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Économie internationale > Crise financière > Les illusions dangereuses du retour de l’Etat

Les illusions dangereuses du retour de l’Etat

lundi 16 février 2009 - Nicolas Baverez

La crise du capitalisme mondialisé entraîne un spectaculaire retour de l’Etat. Sur le plan financier, avec la recapitalisation et les garanties publiques apportées au secteur bancaire, voire la nationalisation de certains établissements de crédit. Sur le plan industriel, avec la multiplication des plans sectoriels de soutien à l’automobile, l’aéronautique ou la construction. Sur le plan économique, avec la réactivation des stratégies et des instruments de relance keynésienne et le renouveau de la régulation. Sur le plan social, avec l’extension des aides aux chômeurs, aux travailleurs peu qualifiés et aux pauvres. Sur le plan politique, avec l’appel à la puissance publique pour suppléer aux défaillances du marché en stabilisant l’activité, en contrôlant la finance et en intégrant les contraintes du développement soutenable du point de vue social et environnemental.

Le retour de l’Etat s’effectue dans un cadre national. La mobilisation des fonds publics et de la garantie des contribuables des pays développés débouche sur la renationalisation des politiques et des systèmes économiques. Le blocage du crédit bancaire conduit Etats et banques centrales à financer directement les entreprises et les ménages, en reconstituant des circuits nationaux spécialisés – par exemple pour l’automobile et l’aéronautique. Les contreparties en termes de maintien de l’activité, de l’emploi et des sites qui accompagnent les aides publiques s’appliquent au territoire de l’Etat qui les verse. Les plans de sauvetage des banques et les programmes de relance sont mis en œuvre sur une base purement nationale, même si les premiers firent l’objet d’une concertation au sein de l’Union européenne. Enfin, la crise entraîne un regain des pressions protectionnistes et une cascade de dévaluations compétitives, des Etats-Unis aux pays émergents en passant par le Royaume-Uni.

L’intervention de l’Etat est légitime et indispensable face à l’effondrement du crédit et au risque de déflation. Le capitalisme mondialisé ne peut continuer à fonctionner sans institutions politiques, sans règles partagées, sans supervision fiable. Pour autant, ce retour en force de l’Etat est loin de constituer l’antidote universel face à la crise et paraît gros de désillusions futures.

Pour au moins six raisons.

1/L’Etat a contribué à certains des déséquilibres qui ont produit la crise par des politiques monétaires laxistes, des réglementations mal conçues ou le financement de la consommation par la dette publique comme en France.

2/Son intervention massive dans la gestion du secteur productif crée une économie mixte, lourde de conflits d’intérêts et peu performante comme productrice de services, notamment en France où la qualité de l’éducation, de la santé, des transports publics, de la justice évolue de manière inversement proportionnelle aux moyens humains et financiers.

3/Le renouveau de l’Etat s’inscrit pour l’heure dans une logique défensive qui éclipse les fonctions de régulation et d’anticipation, alors qu’il faudrait, en priorité, investir, accélérer les restructurations d’entreprise, former la population à l’économie de la connaissance, encourager la transition vers des modes de production respectueux de l’environnement.

4/La montée du protectionnisme et les dévaluations compétitives vont transformer la récession en déflation du fait de l’effondrement des échanges et des paiements mondiaux.

5/L’Etat national a montré son inaptitude à maîtriser les risques du capitalisme mondialisé, dont la supervision passe par l’émergence de principes communs et la coordination étroite de régulateurs continentaux.

6/La transformation des banques centrales en mégastructures de défaisance et la dérive des dettes publiques des pays développés, qui atteindront de 80 % à 100 % du produit intérieur brut en sortie de crise, créent une nouvelle bulle plus dévastatrice encore que celle du crédit.

La reprise en main de l’économie par l’Etat n’est pas moins dangereuse que le mythe de l’autorégulation des marchés. L’Etat et le marché ne sont pas substituables, mais complémentaires et doivent tous deux se réformer.

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- Illustration sous licence Creative Commons : Ministére de l’Economie et des Finances

- Article initialement paru dans le Monde du 10 février 2009.


Forum

  • Les illusions dangereuses du retour de l’Etat
    mardi 16 février 2010, par Pierre DEVAUX

    Le retour de l’Etat français, au moins sur le plan financier, en permettant début 2009 aux banques privées de plonger la main dans les poches des contribuables, était paraît-il inévitable.

    On voit bien néanmoins, et pas seulement en France, que les banquiers savaient que l’Etat n’aurait pas d’autre choix que de les renflouer pour éviter la panique et l’écroulement du système bancaire et ont donc joué à leur profit, sans vrai risque pour eux, avec l’argent des contribuables, totalement désarmés.

    Suite à ce constat, aux US, le Président Obama a décidé le 21 janvier dernier de découper les organismes financiers dans l’espoir de faire disparaître des banques-trop-grandes-pour-faire-faillite (too big to fail). C’est bien mais on peut avoir des doutes sur le résultat notamment s’il laisse se développer des garanties croisées entre banques par des systèmes de "credit default swaps" (CDS) qui recréeront des jeux de dominos équivalents.

    Sans copier obligatoirement le principe du "Glass-Steagall Act" américain de 1933, serait-il si utopique, au moins en France, de recréer à côté des organismes privés exitants, une Banque Publique ayant des rôles limités de dépôt, gestion des comptes, et prêts orientés notamment sur les investissements des PME et autres priorités de développement ? Seuls les sommes déposées sur cette Banque seraient garanties par l’Etat.

    En contrepartie d’une rémunération faible des dépôts (entre zéro et l’inflation par exemple) les transactions par cartes de crédit y seraient gratuites comme les chèques. En parallèle une loi imposerait aux commerçants une ristourne de 2-3% sur tous les produits normalement payables par Visa ou Mastercard, et payés au contraire en espèces, par chèque ou avec la CB de la Banque Publique.

    Une telle séparation des genres éviterait d’avoir à réglementer et contrôler (processus coûteux et probablement assez inefficace) les organismes privés qui resteraient alors réglementées par le seul marché, où chacun pourrait essayer de faire plus de profit mais à ses propres risques et périls.

    Cordialement Pierre DEVAUX


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Nicolas Baverez

Nicolas Baverez, né le 8 mai 1961, est un avocat, énarque (promotion 1988), normalien, docteur en histoire et agrégé de sciences sociales, essayiste économique de tendance libérale classique. Il a été fortement influencé par la pensée de Raymond Aron.

Il est un des représentants principaux du déclinisme, dénonçant à travers la métaphore du déclin français, l’intervention de l’État, et la protection sociale dont l’immobilisme provoque une inadaptation au contexte actuel d’ouverture des frontières, et constitue un handicap pour son développement, face à l’essor rapide de nouveaux acteurs dynamiques qui profite de la nouvelle vague de croissance mondiale, à la différence de la France, et plus largement de l’Europe.

Nicolas Baverez est également chroniqueur à l’hebdomadaire Le Point. Il est membre du comité directeur de l’Institut Montaigne et collabore à la revue Commentaire.

Derniers ouvrages parus : La France qui tombe (2006), Psychanalyse de l’antilibéralisme : Les Français ont-ils raison d’avoir peur ? (2006), et Que faire ? : Agenda 2007 (2007).

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