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Le Coran et le recours à la coercition

mardi 26 février 2008 - Daniel Vignola

Dans son texte Islam et libéralisme, Pierre Lison soutient que le Coran favorise la liberté de conscience. Je le cite :

Au niveau de la liberté d’opinion et de religion, le Coran interdit toute imposition forcée de l’Islam à des non musulmans. Le Coran croît (sic) au libre-arbitre, conçu comme la liberté reconnue à chacun de choisir de croire ou de ne pas croire.

Lorsque certains musulmans, ou des régimes qui se disent Islamistes, violent ces injonctions favorables à la tolérance et au pluralisme religieux, ils ne font rien (de) moins que transgresser les dogmes les plus fondamentaux de l’Islam lui-même.

Pour supporter sa thèse d’un Coran tolérant, Pierre Lison en extrait trois passages :

2.256 Nulle contrainte en religion !

10.108 Ô gens ! Certes la vérité vous est venue de votre Seigneur. Donc, quiconque est dans le bon chemin ne l’est que pour lui-même ; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment.

18.29 Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie.

Commençons par replacer la dernière phrase dans son verset d’origine :

18.29 Et dis : "La vérité émane de votre Seigneur". Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie. Nous avons préparé pour les injustes un Feu dont les flammes les cernent. Et s’ils implorent à boire, on les abreuvera d’une eau comme du métal fondu brûlant les visages. Quelle mauvaise boisson et quelle détestable demeure !

Plusieurs versets dont le 2.193 et le 6.33 confirment que les injustes visés par 18.29 sont bel et bien ceux qui refusent l’islam. Le verset 2.257 qui succède à 2.256 cité plus haut contient les mêmes menaces que 18.29. On ne vous force donc pas à adopter l’islam mais on vous promet les pires supplices si vous ne le faites pas. À l’heure du châtiment, on fera valoir que vous méritez pleinement votre sort puisque vous avez fait le mauvais choix en toute connaissance de cause. Loin de reconnaître la liberté de choisir, ces versets en constituent des négations complètes. Si le verset 18.29 réfère aux châtiments imposés aux mécréants dans un enfer hypothétique, ça ne signifie pas pour autant qu’Allah exerce un monopole en matière de persécution. Toute une série de versets du Coran enjoignent les croyants à ostraciser et à persécuter les non-musulmans ici-bas. Ce sont précisément ces versets que les islamistes lisent et relisent pour se conforter dans leur conviction que le jihad est une activité noble et essentielle. De ces versets, Pierre Lison ne dit mot. En voici quatre parmi tant d’autres :

8.12 Affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.

9.123 Ô vous qui croyez ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous ; et qu’ils trouvent de la dureté en vous. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.

48.29 Mohamed est le Messager d’Allah. Et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux.

60.4 Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul.

Le principe d’abrogation

Dans plusieurs de ses versets, le Coran se décrit comme un livre parfait, sans contradiction :

4.82 Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes maintes contradictions !

6.38-39 Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre. (...) Et ceux qui traitent de mensonges Nos versets sont sourds et muets, dans les ténèbres.

Quelle est la logique interne du Coran qui lui permette de se proclamer sans contradiction alors que tout semble indiquer le contraire ? Comment expliquer l’apparente coexistence de versets prônant la persécution des non-musulmans avec d’autres qui semblent favorables à la tolérance religieuse ?

Pour résoudre le dilemme, on doit d’abord savoir que la production des versets du Coran a été échelonnée sur une période de presque vingt-trois ans (610-632). Les exégètes parlent d’une révélation graduelle :

17.106 (Nous avons fait descendre) un Coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le lises lentement aux gens. Et Nous l’avons fait descendre graduellement.

Les premiers versets proclamés par Mohamed à La Mecque sont généralement plus tolérants que ceux qu’il présenta peu de temps avant sa mort à Médine. Durant les premières années de l’islam, la vie de Mohamed en fut essentiellement une de recueillement, de prière et de prêche. Puisque les effectifs du prophète étaient fort limités à cette époque, on considéra donc inutile de proclamer des règles strictes au sujet de la mécréance, de la consommation d’alcool et de l’adultère notamment. Mohamed n’avait tout simplement pas les moyens de les faire appliquer.

Ce n’est qu’après l’arrivée de Mohamed et de ses fidèles à Médine que les campagnes militaires dirigées contre les tribus voisines commencèrent véritablement. À mesure que les effectifs de Mohamed s’accrurent sur le terrain, le niveau de tolérance des nouveaux versets diminua. L’arrivée de nouvelles prescriptions sur une question particulière rendaient caduques les anciennes généralement plus permissives sur la même question. La révélation graduelle permit d’atteindre deux objectifs : limiter l’opposition initiale des non-musulmans à la nouvelle religion (puisque les versets proclamés durant les premières années de l’islam étaient relativement tolérants) et endurcir progressivement les croyants, augmenter leur détermination à établir la république islamique :

25.32 Et ceux qui ne croient pas disent : "Pourquoi n’a-t-on pas fait descendre sur lui le Coran en une seule fois ? " Nous l’avons révélé ainsi pour raffermir ton cœur.

Les exégètes de l’islam utilisent le terme abrogation (naskh) pour décrire la procédure menant à l’annulation d’un verset plus ancien par un plus récent. Si plusieurs versets abordent une question particulière, un seul s’applique et c’est toujours le plus récent à avoir été produit. Voilà pourquoi le Coran peut déclarer de lui-même qu’il ne contient pas de contradiction :

2.106 Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est Omnipotent ?

13.39 Allah efface ou confirme ce qu’Il veut.

17.86 Si Nous voulons, Nous pouvons certes faire disparaître ce que Nous t’avons révélé.

Afin de distinguer les versets abrogatifs des versets abrogés, il faut se référer à l’ordre chronologique des sourates (chapitres) du Coran et non à leur ordre habituel de présentation. L’ordre habituel de présentation n’est qu’un agencement des 114 sourates du Coran de la plus longue à la plus courte (la première constituant une exception).

Voici donc l’ordre chronologique des sourates du Coran. Il sera utile pour comprendre ce qui motive les islamistes à choisir tel ou tel verset lorsqu’ils sont confrontés à une situation discutée dans plusieurs passages du Coran.

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Considérons trois des versets du Coran traitant de la consommation d’alcool pour illustrer comment s’applique le principe d’abrogation :

16.67 Des fruits des palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent.

4.43 Ô les croyants ! N’approchez pas de la Salat (prière) alors que vous êtes ivres, jusqu’à ce que vous compreniez ce que vous dites.

5.90 Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous en, afin que vous réussissiez.

Puisque le premier verset cité et le plus ancien des trois ne prescrit aucune restriction, la consommation d’alcool était permise lorsqu’il était en vigueur. L’arrivée du second verset amena l’abrogation de 16.67. À partir de ce moment-là, la consommation d’alcool devint sujette à des restrictions avant les séances de prières. Lorsqu’à son tour 5.90 fut proclamé, il abrogea 4.43 et la consommation d’alcool devint alors complètement interdite. Voilà pourquoi la prohibition prévaut dans les pays qui suivent la loi coranique.

La primauté du verset de l’épée

Quand Pierre Lison extrait du Coran les versets qui lui conviennent et tait l’existence de ceux qui l’embarrassent, il fait du lecteur le juge ultime de ce qui est acceptable dans le Coran. Certains des versets qu’il choisit sont sans doute réconfortants, par contre sa méthode d’interprétation du Coran est aux antipodes de ce que prône l’islam. En arabe, le terme islam ne signifie pas paix, liberté d’interprétation ou que sais-je encore ; il signifie soumission, complète reddition à Allah. Puisque l’islam considère le Coran comme l’expression même de la volonté d’Allah, voilà pourquoi il condamne l’interprétation personnelle :

4.59 Ô les croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-là à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation.

6.50 Dis[-leur] : "Je ne vous dis pas que je détiens les trésors d’Allah. (…) Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé."

Avant de conclure que les islamistes déforment le message du Coran, il est essentiel que les commentateurs qui défendent ce point de vue nous expliquent quand et pourquoi les versets coercitifs du Coran seraient devenus inopérants. Il ne suffit pas de cacher ces versets ou d’extraire du Coran des bouts de phrases hors contexte pour contrer l’argumentation islamiste.

Lorsque l’organisation égyptienne Jihad islamique assassina le président Anouar Sadate le 6 octobre 1981, elle laissa derrière elle un manifeste intitulé Al-Faridah al-Gha’ibah (Le devoir négligé). Son auteur Mohamed Abd al-Salam Faraj ainsi qu’Ayman al-Zawahiri, le médecin devenu idéologue et bras droit d’Oussama ben Laden, faisaient partie de l’organisation à l’époque.

Le devoir négligé constitue l’une des références les plus accessibles pour comprendre la logique islamiste. Il fut traduit en anglais et présenté en 1986 par Johannes J. G. Jansen sous le titre The Neglected Duty (Collier Macmillan Publishers, London). Le devoir négligé dont il est ici question c’est évidemment le jihad, le combat armé contre les non-musulmans et les apostats de l’islam pour établir la république islamique.

Dans son texte, l’auteur Faraj cita plusieurs autorités reconnues du Coran de différentes époques qui dissertèrent spécifiquement sur l’abrogation des versets tolérants à l’égard des non-musulmans. Ces autorités rappelèrent que le verset 9.5 surnommé le "verset de l’épée" fait partie de l’avant-dernière sourate à avoir été produite et qu’en conséquence, il doit primer sur la centaine de versets tolérants proclamés avant lui. Il s’agit là d’une autre application du principe d’abrogation comparable à celle qui permet d’élucider les apparentes contradictions du Coran concernant la consommation d’alcool :

9.5 (Verset de l’épée) Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat (prière) et acquittent la Zakat (charité), alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur (sic) et Miséricordieux.

Le terme "associateurs" mentionné dans le verset 9.5 réfère à ceux qui vénèrent d’autres dieux qu’Allah. Le dogme chrétien de la trinité voulant que Dieu se révèle en trois entités distinctes mais indivisibles – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – constitue un exemple d’association nommément dénoncée par le Coran aux versets 4.171 et 5.72-73.

Le mythe du jihad à caractère défensif

Dans son texte Islam et libéralisme, Pierre Lison reconnait que la lutte armée, le jihad constitue l’une des facettes de l’islam. Il le circonscrit cependant à "une guerre défensive entreprise pour protéger la communauté islamique". Si tel avait été le cas, il eut été question d’une légitime politique d’autodéfense.

Les notions d’attaque et de défense auxquelles réfère le Coran sont d’un tout autre ordre. Aucun exercice de violence n’est requis de la part des prétendus attaquants pour que l’islam se considère attaqué et donc qu’il se défende. Le simple refus d’individus libres de se soumettre à Allah et à ses principes constitue pour l’islam une attaque envers Allah et une manifestation d’orgueil qui doit être réprimée :

31.7 Et quand on lui récite Nos versets, il tourne le dos avec orgueil, comme s’il ne les avait point entendus, comme s’il y avait un poids dans ses oreilles. Fais-lui donc l’annonce d’un châtiment douloureux.

45.8 Il entend les versets d’Allah qu’on lui récite puis persiste dans son orgueil, comme s’il ne les avait jamais entendus. Annonce-lui donc un châtiment douloureux.

Loin de déformer le Coran, les islamistes ne font qu’en appliquer scrupuleusement les principes lorsqu’ils multiplient les attentats contre des non-musulmans. Selon l’esprit et la lettre du Coran, ils défendent Allah contre la mécréance.

Dès qu’un musulman renonce à sa foi, dès qu’un non-musulman persiste dans son refus de se convertir à l’islam, il est passible du châtiment que le Coran réserve à ceux qu’il considère avoir attaqué l’islam :

2.193 Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul. S’ils cessent, donc plus d’hostilités, sauf contre les injustes.

3.86-87 Comment Allah guiderait-Il des gens qui n’ont plus la foi après avoir cru et témoigné que le Messager est véridique, et après que les preuves leur sont venues ? Allah ne guide pas les gens injustes. Ceux là, leur rétribution sera qu’ils auront sur eux la malédiction d’Allah, des Anges et de tous les êtres humains.

Voilà pour le caractère défensif du jihad : une légende qui ne résiste pas à l’analyse Vous aurez noté que dans les deux derniers versets cités aucune forme d’agression physique n’est mentionnée. L’attaque contre laquelle le Coran ordonne de se défendre, le crime que le Coran commande à ses fidèles de châtier c’est celui de ne pas avoir accepté l’islam. Point à la ligne. On est à cent lieues d’une légitime politique d’autodéfense. On est à cent lieues d’une doctrine reconnaissant la liberté de conscience.

Il ne manque pas de commentateurs et de leaders d’opinion pour chercher à nous convaincre des vertus pacifiques du Coran. Leur argumentation tient de la pensée magique. Ils s’imaginent qu’en passant sous silence les versets liberticides du Coran, ceux-ci disparaîtront comme par enchantement. Qu’ils se détrompent ! Comme l’affirmaient Ayaan Hirsi Ali, Salman Rushdie et d’autres intellectuels dans leur Manifeste des douze, la lutte contre l’islamisme ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Voilà pourquoi il est essentiel non pas de cacher mais d’exposer les directives et les concepts du Coran qui inspirent et confortent les islamistes dans le jihad infernal qu’ils mènent à travers le monde.

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- Article sous licence Creative Commons : (Corán)

Forum

  • Le Coran et le recours à la coercition
    vendredi 21 mai 2010, par clemence66
    Pendant la première guerre mondiale l’église a été mobilisé contre "ces diables de lutheriens", l’islam sert de "lien mobilisateur" après l’echec du "nasserisme" ou de la troisième voie socialiste pro-URSS. Quand le monde arabo-musulman estimera n’être plus occupé par l’occident, l’islam redevie ndra ce qu’il a toujours été : une religion comme une autre !
  • Le Coran et le recours à la coercition
    samedi 3 avril 2010

    L’islam (versets coraniques et hadiths) vus et compris par un agnostique

    http://www.de-la-vie.com/reflexions-verseau/coran.htm

    http://www.de-la-vie.com/6-religions/paradis-allah.htm

    http://www.de-la-vie.com/6-religions/jesus-mahomet.htm

    http://www.de-la-vie.com/6-religions/reflectionssectes/reflections-sectes.htm

  • Le Coran et le recours à la coercition
    lundi 13 avril 2009

    Bonjour,

    M. Vignola, je pense que votre réaction à mon intervention dans ce forum est animée sans doute de votre bonne foi. Ceci se manifeste par les explications et les références que vous nous avez apportées pour étayer vos propos. Toutefois, je regrette fort que votre démarche s’arrête juste à la citation de certains versets et hadiths, sans rechercher du tout à les contextualiser. Ce qui rend le travail moins sérieux et moins convaincant. En effet, je crois que vous n’êtes pas sans savoir que les raccourcis de ce genre sont plus que nuisibles à toute réflexion scientifique. Certes, les références existent bel et bien, là n’est pas mon propos. Mais, le fait de ne pas mentionner que certains versets ont été révélés en pleine guerre ou en plein conflit grave qui opposait les commuautés n’est pas une mahonnêteté intellectuelle de votre part, cependant constitue à mon sens une omission volontaire de votre part. Parce que vous souhaiteriez ardemment que vous convainquissiez. Recontextualisons les choses et on verra que leurs accents actuels ne sont en rien le reflet mécanique que vous souhaiteriez les revêtir. Précisons que les musulmans ont répondu aux attaques quasiment 15 ans après avoir été attaqués et non point pour se faire plaisir. Certes, ils avaient le courage et la volonté de se battre jusqu’à la mort pour se défendre, si tel est leur grave forfait et ces qualités sont à vos yeux des défauts gravissimes, alors vous pouvez nous persuader de la thèse suivante : tous les musulmans sont mauvais parce que l’islam est mauvais.

    Mes salutations.

  • Le Coran et le recours à la coercition
    mardi 24 mars 2009, par Daniel Vignola

    Un participant à ce forum refuse d’accepter le principe d’abrogation et ses implications en déclarant solennellement "Je connais un islam tolérant". J’admets volontiers qu’il soit fréquent de rencontrer des musulmans tolérants. Est-ce là la preuve que l’islam comme tel soit tolérant ? S’il fallait uniquement examiner la conduite des tenants d’une doctrine pour tirer des conclusions sur celle-ci, on pourrait tout aussi bien dire que l’islam approuve la consommation d’alcool puisqu’on qu’on connait sans doute tous des musulmans qui apprécient un bon vin à l’occasion.

    Puisque l’islam se déclare une religion révélée, il est indispensable que le Coran, les hadiths et la vie du prophète soient au cœur du débat sur la nature de l’islam. Rappelons que les hadiths constituent la seconde source du droit islamique. Ils consignent les paroles et les gestes du prophète Mohamed tels qu’ils furent décrits par des témoins visuels.

    Ceux qui soutiennent que l’islam est une religion tolérante devraient nous expliquer là où les islamistes errent quand ils citent de nombreux versets du Coran extrêmement spécifiques pour justifier leur jihad. À défaut de recevoir une telle démonstration, on a tout intérêt à poursuivre l’étude du Coran pour comprendre et stopper l’offensive qui se déroule à travers le monde.

    L’abrogation des versets tolérants par les versets coercitifs du Coran n’est pas une concoction de mon cru mais un élément essentiel de l’islam. Permettez-moi de citer deux des cas d’abrogation mentionnés dans le Coran arabe-anglais publié par le King Fahd Complex For The Printing Of The Holy Qur’an d’Arabie Saoudite en l’an 1417 du calendrier musulman (1996). Il ne s’agit pas donc pas d’applications personnelles que j’ai faites du principe général d’abrogation mais de conclusions spécifiques formulées par les plus hautes autorités religieuses de l’islam sunnite.

    Au bas de la page 670, il est précisé que la prescription du verset 43.89 qui demande aux musulmans de simplement s’éloigner des mécréants a été abrogée par le verset 9.5 qui commande de les combattre. Voici les deux extraits en question :

    43.86-89 – abrogé – Et ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui (Allah) n’ont aucun pouvoir d’intercession, à l’exception de ceux qui auront témoigné de la vérité en pleine connaissance de cause. Et si tu leur demandes qui les a créés, ils diront très certainement : "Allah". Comment se fait-il donc qu’ils se détournent ? Et sa parole (la parole du Prophète à Allah) : "Seigneur, ce sont là des gens qui ne croient pas". Et bien, éloigne-toi d’eux (pardonne-leur) ; et dit : "Salut !" Car ils sauront bientôt.

    9.5 (Verset de l’épée) – abrogatif – Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat (prière) et acquittent la Zakat (charité), alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur (sic) et Miséricordieux.

    Dans une note au bas de la page 21 cette fois-ci, on précise que le verset 2.109 demandant de pardonner et d’oublier les gens du Livre a été abrogé par le verset 9.29 qui commande encore une fois de les combattre. Dans ce cas-ci, le Livre c’est la Bible et les gens du Livre ce sont les chrétiens et les juifs. Voici donc les deux passages :

    2.109 – abrogé – Nombre de gens du Livre aimeraient par jalousie de leur part, pouvoir vous rendre mécréants après que vous ayez cru. Et après que la vérité s’est manifestée à eux ? Pardonnez et oubliez jusqu’à ce qu’Allah fasse venir Son commandement. Allah est très certainement Omnipotent !

    9.29 – abrogatif – Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés.

    La capitation à laquelle le verset 9.29 réfère est un tribut, une taxe spéciale (jyziah en arabe) que les chrétiens et les juifs doivent verser pour avoir la vie sauve là où la charia est appliquée. Dans un document discutant du traitement des mécréants en terre musulmane, l’ayatollah Khomeini (chiite) énumérait d’autres règles devant être observées afin d’humilier les non-musulmans conformément aux exigences de 9.29 :

    1. Les tributaires ne peuvent vexer ou ennuyer les musulmans ;

    2. Les tributaires ne peuvent établir de synagogues ou faire sonner les cloches d’une église ;

    3. Il est inacceptable qu’un tributaire change de religion si sa nouvelle religion n’est pas reconnue par son ancienne. Ainsi un juif ne peut se convertir à la foi baha’i. Il peut seulement choisir entre l’islam et l’exécution (sic) ;

    4. Les édifices érigés par les tributaires ne peuvent dépasser ceux qui appartiennent aux musulmans des environs ;

    5. Les infidèles, qu’ils soient tributaires ou non-tributaires, n’ont pas le droit de promouvoir leur religion, de publier leurs livres dans des pays islamiques ainsi que d’inviter les musulmans et leurs enfants à participer à leurs activités religieuses.

    Référence : Ruhollah Khomeini , A Clarification of Questions, Westview Press, Boulder, 1984, pp. 430-432.

    À l’heure où les pétrodollars d’Arabie Saoudite affluent pour assurer le financement de mosquées, de centres islamiques et d’instituts universitaires partout à travers le monde occidental, il est indispensable de se familiariser avec les principes coraniques tels qu’interprétés par les autorités religieuses de ce pays. Après tout, si les autorités d’Arabie Saoudite financent tout un réseau d’institutions ce n’est pas pour y propager autre chose que ce qu’elles impriment et défendent chez elles.

    À ceux qui doutent encore de l’ampleur de l’offensive saoudienne, allez simplement consulter la liste des projets soutenus par l’Arabie Saoudite à travers le monde. Elle se trouve sur un site saoudien honorant la mémoire du roi Fahd décédé en 2005.

    Jugurta, un autre participant à ce forum, suggère qu’un islam modéré pourrait trouver ses fondements dans les versets souvent abrogés de La Mecque plutôt que dans les versets coercitifs de Médine comme c’est le cas actuellement. Voilà précisément l’idée que le théologien soudanais Mahmoud Mohamed Taha chercha à promouvoir. Sa démarche l’amena également à prôner la reconnaissance de la liberté de conscience et la fin de la discrimination systématique à l’égard des femmes. Ayant heurté de plein fouet le message du Coran, Taha fut reconnu coupable d’apostasie, condamné à mort et exécuté à Khartoum en 1985 à l’âge de 76 ans conformément aux règles de la charia.

    D’autres musulmans modérés comme Irshad Manji ont pris le relai de Taha malgré les incessantes menaces de mort pour apostasie dont ils font l’objet. Bien que leur courage ne fasse aucun doute, il serait illusoire de croire qu’ils puissent à eux seuls venir à bout de l’islamisme. D’une part leurs moyens sont extrêmement limités face aux pétrodollars de l’islamisme et d’autre part leur approche fondée sur l’idée d’une réforme de l’islam contredit la lettre même des textes de la religion dont ils se réclament.

    Quand Luther condamnait la papauté, il plaidait qu’elle avait dénaturé le christianisme original en y introduisant des notions étrangères comme la vente des indulgences, la transsubstantiation, etc. Dans le cas des réformateurs actuels de l’islam, ils n’ont même pas la possibilité de pouvoir accuser leurs opposants d’hérésie puisque ce sont eux qui cherchent à modifier la doctrine en en extrayant les éléments coercitifs.

    Quand on désire réformer une religion dont le nom même signifie soumission, soumission à la parole d’Allah, ce genre de considération ne peut être négligé si on désire évaluer avec réalisme les chances de succès d’une campagne visant les plus fervents de ses croyants .

    33.36 Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s’est égaré certes, d’un égarement évident.

    Sur la page d’accueil de son site internet, Irshad Manji déclare en toutes lettres favoriser une réforme musulmane alors que l’idée même de réformer l’islam est considérée comme une manifestation d’apostasie dans le Coran.

    2.11-15 Et quand on leur dit : "Ne semez pas la corruption sur la terre", ils disent : "Au contraire nous ne sommes que des réformateurs !" Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte. Et quand on leur dit : "Croyez comme les gens ont cru", ils disent : "Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit ? " Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : "Nous croyons" ; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : "Nous sommes avec vous ; en effet, nous ne faisions que nous moquer (d’eux)". C’est Allah qui Se moque d’eux et les endurcira dans leur révolte et prolongera sans fin leur égarement.

    Les versets 3.86-87 prévoient que les apostats de l’islam verront s’abattre sur eux "la malédiction d’Allah, des Anges et de tous les êtres humains". Les hadiths sont encore plus spécifiques.

    Hadith Sahih Bukhari 4.52.260 Le Prophète déclara : "Si quelqu’un (un musulman) rejette sa religion, tuez-le"

    Hadith Sahih Bukhari 9.83.17 L’Apôtre d’Allah déclara : "Le sang d’un musulman qui reconnait que nul n’a le droit d’être adoré sauf Allah et que je suis Son Apôtre ne peut pas être versé sauf dans trois cas : comme revanche (qisas) pour un meurtre, par la personne mariée qui a commis des activités sexuelles illégales et par la personne qui quitte l’islam (l’apostat) et abandonne les musulmans".

    Hadith Sahih Bukhari 9.84.57 Quiconque change sa religion islamique, tuez-le !

    Bien que l’authenticité de plusieurs hadiths soit contestée, la collection de Bukhari fait l’unanimité chez les sunnites. Elle est considérée sahih (authentique).

    En terminant, il est bon de rappeler que très souvent les versets dits tolérants contiennent eux-mêmes l’annonce des versets coercitifs à venir. Ainsi, après avoir simplement enjoint les croyants de s’éloigner des non-musulmans, le verset 43.89 (cité plus haut) n’en prédit pas moins les mauvaises nouvelles à venir pour les mécréants : "Éloigne-toi d’eux car ils sauront bientôt".

    Le verset 2.109 (également cité plus haut) est encore plus explicite. Il ne demande pas simplement aux croyants de pardonner et d’oublier les chrétiens et les juifs mais bien de les pardonner et de les oublier jusqu’à ce qu’Allah fasse venir Son commandement. Puisque le commandement de combattre les chrétiens et les juifs est bel et bien venu après avoir été annoncé, comment ceux qui se réclament du Coran peuvent-ils justifier de revenir à des versets qui mentionnaient explicitement leur nature temporaire ?

    Les menaces implicites qu’on retrouve même dans des versets considérés tolérants de la période mecquoise démontre bien que de La Mecque à Médine, l’islam n’a pas fondamentalement changé de nature. Il n’a qu’adapté ses tactiques au renforcement de ses effectifs sur le terrain : la violence si nécessaire mais pas nécessairement la violence.

    • Le Coran et le recours à la coercition
      dimanche 16 août 2009, par Jean ROCHE

      Je ne crois pas que des non-musulmans puissent dire que le "vrai Islam" est ceci ou cela (déjà que les musulmans ne sont pas d’accord entre eux...). Il reste quand même qu’historiquement, à chaque fois que le rapport de forces l’a permis, c’est le programme djihadiste offensif de la sourate 9 qui a été appliqué, avec des centaines de millions de morts...

      Et actuellement, des millions de musulmans s’évertuent à rétablir en leur faveur ce rapport de forces perdu depuis un peu plus de deux siècles, par divers moyens.

      • bravo pour ce texte
        vendredi 18 décembre 2009, par LOmiG

        Bravo pour ce texte clair et détaillé... ! Il faut par ailleurs juger un arbre à ses fruits : où et quand l’islam a produit autre chose que des sociétés fermées, archaïques, mysogynes, intolérantes ?

        Il y a une pratique modérée de l’islam, mais il n’y a pas d’islam modéré. (C’est Anne-Marie Delcambre, islamologue, qui s’exprime ainsi).

        • bravo pour ce texte
          mardi 15 juin 2010, par Georges

          Le Coran est une pierre précieuse enfermée dans une gangue hideuse. Une réaction de rejet brutal est parfaitement normale lorsqu’il est abordé en surface.

          L’intellect est une marche nécessaire pour accéder au Coran mais l’intellect seul ne permet pas d’atteindre son coeur : le pur intellectuel reste bloqué sur un cercle très éloigné de son centre.

          "je ne crois pas qu’il existe une seule religion, mais je crois que si chacun va au coeur de sa propre religion, alors il atteindra le coeur des autres religions"
          — Ghandi

          En conclusion, il n’y a que le coeur de l’homme qui permet d’atteindre le Coran...

          PS : pour répondre à la remarque, il existe un Islam modéré, car l’essence même de l’Islam est modération en toute chose de la vie. Le reste n’est que médiatisation extrémiste. Les gens qui prétendent à être des "islamologues" alors qu’ils ne font qu’accumuler des "connaissances" éparses sans savoir les digérer n’apportent que confusion au milieu de la confusion...

  • Le Coran et le recours à la coercition
    mardi 24 mars 2009, par Daniel Vignola

    Un participant à ce forum refuse d’accepter le principe d’abrogation et ses implications en déclarant solennellement "Je connais un islam tolérant". J’admets volontiers qu’il soit fréquent de rencontrer des musulmans tolérants. Est-ce là la preuve que l’islam comme tel soit tolérant ? S’il fallait uniquement examiner la conduite des tenants d’une doctrine pour tirer des conclusions sur celle-ci, on pourrait tout aussi bien dire que l’islam approuve la consommation d’alcool puisqu’on qu’on connait sans doute tous des musulmans qui apprécient un bon vin à l’occasion.

    Puisque l’islam se déclare une religion révélée, il est indispensable que le Coran, les hadiths et la vie du prophète soient au cœur du débat sur la nature de l’islam. Rappelons que les hadiths constituent la seconde source du droit islamique. Ils consignent les paroles et les gestes du prophète Mohamed tels qu’ils furent décrits par des témoins visuels.

    Ceux qui soutiennent que l’islam est une religion tolérante devraient nous expliquer là où les islamistes errent quand ils citent de nombreux versets du Coran extrêmement spécifiques pour justifier leur jihad. À défaut de recevoir une telle démonstration, on a tout intérêt à poursuivre l’étude du Coran pour comprendre et stopper l’offensive qui se déroule à travers le monde.

    L’abrogation des versets tolérants par les versets coercitifs du Coran n’est pas une concoction de mon cru mais un élément essentiel de l’islam. Permettez-moi de citer deux des cas d’abrogation mentionnés dans le Coran arabe-anglais publié par le King Fahd Complex For The Printing Of The Holy Qur’an d’Arabie Saoudite en l’an 1417 du calendrier musulman (1996). Il ne s’agit pas donc pas d’applications personnelles que j’ai faites du principe général d’abrogation mais de conclusions spécifiques formulées par les plus hautes autorités religieuses de l’islam sunnite.

    Au bas de la page 670, il est précisé que la prescription du verset 43.89 qui demande aux musulmans de simplement s’éloigner des mécréants a été abrogée par le verset 9.5 qui commande de les combattre. Voici les deux extraits en question :

    43.86-89 – abrogé – Et ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui (Allah) n’ont aucun pouvoir d’intercession, à l’exception de ceux qui auront témoigné de la vérité en pleine connaissance de cause. Et si tu leur demandes qui les a créés, ils diront très certainement : "Allah". Comment se fait-il donc qu’ils se détournent ? Et sa parole (la parole du Prophète à Allah) : "Seigneur, ce sont là des gens qui ne croient pas". Et bien, éloigne-toi d’eux (pardonne-leur) ; et dit : "Salut !" Car ils sauront bientôt.

    9.5 (Verset de l’épée) – abrogatif – Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat (prière) et acquittent la Zakat (charité), alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur (sic) et Miséricordieux.

    Dans une note au bas de la page 21 cette fois-ci, on précise que le verset 2.109 demandant de pardonner et d’oublier les gens du Livre a été abrogé par le verset 9.29 qui commande encore une fois de les combattre. Dans ce cas-ci, le Livre c’est la Bible et les gens du Livre ce sont les chrétiens et les juifs. Voici donc les deux passages :

    2.109 – abrogé – Nombre de gens du Livre aimeraient par jalousie de leur part, pouvoir vous rendre mécréants après que vous ayez cru. Et après que la vérité s’est manifestée à eux ? Pardonnez et oubliez jusqu’à ce qu’Allah fasse venir Son commandement. Allah est très certainement Omnipotent !

    9.29 – abrogatif – Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés.

    La capitation à laquelle le verset 9.29 réfère est un tribut, une taxe spéciale (jyziah en arabe) que les chrétiens et les juifs doivent verser pour avoir la vie sauve là où la charia est appliquée. Dans un document discutant du traitement des mécréants en terre musulmane, l’ayatollah Khomeini (chiite) énumérait d’autres règles devant être observées afin d’humilier les non-musulmans conformément aux exigences de 9.29 :

    1. Les tributaires ne peuvent vexer ou ennuyer les musulmans ;

    2. Les tributaires ne peuvent établir de synagogues ou faire sonner les cloches d’une église ;

    3. Il est inacceptable qu’un tributaire change de religion si sa nouvelle religion n’est pas reconnue par son ancienne. Ainsi un juif ne peut se convertir à la foi baha’i. Il peut seulement choisir entre l’islam et l’exécution (sic) ;

    4. Les édifices érigés par les tributaires ne peuvent dépasser ceux qui appartiennent aux musulmans des environs ;

    5. Les infidèles, qu’ils soient tributaires ou non-tributaires, n’ont pas le droit de promouvoir leur religion, de publier leurs livres dans des pays islamiques ainsi que d’inviter les musulmans et leurs enfants à participer à leurs activités religieuses.

    Référence : Ruhollah Khomeini , A Clarification of Questions, Westview Press, Boulder, 1984, pp. 430-432.

    À l’heure où les pétrodollars d’Arabie Saoudite affluent pour assurer le financement de mosquées, de centres islamiques et d’instituts universitaires partout à travers le monde occidental, il est indispensable de se familiariser avec les principes coraniques tels qu’interprétés par les autorités religieuses de ce pays. Après tout, si les autorités d’Arabie Saoudite financent tout un réseau d’institutions ce n’est pas pour y propager autre chose que ce qu’elles impriment et défendent chez elles.

    À ceux qui doutent encore de l’ampleur de l’offensive saoudienne, allez simplement consulter la liste des projets soutenus par l’Arabie Saoudite à travers le monde. Elle se trouve sur un site saoudien honorant la mémoire du roi Fahd décédé en 2005.

    Jugurta, un autre participant à ce forum, suggère qu’un islam modéré pourrait trouver ses fondements dans les versets souvent abrogés de La Mecque plutôt que dans les versets coercitifs de Médine comme c’est le cas actuellement. Voilà précisément l’idée que le théologien soudanais Mahmoud Mohamed Taha chercha à promouvoir. Sa démarche l’amena également à prôner la reconnaissance de la liberté de conscience et la fin de la discrimination systématique à l’égard des femmes. Ayant heurté de plein fouet le message du Coran, Taha fut reconnu coupable d’apostasie, condamné à mort et exécuté à Khartoum en 1985 à l’âge de 76 ans conformément aux règles de la charia.

    D’autres musulmans modérés comme Irshad Manji ont pris le relai de Taha malgré les incessantes menaces de mort pour apostasie dont ils font l’objet. Bien que leur courage ne fasse aucun doute, il serait illusoire de croire qu’ils puissent à eux seuls venir à bout de l’islamisme. D’une part leurs moyens sont extrêmement limités face aux pétrodollars de l’islamisme et d’autre part leur approche fondée sur l’idée d’une réforme de l’islam contredit la lettre même des textes de la religion dont ils se réclament.

    Quand Luther condamnait la papauté, il plaidait qu’elle avait dénaturé le christianisme original en y introduisant des notions étrangères comme la vente des indulgences, la transsubstantiation, etc. Dans le cas des réformateurs actuels de l’islam, ils n’ont même pas la possibilité de pouvoir accuser leurs opposants d’hérésie puisque ce sont eux qui cherchent à modifier la doctrine en en extrayant les éléments coercitifs.

    Quand on désire réformer une religion dont le nom même signifie soumission, soumission à la parole d’Allah, ce genre de considération ne peut être négligé si on désire évaluer avec réalisme les chances de succès d’une campagne visant les plus fervents de ses croyants .

    33.36 Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s’est égaré certes, d’un égarement évident.

    Sur la page d’accueil de son site internet, Irshad Manji déclare en toutes lettres favoriser une réforme musulmane alors que l’idée même de réformer l’islam est considérée comme une manifestation d’apostasie dans le Coran.

    2.11-15 Et quand on leur dit : "Ne semez pas la corruption sur la terre", ils disent : "Au contraire nous ne sommes que des réformateurs !" Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte. Et quand on leur dit : "Croyez comme les gens ont cru", ils disent : "Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit ? " Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : "Nous croyons" ; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : "Nous sommes avec vous ; en effet, nous ne faisions que nous moquer (d’eux)". C’est Allah qui Se moque d’eux et les endurcira dans leur révolte et prolongera sans fin leur égarement.

    Les versets 3.86-87 prévoient que les apostats de l’islam verront s’abattre sur eux "la malédiction d’Allah, des Anges et de tous les êtres humains". Les hadiths sont encore plus spécifiques.

    Hadith Sahih Bukhari 4.52.260 Le Prophète déclara : "Si quelqu’un (un musulman) rejette sa religion, tuez-le"

    Hadith Sahih Bukhari 9.83.17 L’Apôtre d’Allah déclara : "Le sang d’un musulman qui reconnait que nul n’a le droit d’être adoré sauf Allah et que je suis Son Apôtre ne peut pas être versé sauf dans trois cas : comme revanche (qisas) pour un meurtre, par la personne mariée qui a commis des activités sexuelles illégales et par la personne qui quitte l’islam (l’apostat) et abandonne les musulmans".

    Hadith Sahih Bukhari 9.84.57 Quiconque change sa religion islamique, tuez-le !

    Bien que l’authenticité de plusieurs hadiths soit contestée, la collection de Bukhari fait l’unanimité chez les sunnites. Elle est considérée sahih (authentique).

    En terminant, il est bon de rappeler que très souvent les versets dits tolérants contiennent eux-mêmes l’annonce des versets coercitifs à venir. Ainsi, après avoir simplement enjoint les croyants de s’éloigner des non-musulmans, le verset 43.89 (cité plus haut) n’en prédit pas moins les mauvaises nouvelles à venir pour les mécréants : "Éloigne-toi d’eux car ils sauront bientôt".

    Le verset 2.109 (également cité plus haut) est encore plus explicite. Il ne demande pas simplement aux croyants de pardonner et d’oublier les chrétiens et les juifs mais bien de les pardonner et de les oublier jusqu’à ce qu’Allah fasse venir Son commandement. Puisque le commandement de combattre les chrétiens et les juifs est bel et bien venu après avoir été annoncé, comment ceux qui se réclament du Coran peuvent-ils justifier de revenir à des versets qui mentionnaient explicitement leur nature temporaire ?

    Les menaces implicites qu’on retrouve même dans des versets considérés tolérants de la période mecquoise démontre bien que de La Mecque à Médine, l’islam n’a pas fondamentalement changé de nature. Il n’a qu’adapté ses tactiques au renforcement de ses effectifs sur le terrain : la violence si nécessaire mais pas nécessairement la violence.

  • Le Coran et le recours à la coercition
    dimanche 1er mars 2009
    Pas mal d’infos et pistes de réflexion d’un point de vue se voulant musulman et libéral ici : http://www.minaret.org/
  • Le Coran et le recours à la coercition
    samedi 28 février 2009

    Bonjour chers amis,

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet article non moins fourni en explications au sujet de l’Islam. Etant moi-même libéral (dans le sens français du terme) et musulman, je dois dire que le sujet passionne. Mais il existe quand même un problème. L’Islam peut-il avoir sa place en Occident en tant que religion ou spiritualité comme c’est le cas pour ses semblables ? L’auteur de l’article étant sans doute non-musulman, il lui est plus facile de dénoncer "tout" ce qui se trouve dans le Coran grâce bien sûr à son argument - brillant aux yeux d’un profane en la matière - de l’abrogation des anciens versets par les nouveaux, une sorte de "lex posterior derogat a priori"(=la loi postérieure déroge à la loi antérieure). Mes amis et homologues juristes comprennent mieux ce langage qui, même dans le Droit romain, n’a pas toujours été efficace. Hans Kelsen privilégiera même la hiérarchie des normes qui semble être plus adaptée en la circonstance. Mais, ne nous perdons pas dans les détails. Si on en croit l’auteur, tous les versets pacifistes du Coran doivent être jetés aux orties puisque les derniers les ont supplantés. Cependant, il faut soit être aveugle soit ne rien comprendre de l’Islam que de dire que cette religion est basée sur la guerre (le djihad). Les islamistes seront d’ailleurs tout à fait d’accord avec notre ami, ils espèrent même que tous musulmans soient persécutés pour commencer leurs basses oeuvres qu’ils subliment en cause "juste". La question à poser à notre ami est de savoir : "Les Musulmans ont-ils droit de croire en leur Dieu ? Ou est-ce le moment de les attaquer (jusque dans les chiottes pour reprendre l’heureuse expression de Poutine) et les anéantir jusqu’au dernier ?" La guerre de civilisation sonne-t-elle à nos portes ? Je ne le crois point. Personnellement, je livre un combat sans merci contre toute forme d’injustices (surtout celles exercées au nom de l’Islam). C’est pour cela que j’aime le Libéralisme qui est une doctrine profondément éthique. Et ce n’est pas incompatible avec l’Islam (en tout cas celui que j’ai appris et que je pratique).

    Un élément indispensable pour éclairer ceux qui ne maîtrisent pas le sujet : concernant l’interprétation de tous ces versets évoqués dans l’article, il faut d’abord et avant tout connaître et le contexte et les gens auxquels ces textes étaient destinés (en arabe sabab an nouzoul). C’est-à-dire des versets révélés en Arabie du VIIème siècle (ère chrétienne) à des gens pour la grande majorité illettrés. Cela ne vous semble pas étrange que les Musulmans persécutés depuis l’an 610 à la Mecque pour leur foi (liberté de religion), parlons ici du premier Martyr de l’Islam,une femme du nom de Soumaya, pourtant enceinte mais tuée avec lâcheté devant son fils et son mari (assassiné quelques minutes plus tard). Parlons également du bannissement collectif de la tribu du prophète, exclue de la Mecque à cause du messager de l’Islam, trois ans durant lesquels tout était interdit à ces Musulmans et même Non-musulmans, maladies et inanition feront rage dans ces premiers camps de réfugiés. La femme du prophète, Khadidja y laissera sa vie !

    En sus de cela, les Musulmans vont se réfugier en Abyssinie (actuelle Ethiopie) et plus tard à Médine. Rappelons que les biens des grands commerçants musulmans tels Aboubakr Siddiq ou Abdourahman Ibn Aouf vont être spoliés par les dirigeants mecquois. Le prophète lui-même, et à la dernière minute, quittera la Mecque après une grave tentative de son assassinat. En dépit de cela ce n’est que 15 ans après de lourdes attaques que le Coran révèle un verset d’autodéfense que je mentionnerai fidèlement (sourate 22 verset 39) : "Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir". Chose promise, chose due. Ce fut la première guerre de l’Islam, la fameuse guerre de Badr, gagnée avec éclat par les Musulmans.

    Je crois qu’un Islam tolérant, pacifiste, éthique, heureux, existe, je l’ai rencontré ! Juste il faut remettre chaque chose à sa place et barrer la route aux intégristes de tout poils.

    • Le Coran et le recours à la coercition
      dimanche 28 février 2010, par Faraj

      Article intéressant et bonne analyse.

      Salutations

    • Le Coran et le recours à la coercition
      mercredi 26 mai 2010

      Que Mohamed ait fait la guerre est plus qu’un précédent, c’est un exemple, un modèle. Comme tout ce qu’a fait Mohamed, pour les musulmans. Et comme il a aussi gouverné, le principe de charia est inévitable. La charia est un principe de gouvernement, pour gouverner il faut un territoire, et pour avoir un territoire il faut faire la guerre.

      Les armées musulmanes proposaient aux infidèles le choix entre islam, dhimmitude, ou guerre. C’est donc que la charia (qui s’applique aux musulmans et aux dhimmis) n’a d’autre alternative que la guerre (djihad).

      Bien sûr l’islam est plus que cela aux yeux des musulmans, mais les musulmans doivent faire l’effort de comprendre que la charia et le jihad sont inacceptables.

      Les musulmans doivent aussi faire l’effort de comprendre que le référentiel chrétien joue un rôle fondamental dans la morale des occidentaux. Dans ce référentiel, la non-violence est une évidence. Jésus est allé volontairement à sa mort. Il a été torturé et crucifié sans se défendre. Un martyr est une personne qui a témoigné de sa foi dans la non-violence, au prix de sa vie.

      Qu’importe le contexte, la violence de Mohamed est donc plus que choquante, elle est incompréhensible, inadmissible. Avoir fait exterminer les Banu Qurayza, ou assassiner plusieurs de ses critiques, est radicalement contraire à la morale.

      Mon propos n’est pas de douter qu’il existe des musulmans libéraux. Mais le sujet est l’islam, pas les musulmans. Ou alors pris collectivement et non individuellement. Or l’examen de l’état du monde musulman illustre abondamment l’impossibilité d’un quelconque pluralisme en "terre d’islam".

      La tradition libérale est née en Occident et, si elle a pu être adoptée par des musulmans, je doute qu’elle puisse coexister durablement dans une société islamique. Au moins parce que la frange intolérante se sentira toujours investie du droit de tuer au nom d’Allah, puisque Mohamed commanditait des meurtres.

      Il faut rappeler que l’islam impose de nombreuses restrictions (haram) pesant sur la vie quotidienne, qui se difficilement conciliable avec le pluralisme. Que l’apostasie de l’islam doit être punie de mort selon toutes les écoles d’interprétation sunnites ; que l’université Al Azhar, plus haute autorité sunnite, l’a rappelé encore en 2007 au sujet de Mohamed Higazi. Que l’islam considère que quiconque est né de père musulman est réputé tel, il est donc impossible d’en sortir : Zéro liberté de conscience. Que dans tous les pays musulmans, dont la loi fondamentale est la charia, il est strictement interdit à un non-musulman de simplement faire douter un musulman. Comment concilier ces principes avec la liberté ?

      Comme le dit très justement l’auteur, il y a des musulmans modérés mais l’islam n’est pas modéré. Que des musulmans boivent occasionnellement ne change pas que l’islam interdit l’alcool. Charia et jihad sont hélas indissociables de l’islam.

  • Le Coran et le recours à la coercition
    samedi 28 février 2009, par jugurta
    Il faut reconnaître à Pierre Lison l’envie de voir revenir l’islam à sa période mecquoise. C’est un des débats les plus intéressants et des plus importants pour l’avenir entre les tenants de la Mecque et ceux de Medine.

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