient des valeurs égales, qu’un échange de valeurs inégales était le signe d’un problème.</p>
<p>Peut-être suis-je trop dur envers Bastiat. Après tout, il écrivait avant 1850. Carl Menger n’a publié ses<em> Principes d’économie politique</em> qu’en 1871. Encore que les Autrichiens n’étaient pas les premiers à regarder l’échange à travers la grille de la subjectivité, c’est-à-dire en considérant le point de vue des acteurs économiques eux-mêmes. Le philosophe français Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780) le fit un siècle avant Bastiat :</p>
<blockquote><p>Par cela seul qu’un échange s’accomplit, il doit y avoir nécessairement profit pour les deux parties contractantes, sans quoi il ne se ferait pas. Donc chaque échange renferme deux gains pour l’humanité.</p></blockquote>
<p><strong>Bastiat ignorant ?</strong></p>
<p>Peut-être Bastiat ignorait-il l’argument de Condillac. Ce n’est pourtant pas le cas ; en effet, il reprend la citation ci-dessus dans son livre et y répond :</p>
<blockquote><p>Celle que nous devons à Condillac me semble tout à fait insuffisante, empirique, ou plutôt elle n’explique rien.</p>
<p>[...]</p>
<p>L’échange constitue deux gains ; dites-vous. La question est de savoir pourquoi et comment. — Cela résulte du fait même qu’il s’est accompli. — Mais pourquoi s’est-il accompli ? Par quel mobile les hommes ont-ils été déterminés à l’accomplir ? Est-ce que l’échange a, en lui-même, une vertu mystérieuse, nécessairement bienfaisante et inaccessible à toute explication ?</p>
<p>[…]</p>
<p>On voit ici comment l’échange […], augmente nos satisfactions. […] Il n’y a là aucune trace […] du double et empirique profit allégué par Condillac.</p></blockquote>
<p>Cela laisse perplexe. Clairement, la nécessaire double inégalité des valeurs n’est ni empirique ni interdépendante. À l’encontre de Bastiat, la double inégalité explique beaucoup, alors que ses questions ont toutes des réponses faciles.</p>
<p>Autre fait dérangeant, une autre phrase de Bastiat, dans le même chapitre : <em>« Le profit de l’un est le profit de l’autre. »</em></p>
<p>Cela semble impliquer ce qu’il venait de réfuter.</p>
<p><strong>Les conséquences de l’échec</strong></p>
<p>L’échec de Bastiat à saisir ce point n’est pas sans conséquence dans ses débats avec d’autres économistes. Par exemple, il s’est engagé avec son acolyte, le défenseur du marché libre de gauche Pierre-Joseph Proudhon, dans un long débat pour savoir si les intérêts sur les emprunts existeraient dans un marché libre ou s’ils constituent un privilège accordé lorsque le gouvernement supprime la concurrence. Malheureusement la qualité du débat souffre du fait que ni Bastiat ni Proudhon n’avaient vraiment saisi de manière explicite l’argument de Condillac et de l’école autrichienne à propos de la double inégalité des valeurs. Comme Roderick Long l’explique dans son inestimable commentaire sur cet échange :</p>
<blockquote><p>Chacun trébuche sur la défense de sa propre position du fait d’une compréhension incohérente du principe autrichien de la « double inégalité des valeurs ». Proudhon y adhère, mais manque de l’appliquer de façon cohérente, tandis que Bastiat s’appuie dessus implicitement tout en la rejetant explicitement.</p>
<p>[…]</p>
<p>La plaidoirie de Proudhon contre l’intérêt semble dépendre de façon cruciale de son argument que tout échange doit être de valeurs équivalentes ; ainsi pointer l’incohérence de cette notion serait un contre-argument imbattable. Mais <em>Bastiat ne peut pas officiellement lui répondre cela</em> (bien qu’il s’en approche de manière tentante tout au long du débat) car n’importe où ailleurs – dans ses <em>Harmonies Économiques</em> – il <em>rejette </em>explicitement la doctrine de la double inégalité des valeurs.</p></blockquote>
<p>Comme cela est frustrant ! Bastiat a tant à enseigner. Mais voilà une lacune qui l’a empêché d’être encore meilleur.</p>
<p>---<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMy8yMi9kZS1sJUUyJTgwJTk5aW1wb3J0YW5jZS1kdS1zdWJqZWN0aXZpc21lLWVuLWVjb25vbWllLWxhLWRvdWJsZS1pbmVnYWxpdGUtZGVzLXZhbGV1cnMtcGFyLXNoZWxkb24tcmljaG1hbi8=" target=\"_blank\">Sur le web</a>.<br />
Traduction : Pierre Lonchampt pour l'<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcv">Institut Coppet</a>.</p>
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		<title>Du progrès à la paix : les fruits du libre-échange</title>
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		<pubDate>Sat, 23 Mar 2013 06:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sophie Marcia</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Adam Smith]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Bastiat]]></category>
		<category><![CDATA[libre échange]]></category>
		<category><![CDATA[paix]]></category>
		<category><![CDATA[prospérité]]></category>

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		<description><![CDATA[Le libre-échange n'est pas seulement source de prospérité, il est aussi source de paix ; le protectionnisme les met en péril.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;" align="right"><strong>Le libre-échange n'est pas seulement une cause d'enrichissement des hommes et des nations, il est aussi la source d'une paix durable que le protectionnisme met en péril.</strong></p>
<p style="text-align: left;" align="right"><strong>Par Sophie Marcia.</strong></p>
<p><span id="more-118697"></span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;" align="right"><em>« La liberté est l'essence même du progrès. Toucher à la liberté de l'homme, ce n'est pas seulement lui nuire, l'amoindrir, c'est changer sa nature; c'est le rendre, dans la mesure où l'oppression s'exerce, imperfectible; c'est le dépouiller de sa ressemblance avec le Créateur; c'est ternir, sur sa noble figure, le souffle de vie qui y resplendit depuis l'origine » </em>(<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRnIlQzMlQTlkJUMzJUE5cmljX0Jhc3RpYXQ=">Frédéric Bastiat</a>, <em>Harmonies économiques</em>, 1864).</p>
</blockquote>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTHVkd2lnX3Zvbl9NaXNlcw==">Ludwig Von Mises</a>, à l’occasion d’une conférence en Argentine en 1958, ne manqua de rappeler le fait suivant : l’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWdyaWN1bHR1cmU=">agriculture</a> ne nourrissait que six millions d’habitants dans l’Angleterre du XVIIIe siècle. La situation d’un riche bourgeois à cette époque deviendra deux siècles plus tard le lot commun de plus de cent cinquante millions de personnes.</p>
<p>Si aujourd’hui la misère a disparu dans les pays développés, la pauvreté quant à elle recule. C’est ce que souligne la Banque mondiale : entre 1990 et 2008, le nombre d’individus vivant dans l’extrême pauvreté (avec moins de 1,25 dollar par jour) aurait été divisé par deux. Du reste, les femmes ne meurent plus en couches en France. L’abcès dentaire n’est plus la première cause de mortalité comme au début du XXe siècle. On pourrait multiplier à l’infini les exemples de progrès. Doit-on rappeler qu’il y a un siècle, les femmes lavaient encore leur linge à la main ? <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTWlsdG9uX0ZyaWVkbWFu">Milton Friedman</a> précise à ce titre que ces innovations ont plus fait pour améliorer le sort des femmes que n’importe quelle campagne suffragette.</p>
<p>Nul hasard si nos conditions de vie se sont améliorées depuis deux siècles. Nul hasard si notre génération connait une exceptionnelle période de progrès économique et de paix depuis soixante ans.</p>
<p>L’exception tendrait-elle à devenir un principe en raison du nombre croissant de pays ouverts au commerce dans le monde ? Précisément, l’interpénétration des économies dont résulte un progrès sans cesse plus intense n’amorcerait-elle pas un climat de paix durable ? N’en déplaise aux <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvUHJvdGVjdGlvbm5pc21l">protectionnistes</a> de tous bords, le commerce a deux vertus simultanées : le progrès et la paix entre nations. Avancée par des économistes professionnels, cette thèse sera aussi la notre.</p>
<p><strong>Une éthique des échanges source de bienfaits</strong></p>
<p>Un économiste contemporain, méconnu et érudit car non conseiller du prince, a publié en 1996 une thèse titrée <strong><em>« </em></strong><em>Les sentiments moraux font la richesse des nations : Moralité des comportements et moralité des procédures dans l'œuvre d'Adam Smith</em><strong><em> ». </em></strong>Sont accolés l’un à l’autre dans la première partie du titre les noms de deux ouvrages du présumé fondateur de la Science économique, Adam Smith, à savoir, <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZXhlYy9vYmlkb3MvSVNCTj0yMTMwNTg2MDgyP3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMQ==" target=\"_blank\">La Théorie des sentiments moraux</a></em> (1759) et <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZXhlYy9vYmlkb3MvSVNCTj0yNzE3ODQwMzQ2P3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMQ==">Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations</a> </em>(1776). Pour <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvVmFsZW50aW5fUGV0a2FudGNoaW4=">Valentin </a><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvVmFsZW50aW5fUGV0a2FudGNoaW4=">Petkantchin</a> comme <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWRhbV9TbWl0aA==">Adam Smith</a>, ce constat est sans appel. Le sentiment moral renvoie à <em>« la sympathie » </em>(pris en son étymologique grecque, <em>id est</em> créateur d’une communauté de sentiments ou d’impressions). Des nations sont riches lorsque leur économie atteint l’opulence. Ainsi <em>« les sentiments moraux font la richesse des nations »</em>. Et pour preuve, aurait-on oublié que depuis des siècles par delà le globe, ce sont des individus qui, en commerçant, ont pu sortir leur pays de la misère jusqu’à les rendre prospères ?</p>
<p>Vous me direz, <em>« quel rapport avec la moralité ? »</em>. Je vous répondrai qu’il existe une éthique des échanges.</p>
<p>Le libéralisme éclot d’un processus de découverte: en pratiquant l’échange, on admet la diversité, on tente de comprendre comment vivent les autres en s’informant de leurs besoins. L’entrepreneur est un investigateur. <em>« La base de l’échange, c’est de rendre service »</em> rappelait <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmFjcXVlc19HYXJlbGxv">Jacques Garello</a> à la 33<sup>e</sup> Université d’Été de la Nouvelle Économie. Et de continuer : <em>« dans le libre échange, l’homme a cette possibilité de libérer ses talents, de devenir un créateur mais aussi un serviteur à l’égard de ses pairs ». </em>Ces talents sont contenus en chacun, mais leur libération ne va pas de soi : l’homme doit être libre de créer. Leur éclosion dépendra, toutes choses égales par ailleurs, des institutions : liberticides, elles les étoufferont ; libérales, elles leur procureront un engrais.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAzL2ltYWdlLWFydGljbGUuanBn"><img class="alignright size-medium wp-image-119195" title="Libre-échange commerce " src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/image-article-300x179.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="179" /></a>Cet engrais aidant, les individus façonneront ces talents et les aiguiseront, par un travail soutenu durant leur vie, exploitant ainsi la dotation génétique reçue à la naissance ; ils trouveront <em>de facto</em> les moyens de leur survie, et cette survie passe l’échange. L’homme libre et responsable donnera toute sa mesure à travers lui. Avec l’acuité qui lui est propre, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQmFzdGlhdA==">Frédéric Bastiat</a> rappelle<em> </em>que <em>« Si les hommes, comme les colimaçons, vivaient dans un complet isolement les uns des autres, s'ils n'échangeaient pas leurs travaux et leurs idées, s’ils n’opéraient pas entre eux de transactions, il pourrait y avoir des multitudes, des unités humaines, des individualités juxtaposées; il n'y aurait pas de Société. Que dis-je? il n'y aurait pas même d'individualités. Pour l'homme, l'isolement c'est la mort. Or, si, hors de la société, il ne peut vivre, la conclusion rigoureuse, c'est que son état de nature c'est l'état social ». </em>Mais l’homme est enfermé quand valsent en son cher pays droits de douane, contingentements, normes nationales, autorisations administratives, licences d’importation, etc. De la social-démocratie régulatrice à l’économie de plan, la différence est de degré, non de nature.</p>
<p>Par ailleurs, au-delà des écueils faciles envisageant la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRGl2aXNpb25fZHVfdHJhdmFpbA==">division du travail</a> comme LA source de croissance, sa cause première s’épuise entièrement dans un échange libre non pas entre nations, mais entre personnes désireuses de commercer. Et cet échange est profondément moral car librement consenti par ses participants. Plus, le <em>« doux commerce »</em> cher à <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTW9udGVzcXVpZXU=">Montesquieu</a> cristallise en lui le désir de compréhension de l’autre et ce sentiment de sympathie, voire d’empathie entre les parties à l’échange. « <em>La vertu de l’échange ne réside pas dans l’efficacité, ni même d’abord dans la production de richesses, mais dans le fait que l’échange est école de compréhension, d’acceptation de l’autre, de découverte au-delà des mœurs, des coutumes, des musiques, des cultures, des religions, des habitudes. Rien ne ressemble plus à un être humain qu’un autre être humain. L’échange permet de s’apercevoir soi-même en un autre</em> » (<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvU2VyZ2VfU2Nod2VpdHplcg==">Serge Schweitzer</a>). L’échange résulte d’une rencontre, fruit de l’attitude spontanée de deux êtres attirés l’un par l’autre. <em>« Aussi égoïste que l’homme puisse être supposé, il y a évidemment certains principes dans sa nature qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux. De cette sorte est la pitié ou la compassion, c'est-à-dire l’émotion que nous sentons pour la misère des autres, que nous la voyions ou que nous soyons amenés à la concevoir avec beaucoup de vivacité. Que souvent notre chagrin provienne du chagrin des autres est un fait trop manifeste pour exiger des exemples afin de le prouver. » </em>(<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWRhbV9TbWl0aA==">Adam Smith</a>, <em>Théorie des sentiments moraux</em>, 1759, P.23-24)<em>. </em>Sans virer à un angélisme rousseauiste niais, la xénophobie entre deux êtres fussent-ils très différents ne cède-t-elle pas place au respect, à l’entente, après que tous deux se soient compris ? Partant, désirent-ils réellement s’anéantir l’un l’autre ? Ces questions évidemment sont rhétoriques.</p>
<p>L’échange libre enfin est éthique en son principe car permet à chacun d’accéder à travers lui à des informations et connaissances éparpillées dans le monde, contenues en une seule œuvre. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDgvMjUvOTUwNjctdm90cmUtY3JheW9uLXZvdXMtbmUtbGF2ZXotcGFzLWZhYnJpcXVl">L’exemple du crayon</a> dont la mine (graphite compressée) provient d’Amérique du Sud et le bois d’une forêt de Washington reste éloquent, d’autant que pour couper ce bois il fallut une scie, pour fabriquer cette scie de l’acier lui-même fabriqué à partir de minerais de fer contenu dans une mine du Michigan ou d’ailleurs.</p>
<p>Précisons à ceux pour qui le commerce est abject et le capitalisme un bourreau sans visage que seul l’homme peut être à l’origine du mal. Imputer une <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvUmVzcG9uc2FiaWxpdCVDMyVBOQ==">responsabilité</a> à une abstraction est absurde ; la responsabilité revient à l’homme qui, parfois, en perd le sens. L’homme est homme, à savoir, un être vicié depuis le début de l’humanité.</p>
<p>Les personnes échangent en vertu de leur nature, et continuent car commercer avantage et les coéchangistes et la société dans son ensemble.</p>
<p>Les premiers, en échangeant, récoltent un bienfait : monétaire pour l’un, comblant un désir pour l’autre - d’une Porsche, d’apprendre, de voyager. Ainsi seront-ils plus satisfaits après l’échange qu’avant lui ; ils n’auraient pas, sinon, accepté d’échanger ! Voilà qui décrédibilise le mythe du jeu à somme nulle caractéristique d’un échange gagnant-perdant prôné d’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQXJpc3RvdGU=">Aristote</a> à <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTWFyeA==">Marx</a>, justifiant de fait <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTAvMTIvMTkvOTM3OS10b2RkLWxlLXByb3RlY3Rpb25uaXNtZS1wb3VyLW5vdXMtc29ydGlyLWRlLWxhLWNyaXNl">l’adoption du protectionnisme</a>. En réalité, l’échange est un jeu gagnant-gagnant puisque fondé sur une conception <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvU3ViamVjdGl2aXQlQzMlQTlfZGVfbGFfdmFsZXVy">subjective</a> et non objective de la valeur plébiscitée de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ29uZGlsbGFj">Condillac</a> à Bastiat. Entendons la valeur d’un bien. Si la valeur est objective, elle dépendra du nombre d’heures de travail nécessaires à sa fabrication ; si la valeur est subjective, elle résultera des préférences de chacun, différentes d'un individu à l'autre et évolutives au fil du temps pour un même individu. Si Joan Miro a mis moins de temps à esquisser son « <em>Bleu III</em> » que Raphaël à peindre sa « <em>Transfiguration</em> », reste que certains préfèrent le premier à la seconde et inversement. Pour Marx, « <em>Bleu III</em> » n’aurait valu qu’une misère.</p>
<p>Mais le commerce n’enrichit  pas seulement ses protagonistes. Grâce à cette liberté d’agir, à leur libre entreprise, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDUvMzEvODUyMDktbGVudHJlcHJpc2UtcHJpdmVlLWxlLXNldWwtdnJhaS1zZXJ2aWNlLXB1YmxpYw==">ils contribuent à l’amélioration des conditions de vie de chacun</a>. Aberration que de vouloir évincer l’Afrique d’un commerce international (nous devrions dire interpersonnel puisque ce ne sont pas des nations qui échangent, mais des personnes) qui au-delà bénéficie à l’ensemble de la société puisque <em>«l’échange est l’occasion de la concurrence »</em> (Jacques Garello).</p>
<p>Les hommes, en commerçant, s’insèrent dans une compétition les incitant à l’excellence. Confrontés à autrui, ils découvriront ici leurs talents, là leurs faiblesses. « <em>C’est parce qu’on échange que par comparaison on connait sa place dans la hiérarchie de la course entre les compétiteurs de l’économie. Etre orgueilleux n’est plus alors possible. La concurrence est école d’humilité. A travers la concurrence, on peut se débarrasser de ses faiblesses, de ses erreurs, de ses scories. Notre comportement s’améliore au contact des autres. Telle est la vraie justification du libre échange</em> » (Serge Schweitzer). Puisqu’un entrepreneur pourra avoir une meilleure idée qu’un autre, ce dernier se devra d’innover pour améliorer sans cesse ses créations. Or, nombreux sont les fruits de cette attitude : diminution des prix, diversification des produits et amélioration de leur qualité. Le consommateur aura <em>in fine</em> le choix entre des produits plus variés à bas prix et d’une qualité sans cesse croissante.</p>
<p>Qu’il suffise de rappeler que les coûts de recherche du premier téléphone portable commercialisé aux Etats-Unis en 1983 – le Motorola DynaTAC 8000X – étaient si élevés (plus de 100 millions de dollars) que l’américain moyen ne put y accéder que dix ans après. Récemment révolutionnaire, risible aujourd’hui serait ce mobile dépassé par des Smartphones permettant et de téléphoner, et de consulter ses mails et de capter les radars sur l’autoroute.  Le progrès économique est là, rendant plus accessibles toutes ces créations, fruit de l’imagination et de l’audace de quelques-uns appelés entrepreneurs. Jean-Paul II lui-même reconnait leurs qualités, remarquant que « <em>le niveau de bien-être dont bénéficie aujourd’hui la société serait impossible sans la figure dynamique de l’entrepreneur, dont la fonction consiste à organiser le travail humain et les moyens de production pour constituer des biens et services</em> ».</p>
<p>A ceux et celles qui dénigrent la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTW9uZGlhbGlzYXRpb24=">mondialisation</a> et le <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ2FwaXRhbGlzbWU=">capitalisme</a>, rappelons que « <em>le marché ainsi défini n’est donc pas, contrairement à ce qu’on affirme souvent, le lieu où s’exerce la loi du plus fort. C’est le vol qui est la loi du plus fort, même s’il se pare des plumes de l’intervention étatique. Le marché, c’est l’échange volontaire, résultant de la liberté des contrats. Je ne vends que ce que je souhaite vendre, je n’achète que ce que je désire acheter ; et cela uniquement aux conditions sur lesquelles je suis d’accord</em> » (<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmVhbi1ZdmVzX05hdWRldA==">Jean-Yves Naudet</a>, <em>Dominez la Terre, pour une économie au service de la personne</em>, 1989).</p>
<p><strong>En quoi le libre-échange pacifie t-il les relations interétatiques ?</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-51578" title="libre-echange" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2011/10/libre-echange-300x297.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="297" />Nul doute que la prescience de Frédéric Bastiat transcrite en ses dires fait de lui le prophète par excellence. « <em>Si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront » </em>écrivait-il au XIXe siècle. Or le XXe voit défiler ses chars et ses guerres impulsées par des hommes politiques à la tête d’Etats forts, du <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRmFzY2lzbWU=">fascisme</a> au <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvU3RhbGluZQ==">stalinisme</a>, du <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMjIvMTE1MzU0LWxlY29ub21pZS1kdS1uYXppc21lLXVuZS1ldHVkZS1oaXN0b3JpcXVl">national socialisme</a> au maoïsme. <em>Quid</em> de leur dénominateur commun ? Un Etat omnipotent et omniprésent donc adepte…..d’un protectionnisme forcené. Les dictateurs que l’on sait veulent restreindre voire supprimer tout commerce. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDIvMTkvNjk2MDgtaGl0bGVyLWV0LWxlLWNoZS1kZXV4LWZhY2VzLWR1bmUtbWVtZS1waWVjZQ==">Hitler</a> est élu chancelier en 1933. A partir de 1934, l’Allemagne est cloisonnée : entre 1934 et 1939, ses échanges économiques diminuent d’un peu plus de 80%. Ce chiffre ahurissant pose une question d’importance : le lien entre la réduction des échanges d’un côté et les guerres de l’autre est-il une corrélation ou une causalité ? Autrement dit, la quasi-inexistence du commerce  -  le protectionnisme – ouvre-t-elle la porte à la guerre ?</p>
<p>La réponse est positive pour l’historien Jean-Baptiste Duroselle. Le <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTmF0aW9uYWxpc21l">nationalisme</a>, versant politique du protectionnisme en économie, exacerbe en effet les tensions entre individus étrangers. Et les chefs d’État précités ont su attiser la xénophobie de leurs peuples, si bien que ces derniers en sont venus à détester leurs voisins outre-frontières. En la création d’ennemis fantasmés, les politiques excellent. Par la désignation de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTEvMDgvMjAvNDE1MjgtZmF1dC1pbC10YXhlci1sZXMtcmljaGVz">boucs émissaires</a> détournant l’attention de leurs propres incuries, les politiques se surpassent. Les nationalismes ont attisé la haine. Cette haine de l’autre les replia sur eux-mêmes pendant qu’ils exaltaient leur nation. Ainsi l’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQXV0YXJjaWU=">autarcie</a> les conduisit à la guerre. 1939-1945 est consommée.</p>
<p>Inversement, le libre échange déboucha inéluctablement sur la paix en faisant naître entre les ressortissants de pays ouverts au commerce des intérêts communs. Ainsi la compréhension puis l’ouverture à autrui apporta la paix. France et Angleterre sont des amants fidèles depuis 1860. Si les soldats ne traversent pas les frontières, les marchandises le feront…</p>
<p>Aux conflits internationaux tend à succéder la coopération interpersonnelle entre coéchangistes. Preuve en est la paix régnant entre la France et l'Angleterre, autrefois ennemis héréditaires, depuis leur signature du Traité de commerce Chevalier-Cobden en 1860. En témoigne encore l’absence de conflits armés entre les pays de l’Union européenne (UE). De la signature du Traité CECA en 1952 à celle du Traité de Lisbonne en 2009, un ou plusieurs Etats membres se sont-ils une seule fois bombardés sur le sol européen ? Non, et au regard de leurs liens économiques et des divers partenariats institutionnels, les hommes politiques ne trouvent plus aucun intérêt à déclencher une telle guerre. Voir en 2013 des Luxembourgeois prendre les armes contre des Français serait en effet absurde.</p>
<p>Le libre échange, en les pacifiant, introduit de la fluidité dans les rapports humains, substituant à la défiance la confiance. Il dissipe les frictions, mais ne saurait s’épanouir puis enfanter la prospérité dans un Etat démuni des institutions nécessaires à son accomplissement que sont le respect des contrats, de la propriété privée, le marché, le profit, l’état de droit, la concurrence…</p>
<p>La période de paix que nous vivons n’est pas un hasard. Osons en vertu des propos <em>supra</em> la considérer comme durable.</p>
<blockquote><p><em>« Si quelqu’un veut toucher du doigt tout ce que nous devons au processus d’échange, qu’il imagine seulement ce qu’il adviendrait du monde moderne si on interdisait tout d’un coup à chaque homme d'échanger quoi que ce soit avec quiconque. Chacun serait forcé de produire lui-même tous les biens et services dont il veut disposer. On peut tout de suite imaginer le chaos absolu qui s’ensuivrait, la famine qui frapperait la grande majorité de la race humaine, et le retour à une subsistance primitive pour la petite poignée de survivants. »</em> (<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvUm90aGJhcmQ=">Murray Rothbard</a>, <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZXhlYy9vYmlkb3MvSVNCTj0yMjUxMzkwNTM3P3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMQ==" target=\"_blank\">L'Éthique de la liberté</a></em>, 1982)</p></blockquote>
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		<item>
		<title>La méthodologie en économie, une intuition française</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Mar 2013 06:25:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Institut Coppet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire du libéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[école française]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Baptiste Say]]></category>
		<category><![CDATA[méthodologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Les libéraux français ont été de grands précurseurs du libéralisme, mais aussi et avant tout de la méthodologie économique. Par Benoît Malbranque. Un article de l'Institut Coppet Nous avons mille raisons d’être fiers des réalisations des économistes français. Ils ne dominèrent pas seulement la science de l’économie politique : ils en furent les principaux initiateurs et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les libéraux français ont été de grands précurseurs du libéralisme, mais aussi et avant tout de la méthodologie économique.<br />
</strong></p>
<p><strong>Par Benoît Malbranque.</strong><span id="more-119077"></span></p>
<p>Un article de l'<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmc=">Institut Coppet</a></p>
<p>Nous avons mille raisons d’être fiers des réalisations des économistes français. Ils ne dominèrent pas seulement la science de l’économie politique : ils en furent les principaux initiateurs et leur nourricière la plus généreuse. Sur les questions monétaires ou sur la théorie de la valeur, c’est à l’Ecole française que nous devons les principaux éclaircissements. Cet article s’intéresse à un point sur lequel ils ont aussi brillé.</p>
<p>C’est dans l’école française d’économie que nous trouvons les traces d’une « préhistoire » de la méthodologie économique, et c’est cette même école qui fournira également le premier écrit de cette discipline. Au XVIII<sup>e</sup> siècle, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRGVzdHV0dF9kZV9UcmFjeQ==">Destutt de Tracy</a> et <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ29uZGlsbGFj">Condillac</a> mirent en application de manière consciente la méthodologie déductive et aprioriste qui resta l’orthodoxie jusqu’au milieu du vingtième siècle.</p>
<p>La déduction est la méthode qui consiste à partir de prémisses données et d’en faire découler des conclusions logiques. L’induction, à l’inverse, est la méthode qui consiste à produire des généralisations à partir de données spécifiques. L’othodoxie en économie fut le déductivisme : les grands méthodologistes, dont les anglais Nassau Senior, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSm9obl9TdHVhcnRfTWlsbA==">John Stuart Mill</a>, John E. Cairnes, et John Neville Keynes, expliquèrent inlassablement que les économistes devaient faire découler leurs théories de données fondamentales de la nature humaine, comme la motivation pour le gain et l’aversion pour l’effort, et que telle était la méthodologie appropriée pour la science économique.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-39282" title="Jean-baptiste_Say" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2011/08/Jean-baptiste_Say.jpg?c2fb0e" alt="" width="220" height="236" />Afin d’expliquer pourquoi ce fut en France que la méthodologie économique en économie prit véritablement naissance, nous pouvons citer Dow, qui explique que la méthode aprioriste et déductive se rattache à un mode de raisonnement d’abord et avant tout cartésien. [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-1' id='fnref-119077-1' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>1</a></sup>] Alliée au haut niveau de développement qu’avait l’économie politique en France à cette époque, cette disposition intellectuelle a certainement avantagé les économistes français, en comparaison des autres, pour initier cette discipline.</p>
<p>Les économistes français furent fondateurs, initiateurs, mais l’impulsion qu’ils donnèrent fut loin d’être insignifiante. Leur engagement pour la méthodologie déductive était sincère et profond. Selon les mots d’un historien de la pensée économique, les travaux de Condillac, notamment, fournissent « l’un des plus purs exemples de déduction dans la science sociale ». [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-2' id='fnref-119077-2' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>2</a></sup>]</p>
<p>Ce penchant méthodologique ne fut pas moins sensible chez Destutt de Tracy. Naissant quarante ans après Condillac, il eut l’avantage de pouvoir se nourrir des travaux de James Steuart et d’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWRhbV9TbWl0aA==">Adam Smith</a>. Se servant de leurs exemples, il approfondira le positionnement déductiviste de Condillac et « cultiva un traitement profondément déductif de l’économie » ainsi que l’affirmera Daniel Klein. [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-3' id='fnref-119077-3' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>3</a></sup>]</p>
<p>Tant Condillac que Destutt de Tracy insistèrent également sur le fait que tout corps de connaissance dérive nécessairement d’un nombre réduit de grands principes fondamentaux. [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-4' id='fnref-119077-4' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>4</a></sup>]</p>
<p>Malgré ces brillants initiateurs, c’est de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmVhbi1CYXB0aXN0ZV9TYXk=">Jean-Baptiste Say</a>, sans doute le plus grand économiste français, que nous devons la première véritable contribution à la méthodologie économique.  Selon les mots de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTXVycmF5X1JvdGhiYXJk">Rothbard</a>, Say fut « le premier économiste à réfléchir profondément sur la méthodologie appropriée pour sa discipline, et à baser ses travaux, pour autant qu’il le pouvait, sur cette méthodologie. » [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-5' id='fnref-119077-5' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>5</a></sup>]</p>
<p>Il écrivait après Adam Smith, qui avait traité de la méthodologie économique avec une légèreté déconcertante. Dans sa <a href="www.amazon.fr/exec/obidos/ISBN=2717840346?tag=liberauxorg-21"><em>Richesses des Nations</em></a>, il ne prêtait à peu près aucune attention aux questions méthodologiques. Il utilisa la statistique et les digressions historiques mais sans expliquer la pertinence de leur utilisation ni les défendre contre les critiques habituelles formulées à leur égard. « La méthodologie d’Adam Smith était éclectique, dira <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvVGhvbWFzX1Nvd2VsbA==">Thomas Sowell</a>. Les éléments empiriques, théoriques, institutionnels, philosophiques, statiques, et dynamiques étaient tous entremêlés. »[<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-6' id='fnref-119077-6' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>6</a></sup>] De la même façon, et bien que son écrit resta purement littéraire, il ne rejeta jamais l’usage des méthodes calculatoires sur la base de raisonnements méthodologiques.</p>
<p>Jean-Baptiste Say reprit cette critique et s’inscrivit en opposition aux pratiques de l’économiste écossais. Ainsi qu’il l’écrira fermement, « l’ouvrage de Smith n’est qu’un assemblage confus des principes les plus sains de l’économie politique, appuyés d’exemples lumineux et des notions les plus curieuses de la statistique, mêlées de réflexions instructives ; mais ce n’est un traité complet ni de l’une ni de l’autre : son livre est un vaste chaos d’idées justes, pêle-mêle avec des connaissances positives. »</p>
<p>C’est dans le discours préliminaire de son <a href="www.amazon.fr/exec/obidos/ISBN=1421236184?tag=liberauxorg-21"><em>Traité d’économie politique</em></a> paru en 1803, qu’il posa les bases de la méthodologie économique. Dans son souhait de faire reposer sa science sur des bases inébranlables, il mit en avant la possibilité, et plus encore, la nécessité de l’agencer à partir de « faits généraux » nécessairement vrais, et de procéder ensuite par déduction. « L’économie politique, expliqua-t-il, de même que les sciences exactes, se compose d’un petit nombre de principes fondamentaux et d’un grand nombre de corollaires, ou déductions de ces principes. » [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-7' id='fnref-119077-7' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>7</a></sup>]</p>
<p>Introduisant là l’une des grandes tendances de la méthodologie économique, Say précisera son propos : « L’économie politique est établie sur des fondements inébranlables du moment que les principes qui lui servent de base sont des déductions rigoureuses de faits généraux incontestables. Les faits généraux sont, à la vérité, fondés sur l’observation des faits particuliers, mais on a pu choisir les faits particuliers les mieux observés, les mieux constatés, ceux dont on a été soi-même le témoin ; et lorsque les résultats en ont été constamment les mêmes, et qu’un raisonnement solide montre pourquoi ils ont été les mêmes, lorsque les exceptions mêmes sont la confirmation d’autres principes aussi bien constatés, on est fondé à donner ces résultats comme des lois générales, et à les livrer avec confiance au creuset de tous ceux qui, avec des qualités suffisantes, voudront de nouveau les mettre en expérience. »  [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-8' id='fnref-119077-8' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>8</a></sup>]</p>
<p>Il rejeta l’usage des statistiques, et ce pour la même raison : l’économie politique ne peut reposer que sur l’agencement de « faits généraux », et non sur l’empilement désordonné de données économiques. La tâche de l’économiste doit être de chercher des principes de causalité entre les phénomènes, de déceler l’existence de principes généraux irréfutables, et d’en déduire ensuite les applications spécifiques.</p>
<p>Avec une grande rigueur, Say appela ainsi à distinguer deux sciences qu’on a presque toujours confondues : l’économie politique, qui est une science expérimentale, et la statistique, qui n’est qu’une science descriptive. « La statistique ne nous fait connaître que les faits arrivés ; elle expose l’état des productions et des consommations d’un lieu particulier, à une époque désignée, de même que l’état de sa population, de ses forces, de ses richesses, des actes ordinaires qui s’y passent et qui sont susceptibles d’énumération. C’est une description très détaillée. Elle peut plaire à la curiosité, mais elle ne la satisfait pas utilement quand elle n’indique pas l’origine et les conséquences des faits qu’elle consigne ; et lorsqu’elle en montre l’origine et les conséquences, elle devient de l’économie politique. » [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-9' id='fnref-119077-9' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>9</a></sup>] Selon Say, si la statistique et l’étude des faits économiques peuvent fournir des éléments pour aider l’économiste, ni l’une ni l’autre ne constitue à proprement parler son sujet d’étude. Dans cette optique, ce n’est qu’en assignant à l’étude statistiques la tâche modeste mais importante de guider ses observations que l’économiste peut avancer de manière plus sûre vers les vérités de sa science.</p>
<p>Au final, l’exposé de la méthodologie économique par Jean-Baptiste Say fournit encore bien des pistes pour l’économiste contemporain. Ses positions méthodologiques, approfondies et systématisé par tous les méthodologistes du XIXe siècle, puis par <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTWVuZ2Vy">Menger</a> et l’Ecole Autrichienne d’économie, méritent bien des éloges. Car Jean-Baptiste Say eut une véritable influence de ce point de vue.</p>
<p>Say eut également le mérite de diriger ses nombreux disciples sur le bon chemin, et <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQmFzdGlhdA==">Frédéric Bastiat</a> fut l’un d’entre eux. Celui qu’on a surnommé le « joyeux libertarien » n’était pas un méthodologiste, et à peine un théoricien. [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-10' id='fnref-119077-10' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>10</a></sup>] Pourtant, si l’on en croit <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvTWFya19UaG9ybnRvbg==">Mark Thorton</a>, la méthode aprioriste et déductive fut suivie consciencieusement par Bastiat. 31 Interprétant ses écrits du point de vue méthodologique, le même Thorton distinguera une « leçon méthodologique » donnée par Bastiat : l’économiste doit se concentrer sur l’analyse théorique déductive (« ce que l’on ne voit pas ») et non sur l’histoire et les statistiques (« ce que l’on voit »). [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-11' id='fnref-119077-11' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>11</a></sup>]</p>
<p>Bastiat fut aussi très critique face à ce qui fut plus tard décrit comme le « monisme » : cette idée que l’économie doit être considérée comme une science au même titre que la chimie ou que la physique et adopter les mêmes usages. Bastiat était vigoureusement opposé à cette conception. Il l’écrira clairement, et en précisera les raisons : « L’économie politique n’a pas, comme la géométrie ou la physique, l’avantage de spéculer sur les objets qui se laissent peser ou mesurer ; et c’est là une de ses difficultés d’abord, et puis une perpétuelle cause d’erreurs ; car, lorsque l’esprit humain s’applique à un ordre de phénomènes, il est naturellement enclin à chercher un <em>criterium</em>, une mesure commune à laquelle il puisse tout rapporter, afin de donner à la branche de connaissances dont il s’occupe le caractère d’une science exacte. Aussi nous voyons la plupart des auteurs chercher la fixité, les uns dans la valeur, les autres dans la monnaie, celui-ci dans le blé, celui-là dans le travail, c’est-à-dire dans la mobilité même. » [<sup class='footnote'><a href='#fn-119077-12' id='fnref-119077-12' onclick='return fdfootnote_show(119077)'>12</a></sup>]</p>
<p>Méthodologie aprioriste et déductive, et dualisme clair entre sciences sociales et sciences naturelles : tel fut le fruit de l’école française. A une époque où, malgré les travaux des grands méthodologistes du passé, les économistes semblent à ce point avoir succombé aux sirènes positivistes, rien n’est plus nécessaire qu’une réflexion sur les fondements de la science économique, et voilà bien ce que Jean-Baptiste Say et l’Ecole française nous ont fourni.</p>
<p>---</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMy8xOC9sYS1tZXRob2RvbG9naWUtZW4tZWNvbm9taWUtdW5lLWludHVpdGlvbi1mcmFuY2Fpc2UtcGFyLWJlbm9pdC1tYWxicmFucXVlLw==">Sur le web</a></p>
<div class='footnotes' id='footnotes-119077'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-119077-1'>S. Dow, <em>The Methodology of Macroeconomic Thought : A conceptual Analysis of Schools of Thought in Economics</em>, Edward Elgar, 1996, pp.10-13 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-1'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-2'>Hector Denis, <em>Histoire des systèmes économiques et socialistes</em>, 1904, p.153 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-2'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-3'>Daniel Klein, « Deductive Economic Methodology in the French Enlightenment : Condillac and Destutt de Tracy », <em>History of Political Economy</em>, 17:1, 1985, Duke University Press, p.54 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-3'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-4'>Voir notamment Condillac, <em>Le Commerce et le Gouvernement considérés relativement l’un à l’autre</em> (1776), in <em>Œuvres philosophiques de Condillac</em>, 1947, p.248 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-4'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-5'>Murray Rothbard, « Jean-Baptiste Say and the method of praxeology », in <em>An Austrian Perspective on the History of Economic Thought</em>, Volume II. <em>Classical Economics</em>, Ludwig von Mises Institute, 2006, p.82 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-5'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-6'>Thomas Sowell, <em>Classical Economics Reconsidered</em>, Princeton University Press, 1994, pp.112-113 Remarquant bien cet usage de la déduction et de l’induction dans le même ouvrage, et à l’intérieur même de raisonnements particuliers, Marx commentera de la même façon : « Chez Smith les deux méthodes d’étude ne font pas que marcher l’une à côté de l’autre, mais s’entremêlent et se contredise constamment. » (Karl Marx, <em>Theories of Surplus Value: Part II</em>, Lawrence &amp; Wishart, 1969, p.165) <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-6'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-7'>Jean-Baptiste Say, <em>Traité d’économie politique, ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses</em>, Guillaumin, 1861, p.3 ; Institut Coppet, 2011, p.9 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-7'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-8'><em>Ibid</em>., p.6 ; p.11 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-8'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-9'><em>Ibid</em>., p.11 ; p.14 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-9'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-10'>La formule vient de G.C Roche, <em>Frédéric Bastiat, A Man Alone</em>, Arlington House, 1971, p.231. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-10'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-11'>Mark Thornton, « Frédéric Bastiat was an Austrian Economist, »,  <em>Journal des Economistes et des Etudes Humaines,</em> 11, no. 2/3 (Juin/Septembre 2001), p.390 ; Cf. Frédéric Bastiat, <em>Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas</em>, Ed. Romillat, 1990 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-11'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-119077-12'>Frédéric Bastiat, <em>Œuvres Complètes</em>, Tome 6, pp.84-85 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-119077-12'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
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		<title>Que reste-t-il du modèle français ?</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Mar 2013 06:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Noé</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[chèque scolaire]]></category>
		<category><![CDATA[Etat-providence]]></category>
		<category><![CDATA[logement social]]></category>
		<category><![CDATA[Monopole de la sécurité sociale]]></category>

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		<description><![CDATA[Le modèle français, qui repose sur une intervention de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques, s'effrite. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Par Jean-Baptiste Noé. Après avoir vu les origines du modèle économique et social français, nous allons désormais voir dans quelles mesures celui-ci subsiste actuellement. Si nous reprenons les cinq catégories caractéristiques énoncées, nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le modèle français, qui repose sur une intervention de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques, s'effrite. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?<br />
</strong></p>
<p><strong>Par Jean-Baptiste Noé.</strong><span id="more-119061"></span></p>
<p>Après avoir vu <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMjEvMTE4OTczLXF1ZXN0LWNlLXF1ZS1sZS1tb2RlbGUtZnJhbmNhaXM=">les origines du modèle économique et social français</a>, nous allons désormais voir dans quelles mesures celui-ci subsiste actuellement. Si nous reprenons les cinq catégories caractéristiques énoncées, nous constatons que ce modèle s’est largement effrité.</p>
<p><strong>1/ L’État entrepreneur</strong></p>
<p>Le processus nationalisateur de 1946 a trouvé son terme dans les vagues de privatisations menées au début des années 1980. Chose piquante, c’est un gouvernement socialo-communiste qui a nationalisé, et c’est un <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRnJhbmNlX2V0X2NvbW11bmlzbWU=">gouvernement socialo-communiste</a> qui a privatisé, celui de Pierre Mauroy. Cela a d’ailleurs scellé la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMDkvMTE0MTA3LWxhdmVuaXItZGUtbGEtZnJhbmNlLWhvbW1hZ2UtYS1sYS1jdWx0dXJlLWNvbW11bmlzdGU=">fin du Parti communiste</a> et de l’illusion socialiste en France. Rares sont aujourd’hui les entreprises encore nationalisées, même GDF et La Poste ont des capitaux ou un statut privé. Ne demeure que <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDcvMTE3Mzc4LXByaXZhdGlzZXItbGVjb2xl">l’Éducation nationale, nationalisée par Jules Ferry dans les années 1880 et qui demeure entre les mains de l’État</a> pour des motifs plus idéologiques que de réalité économique.</p>
<p><strong>2/ L’État planificateur</strong></p>
<p>Le commissariat au Plan est tombé en désuétude. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDcvMjYvOTE2MzgtcGxhbi1kZS1zb3V0aWVuLWEtbGF1dG9tb2JpbGUtdW4tZWNoZWMtYW5ub25jZQ==">L’État essaye toujours d’ordonner, de planifier</a>, mais plutôt dans un souci de prévoyance et de prospective. Il n’y a plus d’ardente nécessité du Plan, comme dans les années 1950.</p>
<p><strong>3/ L’État protecteur</strong></p>
<p>C’est ici que le modèle de 1946 reste le plus prégnant. Le monopole de la Sécurité sociale a du mal à disparaître, en dépit des directives de l’Union européennes. L’assurance chômage est encore aux mains de l’État, alors qu’elle ne témoigne guère d’une grande efficacité. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTEvMTEvMTA0MDgwLWxldGF0LXByb3ZpZGVuY2UtZGVzdHJ1Y3Rpb24tcHJhZ21hdGlxdWU=">La classe politique est largement adepte de ce modèle social</a>, qui conjugue pourtant inefficacité économique, gouffre budgétaire, inégalité sociale et inefficacité médicale. On dit que les Français y tiennent. Est-ce vraiment certain ? S’ils connaissaient le coût réel de la protection sociale, et ce que cela leur coûte en terme de prélèvement, il n’est pas sûr qu’ils continuent à y adhérer. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMTYvMTE4MzE1LXJlZ2ltZXMtc29jaWF1eC1lbmNvcmUtdW4tZWZmb3J0LWV0LWxhLWZhaWxsaXRlLXNlcmEtYXNzdXJlZQ==">Les jours de ce modèle sont comptés, notamment en raison de ses déficits chroniques</a>.</p>
<p><strong>4/ L’État logeur</strong></p>
<p>Là aussi <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTIvMjEvMTA4Nzg4LWxlLWdvdXZlcm5lbWVudC1yaXNxdWUtZGFtcGxpZmllci1sYS1jcmlzZS1kdS1sb2dlbWVudA==">le modèle continue, et se renforce même</a>, avec la loi SRU qui impose 20% de logements sociaux dans les communes. C’est complètement inefficace, cela ne permet pas de loger les Français ni même de contribuer à maintenir des prix bas. La seule raison de cette permanence est des raisons politiques. La gauche estime que les habitants des HLM votent pour elle, d’où sa volonté d’imposer 20% de logements sociaux, afin de s’assurer, dans chaque commune, un électorat captif. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTIvMTEvMTA3NTg5LWNyb2lzc2FuY2UtZGUtbGEtbm91dmVsbGUtcGF1dnJldGU=">La lutte contre la pauvreté est souvent associée à l’entretien de cette pauvreté</a>.</p>
<p><strong>5/ L’État aménageur du territoire</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-114607" title="imgscan contrepoints 2013510 modèle social" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/imgscan-contrepoints-2013510-modèle-social-220x300.jpg?c2fb0e" alt="" width="220" height="300" />Nous sommes loin, là aussi, des temps bénis de la DATAR. C’est que les conditions politiques sont largement différentes. Nous ne sortons plus de quatre années de guerre dévastatrice, et les infrastructures françaises sont désormais efficientes et modernes. Les entreprises de gestion des autoroutes ont été privatisées, Veolia transport fait concurrence à la SNCF, et même l’acheminement électrique n’est plus le monopole d’EDF. L’État continue de guider l’action d’aménagement du territoire, mais de loin.</p>
<p>Quant au <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDkvMDYvNzY5Ny1zYWxhaXJlcy1kZXMtZm9uY3Rpb25uYWlyZXMtcHJpdmUtYXZhbnRhZ2Vz">statut des fonctionnaires, s’il demeure en place</a>, il a lui aussi fortement évolué. En posant la question de la pertinence de ce statut, de son efficacité économique, en posant comme règle le non-remplacement des fonctionnaires, et même en assurant l’embauche de certains fonctionnaires sous contrat de droit privé, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NTgyLTU0cGMtZGVzLWZyYW5jYWlzLXBvdXItdW5lLWxpbWl0YXRpb24tZHUtbm9tYnJlLWRlLWZvbmN0aW9ubmFpcmVz">le mythe de la fonction publique a été largement écorné</a>. Il reste encore un long travail à parcourir pour s’en défaire, mais c’est une certaine vision de la fonction publique qui a disparu.</p>
<p>Le modèle social français édifié en 1946 n’existe donc plus, dans ses structures et dans ses manifestations. Celui-ci a été largement défait à partir des années 1980, ce qui a permis à la France de connaître une modernisation sans précédent de son économie, et à ses entreprises de partir à la conquête du monde. Les Français se sont plus enrichis entre 1980 et 2010 qu’entre 1945 et 1975. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDEvMDUvMTEwMjc2LWxlLW1vZGVsZS1mcmFuY2Fpcy1lc3QtbW9ydC12aXZlLWxlLW1vZGVsZS1mcmFuY2Fpcw==">Ce qui demeure du modèle français c’est davantage une idée qu’une réalité</a>. L’idée que l’État doit intervenir dans la vie économique, que celui-ci doit protéger les populations, qu’il peut prendre part au développement. Le large déficit du pays sera peut-être bénéfique sur ce point. Il oblige en effet l’État à faire d’importantes économies. Or il ne sera pas toujours possible de limiter les dépenses à la marge. Les économies, pour être vraiment efficaces, devront se faire dans les postes qui génèrent le plus de dépenses, à savoir l’Éducation nationale et la Sécurité sociale. La mise en place du chèque scolaire et la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMDIvMTEzMzk5LWV4Y2x1c2lmLWplLXF1aXR0ZS1sYS1zZWN1LWVwaXNvZGUtMQ==">fin du monopole de la sécu</a> sont les deux dernières mesures à prendre pour enterrer un modèle obsolète, et une vision de l’État erronée, c’est-à-dire le passage d’un État providence à un État subsidiaire.</p>
<p>A lire : <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMjEvMTE4OTczLXF1ZXN0LWNlLXF1ZS1sZS1tb2RlbGUtZnJhbmNhaXM=">Qu'est-ce que le modèle français ?</a></p>
<p>---</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5qYm5vZS5mci9RdWUtcmVzdGUtaWwtZHUtbW9kZWxlLWZyYW5jYWlz">Sur le web</a></p>
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		<title>Qu’est-ce que le modèle français ?</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Mar 2013 06:58:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Noé</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Etat-providence]]></category>
		<category><![CDATA[modèle social]]></category>

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		<description><![CDATA[Le modèle français d’État providence, librement inspiré du keynésianisme, repose sur une intervention répétée de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le modèle français d’État providence, librement inspiré du keynésianisme, repose sur une intervention répétée de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques.</strong></p>
<p><strong>Par Jean-Baptiste Noé.</strong><br />
<span id="more-118973"></span></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMjEvMTE4OTczLXF1ZXN0LWNlLXF1ZS1sZS1tb2RlbGUtZnJhbmNhaXMvaW1nc2Nhbi1jb250cmVwb2ludHMtMjAxMzY1Mi1tb2RlbGUtZnJhbmNhaXM=" rel=\"attachment wp-att-119009\"><img class="alignleft  wp-image-119009" title="imgscan contrepoints 2013652 modèle français" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/imgscan-contrepoints-2013652-modèle-français-894x1024.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="343" /></a>On évoque souvent le modèle français, voire le pacte républicain, pour le louer ou le dénoncer. Mais quel est-il vraiment ? Le modèle économique et social dans lequel nous vivons actuellement fut bâti à l’issu de la Deuxième Guerre mondiale, et date, pour l’essentiel, d’une batterie de lois prises en 1946. Il est inspiré à la fois du programme économique de la résistance, et des idées socialistes et communistes d’après-guerre. C’est notre État providence, légèrement différent de celui des Anglais, notamment parce qu’il fait désormais l’unanimité de la classe politique et que personne ne semble vouloir le remettre en cause. Quand on propose de le réformer, c’est pour le faire durer, pour lui permettre de survivre, non pas pour passer à un autre modèle.</p>
<p>Ce modèle d’État providence, librement inspiré du keynésianisme, repose sur une intervention répétée de l’État dans les secteurs économiques, sociaux et politiques.</p>
<p><strong>1/ L’État entrepreneur</strong></p>
<p>L’État est tout d’abord un entrepreneur. Il dirige des entreprises et se veut le moteur de la vie économique. Si l’on excepte la nationalisation de Renault pour cause de collaboration, les grandes vagues de nationalisation française ont eu lieu en 1946, sous le gouvernement du socialiste Félix Gouin, gouvernement dans lequel figuraient également de nombreux communistes.</p>
<p>Parmi celles-ci, mentionnons la nationalisation des mines avec la création des charbonnages de France, la nationalisation du gaz et de l’électricité, et la création d’EDF et de GDF, la nationalisation d’Air France, de nombreuses banques et des assurances.</p>
<p><strong>2/ L’État planificateur</strong></p>
<p>L’État se veut aussi un planificateur. La création, en 1945, du Commissariat au Plan par Jean Monnet vise à fixer des objectifs à 5 ans. Il s’agit d’assurer la reconstruction d’un pays qui a été largement détruit par la guerre. Il faut redresser l’appareil productif français, rebâtir ponts, routes, voies ferrées, et créer de nombreux logements. Les tickets de rationnement sont utilisés jusqu’au début des années cinquante. Nous avons aujourd’hui du mal à considérer le colossal effort qu’il a fallu effectuer pour redresser le pays.</p>
<p><strong>3/ L’État protecteur</strong></p>
<p>L’État est protecteur. Pour cela, il organise la protection sociale en créant la Sécurité sociale par l’ordonnance d’octobre 1945. Les assurances sociales existaient déjà, mais elles étaient privées. La nouveauté c’est qu’à côté de ces assurances privées figure une assurance publique. Le deuxième temps survient en 1946, toujours cette année décisive dans l’élaboration du modèle social, quand la sécurité sociale est nationalisée, et que son affiliation est rendue obligatoire pour les salariés. La Sécu que nous connaissons aujourd’hui est donc davantage l’héritière de 1946 que de 1945. On passe ainsi d’un système d’assurance, où chacun est couvert selon ses versements, à un système de transferts sociaux, où chacun reçoit la même chose, mais où les cotisations sont proportionnelles aux revenus.</p>
<p><strong>4/ L’État logeur</strong></p>
<p>Le rôle que s’attribue l’État dans le logement ne peut se comprendre sans l’urgente nécessité à bâtir des habitations pour des millions de Français qui en étaient privés, suite aux destructions de la guerre. C’est là que s’ouvre la période des grands ensembles, des HLM, des barres puis des tours. L’État devient bailleur social, il organise la construction et l’attribution des logements. C’est la fin des bidonvilles, dont le célèbre de Nanterre, existant jusque dans les années 1970, c’est la fin aussi des logements insalubres.</p>
<p>La loi de 1946 qui maintient fixes les coûts de location veut aussi permettre de faciliter le logement. Elle aura pour conséquence de ruiner les propriétaires et d’empêcher les nécessaires travaux d’entretien, causant aujourd’hui des situations d’insalubrités, notamment à Paris. L’État logeur est aussi une façon de donner des pouvoirs accrus aux maires et aux offices HLM en leur donnant la possibilité d’attribuer les logements, avec les risques de clientélisme que cela engendre.</p>
<p><strong>5/ L’État aménageur du territoire</strong></p>
<p>C’est l’État qui lance la voie de la modernisation des infrastructures du pays : construction des autoroutes, des lignes TGV, modernisation des ports, édifications des aéroports parisiens d’Orly et Roissy, édification des barrages et des centrales nucléaires. Le tout sous l’égide de la DATAR et de nombreuses commissions créées pour l’occasion.</p>
<p>À ces éléments du modèle, il faut ajouter le statut général des fonctionnaires, adopté en octobre 1946, et largement rédigé sous l’inspiration de Maurice Thorez, alors chef du parti communiste, ainsi que l’organisation de la presse française, avec les NMPP, créées en 1947 et devenues Prestalis en 2009.</p>
<p>Le modèle économique et social français, encore largement en vigueur, est donc récent dans l’histoire du pays. Il est exagéré de dire qu’il est lié au pacte républicain, car la république datant de 1792 puis de 1880, elle n’a pas de lien direct avec ce modèle qui est surtout d’inspiration socialo-communiste. Fut-il efficace ? Certains historiens y voient les raisons du grand développement économique que connut la France et que Jean Fourastié appela Trente glorieuses. Cela est assez contestable, car les difficultés que subit le pays dans les années 1970 sont largement dues à l’obsolescence de ce modèle, et c’est son démantèlement progressif à partir des années 1980 qui permirent à la France de connaître un grand essor économique et un enrichissement important de sa population.</p>
<p>---<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5qYm5vZS5mci9RdS1lc3QtY2UtcXVlLWxlLW1vZGVsZS1mcmFuY2Fpcw==">Sur le web</a>.</p>
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		<title>Pol Pot, un Dark Vador économique</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Mar 2013 06:38:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Avot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Angkar]]></category>
		<category><![CDATA[Cambodge]]></category>
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		<category><![CDATA[Phnom Penh]]></category>
		<category><![CDATA[Pol Pot]]></category>

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		<description><![CDATA[Faire disparaître en quelques heures toute l'économie d'un pays ? C'est possible ! Pol Pot l'a fait. Bienvenue dans un monde où un leader fou claque des doigts, et il n'y a plus que des morts-vivants.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Faire disparaître en quelques heures toute l'économie d'un pays ? C'est possible ! Pol Pot l'a fait. Bienvenue dans un monde où un leader fou claque des doigts, et il n'y a plus que des morts-vivants.</strong></p>
<p><strong>Par Pascal Avot.</strong><br />
<span id="more-118856"></span></p>
<div id="attachment_118859" class="wp-caption alignleft" style="width: 220px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMjAvMTE4ODU2LXBvbC1wb3QtdW4tZGFyay12YWRvci1lY29ub21pcXVlL3BvbC1wb3Q=" rel=\"attachment wp-att-118859\"><img class=" wp-image-118859  " title="Pol Pot" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/Pol-Pot.jpg?c2fb0e" alt="" width="210" height="210" /></a><p class="wp-caption-text">Pol Pot.</p></div>
<p><strong>Attention, les djeunz débarquent !</strong></p>
<p>Le 17 avril 1975 fut une des journées les plus sombres de l'histoire du XXème siècle. Plongeons-nous dans son atmosphère unique. Au petit matin, les troupes Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh et prennent le pouvoir. Dans les premiers instants, lasse d'une guerre inextricable impliquant nombre de puissances étrangères, la population accueille la révolution avec enthousiasme. Mais tous les témoins s'accordent sur un point : il ne faudra guère plus de quelques dizaines de minutes à la capitale du Cambodge pour comprendre que le pire est à venir. Qui sont les Khmers Rouges ? Pour la plupart, des adolescents et de jeunes adultes embrigadés, complètement analphabètes, venus des campagnes profondes du pays. Ils voient une ville pour la première fois de leur vie et ne comprennent rien, boivent l'eau dans les cuvettes des toilettes, défèquent dans les bidets. Habillés de noir, rudimentaires, humbles et obéissants, ils ne reconnaissent qu'une autorité : Angkar, c'est-à-dire "l'Organisation", nom de code du parti communiste dirigé d'une main de fer par Pol Pot, a.k.a. Frère Numéro Un. Leur fanatisme ne s'encombre d'aucune sophistication, d'aucun scrupule – ils sont disposés à torturer et massacrer avec insouciance et application ce qu'Angkar jugera bon de leur désigner pour cible. Ils vont, dans l'exercice du pouvoir, montrer autant de glaciale sauvagerie que les pires unités SS. Leur credo tient en quelques mots : toute trace de capitalisme doit être impitoyablement détruite, y compris si c'est un être humain, y compris si c'est un enfant. Et, pour parvenir à cette fin, la méthode imaginée par Pol Pot s'avère d'une confondante efficacité.</p>
<p><strong>Délocaliser l'humain</strong></p>
<p>Quelques heures à peine après leur arrivée à Phnom Penh, et prétextant de la nécessité de protéger les habitants d'un bombardement américain à venir (bien entendu imaginaire), les Khmers Rouges annoncent que la ville entière doit immédiatement être évacuée dans les délais les plus brefs. Hommes, femmes, enfants, vieillards, les malades comme les bien portants, reçoivent l'ordre de faire leurs bagages et de se préparer à quitter leurs foyers, leur usines, leurs bureaux, leurs hôpitaux. Malheur aux retardataires ! Phnom Penh compte à l'époque deux millions et demi de personnes : toutes doivent s'en aller sans délai. Quiconque renâcle ou se plaint est abattu en pleine rue. En un clin d'œil, l'angoisse s'installe.</p>
<p>Quel est l'objectif de Pol Pot, à travers cette migration forcée, précipitée, frénétique, sous la menace des AK-47 ? Abolir toute différence entre les citadins – qu'il juge gangrénés par l'esprit capitaliste – et les paysans pauvres – qu'il considère comme un genre de race supérieure, seule dépositaire de l'avenir radieux. Pol Pot va au plus simple : en les chassant de leurs appartements et de leurs maisons, et en les empêchant d'emporter leurs biens avec eux, il métamorphose <em>de facto</em> les citadins en misérables, en sans-abris faméliques. Il les jette sur les routes, sous bonne garde, sans vivres ni moyens de subsistance, afin de les parquer en pleine nature, de les faire revenir à un stade préhistorique et de les rééduquer par le travail. Toutes les villes du pays subiront le même sort. C'est une expropriation à l'échelle d'un pays : au lieu de déplacer les biens, déplaçons ceux qui les possèdent. Bien entendu, en chemin, les plus faibles vont périr : les traînards et les invalides sont exécutés sur le bord des routes, sans jugement ni exception. "Si tu vis, ce n'est pas un bien, et si tu meurs, ce n'est pas un mal", dit un slogan Khmer Rouge. Mêlant un volontarisme dément, un autoritarisme le doigt sur la gâchette et une improvisation complète, l'évacuation de Phnom Penh fait plus de 10.000 morts en un temps record. La cohue est telle que, dans les 24 premières heures de l'exode, on n'avance que de dix mètres par heure à certains embranchements. Des barrages filtrent la foule : sont mis de côté tous les anciens serviteurs du régime précédent : fonctionnaires, officiers, professeurs, embarqués dans des camions et massacrés à coups de pelles (car les Khmers Rouges économisent les munitions). Quiconque porte des lunettes est condamné à mort à très brève échéance : dans l'esprit de la révolution cambodgienne, seul le bourgeois sait lire, et le bourgeois doit être éliminé. Au sujet de cette révolution, Philip Short, auteur d'une formidable biographie de Pol Pot chez Denoël, parle de "mort subite de la raison". On ne saurait mieux dire. "L'objectif de Pol Pot était de plonger le pays dans un brasier révolutionnaire." L'incendie prit instantanément.</p>
<p><strong>Disparition de l'échange</strong></p>
<p>Pol Pot est pressé. Il n'a ni les zigzags de Lénine, ni la patience prédatrice de Staline. Ce funeste 17 avril 1975, Phnom Penh est à peine prise qu'il décrète l'annulation de la monnaie cambodgienne et la fermeture de la Banque Nationale, dont le bâtiment est dynamité avec tout ce qu'il contient – un nuage de billets s'élève dans le quartier. C'est un coup de maître, d'un point de vue totalitaire. Car non seulement, il n'y a soudain plus de villes, ni d'État digne de ce nom, ni de marchés, ni d'écoles, ni d'hôpitaux, ni de religion (les pagodes sont recyclées en centres de torture), non seulement Angkar dirige tout et décide de tout sans jamais fournir d'explications, mais l'argent lui-même est volatilisé et toute la valeur économique de la nation est ramenée à zéro. Dans leur départ hâtif, bouclant leurs valises sous l'injonction glaçante des jeunes tueurs en noir, les habitants des villes, paniqués, ont emporté tout ce qu'ils pouvaient en billets de banque. Sur la route, les mêmes tueurs en noir leur expliquent la nouvelle situation : votre argent ne vaut plus rien, nous l'avons aboli, vous pouvez vous en débarrasser. Au fil des jours, le citadin, nouveau misérable, se résigne, comprend que les Khmers Rouges ne plaisantaient pas ; un survivant raconte les avoir vus vider dans une rivière un volumineux sac de dollars américains. S'enfonçant dans les sables mouvants de la folie idéologique, le Cambodge dit adieu à l'économie et au monde. Les citadins, épuisés, affamés, désespérés au milieu de cet exode insensé et chaotique, finissent par se délester de leur dernière, fragile et très relative richesse. Un témoin parle de chemins couverts, par endroits, de nappes de billets. Les Cambodgiens sont pris au piège : dans l'espace ultraviolent tracé par Angkar, leur dernier moyen de subsistance est Angkar. L'Organisation seule nourrit, et elle seule torture. Elle torture plus qu'elle ne nourrit, du reste. Elle tient tout le pays, chaque maison, chaque enfant, chaque ruisseau. Le réel a disparu. Les frontières se referment. Le peuple entier est condamné au même bagne, lequel se confond uniformément avec le territoire. Un mot de travers, un seul, parfois un regard, et vous êtes radié de la liste des vivants.</p>
<p><strong>Frère numéro un is watching you</strong></p>
<p>C'était donc fait, Pol Pot avait réussi. Comme dans un rêve, il avait bouclé un dossier qui aurait demandé cinq siècles à Brejnev : il n'y avait plus de différence entre les classes, car n'y avait plus de classe supérieure, ni d'argent, ni de marchands, ni de marchandises, ni d'acheteurs, ni de banques, ni de Bourse, ni de devises, ni de coffres, ni de possibilité d'échange autre que le troc – et à quoi bon le troc dans un pays où plus personne n'a quoi que ce soit ? Le commerce rendit l'âme. Le communisme, le vrai, advint. Ne subsistèrent que la terreur, seule debout et qui commandait chaque instant de la vie, et la misère qui lui obéissait, rampant de peur. La faim et l'inhumanité devinrent la règle. On vit des gens condamnés à manger leurs parents. On vit de jeunes enfants chargés du rôle de bourreaux, exécuter des adultes condamnés et ligotés en leur injectant du poison. On toucha le fond de l'abjection totalitaire dans chaque village de chaque région du Cambodge. Le camp de Tuol Sleng devint le Auschwitz des Khmers Rouges ; on y électrocutait à la chaîne, de manière industrielle.</p>
<p>Il ne fait aucun doute que la vaporisation de l'argent a considérablement servi ces cruautés. L'argent, c'est l'échange libéré. Même en très petites quantités, même déprécié, il constitue par sa simple présence une possibilité de résistance au destin, sinon au pouvoir. L'argent permet des échanges imprévus, impossibles à planifier. Il est l'éventualité d'un désordre libéral dans le grand projet collectiviste. Or, ce grand projet ne tolère aucun autre désordre que celui qu'il génère lui-même, puis réprime – répression qui génère un autre désordre, qu'il réprime également, et ainsi de suite à l'infini. Le totalitarisme est une chute. Le système Khmer Rouge est une chute verticale en accéléré. L'argent rayé d'un trait de plume par Pol Pot, c'est la main qui vous pousse dans le vide.</p>
<p><strong>De l'argent au néant, sans escale</strong></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMTgvMTE4NTc1LWNlLWpvdXItb3UtbGFyZ2VudC1kaXNwYXJ1dA==">Dans notre article précédent</a>, nous abordions la catastrophe provoquée par Larine pendant la révolution russe. Nous sommes ici en présence d'un événement similaire par ses causes et ses effets, mais incomparablement plus rapide. Du communisme, les Khmers Rouges ôtent tout ce qui dépasse. Ils ne conservent que l'os, c'est-à-dire la destruction systématique, dont Bakounine disait qu'elle était "l'acte créateur par excellence". Indéniablement, les Khmers Rouges créent une nouvelle société : économiquement, elle ne peut se comparer à aucun autre. Quand le socialisme va tout au bout de ses intentions, les instruments de mesure traditionnels sont brisés ; les concepts économiques n'ont plus cours ; les dégâts ne se comptent pas en billets de banque, puisqu'il n'y en a plus, mais en cadavres – et l'on ne sait plus où les mettre. En quatre années de règne seulement, le régime Khmer Rouge fit deux millions de morts sur huit millions d'habitants. Tous innocents. Un quart du peuple cambodgien disparut, avalé par la famine, la torture et les exécutions ; les trois quarts restant en vie traversèrent un cauchemar d'une telle envergure que la raison, aujourd'hui encore, peine à le croire possible. Ils ne s'en sont jamais remis.</p>
<div>
<p>La nature économique autant que politique du laboratoire nihiliste Khmère Rouge ne doit pas être oubliée. Interdire l'échange à l'échelle d'une nation n'est pas moins barbare que d'abattre une fillette d'un coup de pelle dans la nuque : le résultat est exactement le même. Une chose est sûre, au moins : le monde sans classes est le pire des mondes.</p>
<p>---<br />
<strong>Lire aussi :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDMvMzEvNzU0MDktbGVsaW1pbmF0aW9uLW91LWxob3JyZXVyLXNhbnMtbGltaXRl">L'élimination ou l'horreur sans limite</a></li>
<li><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDIvMTYvNjkzODMta2htZXJzLXJvdWdlcy1ldC1jb21tdW5pc21l">Khmers rouges et communisme</a></li>
</ul>
</div>
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		<title>Ce jour où l&#039;argent disparut</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Mar 2013 06:10:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Avot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[inflation]]></category>
		<category><![CDATA[Iouri Larine]]></category>
		<category><![CDATA[Lénine]]></category>

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		<description><![CDATA[Abolir l'argent ? C'est possible ! Lénine l'a fait. Mais comment s'y est-il pris ? Visite guidée de la mesure économique la plus crétine de toute l'histoire humaine.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Abolir l'argent ? C'est possible ! Lénine l'a fait. Mais comment s'y est-il pris ? Visite guidée de la mesure économique la plus crétine de toute l'histoire humaine.</strong></p>
<p><strong> Par Pascal Avot.</strong><span id="more-118575"></span></p>
<div id="attachment_118576" class="wp-caption alignleft" style="width: 230px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAzLzIyMHB4LUxlbmluLmpwZw=="><img class="size-full wp-image-118576" title="Lénine au début des années 1920 (Libre de droits)" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/220px-Lenin.jpg?c2fb0e" alt="" width="220" height="232" /></a><p class="wp-caption-text">Lénine au début des années 1920</p></div>
<p>Des innombrables livres écrits sur l'étrange période léniniste de l'histoire soviétique, le plus riche est sans doute <em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cuYW1hem9uLmZyL2RwLzIxMzA0NTM3MzIvcmVmPWFzX2xpX3NzX3RpbD90YWc9bGliZXJhdXhvcmctMjEmYW1wO2NhbXA9MjkxMCZhbXA7Y3JlYXRpdmU9MTk0ODImYW1wO2xpbmtDb2RlPWFzNCZhbXA7Y3JlYXRpdmVBU0lOPTIxMzA0NTM3MzImYW1wO2FkaWQ9MUcxMzQ1Uzk3MDI0MlExNlNaWlQmYW1wOw==" target=\"_blank\">La Révolution russe</a></em> de Richard Pipes. Profus, intelligent, très informé, cet imposant ouvrage paru en 1990 est le seul à narrer dans le détail une des mesures les plus funestes et les plus grotesques de toute l'histoire de l'économie mondiale : la création volontaire et méthodique d'une <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSW5mbGF0aW9u" target=\"_blank\">inflation</a> absolue. Retour sur un portenaouak aux dimensions cyclopéennes.</p>
<p><strong>Un contexte peu reluisant</strong></p>
<p>1918. Lénine est au pouvoir depuis un an, et cela suffit largement pour que la Russie sombre dans un chaos d'un genre inédit. Guerre civile, terreur, famine, volontarisme aveugle, paranoïa et langue de bois se superposent pour former un type de société jamais vu sur Terre. Lénine rate tout ce qu'il entreprend, mais il l'entreprend avec une telle détermination, une telle rage, qu'il parvient encore à contrôler l'essentiel de la pyramide bureaucratique : la sanguinaire Tchéka, l'armée, le parti et l'idéologie. Il invente le communisme réel sur le tas, dans l'action, sans se soucier des conséquences et avec une impeccable sincérité. Rencontrant échec cuisant sur échec cuisant dans tous les domaines de son action, il maximise sans cesse ses propres mesures, punissant la réalité qui lui résiste. Il cherche frénétiquement à forcer le passage vers le monde à venir et appelle ses troupes à faire preuve de toujours plus de brutalité. Il réprime la confusion qu'il crée : là est sa seule activité réelle, le reste étant langue de bois. L'ordre bolchévique est un désordre qui va crescendo, aiguillonné par des lois irrationnelles. "Une anarchie tyrannique", dit <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWxhaW5fQmVzYW4lQzMlQTdvbg==" target=\"_blank\">Alain Besançon</a>.</p>
<p><strong>Pas d'argent, pas de pauvres</strong></p>
<p>L'économie n'existe plus que sous la forme de réquisitions à la baïonnette et de marché noir misérable, de désagrégation de l'industrie et de désespoir paysan. Une poignée de théoriciens communistes russes - Boukharine, Larine, Osinsky, Preobrajensky et Chaïanov - se met en tête d'abolir l'argent. Ils sont de cette génération d'intellectuels-aventuriers arrogants et bavards, grouillant dans le sillage de Lénine, presque tous fils de bourgeois abhorrant leur milieu d'origine, inventeurs de thèses sans queue ni tête greffées sur l'échafaudage marxiste. Ils brûlent de transformer l'Univers à coup d'ordonnances, de censure et de rétorsion. Nihilistes se prenant pour des scientifiques, ils ont toutes les prétentions et sont disposés à toutes les violences administratives pour parvenir à leurs fins, réaliser leurs fantasmes conceptuels, inscrire leurs noms au fronton de l'infini anti-réactionnaire. On peut les trouver comiques. L'ennui est qu'ils sont aux commandes et décident : l'abolition de l'argent aura bel et bien lieu. Le Commissaire soviétique aux Finances déclare : "Les finances ne doivent pas exister dans un pays socialiste".</p>
<p><strong>Éloge de l'inflation maximum</strong></p>
<p>Comment s'y prendre ? La bande d'intellectuels du Kremlin sait pertinemment que dire "Débarrassez-vous du peu d'argent qui vous reste !" au peuple ne suffira pas. Le peuple n'est pas fiable, il n'a pas assez à manger, il a peur, il est imprévisible, parfois même réactionnaire. La solution doit venir d'en haut et être inarrêtable. Nos amis ont une idée géniale : déclencher une inflation telle que la monnaie perdra toute valeur. Inutile de détruire le papier-monnaie lui-même, si l'on détruit ce qu'il signifie : il ne sera plus que déchet, et abandonné. Mais pourquoi abolir l'argent, demanderez-vous ? Le bolchévisme apporte une réponse évidente à cette question : s'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de riches, donc il n'y a plus de pauvres. L'<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSW7DqWdhbGl0w6k=" target=\"_blank\">inégalité</a> disparaît de facto. Pour l'intellectuel proche de Lénine, l'argent est le côté obscur de la Force, l'hostie empoisonnée de la domination économique et financière. L'abolir est le climax du rêve collectiviste.</p>
<p>Larine est chargé de la mise en œuvre du projet. Il doit faire marcher la planche à billets jusque qu'à évaporation définitive de leur valeur. Le 15 mai 1918, alors que l'inflation naturelle de la Russie soviétique, fruit de la guerre mondiale et de la Révolution, atteint déjà des sommets, la Banque du peuple est autorisée à émettre autant d'argent qu'elle estime nécessaire. Entendez : en avant, toute. "Dès lors", raconte Richard Pipes, "l'impression de papier-monnaie devient l'industrie la plus importante du pays". À la fin de l'année, elle emploie plus de 13.000 ouvriers. On manque de papier et d'encre : on est obligé d'en faire venir de l'étranger, quitte à puiser dans les réserves d'or ! 60% (soixante pour cent) des dépenses budgétaires de l'État est absorbé par l'impression de billets dans la deuxième moitié de 1919. Le surréalisme communiste bat son plein.</p>
<p><strong>Montagnes russes</strong></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMTgvMTE4NTc1LWNlLWpvdXItb3UtbGFyZ2VudC1kaXNwYXJ1dC9pbWdzY2FuLWNvbnRyZXBvaW50cy0yMDEzNjQxLWxlbmluZQ==" rel=\"attachment wp-att-118642\"><img class="alignright  wp-image-118642" title="imgscan contrepoints 2013641 lénine" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/imgscan-contrepoints-2013641-lénine-1024x653.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="191" /></a>Et, mécaniquement, ça marche. Larine arrive à ses fins. Les chiffres donnent envie de se frotter les yeux. Selon un historien de l'économie cité par Pipes, du 1er janvier 1917 au premier janvier 1923, "la quantité d'argent augmente 200.000 fois et les prix des denrées 200 millions de fois". Larine et ses collègues exultent. Il n'est guère besoin d'exposer à un public libéral les effets d'une telle apocalypse monétaire sur la vie matérielle et morale quotidienne des Russes : la faim, la peur, le désespoir, les ventres gonflés, les yeux exorbités, les guenilles, les errants sur les quais de gare, les coupe-gorges partout, les bandes armées, le cannibalisme. Le tableau est encore plus sombre si l'on considère que cette République Inflationniste du Léninistan est mordue jusqu'au sang par la guerre civile, et terrorise sans compter tout ce qui se présente. On compte les dégâts en centaines de milliers de morts, en régions entières dévastées, englouties par l'aberration. La Russie passe tout près de la désintégration. On a aujourd'hui mille fois tort d'imaginer que les formes pures du totalitarisme se trouvent chez Staline et Hitler. Lénine ne préfigure pas le totalitarisme, il l'instaure et l'installe. Staline le perfectionnera avec un soin maniaque, Hitler l'équipera d'une rage <em>new look</em>, mais le père de l'idéologie toute-puissante et des réseaux de voies ferrées menant à des lieux d'extermination est bien Vladimir Illich Oulianov. La "réforme antimonétaire" de Larine fait tant de morts qu'elle est un crime contre l'humanité, et elle en dit aussi long sur le soviétisme que les fosses communes.</p>
<p><strong>Un nihilisme économique</strong></p>
<p>Le peuple russe mit plus de 70 ans à sortir du cataclysme de cette première période de l'aventure soviétique, dans laquelle l'expérimentation ultra-inflationniste de Larine s'imbrique idéalement - pour la bêtise de ses principes, la toxicité de ses intentions, le caractère monumental de son application et les tragédies innombrables qu'elle engendre. Si toute l'histoire de l'URSS, et toute l'histoire du communisme mondial à compter de 1917, peuvent être lues comme une variation sur le thème du léninisme, on peut envisager la quasi-abolition de l'argent par Larine comme un symbole de l'authentique politique de gauche. La volonté sauvage d'arracher sa valeur à la monnaie illustre impeccablement cette idée : le socialisme est un nihilisme économique, et il n'est compétent que dans la destruction.</p>
<p><em>(D'après les données et le récit de Richard Pipes, in <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cuYW1hem9uLmZyL2RwLzIxMzA0NTM3MzIvcmVmPWFzX2xpX3NzX3RpbD90YWc9bGliZXJhdXhvcmctMjEmYW1wO2NhbXA9MjkxMCZhbXA7Y3JlYXRpdmU9MTk0ODImYW1wO2xpbmtDb2RlPWFzNCZhbXA7Y3JlYXRpdmVBU0lOPTIxMzA0NTM3MzImYW1wO2FkaWQ9MUcxMzQ1Uzk3MDI0MlExNlNaWlQmYW1wOw==" target=\"_blank\">La Révolution russe</a>, Presses Universitaires de France, pp. 626-637)</em></p>
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		<title>De certaines conséquences de M. Ricardo</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/03/15/118331-de-certaines-consequences-de-m-ricardo</link>
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		<pubDate>Fri, 15 Mar 2013 05:50:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Martin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie internationale]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[avantage comparatif]]></category>
		<category><![CDATA[Commerce international]]></category>
		<category><![CDATA[David Ricardo]]></category>
		<category><![CDATA[division du travail]]></category>
		<category><![CDATA[libre échange]]></category>
		<category><![CDATA[spécialisation]]></category>

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		<description><![CDATA[Si la théorie de l’avantage comparatif est fondamentale pour comprendre la dynamique économique, sont déplacement au niveau des « nations » a été une erreur.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Si la théorie de l’avantage comparatif est fondamentale pour comprendre la dynamique économique, son déplacement au niveau des « nations » a été une erreur.</strong></p>
<p><strong>Par Emmanuel Martin.</strong><span id="more-118331"></span><br />
<em>Article publié par <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5saWJyZWFmcmlxdWUub3Jn">Libre Afrique</a>.</em></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTEvMTEvMTA0MTA4LXJpY2FyZG8ta2V5bmVzLWxhLWRldHRlLXB1YmxpcXVlLWV0LWxhLWpldW5lc3NlL25wZy1sMjQxLWRhdmlkLXJpY2FyZG8tYnktdGhvbWFzLXBoaWxsaXBz" rel=\"attachment wp-att-104116\"><img class=" wp-image-104116 alignleft" title="NPG L241; David Ricardo by Thomas Phillips" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2012/11/portrait_of_david_ricardo_by_thomas_phillips.jpg?c2fb0e" alt="" width="260" height="336" /></a>Des pays entiers ont été « spécialisés » sur la base de la théorie de l’échange international de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRGF2aWRfUmljYXJkbw==">David Ricardo</a>, notamment en Afrique dans des matières premières brutes à faible valeur ajoutée.  S’il est vrai que le libre échange est généralement justifié par les économistes sur la base de la <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQXZhbnRhZ2VzX2NvbXBhcmF0aWZzXyUyOGxvaV9kZXMlMjk=">théorie des avantages comparatif</a>s de David Ricardo, une théorie présentée dans les manuels comme supérieure à la théorie des avantages absolus d’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWRhbV9TbWl0aA==">Adam Smith</a>, l’histoire des manuels a sans doute induit la profession – et le grand public – en erreur.</p>
<p>La loi des avantages comparatifs en économie est extrêmement importante pour comprendre dans quelle mesure l’échange crée de la valeur. De nombreux intellectuels oublient bien souvent à quel point le fait de se spécialiser dans l’activité où nous sommes le moins mauvais comparativement et d’échanger pour tout le « reste de nos besoins » est fondamental pour le développement.</p>
<p>Faire son pain soi-même prendrait plusieurs heures par exemple. Obtenir une baguette requiert de descendre au coin de la rue et de donner une pièce de 1 €. Pour le client, le seul temps économisé par cet acte d’échange nous donne déjà une idée, si cette personne gagne par exemple 15€ de l’heure dans son activité principale, de la valeur dégagée par cet échange. Si faire une baguette soi-même prend 2 heures, cette baguette coûte en réalité à la personne au moins 30€ ! L’échange nous permet de réduire les <em>coûts d’opportunité</em> dans un contexte de spécialisations alternatives.</p>
<p>Ainsi les avantages comparatifs sont cruciaux entre individus ou firmes et l’on peut remercier David Ricardo pour cette théorie. Cependant, cette théorie porte en elle les germes de sa contradiction.</p>
<p>En effet, elle repose en premier lieu, sur l’idée que les avantages des individus sont fondés sur des différences de dotations avant l’échange (on parle d’<em>avantage exogène</em>). Par exemple le fait qu’une personne a un talent musical ou un bananier dans son jardin. Comme l’a rappelé <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmFtZXNfQnVjaGFuYW4=">James Buchanan</a>, c’est alors <em>l’avantage, ou la différence, qui cause l’échange</em>. Pourtant, comment envisager l’échange si nous n’avons pas de différences par exemple ? Cette réflexion, certes irréaliste, nous permet de comprendre que cela peut être <em>l’échange qui cause la différence ou l’avantage</em>. On parle alors d’<em>avantage endogène</em>, dans le sens où <em>l’avantage se construit à travers l’échange</em>. C’est en fait la position de Smith dans les chapitres introductifs de la <em>Richesse des nations</em> dans lesquels est posée l’idée, évolutionniste, que les hommes naissent relativement égaux et que c’est davantage le système d’échange qui nous pousse dans des directions différentes, et nous confère ainsi des avantages relatifs.</p>
<p>En deuxième lieu, la théorie de Ricardo, telle qu’elle est posée dans le chapitre 7 de ses <em>Principes </em>sur l’échange international, traite explicitement d’échange entre <em>pays</em> (alors que ce sont les <em>individus et les firmes</em> qui échangent à l’intérieur et entre pays). L’exemple typique est celui de la production de drap en Angleterre et de vin au Portugal. Ricardo a ainsi pratiqué une <em>nationalisation</em> du concept d’échange et de sa logique, injectant implicitement dans le raisonnement économique la vision « Nous contre eux », même si sa volonté était de démontrer les avantages du libre échange.</p>
<p>En troisième lieu, cette nationalisation de l’échange dans le cadre des avantages comparatifs a logiquement induit une vision de spécialisation industrielle entre pays donnant lieu à un commerce international <em>inter</em>-branches : « la France » se spécialise dans la production de blé, « l’Allemagne » dans celle de machines et les deux pays échangent leur spécialisation. La réalité est toute autre : c’est au contraire un commerce international <em>intra</em>-branches qui caractérise les relations économiques entre nations. Pour filer la métaphore de l’anthropomorphisme au plan commercial, les deux pays « produisent » chacun à la fois des automobiles et du blé et les échangent.</p>
<p>Un produit n’est d’ailleurs plus «<em> made in France</em> » ou « <em>made in China</em> » mais en réalité « <em>made in the world</em> » puisque les chaines de valeurs sont internationalisées : un iPhone est un bon exemple avec ses composants venant des quatre coins de la planète, son assemblage en Chine et sa conception aux USA. Le « <em>made in…</em> » n’a plus aucun sens, quoique puisse penser un célèbre ministre français à marinière. Cela signifie aussi que les importations sont en réalité dans une large mesure le contenu des exportations : ainsi, vouloir les diaboliser n’a, une nouvelle fois, aucun sens.</p>
<p>En quatrième lieu, cette vision de la spécialisation « nationale » a logiquement légitimé dans de nombreux PVD des <em>politiques industrielles</em> (donc assez loin du <em>laissez faire</em> original) consistant à développer l’avantage comparatif « national ». C’est ainsi que des experts internationaux bien intentionnés ont pu « jouer aux Lego » en spécialisant des pays entiers selon les enseignements de la logique ricardienne, les rendant ainsi en réalité <em>fragiles</em>, du fait de l’absence de diversification économique, et très vulnérables à la volatilité des marchés internationaux quant au prix de la marchandise dans laquelle ils se sont spécialisés.</p>
<p>D’une certaine manière cette nationalisation de l’échange est aussi à la source de la séparation artificielle dans les manuels entre l’étude de la croissance économique et celle du commerce international et de la concurrence. En réalité croissance et échange sont les deux faces de la même pièce. De même, la logique ricardienne débouche sur une vision économique caractérisée par la <em>rareté</em>. (Cette tendance est amplifiée par la vision des rendements de Ricardo qui sont en fait <em>constants</em>, qui est, d’une certaine manière, la conséquence logique de l’avantage <em>exogène</em>). Or, lorsque l’on saisit la fusion profonde entre croissance et échange, c’est une vision économique en termes d’<em>opportunités</em><em> </em>qui émerge : ce sont les opportunités d’échange qui font le potentiel de croissance.</p>
<p>La vision smithienne du développement repose sur l’idée que l’ouverture économique permet d’étendre « la taille du marché ». L’origine du développement vient de l’augmentation de la productivité par <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvRGl2aXNpb25fZHVfdHJhdmFpbA==">la division du travail</a> et la spécialisation (qui donne lieu à l’innovation), elles-mêmes dépendantes du penchant de l’homme à l’échange. Et c’est l’accroissement de l’étendue du marché qui permet d’élever le degré de division du travail et de spécialisation - donc de productivité et <em>in fine</em> d’augmentation des revenus.</p>
<p>Ouvrir le marché et ainsi étendre sa taille permet d’intensifier la croissance « organique » dans les réseaux d’échange, qui transcendent les frontières entre pays, industries ou branches. Cette croissance est évidemment ralentie par les « <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQ28lQzMlQkJ0X2RlX3RyYW5zYWN0aW9u">coûts de transactions</a> » érigés par une logique nationale, protectionniste : ce sont alors des opportunités d’échange – et <em>donc </em>de croissance – qui sont détruites.</p>
<p>Si la théorie de l’avantage comparatif est fondamentale pour comprendre la dynamique économique, son déplacement au niveau des « nations » a été une erreur, menant à l’opposé de la thèse de son auteur.</p>
<p>---<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5saWJyZWFmcmlxdWUub3JnL01hcnRpbl9SaWNhcmRvXzExMDMxMw==">Sur le web</a>.</p>
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		<title>Mythomanie de la lutte des classes</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Mar 2013 07:41:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emploi2017</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[élitisme]]></category>
		<category><![CDATA[inégalités]]></category>
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		<category><![CDATA[richesse]]></category>

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		<description><![CDATA[Transmission des inégalités entre générations : les travaux de Gregory Clark, professeur à l’Université de Californie, ont donné lieu à des interprétations absolument divergentes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Transmission des inégalités entre générations : nous sommes d’autant plus heureux de publier une étude sur les travaux de Gregory Clark, un économiste anglais, professeur à l’Université de Californie, que ces travaux ont donné lieu à des interprétations absolument divergentes.</strong><br />
<span id="more-117629"></span><br />
<strong>Par Cincinnatus.</strong><br />
<em>Un article d'<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5lbXBsb2ktMjAxNy5vcmc=">Emploi 2017</a>.</em></p>
<p><strong><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXM=" rel=\"attachment wp-att-117630\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117630" title="lutte des classes" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/lutte-des-classes.jpg?c2fb0e" alt="" width="443" height="276" /></a></strong></p>
<p><strong>Mobilité sociale et générations</strong></p>
<p>Dans un <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMDEvMTEzMjc2LWxhLXNjaWVuY2UtZmljdGlvbi1kZS1zdGlnbGl0ei1sZS1wcml4LWRlLWxhLXByb2RpZ2FsaXRl">billet récent sur Stiglitz</a>, nous avons traité certaines faiblesses dans l’argumentation de ceux que nous appelons les néo-égalitaristes. Par ce terme, nous désignons les membres d’un courant de pensée qui tente de rétablir l’idéologie étatiste et collectiviste désastreuse du socialisme-marxisme par des voies détournées.</p>
<p>Notre analyse soulignait en particulier que l’escamotage systématique du concept de mobilité de revenus au cours d’une vie et la dénonciation conspirationniste de centiles statistiques mesurés à un moment donné enlevaient beaucoup de mérite à l’acte d’accusation. Le sujet complexe de l’inégalité réclame tout autant une mise en perspective longitudinale (répartition au cours du temps) que transversale (répartition à un moment donné).</p>
<p>Pour compléter encore et, espérons-le, enrichir ce débat sur l’inégalité, nous voulons ici présenter les travaux fascinants sur la mobilité sociale intergénérationnelle réalisés par Gregory Clark, historien économique de l’Université de Californie. Leur caractère un peu extraordinaire provient de l’étendue de la période étudiée : certaines de ses séries de données commencent au XIIème siècle !</p>
<p><strong>Quelle classe dirigeante ?</strong></p>
<p>Le titre de la principale étude de Clark que nous utiliserons ici est en effet :<em> Was there ever a Ruling Class ? 1,000 years of Social Mobility in England </em>[<em>Y a-t-il jamais eu une Classe Dirigeante ? 1.000 ans de Mobilité Sociale en Angleterre</em>]<em>.</em></p>
<p>La notion de classe dirigeante, cette clé de voûte de la paranoïa marxiste, se retrouve par exemple dans le vieux concept français des « 200 familles » riches qui contrôleraient dans l’ombre tous les ressorts de la nation.</p>
<p>À travers l’analyse de vénérables registres, Clark détermine le destin économique de noms de familles de l’élite médiévale sur plusieurs siècles. Ont-elles pu se maintenir au sommet ? Clark le mesure en regardant la fréquence d’apparition de leurs patronymes sur les registres des deux universités d’élite, Oxford et Cambridge (Oxbridge), qui recrutent typiquement 1-2% de la population du pays, par rapport à leur fréquence d’apparition dans l’ensemble de la population. C’est ce qu’il définit comme la <strong>représentation relative</strong>. Il utilise d’une part les noms de famille des conquérants normands arrivés en 1066 (par exemple Baskerville, du village de Bacqueville en Normandie) et d’autre part ceux d’un registre de grands propriétaires terriens féodaux de l’époque (1235-99 Élite). Les résultats sont remarquablement similaires :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvMi03OWUzZA==" rel=\"attachment wp-att-117631\"><img class="aligncenter  wp-image-117631" title="2-79e3d" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/2-79e3d.gif?c2fb0e" alt="" width="567" height="298" /></a></p>
<p>L’échelle verticale est logarithmique : la chute est donc massive et constante, <strong>dès le Moyen-âge.</strong> Depuis près d’un millénaire, les élites britanniques n’ont pu se maintenir au sommet de la pyramide sociale.</p>
<p><strong>La convergence constante riches-pauvres</strong></p>
<p>À partir du XIXème siècle, l’existence de données testamentaires fiables permet même de tracer et de quantifier l’évolution du patrimoine de familles initialement riches et pauvres grâce aux chiffres fournis par le testament au moment du décès.</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvMy1hYTlmZQ==" rel=\"attachment wp-att-117632\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117632" title="3-aa9fe" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/3-aa9fe.gif?c2fb0e" alt="" width="583" height="412" /></a></p>
<p>L’axe des ordonnées mesure le logarithme du montant du testament rapporté au salaire moyen de l’année concernée. La borne Riches est fixée à £1 260, soit 22 fois le salaire moyen de l’époque. Voir étude pour détails.</p>
<p>La convergence ici aussi est constante. Clark note le point fondamental suivant :<em></em></p>
<blockquote><p>Le taux de mobilité sociale en Angleterre était aussi élevé au Moyen-âge que depuis la Révolution Industrielle. (…) La méritocratie moderne ne parvient pas à créer plus de mobilité sociale que l’oligarchie médiévale. Plutôt, <strong>ce taux semble être une constante physique sociale, au-delà du contrôle du constructivisme social.</strong><em><br />
</em></p></blockquote>
<p>Dans un autre papier intitulé <em>What is the True Rate of Social Mobility ?</em> [Quel est le vrai taux de mobilité sociale ?], Clark trace l’évolution du statut social de patronymes rares selon plusieurs axes d’analyse. Le premier étudie le destin au fil du temps de patronymes surreprésentés à Oxbridge au début du XIXème siècle, en différenciant ceux des familles les plus fortunées. Nous avons laissé ici le graphique en échelle linéaire pour bien représenter l’ampleur de la chute :</p>
<div id="attachment_117633" class="wp-caption aligncenter" style="width: 482px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvNC03YjlkYQ==" rel=\"attachment wp-att-117633\"><img class="size-full wp-image-117633" title="4-7b9da" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/4-7b9da.gif?c2fb0e" alt="" width="472" height="365" /></a><p class="wp-caption-text">Les ordonnées représentent la proportion des patronymes à Oxbridge par rapport à celle dans la population totale.</p></div>
<p>Des résultats de tendance identique sont obtenus pour la représentation de patronymes d’élite (riche ou Oxbridge) au Parlement Britannique, indépendamment de l’institution du suffrage universel en 1923 qui, contre-intuitivement, ne modifie en rien les tendances.</p>
<p><strong>La cruciale élasticité intergénérationnelle</strong></p>
<p>Pour quantifier la perte d’une génération à l’autre, Clark définit un coefficient d’élasticité intergénérationnelle qu’il suffit de multiplier par le chiffre de la génération précédente pour obtenir la position de la génération suivante. Un coefficient de 1 signifierait donc un statut inchangé. Il obtient les évaluations suivantes pour différentes dimensions du statut social :</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvdGFi" rel=\"attachment wp-att-117641\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117641" title="tab" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/tab.jpg?c2fb0e" alt="" width="298" height="117" /></a></p>
<p>Notons au passage que ces chiffres correspondent à un groupe de même patronyme qui rassemble plusieurs familles, ce qui crée un effet de lissage. L’élasticité père-fils <em>stricto sensu</em>, mesuré entre deux individus seulement, est beaucoup plus basse en raison du plus grand aléa que crée l’absence de moyenne de groupe. Clark mentionne une fourchette de 0,4-0,5 dans la littérature académique.</p>
<p><strong>Confirmations par comparaisons internationales</strong></p>
<p>Sommes-nous en présence d’un phénomène purement anglais ? Clark est en train de rédiger sur le sujet un livre qui inclura des comparaisons internationales. Un papier récent [<sup class='footnote'><a href='#fn-117629-1' id='fnref-117629-1' onclick='return fdfootnote_show(117629)'>1</a></sup>] publié sur la Suède donne un avant-goût des résultats.</p>
<p>Voici ce que donne la représentation relative au sein de deux universités prestigieuses (Lund et Uppsala) des familles au nom latinisé (Linnaeus, Celsius, etc.), un marqueur ancien d’éminence sociale :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvNS0wM2NmNg==" rel=\"attachment wp-att-117634\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117634" title="5-03cf6" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/5-03cf6.gif?c2fb0e" alt="" width="463" height="331" /></a></p>
<p>Voici le graphique très frappant pour les membres de l’Académie Royale (environ 0,1% de la population totale), incluant les patronymes terminant en « …son », marqueur d’origine sociale modeste :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvNi1mMzQ2Yg==" rel=\"attachment wp-att-117635\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117635" title="6-f346b" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/6-f346b.gif?c2fb0e" alt="" width="530" height="331" /></a></p>
<p>La part de l’élite historique dans le nombre de sièges à l’Académie a fondu d’environ 50% à 4%, à un rythme remarquablement constant.</p>
<p>Clark écrit :<em></em></p>
<blockquote><p>De tels taux de mobilité sont les mêmes que ceux que nous observons pour les statuts sociaux sous-jacents parmi un ensemble varié d’autres pays dont le Royaume-Uni, les USA et même l’Inde et la Chine.<em><br />
</em></p></blockquote>
<p>Un autre travail en cours donne ainsi ce premier résultat remarquable sur la représentation des noms brahmanes, caste d’élite indienne, parmi les médecins du Bengale :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvNy1hMTIyZQ==" rel=\"attachment wp-att-117636\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117636" title="7-a122e" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/7-a122e.gif?c2fb0e" alt="" width="275" height="311" /></a></p>
<p>Des pays aux politiques publiques et aux inégalités sans aucun rapport, manifestent pendant des siècles une mobilité sociale d’ordre comparable. Quelle magie noire s’opère ?</p>
<p><strong>De l’immuable mobilité</strong></p>
<p>L’auteur offre la conclusion suivante :</p>
<blockquote><p>La forte persistance du statut social, dans un pays qui compte de nombreuses années de fourniture généreuse d’opportunités et de financement d’éducation, à un taux similaire à celui d’autres pays sans de telles dépenses égalisatrices, suggère que <strong>les forces qui déterminent la mobilité intergénérationnelle doivent être fondamentalement liées à la formation et au fonctionnement des familles. Il se peut que ces forces soient impossibles à modifier avec une politique publique.</strong><em><br />
</em></p></blockquote>
<p>Un autre papier adopte un éclairage un peu différent, évoquant la dialectique génotype-phénotype (hérédité biologique / inné - impact environnemental / acquis) :</p>
<blockquote><p>Les effets modestes des changements institutionnels majeurs sur la mobilité sociale impliquent que <strong>le facteur déterminant de la persistance est la transmission au sein de la famille – soit via les gènes soit via l’environnement familial – et que les perspectives d’augmenter la mobilité par une action étatique sont modestes.</strong><em><br />
</em></p></blockquote>
<p><strong>Sortir de l’utopie incantatoire</strong></p>
<p>Le graphique ci-dessous rappelle les dépenses d’éducation par habitant du gouvernement britannique, et leur forte croissance depuis leur mise en place :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvOC0xMjg5NQ==" rel=\"attachment wp-att-117637\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117637" title="8-12895" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/8-12895.gif?c2fb0e" alt="" width="460" height="272" /></a></p>
<p>Bien conscient de cet effort d’investissement public considérable, Clark est pourtant sans ambiguïté :</p>
<blockquote><p>L’avènement de l’éducation de masse financée publiquement ainsi que le suffrage universel n’améliorent pas la mobilité sociale.<em><br />
</em></p></blockquote>
<p>De même :</p>
<blockquote><p> Il n’y a pas d’indication d’un accroissement de la mobilité sociale parmi les générations récentes, en dépit de l’augmentation majeure du soutien public pour l’éducation de 1870 à 1970 et en dépit de périodes de taxation fortement progressive.<em><br />
</em></p></blockquote>
<p>La collectivisation et l’étatisation toujours croissantes, avec la débauche de dépenses qui les accompagne, n’ont eu aucun impact détectable sur la mobilité sociale. Les constructivismes sont en échec sur ce point critique des questions d’inégalité. Les hommes politiques qui se gargarisent du résultat de leur action dans ce domaine ont certes l’excuse de leur vraisemblable ignorance, mais s’arroger le crédit imaginaire d’une société plus mobile et méritocratique constitue donc une imposture au regard des faits, ces choses têtues.</p>
<p>Le métabolisme des sociétés humaines obéit à d’autres lois que celles des bonnes intentions utopistes. Le concept de classe dirigeante n’est qu’un mythe dogmatique, qu’une affabulation ou, sans doute, qu’une arme de propagande. Le sommet de la société pyramidale est le lieu permanent de flux entrants et sortants et rien ne permet d’indiquer que le taux de rotation y soit inférieur à celui des talents dans l’ensemble de la nation.</p>
<p><strong>« Seul l’éphémère dure »</strong> [<sup class='footnote'><a href='#fn-117629-2' id='fnref-117629-2' onclick='return fdfootnote_show(117629)'>2</a></sup>]</p>
<p>Un sous-groupe de citoyens qui ont la bonne fortune de devenir éminents retournera à un destin insignifiant avec la même inéluctabilité que la perte de radioactivité d’un morceau d’uranium ou la rechute d’un ballon lancé en l’air. Un graphique de Clark l’illustre magistralement. Il nous montre la surreprésentation relative de patronymes d’Oxbridge de la génération de 1800-1829, tout au long de 15 générations, avant et après leur moment de culmination académique :</p>
<dl>
<dt></dt>
</dl>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvOS1jYTg1NQ==" rel=\"attachment wp-att-117638\"><img class="aligncenter size-full wp-image-117638" title="9-ca855" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/9-ca855.gif?c2fb0e" alt="" width="478" height="337" /></a></p>
<p>Sic transit gloria mundi… Ce graphique donne un nouvel éclairage amusant aux fameux propos de Karl Marx dans <em>Le Manifeste Communiste</em> :</p>
<blockquote><p>Ce que produit donc la bourgeoisie, avant tout, ce sont ses propres fossoyeurs.</p></blockquote>
<p>Pas totalement faux, Karl. Cependant, ascendance et déchéance se succèdent brutalement sans prêter grande attention à l’habillage politique institutionnel du moment. Cette indifférence aux « superstructures » fait que le délire marxiste et sa prétention de scientificité tapent dans le vide. Faut-il retourner le compliment de « fausse conscience » idéologique manipulatrice que le marxisme épingle à la pseudo-classe dirigeante ?</p>
<p>Les prétentions égalitaristes des colporteurs d’utopies constructivistes semblent donc bien vaines : l’État-providence, en dépit de l’énormité de son enflure, n’a pas modifié significativement la mobilité sociale, l’un de ses chevaux de bataille obsessionnels et sans doute la plus chimérique de ses revendications de succès.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjI5LW15dGhvbWFuaWUtZGUtbGEtbHV0dGUtZGVzLWNsYXNzZXMvMTEtMi0yNmQzNA==" rel=\"attachment wp-att-117639\"><img class="alignright  wp-image-117639" title="11-2-26d34" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/11-2-26d34.jpg?c2fb0e" alt="" width="230" height="303" /></a>La complexité et l’invariance de la dynamique des sociétés humaines dépassent clairement l’entendement des idéologies surannées dont celles-là se nourrissent et qui les conditionnent. Nous sommes donc heureux de pouvoir répondre à la question du <em>Time</em> par l’affirmative : <em>moving up looks as good as ever !</em></p>
<p><strong>Guerre ou Paix</strong></p>
<p>Un symptôme évident de la survie de cette mythomanie de la lutte des classes était lisible dans un sondage publié par <em>L’Humanité</em> début janvier. Le porte-voix marxiste y claironnait sa satisfaction sardonique de voir que le pourcentage de Français considérant la lutte des classes comme une réalité a progressé de 40% en 1964 à 64% en 2013. « Le pire, c’est le meilleur » disait Lénine. Radicaliser par tous les moyens l’animosité entre les citoyens a toujours été au cœur de l’action socialiste-marxiste et de tout néo-égalitariste qui se respecte. Alors que tant de pays ont choisi la voie de l’apaisement et de la coopération, la France retourne tête baissée dans la stigmatisation et le conflit de classe ostracisant.</p>
<p>Concédons que les fondements idéologiques de l’égalitarisme enragé datent de plus d’un siècle et que le savoir humain sur ces sujets complexes a beaucoup progressé depuis. Mais qu’il nous soit donc également permis de dénoncer ce charlatanisme qui persiste dans un obscurantisme et une imposture de fait, qui ne peuvent plus se targuer ni de leurs bonnes intentions, ni de leur bonne foi. Le déni de réalité de la mobilité sociale est devenu un déni de modernité.</p>
<p>----<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5lbXBsb2ktMjAxNy5vcmcvbXl0aG9tYW5pZS1kZS1sYS1sdXR0ZS1kZXMtY2xhc3Nlcy5odG1s">Sur le web</a>.</p>
<p><strong>Notes :</strong></p>
<div class='footnotes' id='footnotes-117629'>
<div class='footnotedivider'></div>
<ol>
<li id='fn-117629-1'><em>What is the True Rate of Social Mobility in Sweden ? A Surname Analysis, 1700-2012.</em> <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-117629-1'>&#8617;</a></span></li>
<li id='fn-117629-2'>Eugène Ionesco. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-117629-2'>&#8617;</a></span></li>
</ol>
</div>
 <img src="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-post-id=117629" width="1" height="1" style="display: none;" />
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		</item>
		<item>
		<title>Les mains de France : La maison Bouchard</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/03/09/117645-les-mains-de-france-la-maison-bouchard</link>
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		<pubDate>Sat, 09 Mar 2013 06:38:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Noé</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Bourgogne]]></category>
		<category><![CDATA[les mains de France]]></category>
		<category><![CDATA[vins]]></category>

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		<description><![CDATA[La Maison Bouchard peut se targuer d’une histoire plus longue, plus profonde, plus riche que beaucoup d’États ou d’institutions. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ici aussi, en Bourgogne, ce sont les hommes qui font les paysages, ce sont les mains qui font le vin. La Maison Bouchard peut se targuer d’une histoire plus longue, plus profonde, plus riche que beaucoup d’États ou d’institutions. </strong><br />
<span id="more-117645"></span><br />
<strong>Par Jean-Baptiste Noé.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDMvMDkvMTE3NjQ1LWxlcy1tYWlucy1kZS1mcmFuY2UtbGEtbWFpc29uLWJvdWNoYXJkL2JvdWNoYXJk" rel=\"attachment wp-att-117646\"><img class="size-full wp-image-117646 aligncenter" title="bouchard" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/03/bouchard.jpg?c2fb0e" alt="" width="424" height="237" /></a></p>
<p>La Bourgogne se bat depuis plusieurs années pour être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avant elle, le Val de Loire et Saint-Émilion ont été distingués. La Champagne, son voisin du nord qui lui a repris ses cépages (Chardonnay et Pinot noir) est en concurrence contre elle. La France devra choisir de porter l’une ou l’autre candidature, et pour l’instant elle n’a choisi ni l’une ni l’autre, d’autres sites ont sa préférence. Bernard Pivot s’est engagé dans ce dossier, nul ne sait quand il aboutira.</p>
<p>Ici aussi, en Bourgogne, ce sont les hommes qui font les paysages, ce sont les mains qui font le vin. La Bourgogne n’adhère pas au concept de terroir, lui préférant celui de climat, plus spirituel, ou de finage, plus géographique. La variété des sols, des exploitations, des mises en valeur, l’extrême richesse des propriétaires, ont engendré des vins de qualité et de natures somptueusement différentes. Avec un même cépage, Chardonnay pour les blancs, Pinot noir pour les rouges, les gammes jouées sont multiples, sans assemblage, sans mélange. La Bourgogne n’est pas plus monacale que les autres régions viticoles de France, qui elles aussi doivent tout aux monastères et aux évêchés. Mais sur ces terres les grandes abbayes de Cluny et Cîteaux ont régné, pôles spirituel, intellectuel, culturel et économique. C’est notre Silicon Valley française, un concentré de matière grise qui a œuvré pour le développement de l’humanité. C’est le chapelet des monastères. Négociants et vignerons cohabitent. Et même les négociants se veulent vignerons. C’est le cas de la maison Bouchard, fondée en 1731 à Volnay par Michel Bouchard ; une entreprise qui fête cette année ses 282 ans. Bouchard est plus âgé que la plupart des États de ce monde. Né avant les États-Unis, avant les pays d’Amérique Latine, avant les pays d’Afrique, et avant même de nombreux pays asiatiques, Bouchard peut se targuer d’une histoire plus longue, plus profonde, plus riche que beaucoup d’États ou d’institutions. On ne parle pas de ses mains-là, quand le travail de la vigne se fait en silence, en humilité, en sérénité. 282 vendanges ou à peu près. 282 millésimes, et les propriétaires seuls savent s’il reste quelques bouteilles des siècles passés dans les caves du château de Beaune. Mais Bouchard est né avant la généralisation de la bouteille, avant les notes Parker, avant les modes du bio et du vin de terroir. Une telle longévité fait regarder le monde autrement. Quand, héritier de la maison, on a presque trois siècles d’histoire sur les épaules, on y sent la main du temps et de la transmission.</p>
<p>Le premier Bouchard, Michel, est un négociant installé à Volnay qui achète du vin et le revend. C’est le travail classique du négociant. Nous sommes à l’époque de Louis XV. Son fils lui succède, puis son petit-fils, qui vit plus de cent ans. La maison achète des terres, les plante, elle achète aussi des vignes. Survient la révolution. Par décision de l’État, les propriétés ecclésiastiques sont nationalisées. Les biens spoliés sont revendus. L’État espère ainsi réduire ses dettes et solder son déficit. Créant une nouvelle monnaie, les assignats, l’opération se révèle désastreuse. Cette loi ouvre une guerre civile, elle crée une monnaie de singe et brûle la confiance que les investisseurs pouvaient porter dans le nouveau régime. La démagogie et le vol ne payent pas. Comme de nombreux domaines installés, la maison Bouchard profite de ses ventes pour agrandir son territoire. En 1791 elle achète les terres de l’abbaye de Maizières, puis les vignes de l’Enfant Jésus, situées à Beaune. Le négoce modeste s’étend de cette façon au long de la Bourgogne, appelée Côte d’Or depuis 1790 et la création des départements.</p>
<p>En 1820, sous la Restauration, la famille achète le château de Beaune, une forteresse médiévale dont la fonction militaire est depuis longtemps obsolète. Elle s’y installe et en fait le siège de son entreprise. Désormais, Bouchard n’est plus de Volnay mais de Beaune. D’autres parcelles fameuses sont acquises au cours de ce long siècle : Chassagne Montrachet, Pommard, des arpents à Volnay. La maison doit aussi adapter son vin aux nouvelles modes, aux nouveaux goûts, aux exigences changeantes du consommateur. La Bourgogne n’est pas encore monocépale, on y trouve gamay et melon. La destruction du phylloxera fut pour cela utile : comme il fallut replanter les vignes détruites par l’insecte, les vignerons en profitèrent pour ne mettre que du Chardonnay et du Pinot noir, même si les autres cépages ont demeuré, dans les parcelles moins nobles, jusque dans les années 1950. Beaucoup de choses que l’on veut faire croire immuables et antiques sont en fait assez récentes. Le marketing ne fait pas toujours un bon allié de l’histoire. En 1939, avant l’étrange défaite, Bouchard possède 50 hectares de vignes, réparties sur 35 climats. Et c’est toujours la même famille qui dirige la maison, depuis deux siècles. Le changement a lieu en 1995. La maison est achetée par une autre grande famille, mais champenoise cette fois, la famille Henriot ; Joseph Henriot en est toujours le directeur. Le domaine poursuit ses acquisitions et ses extensions, notamment à Meursault. En 2012, Bouchard pèse 130 hectares de vignes, dont 12 en Grand Cru et 74 en Premier Cru. La maison est réputée en France et à l’international. Ses vins reçoivent de bonnes critiques dans la grande presse viticole mondiale, comme le <em>Decanter</em> ou le <em>Wine Spectator</em>.</p>
<p>Preuve de son internationalisation, le site internet est accessible en anglais et en espagnol, et aussi en japonais. Une fois encore la France montre qu’elle sait tirer parti de la mondialisation et que le vin, boisson fille de ce mouvement d’échange international, s’adapte très bien aux goûts mondiaux, aux palais culturellement différents, aux exigences variées de consommateurs forts différents. Bouchard reste Bouchard, avec ses crus propres, avec les exigences de la maison et la richesse de ses climats et de ses finages. L’ouverture mondiale ne signifie pas la standardisation du goût, ni son nivellement. Les maisons de trois siècles peuvent en apprendre beaucoup aux oiseaux d’une pluie.</p>
<p>---<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5qYm5vZS5mci9MYS1tYWlzb24tQm91Y2hhcmQ=">Sur le web</a>.</p>
<p><strong>Lire aussi :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTAvMjgvMTAyMzEwLWxlcy1tYWlucy1kZS1mcmFuY2UtbGUtdmlnbm9ibGUtZGUtZ2lnb25kYXM=">Les mains de France : Le vignoble de Gigondas</a></li>
<li><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTIvMDIvMTA2NTI5LWxlcy1tYWlucy1kZS1mcmFuY2UtbGUtY2hhdGVhdS1kYXJsYXk=">Les mains de France : Le Château d’Arlay</a></li>
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</ul>
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		<title>L&#039;assistance guidée par les vertus du marché - Hommage au Pr. Armen Alchian</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Feb 2013 06:50:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Foundation for Economic Education</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[Armen Alchian]]></category>
		<category><![CDATA[assistance]]></category>
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		<description><![CDATA[Contrepoints rend hommage à l'économiste américain Armen Alchian, décédé il y a quelques jours, en publiant un texte dans lequel il explique pourquoi le marché permet d'améliorer les actes d'assistance.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Contrepoints</em> rend hommage à l'économiste américain Armen Alchian, décédé il y a quelques jours, en publiant un texte dans lequel il explique pourquoi le marché permet d'améliorer les actes d'assistance par une meilleure allocation des ressources.</strong><br />
<span id="more-116015"></span><br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMjcvMTE2MDE1LWFzc2lzdGFuY2UtY2hvaXgtYWx0ZXJuYXRpZnMtZXQtcHJlZmVyZW50aWVscy9hbGNoaWFu" rel=\"attachment wp-att-116016\"><img class="alignleft  wp-image-116016" title="alchian" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/alchian.jpg?c2fb0e" alt="" width="178" height="240" /></a>Le Professeur Armen Albert Alchian vient de décéder le 19 février de cette année. Cet économiste américain, né le 12 avril 1914, enseignait à l’Université de Californie, Los Angeles (UCLA). Il participa activement à former une tradition économique propre à cette université. Il était membre de l’école d’économie de Chicago et ses travaux ont contribué à élaborer la théorie des prix. Il est entre autres l’auteur d’articles sur <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQXJtZW5fQWxjaGlhbg==">l’incertitude et l’information et la théorie des entreprises</a>. Il est un des fondateurs de la nouvelle économie institutionnelle qu’il a consolidée avec ses écrits sur les droits de propriété et les coûts de transaction. Pour célébrer cet auteur, <em>Contrepoints</em> vous propose une traduction d’un texte qu’il a composé avec son collaborateur William R. Allen et publié dans <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5mZWUub3JnL3RoZV9mcmVlbWFuL2RldGFpbC9haWQtYWx0ZXJuYXRpdmVzLWFuZC1kaXNjcmltaW5hdGlvbiNpeHp6MkxNVUExNzAw"><em>The Freeman</em> en novembre 1960</a>.</p>
<p><strong>Assistance, choix alternatifs et préférentiels</strong></p>
<p><strong>Par Armen A. Alchian &amp; William R. Allen, UCLA.</strong></p>
<p>On a décrit (et condamné) parfois l’économie comme étant l’étude des comportements égoïstes. La conception de « homo oeconomicus »  fut ridiculisée comme une abstraction sans-vie qui calomnie les individus bien réels qui, eux, sont d’esprit enjoué et au cœur généreux. Il est clair que la (plupart) des gens réels ne sont pas uniquement des créatures égocentriques, calculant froidement comment améliorer leur quotidien et ce, s’il le faut, au détriment d'autrui.</p>
<p>Tout cela n’est qu’une parodie de la notion d’« homo œconomicus » en particulier et des sujets qui préoccupent les recherches économiques en général. L’économie, correctement conçue, se consacre á l’analyse non pas du comportement <em>égoïste</em> en tant que tel, mais étudie le comportement <em>efficace</em>. La question de base que se pose les économistes n’est pas, « au vue de l’avarice egocentrique des gens, comment peut-on faire pour déposséder son voisin le mieux possible ? » Mais plutôt, « au vue de la limitation des ressources, comment peut-on  faire pour en tirer le meilleur parti ? Ressources qui peuvent prendre des formes bien différentes, par exemple, des marchandises, de l’énergie, des équipements de services,  un sentiment interne de contentement – qui tous proviennent de services productifs donnés, des talents et de l’environnement. Autrement dit, comment peut-on accomplir les objectifs que l’on désir au moindre coût ? » Ces objectifs peuvent comprendre non seulement son propre bien-être immédiat, mais celui d’autrui aussi.</p>
<p><strong>Donner à autrui avec efficacité<br />
</strong></p>
<p>Nous pouvons illustrer la chose en considérant l’octroi d’une subvention ou d'un don. La <em>motivation</em> du donateur peut être aussi purement humanitaire ou philanthropique que possible, mais qu’en est-il de <em>l’efficacité</em> avec laquelle cette aide est donnée ?</p>
<p>Supposons qu’une université – disons UCLA – souhaite, pour de bonnes ou de mauvaises raisons que nous n’envisagerons pas ici, subventionner les anciens combattants qu’elle compte parmi ses étudiants en leur fournissant un logement sur le campus. On peut imaginer qu'UCLA possède des terrains conséquents sur lesquels se trouvent des casernes en excédent appartenant á l’armée.  Ces casernes feront l’objet d’une rénovation pour former un ensemble final de 1000 appartements. Le prix de location est de 30$ par mois, ce qui a pour effet de répondre exactement aux demandes du marché des appartements pour anciens combattants. Autrement dit, pour 30$, les anciens combattants, estimés á plus de 1000, ont souhaité prendre les 1000 appartements disponibles. (Si le prix est établi en dessous de 30$, on se trouvera dès le départ avec un problème compliqué de rationnement administratif, puisqu’avec un prix si bas, plus de 1000 anciens combattants auront procédé á des demandes de logement.) Les gestionnaires administratifs d’UCLA ont décidé le droit exclusif les anciens combattants á l'accés aux appartements. Des lors, ceux qui n’en sont pas, ne peuvent en faire la demande.</p>
<p>Le terrain dévolu aux habitations des anciens combattants peut être utilisé de maniére alternative valable (par exemple un parking public, un terrain de jeux ou simplement un endroit bénéficiant d’un beau panorama). Ce faisant, on peut considérer qu’il y a un coût indu dans le programme d’habitation. La question clef qui se pose maintenant est: pour un coût donné décidé par UCLA, quels sont les bénéfices maximums que l’on peut en attendre? Autrement dit, est-il possible d’obtenir des bénéfices équivalents à ceux actuellement proposés par UCLA à un coût encore moindre?</p>
<p><strong>Optimiser les avantages<br />
</strong></p>
<p>Pour le moment, concentrons-nous sur l'optimisation des avantages. Est-ce que les bénéficiaires des subventions sont aussi bien lotis qu’il leur est possible de l’être avec les ressources qui sont mises à leurs dispositions ? Dans l’état des choses, les anciens combattants doivent bénéficier de leur aide sous une forme bien définie: soit un appartement dans ces casernes, soit ne pas recevoir d’aide du tout. Et si nous avons plus d’anciens combattants que d’appartement, certains anciens combattants n’auront droit à rien. Maintenant, si les appartements étaient mis à disposition de tous les étudiants, la liquidation des locations sur le marché s'opérerait surement á des prix de locations qui iraient au-delà des 30 $ par mois; supposons que ce soit autour de 40$. Il viendra á l'idée de certain des anciens combattants de préférer sous-louer ces appartements à 40$ (au lieu de vivre dans des casernes á 30$). Cela afin d'utiliser le profit qui en résulte pour l'allouer á la location d’un appartement de son choix en ville au coût de, disons, 60$ par mois. De cette manière, l’ancien combattant obtiendrait en fait un cadeau sous forme d’argent (10$) qu’il pourrait dépenser comme bon lui semble.</p>
<p><strong>Qui sont les gagnants et les perdants de cette procédure de sous-location ?</strong></p>
<p>Avant que la sous-location ne soit permise, l’ancien combattant a le choix entre plusieurs alternatives qui sont soit (a) des appartements rénovés dans des casernes à 30$ soit (b) un appartement en ville à 60$. Mais maintenant l’ancien combattant peut choisir une <em>alternative supplémentaire</em>, nommément (c) une location et une sous-location de l’appartement dans les casernes. Elle lui permet de faire un profit de 10$, lui permettant ainsi de vivre dans un appartement en ville. Bien que l’appartement en ville soit certainement plus amène que l’appartement en caserne du point de vue de la qualité de vie, l’ancien combattant pourrait néanmoins préférer le choix (a) à (b). Autrement dit, il pourrait préférer un  appartement de qualité inférieure et posséder 30$ par mois à dépenser à ce que bon lui semble. Mais en comparant le choix (a) à la solution (c), rester dans la caserne rénovée ne lui fournirait qu'un supplément de 20$ pour sa consommation personnelle. Cet extra de 20$ peut se révéler décisif pour décider si l'on est perdant ou gagnant en choisissant un appartement de moindre qualité. Enfin, on peut certainement dire que s’il préfère l'option (b) à (a), il préférera (c) à (a). Bénéficier d’un appartement en ville qui ne lui coûtera que 10$ de plus  (c.-à-d. la solution c) est préférable à un appartement en ville sans l'extra de 10$ (c.-à-d. la solution b). Dans tous les cas, la sous-location ne peut pas désavantager l’ancien combattant, mais au contraire l’aider.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMjcvMTE2MDE1LWFzc2lzdGFuY2UtY2hvaXgtYWx0ZXJuYXRpZnMtZXQtcHJlZmVyZW50aWVscy9lc3BlY2VvdWNhZGVhdQ==" rel=\"attachment wp-att-116017\"><img class="size-full wp-image-116017 aligncenter" title="especeoucadeau" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/especeoucadeau.jpg?c2fb0e" alt="" width="631" height="313" /></a></p>
<p><strong>Ceux qui ne sont pas anciens combattants en profitent aussi.</strong></p>
<p>On peut se demander si l’étudiant (qui n’appartient pas á la catégorie "ancien combattant") gagne ou perd à sous louer l’appartement d’un ancien combattant à 40$ ? Il peut resentir de la jalousie puisqu’il n’appartient pas au groupe de privilégiés éligibles á l’obtention des logements à 30$. Mais cela reste le cas que la sous-location soit permise ou pas. Avant de sous-louer, sa seule alternative restait d’obtenir un appartement á 60$. Mais avec une sous-location, il peut maintenant louer un appartement en caserne á 40$. Il se peut qu’il préfère cette dernière option. La sous-location lui offre une alternative préférentielle. Elle lui permet, en déménageant dans ces anciennes casernes, d'accéder á une offre de logement bien meilleure. UCLA peut bien sûr tirer parti de cette situation. L’université peut rester neutre dans cette transaction financiére, parce qu’elle reçoit 30$ par appartement qu’il soit ou non sous-loué.</p>
<p>Il est alors clair que personne n'est perdant en procédant á des sous-locations. L’ancien combattant et les autres étudiants sont tous mieux lotis. Pourquoi, alors les administrateurs répugnent généralement à offrir un panel d'alternatives á ceux qu’ils ont l’intention d’aider ? Si l’université veut mettre à disposition des anciens combattants des resources utiles, pourquoi restreint-elle la possibilité d’en tirer tous les bénéfices potentiels?  Et cela, en limitant l’accès uniquement aux catégories des "anciens combattants" subventionnés ? Peut-être que les administrateurs considèrent cette option comme une procédure « désordonnée » et « inappropriée ». Elle permet en effet de pourvoir des habitations pour les anciens combattants qui, en fait, ne seront pas nécessairement occupés par eux. Il se peut que les administrateurs aiment á croire qu’ils savent mieux que personne ce qu'est une offre valable d'assistance aux anciens combattants. Ils estiment peut être qu'un ancien combattant préférera vivre dans ces casernes rénovées à 30$ que de vivre en ville pour 60$ même en faisant un bénéfice de 10 $.</p>
<p>La morale de cette histoire est claire. Un système de prix librement consenti permet aux hommes de faire un usage efficace des ressources dont ils disposent. S’ils sentent qu'ils peuvent améliorer leur bien-être en jouant sur les alternatives possibles de location, alors le système de prix de l’économie de marché participe effectivement à ce bien-être.</p>
<p><strong>Un usage alternatif du parc immobilier<br />
</strong></p>
<p>Considérons une autre alternative qui rajoute ses propres complications supplémentaires. Supposons que le terrain est maintenant occupé par les casernes qu’UCLA louerait à un taux équivalent à 50$ par mois pour chaque appartement – ou que le terrain soit vendu et les dividendes investis d’une manière acceptable à un taux d’intérêt équivalent à 50$. Avec 1000 appartements, ce revenu alternatif du capital, sous forme de location ou d’intérêt, serait donc de 50 000$ par mois au lieu des 30 000$ d'auparavant (quand le terrain était utilisé pour les casernes rénovées réservéss aux anciens combattants).</p>
<p>Dans le cas ou UCLA choisisse l’alternative de ne pas gérer un parc de « caserne», l’université pourrait garder 30 000$, lui permettant ainsi d’être à l’aise dans les deux configurations. Elle peut allouer les 20 000$ restants à <em>tous les anciens combattants</em>, dont nous estimons le nombre à disons 2500. Chaque ancien combattant reçoit 8$ par mois. Quel est l’avantage comparatif que l’ancien combattant obtient avec cette subvention?  (en comparaison aux autres alternatives déja revues plus haut).</p>
<p>Dans l’hypothèse où la sous-location des anciennes casernes n’est pas permise, 1000 anciens combattants choisiront d'y vivre en payant un loyer de 30$. Les 1500 restant ne recevront rien de l‘université. Maintenant, prenons l’hypothèse d’une utilisation du terrain sans caserne. Avec les 20 000$ qui seront distribués à tous les anciens combattants, il est clair que les 1500 d’entre eux qui n’avaient pas eu accès aux casernes seront gagnant : de seulement 8$ par mois et c’est mieux que rien. Néanmoins, nous ne pouvons pas généraliser pour les 1000 personnes restantes.  Certaines d’entre elles préfèreront les 8$ sans bénéficier d'appartements rénovés en caserne, tandis que d’autres auraient préféré bénéficier de ces appartements même sans les 8$.</p>
<p><strong>Autres possibilités</strong></p>
<p>Quand on permet la sous-location, il se trouve que 1500 anciens combattants n’en profiteront pas. Dès lors ils seront dans l’impossibilité de trouver un appartement. Mais le club des 1000 qui ont eu accés á un appartement ont le choix: soit de garder leur appartement à 30$ soit de le sous-louer à 40$ (et ainsi d’obtenir un gain net de 10$). Dans l’hypothèse de la gestion du terrain sans caserne, chaque ancien combattant precevra 8$ de la part d’UCLA. Les 1000 qui auraient bénéficiés des appartements en caserne sont légérement perdant. Néanmoins, s’il n’y avait que 1600 anciens combattants, de telle sorte que chacun ne reçoivent que 12,50 $ de l’université, ceux qui voulaient sous-louer s’y retrouveraient (et même ceux qui auraient préférés garder les appartements en caserne). Alors que l’alternative de la sous-location ne leur fait gagner que 10$.</p>
<p>Et bien sûr, plus la somme totale à partager entre anciens combattants est large, plus important est leur quote-part. Si la valeur du terrain sur le marché est de 80 000$, alors 50 000$ pourraient être divisés parmi les 2500 anciens combattants, leur donnant chacun 20$. On obtiendra, uniquement dans le cas de figure où UCLA fait un meilleur choix de l’usage de son terrain, une bien meilleure incitation á utiliser cette alternative puisqu'elle permet une meilleure distribution des espèces entre tout les bénéficiaires.</p>
<p><strong>Le marché maximise les alternatives pour tous ceux qui en ont besoin</strong></p>
<p>Résumons les conclusions que l’on peut tirer de cette série de choix possibles. On a commencé par envisager le cas de figure où les anciens combattants obtiendraient des appartements dans des casernes avec une location à 30$ par mois. Cette option nettoierait le marché de la location et cela sans avoir le droit de sous-louer. L’université fait un choix préférentiel non seulement en faveur des anciens combattants, mais aussi en faveur d'un type particulier d’anciens combattants. Elle favorise ceux qui préfèrent des appartements dans ces casernes à 30$ par mois plutôt que ceux qui préfèrent un appartement en ville pour 60$ par mois.</p>
<p>Maintenant, si la sous-location est permise, UCLA s'ouvre une autre option, valable pour les anciens combattants et ceux qui ne le sont pas. Ces anciens combattants qui préfèrent les appartements rénovés en caserne n’y perdent rien, et ceux qui préfèrent sous-louer y gagnent. De la même façon, certains étudiants préféreront sous-louer et d’autres non. Financièrement parlant, UCLA ne perdra rien en permettant ces choix alternatifs. L’introduction de droits de sous-location ne fait de tord à personne, et certains même en bénéficieront.</p>
<p>Néanmoins, si la sous-location est permise, les appartements gagnent en valeur. Même si un ancien combattant n’utilise pas l’appartement loué à 30$ pour son usage personnel, il fixera  un prix de location à 30$ sur lequel il se basera pour proposer une location à 40$. Le marché du logement des anciens combattants n’est pas encore renfloué : 2500 d’entre eux cherchent un appartement, alors qu’il n’y en a que 1000 disponibles. Avec une location fixe à 30$, sans interdiction à la sous-location, l’université crée une autre option parmi les anciens combattants. Elle renouvelle le choix, en favorisant les 1000 anciens combattants qui ont eu la chance d’acquérir les appartements alors qu’il y en avaient 2500 qui en demandaient.</p>
<p>Supposons qu'UCLA décide de sortir du marché des appartements pour anciens combattants. Et qu'en conséquence, elle vende le terrain ou le loue afin d'en tirer de meilleur profit. Elle pourrait mettre à la disposition des anciens combattants les recettes ainsi crées. Cette option n'aurait pas plu á certains anciens combattants qui préféreraint acquérir des appartements dans ces casernes et ne pas recevoir d'espèces en échange. Néanmoins, si l’université est capable de tirer de large profit, c.-à-d. de tirer parti des alternatives immobiliéres de son terrain, on verra, en consequence le nombre de plaintes baisser et celles-ci devenir moins insistantes. Dans tous les cas, ces anciens combattants qui n’avaient pas eu la chance d’obtenir des appartements bénéficieront finalement d'une distribution des recettes de l'université. Ainsi, elle pourra résoudra le problème de la discrimination préférentielle qui s’opérait au sein de sa population d'anciens combattants. Finalement, les ressources qui étaient disponibles pour ce groupe de favorisés sont devenues des options également distribuées entre tous les membres du groupe.</p>
<p>---<br />
<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5mZWUub3JnL3RoZV9mcmVlbWFuL2RldGFpbC9haWQtYWx0ZXJuYXRpdmVzLWFuZC1kaXNjcmltaW5hdGlvbiNpeHp6MkxNVUExNzAw">Sur le web</a>.<br />
Traduction Philippe Rouchy pour <em>Contrepoints</em>.</p>
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		<item>
		<title>La division du travail, à travers l&#039;exemple d&#039;une épingle</title>
		<link>http://www.contrepoints.org/2013/02/25/116072-la-division-du-travail-a-travers-lexemple-dune-epingle</link>
		<comments>http://www.contrepoints.org/2013/02/25/116072-la-division-du-travail-a-travers-lexemple-dune-epingle#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 25 Feb 2013 07:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Institut Coppet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[division du travail]]></category>
		<category><![CDATA[Horace Say]]></category>

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		<description><![CDATA[On néglige souvent le rôle de la division du travail pour améliorer nos conditions de vie. Horace Say explique pourquoi ce rôle est essentiel.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>On néglige souvent le rôle de la division du travail pour améliorer nos conditions de vie. Horace Say explique pourquoi ce rôle est essentiel.</strong></p>
<p><strong>Par Horace Say.</strong><span id="more-116072"></span></p>
<p><em><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMi8yMy9kaXZpc2lvbi1kdS10cmF2YWlsLW1vaS1sZXBpbmdsZS1wYXItaG9yYWNlLXNheS8=" target=\"_blank\">L'Institut Coppet</a> vous présente ce texte d'Horace Say, introduit par David Hart (traduction de celui-ci par Marc Lassort).</em></p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAyL0VwaW5nbGUuanBn"><img class="alignleft size-medium wp-image-116073" title="Epingle" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/Epingle-300x225.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="225" /></a><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSG9yYWNlX1NheQ==">Horace Say</a> (le fils de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvSmVhbi1CYXB0aXN0ZV9TYXk=">Jean-Baptiste</a>) reprend et approfondit l’histoire de la manufacture d’épingles d’<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy53aWtpYmVyYWwub3JnL3dpa2kvQWRhbV9TbWl0aA==">Adam Smith</a>, dans son article sur la « <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cud2lraWJlcmFsLm9yZy93aWtpL0RpdmlzaW9uX2R1X3RyYXZhaWw=">division du travail</a> » écrit pour le <em>Dictionnaire d’économie politique</em> (1852). Smith utilisait cette histoire dans <em>La richesse des nations </em>(1776) pour illustrer l’idée du pouvoir de la division du travail dont l’objet était d’augmenter la productivité dans l’usine. En divisant le processus manufacturier en plusieurs parties, et en ayant des travailleurs qui se spécialisent sur une seule tâche au lieu de plusieurs, la productivité globale d’une association de travailleurs augmentait considérablement. Horace Say a correctement montré en 1852 que cette idée pouvait être étendue en incluant les nombreux aspects de l’échange mondial qui ont rendu possible le travail dans les usines : les mineurs dans les pays étrangers qui creusaient le minerai, les travailleurs qui construisaient les bateaux transportant le minerai en Europe, les inventeurs qui ont créé le compas que le capitaine utilisait pour orienter le bateau, et ainsi de suite, dans des cercles toujours plus étendus. Cela était la preuve que chaque usine en Angleterre était dépendante des actions et des décisions de milliers, voire de millions d’autres personnes, qui constituaient les autres parties du système économique mondial. Say concluait en disant :</p>
<blockquote><p>« L’imagination s’effraye de l’étendue des recherches qu’il faudrait faire pour montrer ainsi tous les travaux qui ont été nécessaires pour amener à sa perfection le moindre des produits quelconque, dans l’une des branches de l’industrie manufacturière de nos sociétés modernes. »</p></blockquote>
<p>L’histoire de Say est très similaire de celle de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cHM6Ly93d3cud2lraWJlcmFsLm9yZy93aWtpL0xlb25hcmRfUmVhZA==">Leonard Read</a>, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDEvMTEvMTEwOTgyLWxlLW1hcmNoZS1leHBsaXF1ZS1wYXItbGEtbWV0YXBob3JlLWR1LWNyYXlvbg==">« Moi, le crayon »</a> qu’il écrivit en 1958. Peut-être que nous pourrions renommer l’essai d’Horace Say « Moi, l’épingle » afin de marquer les similarités entre ces deux grands penseurs de l’économie.</p>
<h2 style="text-align: center;"><strong>Division du travail : Moi, l’épingle. Par Horace Say</strong>.</h2>
<p style="text-align: center;">---</p>
<p>Le partage des occupations est une conséquence naturelle de la vie des hommes en société. C’est, en outre, un élément de force productive et de développement intellectuel. Dans l’enfance des sociétés, chaque individu, chaque famille, fabrique avec difficulté et d’une manière imparfaite les objets à son usage ; le plus sage, le vieillard de la tribu, conserve dans sa tête le trésor, encore bien faible, des connaissances acquises, et tâche de le transmettre par la parole à ceux qui doivent lui survivre. Mais, que les peuplades grandissent et se perfectionnent, et bientôt elles arrivent à sanctionner et fortifier le droit de propriété de chacun sur le fruit de ses œuvres, elles comprennent l’utilité des échanges librement consentis, et dès lors chacun peut se vouer aux occupations pour lesquelles il se sent le plus propre. Il produit, dans la branche de travaux à laquelle il se consacre ainsi, plus de résultats, plus de choses que ce qui lui est personnellement nécessaire ; il lui manque, d’un autre coté, tout ce qu’il ne peut faire par lui-même, et l’échange vient lui fournir le moyen de rétablir l’équilibre ; il donne ce qu’il a en excédent contre ce qui lui manque, et troque ainsi les services qu’il peut rendre contre ceux dont il a besoin.</p>
<p>Lorsque les peuples deviennent encore plus nombreux et plus éclairés, la division des travaux se prononce de plus en plus. Certains individus se vouent alors à la chasse, à la pêche, à la culture du sol, d’autres aux travaux manufacturiers ; il en est encore qui s’adonnent exclusivement à la culture de l’intelligence ; ceux-là découvrent les lois de la nature, que Dieu a mises à la disposition des hommes, à charge pour eux de les chercher, et de trouver ensuite les moyens d’en faire une application utile ; par là ils concourent, pour leur part, d’une manière efficace, à la production des richesses, sur l’ensemble desquelles vit la société.</p>
<p>Dans chacune des branches de la production, le partage des attributions s’étend et se ramifie ; les cultures s’adaptent à la nature du sol et aux circonstances atmosphériques dans lesquelles les terres sont placées ; là se cultivent les céréales, ailleurs la vigne ; ici on se livre à l’élevage des bestiaux, et ces différents produits s’échangent ensuite entre eux, aussi bien que contre les articles fabriqués.</p>
<p>Dans les industries qui transforment les matières premières en produits manufacturés, la division des occupations est bientôt poussée plus loin encore ; l’un travaille le fer, l’autre le bois ; d’autres transforment le lin, le chanvre, le coton, en fils et en tissus.</p>
<p>Pour faciliter les échanges, une grande industrie se développe encore, c’est celle qui se charge de mettre tous les produits à la portée des consommateurs, soit par le transport d’un lieu dans un autre, soit par la simple division sur place des marchandises en quantités proportionnées aux besoins individuels ; c’est le commerce. Là encore la division des occupations ne tarde pas à s’introduire ; ce ne sont pas les mêmes commerçants qui s’occupent des transports maritimes et des transports par voie de terre ou sur les fleuves ; ce ne sont pas les mêmes marchands qui vendent l’épicerie, la quincaillerie ou les tissus. Pour faciliter les opérations commerciales, il se crée, en outre, des agents intermédiaires : des banquiers, des agents de change, des courtiers.</p>
<p>On le voit, la division du travail est à la fois une conséquence et une cause du développement des peuples et des progrès qu’ils font dans toutes les branches des connaissances humaines. Elle tend constamment à s’étendre et n’est arrêtée que par le défaut d’étendue même du marché, c’est-à-dire par la limite que les besoins de la population posent à l’écoulement possible de chaque nature de produits.</p>
<p>Dans les campagnes éloignées, où l’on se livre à de grandes cultures, ceux qui travaillent aux champs soignent ensuite, auprès de leurs chaumières, quelques légumes pour leur usage ; tandis qu’aux environs des grandes villes, des maraîchers font leur unique profession de cultiver les plantes potagères et les fruits ; souvent même ils se livrent à une seule branche du jardinage ; il en est qui soignent exclusivement les fleurs et même une seule espèce de fleurs.</p>
<p>Dans un village où la consommation est peu étendue, l’industrie commerciale ne peut se diviser ; on y trouve souvent une seule boutique, celle de l’épicier, qui vend en même temps le sucre, le café et la chandelle, la mercerie, des clous, des plumes, de l’encre et du papier ; tandis que dans les villes chacune de ces branches devient l’objet d’entreprises commerciales différentes, dont chacune prend même souvent une grande importance. C’est ainsi que s’ouvrent, dans une capitale, de vastes magasins où l’on vend seulement du thé, ou des bougies ou du chocolat.</p>
<p>Mais c’est surtout dans l’industrie manufacturière que la division des occupations a permis d’arriver à de merveilleux résultats, et que son influence est devenue incomparable quant à l’augmentation des valeurs produites. Aussi les premiers économistes qui ont examiné avec un esprit d’analyse le grand mécanisme de la production des richesses ont-ils été d'abord frappés par ce grand phénomène.</p>
<p>Adam Smith en fait le point de départ de ses <em>Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations</em>.</p>
<blockquote><p>« Les plus grandes améliorations, dans la puissance productive du travail, dit-il en commençant son livre, et la plus grande partie de l’habileté, de l’adresse et de l’intelligence avec laquelle il est dirigé ou appliqué, sont dues, a ce qu’il semble, à la division du travail. »</p></blockquote>
<p>Et pour faire comprendre la portée de cette observation, il arrive immédiatement à présenter l’exemple d’une manufacture d’épingles, et montre quelle différence immense il y aurait, entre les résultats du travail d’un homme isolé, qui voudrait fabriquer lui-même des épingles de toute pièce, et ceux que chaque homme obtient dans une manufacture, où le travail est convenablement divisé entre des ouvriers d’aptitudes diverses. Là, ce n’est pas le même homme qui tire le fil de laiton, qui le dresse, qui le coupe, qui aiguise les pointes ; c’est un ouvrier spécial qui prépare le bout à recevoir la tête ; et cette tête d’épingle est elle-même l’objet de deux ou trois opérations différentes. Il faut ensuite blanchir les épingles ; enfin le piquage du papier et l’encartage sont encore des travaux distincts. C’est ainsi que l’important travail de faire une épingle est partagé en dix-huit opérations, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains diverses. La manufacture qu’avait visitée Adam Smith était, dit-il, peu importante et assez mal outillée ; elle occupait seulement dix ouvriers, et l’on y produisait cependant par jour 48 milliers d’épingles, soit en moyenne 4800 épingles par ouvrier. En présence d’une pareille production, et elle serait bien plus forte encore aujourd’hui à raison des progrès réalisés depuis le temps où Smith écrivait, que seraient les résultats auxquels arriverait l’individu qui voudrait à lui seul fabriquer des épingles ; à peine peut-être, à la suite d’un travail pénible, en ferait-il une vingtaine par jour.</p>
<p>J.-B. Say a pris ensuite l’exemple d’une fabrique de cartes à jouer, et il n’est aucune branche de l’industrie où l’on ne puisse ainsi constater l’immense accroissement de productions qui résulte de la mise en commun des efforts individuels par la division des occupations.</p>
<p>Si Smith avait fait remonter plus haut son esprit d’analyse, il aurait pu montrer que bien d’autres opérations partielles s’étaient réparties entre différents travailleurs pour amener à sa perfection ce petit produit de l’industrie humaine, dont la valeur est si minime, et qu’on appelle une épingle. Il aurait pu appeler l’attention sur le travail du mineur, qui amène à la surface du sol le minerai de cuivre, sur celui d’un mineur d’origine et de mœurs différentes, qui, dans une autre partie du monde peut-être, a dû extraire le minerai d’étain, nécessaire pour les alliages et pour le blanchiment de l’épingle. Mais, outre les travaux nécessaires pour amener ces métaux au degré de pureté qu’ils doivent avoir, il a fallu de plus les transporter par eau et par terre jusqu’à la porte de la fabrique d’épingles. Combien d’opérations diverses partagées entre un nombre infini de travailleurs, n’a pas nécessité la construction seule du navire employé au transport de l’étain, d’un port de l’Inde en Angleterre ! Et la boussole qui a été consultée pour diriger ce navire à travers les mers, combien a-t-il fallu de temps et d’observations diverses, séparées entre un grand nombre d’individus, pour que l’humanité fût en possession de cette découverte ! L’imagination s’effraye de l’étendue des recherches qu’il faudrait faire pour montrer ainsi tous les travaux qui ont été nécessaires pour amener à sa perfection le moindre des produits quelconque, dans l’une des branches de l’industrie manufacturière de nos sociétés modernes.</p>
<p>Pour en revenir à l’accroissement de force productive qui résulte dans une manufacture de la division du travail, Adam Smith l’attribue à trois causes : d’abord la plus grande habileté acquise par chaque ouvrier dans un travail simple et souvent répété ; ensuite l’économie du temps qui serait perdu en passant d’un travail à un autre ; enfin, la facilité donnée à l’esprit, constamment tendu vers un seul but, pour inventer des procédés plus rapides, ou même des machines qui viennent suppléer au travail humain.</p>
<p>Il est hors de doute que les deux premières de ces causes ont un grand effet ; l’économie du temps est précieuse en industrie, elle porte à la fois sur le travail individuel de l’ouvrier et sur les capitaux employés dans l’entreprise, les intérêts en sont moins lourds lorsque la rentrée en devient plus prompte.</p>
<p>Quant à l’invention des moyens expéditifs et des machines qui peuvent suppléer au travail humain, la séparation des occupations y conduit sans doute, et l’on cite plus d’un perfectionnement en mécanique dû aux ouvriers mêmes, dont l’invention nouvelle a permis d’économiser et de remplacer le travail. On se plaît à raconter qu’un jeune garçon chargé dans l’origine de tourner, au moment voulu, un robinet de l’une des premières machines à vapeur mise en mouvement, n’avait pas tardé à s’apercevoir qu’une ficelle, attachée à un certain bras du mécanisme, le remplaçait sans inconvénient ; il en avait profité pour aller jouer aux billes, et l’invention avait été immédiatement régularisée et appliquée par le mécanicien. Il faut toutefois reconnaître que ce n’est pas seulement à la division des occupations dans l’intérieur des manufactures que sont dues les grandes et nombreuses découvertes faites successivement dans les arts et les sciences. L’honneur en revient plutôt au partage des occupations entre tous les hommes ; c’est à cela, c’est à la puissance que peuvent acquérir les esprits, lorsqu’ils s’appliquent à un seul genre d’études, que sont dus les plus grands progrès, c’est-à-dire la découverte de toutes les lois de la nature, et la combinaison des moyens à employer pour en faire l’application au service de l’homme.</p>
<p>Les avantages de la division du travail pour la production des richesses sont donc incontestables ; mais pour faire ombre au tableau on n’a pas manqué de signaler les inconvénients qui peuvent en être la suite. Le plus saillant, celui qui était particulièrement de nature à frapper les esprits généreux, est l’effet que peut avoir sur le développement moral de l’ouvrier cette attribution d’un travail simple, toujours le même et incessamment répété. C’est une triste chose, a-t-on dit, pour celui qui touche à la fin de sa carrière de reconnaître que sa vie entière a été consacrée à faire des têtes d’épingles. Ceux qui présentent l’inconvénient de la division sous cette forme dramatique sont, en partie du moins, injustes envers l’humanité. L’homme ne doit pas ainsi être personnifié dans le seul travail, objet de sa profession ; en même temps qu’ouvrier il est membre d’une famille, il est citoyen ; en dehors du labeur qu’il donne en échange des services qu’il a besoin lui-même qu’on lui rende, il participe à tous les avantages de la grande société au milieu de laquelle il vit ; il profite pour sa part de tous les progrès qui se font autour de lui. Dans toutes les professions le travailleur a des instants de repos, et c’est surtout par l’emploi qu’il sait donner à ses moindres moments de loisir que l’homme se perfectionne et arrive à jouir des avantages généraux qui lui sont offerts. Un travail régulier et constamment le même n’éteint pas nécessairement l’intelligence, et le graveur qui pâlit pendant un an ou deux sur la même planche de cuivre ou d’acier pour produire un chef-d’œuvre, ne vit pas uniquement dans les hachures régulières que son burin place à côté les unes des autres.</p>
<p>Ce serait, du reste, rétrécir la question de la division du travail que de la voir et de l’étudier dans l’enceinte seulement d’une manufacture ; elle n’est pas moins curieuse à observer dans les petites fabriques d’une grande ville comme Paris. Là, les occupations et les travaux ne sont pas seulement divisés entre les ouvriers, mais encore entre un grand nombre de petits entrepreneurs d’industries travaillant chacun avec un petit capital, dirigeant à leur compte une entreprise et occupant un ou deux ouvriers avec un apprenti. Un seul petit objet de la fabrique parisienne est souvent ainsi le produit de la coopération successive de plusieurs entrepreneurs. Ainsi, la boite d’un nécessaire à ouvrage pour femme est faite par un ébéniste ; chacune des pièces qui doivent la garnir est faite par un entrepreneur distinct, un tourneur, un coutelier, un graveur-ciseleur, etc. ; et enfin un autre fabricant, sous le titre de garnisseur, réunit tout et dispose l’intérieur du nécessaire. Dans la fabrication des fleurs artificielles, la séparation d’attributions des ouvriers et des entrepreneurs est poussée tout aussi loin. La fabrication de ce qu’on nomme les préparations pour fleurs est très étendue et donne lieu à des entreprises importantes ; des fabricants spéciaux font les couleurs, les matrices, gaufrent les étoffes, font les étamines, les graines et les autres accessoires, et tous ces entrepreneurs livrent leurs produits, comme matières préparées, aux monteurs de fleurs ; parmi ceux-ci encore, les uns ne font que les boutons, d’autres montent seulement les rosés, d’autres encore des fleurs pour deuil, et ainsi de suite à l’infini. Cette grande division des travaux amène un remarquable bon marché dans les prix, en même temps qu’une grande perfection dans l’exécution. On peut remarquer aussi que dans cette population ouvrière si nombreuse, où chacun a une attribution de travail si peu étendue, la vivacité d’esprit et d’intelligence se développe beaucoup plus que dans les professions où les travaux sont moins partagés.</p>
<p>C’est ainsi que la division du travail facilite et étend considérablement la production ; mais elle est en même temps un puissant moyen d’investigation et de développement pour les connaissances humaines, et son influence mérite d’être étudiée par les philosophes, en même temps que par les économistes.</p>
<p>---</p>
<p>Cet article a été originellement publié sur le site du <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL29sbC5saWJlcnR5ZnVuZC5vcmcvP29wdGlvbj1jb21fc3RhdGljeHQmYW1wO3N0YXRpY2ZpbGU9ZnVsbF9xdW90ZS5waHAlM0ZxdW90ZT00MDAmYW1wO0l0ZW1pZD0yNzU=" target=\"_blank\">Liberty fund</a>. L’introduction a été rédigée par David M. Hart. Source : Horace Say, "Division du travail", <em>Dictionnaire de l’économie politique, </em>vol. 1, pp. 567-69.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Comment la bière a changé le cours de l&#039;humanité</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Feb 2013 07:30:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Minarchiste</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[alcool]]></category>
		<category><![CDATA[bière]]></category>

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		<description><![CDATA[Croyez-le ou non, la bière a changé le cours de l’humanité à de très nombreuses reprises!]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Croyez-le ou non, la bière a changé le cours de l’humanité à de très nombreuses reprises !</strong></p>
<p><strong>Par le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.</strong><span id="more-115961"></span></p>
<p>En fait, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5mcmVlcmVwdWJsaWMuY29tL2ZvY3VzL25ld3MvNzUwNzkwL3Bvc3Rz" target=\"_blank\">pour plusieurs anthropologues</a>, la bière a été inventée environ 3000 ans avant le pain. Des grains d’orge laissés dans une jarre dans laquelle de la pluie était tombée ont germé, puis une seconde pluie est venue déclencher le processus de fermentation, produisant un liquide qui une fois ingéré, causait une sensation grisante. C’est pour en produire plus que les humains du néolithique se sont mis à cultiver le grain, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL25ld3MubmF0aW9uYWxnZW9ncmFwaGljLmNvbS9uZXdzLzIwMDEvMDQvMDQyNF9rdXJ0YmVlci5odG1s" target=\"_blank\">passant du même coup de nomades à sédentaires</a>. La bière a donc déclenché la révolution néolithique durant laquelle les chasseurs-cueilleurs se sont mis à s’organiser en communautés axées sur l’agriculture céréalière. La poterie a ainsi dû être inventée comme premier artefact pour la production de bière, tout comme l’irrigation, la charrue et la roue.</p>
<p>Avec l’agriculture est aussi venu le besoin de développer les mathématiques, la monnaie, la comptabilité, l’écriture et le système cadastral. Certains dictionnaires les plus anciens étudiés par les anthropologues comportent jusqu’à 167 mots différents reliés à la bière. Le poème le plus ancien est un hymne sumérien adressé à la déesse de la bière ! La bière a donc accéléré la genèse des civilisations humaines…</p>
<div id="attachment_115962" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAyL0bDqnRlLWRlLWxhLWJpw6hyZS5wbmc="><img class="size-full wp-image-115962" title="Fête de la bière à Sumer" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/Fête-de-la-bière.png?c2fb0e" alt="" width="400" height="250" /></a><p class="wp-caption-text">Fête de la bière à Sumer</p></div>
<p>Les Égyptiens étaient de grands producteurs de bière, qui faisait à l’époque pleinement partie de leur alimentation. Les ouvriers qui bâtissaient les pyramides étaient d’ailleurs payés en bières. En analysant des squelettes d’habitants de la région du Nil datant de l’Égypte Antique, des archéologues ont découvert des traces de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2ZyLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9UJUMzJUE5dHJhY3ljbGluZQ==" target=\"_blank\">tétracycline</a>, un antibiotique découvert dans les années 40. Comment cela était-il possible ? <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2Zyam9obnBlY2suY29tL3RoZS1hbmNpZW50LWVneXB0aWFucy1pbnZlbnRlZC1hbnRpYmlvdGljcy8=" target=\"_blank\">Des analyses plus approfondies</a> ont révélé que la substance provenait des quantités substantielles de bière qu’ingéraient ces gens ! La tétracycline était naturellement présente dans la bière produite à cet endroit.</p>
<p>Au moyen-âge, l’eau des villes était excessivement polluée et non-potable. Les gens qui en buvaient devenaient malades en raison des bactéries qu’elle contenait. Conséquemment, la bière était le principal liquide ingéré, car le processus de fermentation tuait la majorité des bactéries, rendant ainsi le liquide potable. La bière a donc permis aux cités médiévales de se développer et de prospérer.</p>
<p>Au 17<sup>e</sup> siècle, un navire nommé le <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2VuLndpa2lwZWRpYS5vcmcvd2lraS9NYXlmbG93ZXI=" target=\"_blank\">Mayflower</a> quittait l’Angleterre pour l’Amérique pour y fonder la première colonie américaine. L’objectif était d’atteindre la Virginie, mais ils durent changer d’idée en cours de route… car ils manquaient de bière ! Le précieux liquide était le principal breuvage à bord car la bière était plus sécure que l’eau. <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5zdHJhaWdodGRvcGUuY29tL2NvbHVtbnMvcmVhZC8yNjI1L2RpZC10aGUtcGlsZ3JpbXMtbGFuZC1vbi1wbHltb3V0aC1yb2NrLWJlY2F1c2UtdGhleS1yYW4tb3V0LW9mLWJlZXI=" target=\"_blank\">Les colons ont donc modifié leur parcours</a> pour atteindre la berge plus rapidement, dans un endroit beaucoup plus au nord que la Virginie, qui allait être nommé Plymouth. En fait, ils sont d’abord arrivés à Cape Cod, mais comme il n’y avait pas de source d’eau douce, ils sont descendus un peu plus au sud sur la côte. À Plymouth, les colons ont utilisé des glands pour faire leur bière. Notez que l’histoire officielle veut qu’ils se soient perdus en mer en raison de tempêtes hivernales… Par ailleurs, Georges Washington et Thomas Jefferson étaient eux-mêmes des brasseurs de bière !</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAyL2JlZXIxX21heWZsb3dlci5wbmc="><img class="aligncenter size-full wp-image-115963" title="Trajet du Mayflower" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/beer1_mayflower.png?c2fb0e" alt="" width="500" height="382" /></a></p>
<p>Lorsque l’on pense à <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5icml0YW5uaWNhLmNvbS9FQmNoZWNrZWQvdG9waWMvNDQ1OTY0L0xvdWlzLVBhc3RldXI=" target=\"_blank\">Louis Pasteur</a>, on pense souvent au lait pasteurisé, mais en fait, Pasteur ne travaillait pas sur le lait. Ce sont ses études sur la bière qui l’ont mené à développer sa théorie des germes et à fonder la microbiologie dont nous bénéficions tant aujourd’hui. Pasteur cherchait à prolonger la durée de conservation de la bière. Les premières applications de ses trouvailles ont d’ailleurs été à l’industrie de la bière et du vin.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAyL2JlZXIyX3Bhc3RldXIuanBn"><img class="aligncenter" title="beer2_pasteur" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/beer2_pasteur-230x300.jpg?c2fb0e" alt="" width="230" height="300" /></a></p>
<p>Lorsqu’il est question de la ligne d’assemblage, beaucoup de gens attribuent cette invention à Henry Ford pour la production d’automobiles. En fait, c’est 10 ans auparavant, en 1903, que <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL2V6aW5lYXJ0aWNsZXMuY29tLz9CZWVyLVNhdmVzLXRoZS1EYXktQWdhaW4mYW1wO2lkPTczNDM1MTU=" target=\"_blank\">Michael Owens a inventé une machine</a> qui produisait mécaniquement des bouteilles de bière. Cette automatisation de la production a permis à Miller et Coors de grandement accroître leur production. L’autre grande invention motivée par la bière est la réfrigération et son dérivé la climatisation. C’est l’industrie de la bière qui a financé les recherches menant à ce développement technologique majeur. Les brasseurs cherchaient une façon de brasser les lagers à froid même durant l’été.</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnL3dwLWNvbnRlbnQvdXBsb2Fkcy8yMDEzLzAyL2JlZXI0X293ZW5zLmpwZw=="><img class="aligncenter size-medium wp-image-115965" title="beer4_owens" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/beer4_owens-300x237.jpg?c2fb0e" alt="" width="300" height="237" /></a></p>
<p>Le gouvernement aussi a engendré une innovation grâce à la bière. Lors de la prohibition dans les années 1920, une nouvelle forme de criminalité est apparue : le gangstérisme moderne. Grâce aux importants revenus découlant de la contrebande d’alcool, les <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy50aGVmaW5lcnRpbWVzLmNvbS8yMHRoLUNlbnR1cnktQ3JpbWUvb3JnYW5pc2VkLWNyaW1lLWluLXRoZS0xOTIwcy5odG1s" target=\"_blank\">organisations criminelles américaines ont pris énormément d’ampleur</a>. De nos jours, ce sont la prostitution et la drogue qui ont pris le relais.</p>
<p>Si le plaisir d’être éméché est un vice, on peut dire que ce vice a fait faire beaucoup de chemin à l’humain au cours des millénaires.<strong> La bière démontre bien que la poursuite de l’intérêt personnel motive le progrès et l’innovation. </strong>Dans ces circonstances, ne serait-il pas approprié de parler des dates historiques comme étant « avant la bière » et « après la bière », plutôt que de se référer à Jésus Christ ?</p>
<p>Article inspiré de <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jYW5hbGQuY29tL2VtaXNzaW9ucy9kb2N1LWQvNTA1NjMzMDU3LWNvbW1lbnQtbGEtYmllcmUtc2F1dmEtbGUtbW9uZGUv" target=\"_blank\">celui-ci</a> et <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5zYWJvdGFnZXRpbWVzLmNvbS90di1maWxtL2hvdy1iZWVyLXNhdmVkLXRoZS13b3JsZC8=" target=\"_blank\">celui-ci</a>.</p>
<p>---<br />
<a href="minarchiste.wordpress.com/2013/02/22/croyez-le-ou-non-la-biere-a-change-le-cours-de-lhumanite-a-de-tres-nombreuses-reprises/" target=\"_blank\">Sur le web</a></p>
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		<title>L’économie du nazisme : une étude historique</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Feb 2013 06:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoit Malbranque</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de l'économie]]></category>
		<category><![CDATA[économie du nazisme]]></category>
		<category><![CDATA[socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[troisième Reich]]></category>

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		<description><![CDATA[À l’occasion de la parution d’une traduction française d’un ouvrage de référence sur le sujet, retour sur la politique économique de l’Allemagne Nazie et ses résultats sur la structure productive allemande. Adam Tooze, Le Salaire de la Destruction, Belles Lettres, 2012 Par Benoît Malbranque. Un article de l'Institut Coppet. Il existe de l’histoire économique pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>À l’occasion de la parution d’une traduction française d’un ouvrage de référence sur le sujet, retour sur la politique économique de l’Allemagne Nazie et ses résultats sur la structure productive allemande. Adam Tooze, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5hbWF6b24uZnIvZXhlYy9vYmlkb3MvSVNCTj0yMjUxMzgxMTYzP3RhZz1saWJlcmF1eG9yZy0yMQ==">Le Salaire de la Destruction</a>, Belles Lettres, 2012</strong></p>
<p><strong>Par Benoît Malbranque</strong>.<strong><em> </em></strong><span id="more-115354"></span><br />
<em><em>Un article de<a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcv"> l'Institut Coppet</a>.</em></em></p>
<p>Il existe de l’histoire économique pour toutes les périodes et pour tous les pays. De l’économie babylonienne aux crises monétaires contemporaines, en passant par l’aventure des banquiers florentins du XVI<sup>e</sup> siècle, l’histoire économique embrasse l’humanité entière.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-43329" title="Pièces URSS Allemagne Nazie" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2011/08/Pièces-URSS-Allemagne-Nazie.jpg?c2fb0e" alt="" width="250" height="188" />À l’évidence, pourtant, certaines données historiques sont plus polémiques, plus explosives que d’autres. En tâchant de fournir une contribution positive à sa discipline, l’historien économique est parfois contraint à explorer des faits controversés. Il peut le faire avec honte, et essayer de contourner avec élégance les problèmes évidents que son sujet d’étude a dressés devant lui, ou il peut accepter avec responsabilité la lourde charge qui lui incombe. Le livre dont il est question ici relève de la seconde catégorie.</p>
<p>L’historiographie sur le nazisme est abondante et le flot de publications sur le sujet reste ininterrompu depuis la fin du second conflit mondial. Pourtant, peu d’auteurs peuvent se targuer d’avoir contribué de façon profonde à l’étude du passé nazi. De ce point de vue, tout comme il faut recommander les ouvrages d’Ernst Nolte ou de Götz Aly, il faut également recommander avec insistance le dernier livre d’Adam Tooze.</p>
<p><em>Le Salaire de la Destruction</em> n’est ni une étude sur le national-socialisme ni une histoire du NSDAP. Son but est de fournir l’analyse de l’économie sous le Troisième Reich, et sous de nombreux rapports, il y réussit fort bien. Il a surtout le mérite de mettre en évidence <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDgvMTYvOTM3OTQtam9zZXBoLWdvZWJiZWxzLXBvdXJxdW9pLW5vdXMtc29tbWVzLXNvY2lhbGlzdGVz">des tendances profondes du système économique nazi</a>, tendances qui, pour des raisons diverses, sont souvent méconnues.</p>
<p>La première de ces tendances a trait au système économique lui-même. Si l’on considère les mots « socialisme » ou « communisme » comme trop marqués idéologiquement pour être employés pour la description de l’économie nazie, alors on peut proscrire leur emploi, et Adam Tooze suit cette pratique tout à fait défendable. Cette précaution ne l’empêche pas pour autant, et c’est heureux, de décrire l’économie nazie comme un système interventionniste, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMDgvMTcvOTM2ODMtZ2l2ZS1tZS1hLWJyZWFrLXBhci1qb2huLXN0b3NzZWw=">une économie entravée de façon majeure par les lois et les réglementations</a>. Ainsi, Tooze fait remarquer, chiffres et règlements à l’appui, que « les premières années du régime d’Hitler virent l’imposition d’une série de contrôles sur les entreprises allemandes à un niveau sans précédent en période de paix. » (p.106)</p>
<p>Le livre de Tooze retrace l’évolution de la structure économique allemande, ainsi que celle des entraves que le pouvoir nazi plaça de façon croissante. Sur le plan de la fiscalité, il rappelle que la charge, notamment pour les entreprises, fut des plus lourdes. En mai 1935, par exemple, le régime introduisit une taxe progressive sur le chiffre d’affaires des entreprises, à un taux compris entre 2 et 4%. Puisque l’impôt était fixé sur le chiffre d’affaires et non sur le résultat brut de l’entreprise, il impliquait souvent que la moitié des profits devaient être payés pour cette seule taxe. Dans certains cas, note Tooze, des entreprises eurent à débourser la totalité de leurs profits de l’année uniquement pour payer ce nouvel impôt (p.93).</p>
<p>Fiscalité, dépense publique, réglementations, niveaux des prix et des salaires, <em>Le Salaire de la Destruction</em> n’ignore aucun aspect de l’économie nazie, et même sans prétention d’être exhaustif. Intéressante source de travail, l’ouvrage se révèle extrêmement stimulant, car très complet, pour tous les gourmands de la connaissance.</p>
<p>Il faut dire aussi que son livre vient combler un manque. Bien qu’extrêmement abondante, l’étude du passé nazi reste à ce jour lacunaire. Comme l’exprime vigoureusement Tooze, la focalisation des historiens sur certains grands aspects du Troisième Reich — et notamment l’antisémitisme et la politique génocidaire — a abouti au fait que, même aujourd’hui, « nous sommes en présence d’une historiographie à deux vitesses. Alors que notre intelligence des politiques raciales du régime et des rouages intérieurs de la société allemande sous le nazisme a été transformée au fil des vingt dernières années, <a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTIvMTAvMDYvOTk2NDgtbGUtc29jaWFsaXNtZS1lbi1jaGVtaXNlLWJydW5l">l’histoire économique du régime a fort peu progressé</a>. » Et Tooze de conclure : « L’ambition de ce livre est d’amorcer un processus de rattrapage intellectuel qui n’a que trop tardé. » (p.19)</p>
<p><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5jb250cmVwb2ludHMub3JnLzIwMTMvMDIvMjIvMTE1MzU0LWxlY29ub21pZS1kdS1uYXppc21lLXVuZS1ldHVkZS1oaXN0b3JpcXVlL3Rvb3plY291dg==" rel=\"attachment wp-att-115831\"><img class="alignright size-full wp-image-115831" title="Toozecouv" src="http://www.contrepoints.org/wp-content/uploads/2013/02/Toozecouv.png?c2fb0e" alt="" width="185" height="275" /></a>Tel est bien l’objectif de ce brillant ouvrage : remettre l’économie au centre de l’analyse du régime hitlérien en offrant « un récit économique qui aide à étayer les histoires politiques produites au cours de la génération passée et à en dégager le sens » (préface, p.20). L’intention de ce livre doit donc être saluée. Les commentateurs écrivent souvent cette phrase quand l’intention était bonne, mais que le contenu est décevant. Ce n’est pas le cas du livre d’Adam Tooze. Nous sommes face à l’œuvre sérieuse d’un grand historien, une œuvre qui mérite d’être lue et appréciée dans cette perspective.</p>
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<p><strong>À lire sur <em>Contrepoints</em> :</strong></p>
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<p><strong>À lire sur le site de l'Institut Coppet :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://www.contrepoints.org/?feed-stats-url=aHR0cDovL3d3dy5pbnN0aXR1dGNvcHBldC5vcmcvMjAxMy8wMS8yOS9mcmllZHJpY2gtaGF5ZWstbGEtY29uc3RpdHV0aW9uLWRlLWxhLWxpYmVydGUtMTk2MC8=">Friedrich Hayek, La constitution de la liberté (1960)</a></li>
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