Le libéralisme peut-il être de gauche ? [Replay]

Publié Par Contrepoints, le dans Histoire du libéralisme

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron créait le scandale en expliquant à des journalistes que le libéralisme était une valeur de gauche. S’ensuivirent des échanges par médias interposées entre pro et contra, jusqu’à la parution dans Libération d’une tribune lumineuse de deux universitaires sur l’histoire compliquée entre la gauche et le libéralisme. Contrepoints a interrogé Jérôme Perrier pour nous donner un aperçu de ces relations tumultueuses.

Jérôme Perrier est ancien élève de l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé d’histoire et docteur en histoire de l’IEP de Paris. Après une biographie de Michel Debré (parue en 2010 aux éditions Ellipses) et une thèse d’histoire sur les rapports entre haute administration et politique (parue en 2013 aux éditions de l’institut Varenne), il consacre désormais ses recherches à l’histoire politique et intellectuelle du libéralisme (notamment du libéralisme français du XIXe siècle). Il enseigne dans le secondaire ainsi qu’à Sciences Po Paris. Il est chargé du pôle Recherche au sein de l’institut Coppet.

Dans son essai Les gauches françaises 1762-2012 (2012), Jacques Julliard rappelle qu’historiquement, le libéralisme est l’une des quatre familles intellectuelles de la gauche en France. Comment est-on passé d’une gauche favorable au marché libre, soucieuse des droits de la société civile et attachée à la séparation des pouvoirs à une gauche majoritairement dirigiste, paternaliste et empreinte de culture d’État ?

Jérôme Perrier

Jérôme Perrier

Il est important de rappeler qu’historiquement cet étatisme de la gauche ne va pas de soi. Le socialiste républicain Pierre Leroux, le premier concepteur de la notion de « socialisme » en 1833, renvoyait dos à dos l’individualisme, qui pose « un souverain sans limite et sans contrôle » et le socialisme qui entendait faire du gouvernement une « hydre géante qui embrasse de ses replis la société toute entière ». Leroux fustigeait le pouvoir central de l’État qui pèse sur l’existence des individus comme une véritable chape de plomb. Lui était favorable à l’associationnisme et au mutuellisme, à l’instar de Proudhon qui opposait à l’organisation centralisée de la société le principe associatif sur le plan économique (les ouvriers doivent pouvoir s’associer librement) et le principe fédératif sur le plan politique ; Proudhon voulait que les entités locales puissent battre leur propre monnaie et jouir de la plus complète liberté d’enseignement.

Michel Rocard, qui fut sur le plan politique l’héritier de cette gauche-là, expliquait dans les années 1970 le triomphe de la gauche jacobine et interventionniste par l’existence d’un « marxisme d’exception française ». La gauche a en effet vécu pendant des décennies sur une lecture erronée, ou à tout le moins biaisée de Marx, dans la mesure où celui-ci prônait – même si c’était de façon assez vague, il faut bien le reconnaître – le dépérissement de l’État à l’horizon de la Société communiste. Le marxisme qui a longtemps été « l’horizon indépassable » de la gauche française, pour reprendre une formule sartrienne, a agi sur celle-ci comme le puissant « opium des intellectuels » décrit par Raymond Aron dans son beau et courageux livre paru en 1955. Cette doctrine marxisante a en effet été largement dominante en France – et notamment dans l’intelligentsia française – jusque dans les années 1970, époque où son emprise idéologique a commencé à être ébranlée par l’anti-totalitarisme des « Nouveaux philosophes » et des « Nouveaux Économistes », notamment après le choc provoqué par la parution de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne.

Les courants libertaires et libéraux du PS ont donc été longtemps étouffés : songeons à la « deuxième gauche » de Michel Rocard éclipsée au PS par le CERES jacobino-marxisant de Jean-Pierre Chevènement, ou pensons encore à la renonciation de Jacques Delors à l’élection présidentielle de 1995, résultat de sa conviction profonde, et certainement juste, qu’il était idéologiquement minoritaire dans son propre camp ; lorsque l’on entend aujourd’hui les déclarations de sa fille, on ne peut s’empêcher de penser combien son père était en porte-à-faux dans sa famille politique d’adoption qu’était le PS.

Parallèlement à cette explication de nature intellectuelle, on peut en ajouter une de nature institutionnelle. La tradition dirigiste qui s’impose au sortir de la seconde guerre mondiale à travers la création du Commissariat au Plan ou celle, fondamentale, de l’ENA a favorisé une culture technocratique chez les « hommes de l’État » (autrement dit les élites politico-administratives) qui n’a pas facilité l’ouverture des responsables politiques de gauche, souvent issus de cette filière d’accès au pouvoir, aux idées libérales.

Dans Le libéralisme et la gauche (2003), Monique Canto-Sperber écrivait : « Recommander un avenir libéral à la gauche, c’est vouloir donner un sens individuellement ressenti par tous, surtout par les plus démunis, à la notion d’émancipation. » Pensez-vous que la gauche pourrait trouver dans le libéralisme une solution à la crise du progressisme ?

La gauche française est dans une impasse intellectuelle depuis le « tournant de la rigueur de 1983 » qu’elle a été parfaitement incapable de justifier et de théoriser sur le plan idéologique, se contentant du mythe de la « parenthèse » forgé par le premier secrétaire de l’époque, Lionel Jospin. Bien qu’elle ait déréglementé le secteur bancaire dans les années 1980 (Pierre Bérégovoy est sans doute le ministre des Finances qui a le bilan libéral le plus solide de toute la Ve République), bien qu’elle ait privatisé sous l’ère Jospin (1997-2002) autant d’entreprises que la droite, la gauche de gouvernement n’est jamais parvenue à l’expliquer à ses électeurs et ses militants, il est vrai souvent plus à l’aise avec une éthique de conviction qu’avec une éthique de responsabilité, pour reprendre la célèbre terminologie wébérienne. Depuis l’échec cuisant du 21 avril 2002, certains socialistes français essayent de se trouver une nouvelle doctrine, mais sans y parvenir. Ainsi Jean-Marie Bockel ou Bertand Delanoë, s’inspirant de la démarche blairiste, souhaitaient introduire timidement quelques éléments libéraux au sein du logiciel PS, mais ils ont dû faire très vite marche arrière face à la levée de boucliers suscitée dans leur camp par de telles velléités de renouvellement idéologique, perçues par beaucoup comme une forme de trahison de la « vraie » gauche.

Pourtant, outre que la gauche pourrait trouver un réel gain électoral en faisant un vrai aggiornamento idéologique, autrement dit en se dotant d’un logiciel clair et cohérent pour penser la société et le monde d’aujourd’hui, elle n’aurait aucune peine, à partir d’une lecture attentive d’auteurs libéraux, à trouver des éléments d’inspiration pour nourrir ses politiques à l’heure de l’économie collaborative. Cette réhabilitation du libéralisme à gauche a déjà été entreprise par certains intellectuels, comme Thierry Leterre, Monique Canto-Sperber, Catherine Audard, ou encore Nicolas Tenzer. Ces auteurs veulent s’inspirer notamment de la tradition du socialisme libéral de la fin du XIXe siècle, incarnée par le solidarisme français de Léon Bourgeois ou Le nouveau libéralisme anglais de T. H. Green et L. T. Hobhouse, ou encore de la philosophie de l’Américain John Rawls, sans doute le plus grand penseur politique du XXe siècle avec Hayek. L’objectif de ces intellectuels est de faire valoir l’idée qu’une gauche libérale pourrait s’incarner par la mise en place de politiques acceptant la réalité du marché plutôt que de faire croire aux mirages d’une prétendue « démondialisation », promouvant l’égalité des chances plutôt que l’égalité des conditions, et valorisant la société civile, plutôt que de continuer à tenir celle-ci sous la tutelle, pour ne pas dire la férule, d’un État censé avoir le monopole de l’intérêt général.

Mais il nous semble que le meilleur moyen pour la gauche d’émanciper les individus et de libérer les énergies dans la France de 2015 serait avant tout de réduire l’intervention de l’État dans la vie quotidienne, « laisser les Français un peu tranquilles », comme aurait dit le pourtant assez peu libéral Georges Pompidou, afin de redonner de l’autonomie aux individus et de libérer les initiatives. Bref substituer un État fort, mais strictement cantonné à son domaine propre, à un État obèse, aussi tentaculaire qu’impotent. Nous avons en effet un État qui se mêle de tout mais qui est souvent incapable de mener à bien ses missions essentielles ; pensez que l’État français, malgré des dépenses s’élevant à plus de 450 milliards d’euros, ne parvient même pas à garantir l’État de droit dans certains de nos quartiers, comme la chronique marseillaise l’illustre régulièrement… Une gauche libérale devrait défendre un État allégé et plus efficace, c’est-à-dire un État fort, qui garantisse les droits des individus. La gauche libérale ne serait donc pas contre l’État ; elle serait contre l’étatisme, ce qui n’est pas du tout la même chose !

De plus, contrairement à un discours répandu dans les milieux universitaires de gauche, le tournant « néo-libéral » des années 1980 est un pur mythe. L’État français n’a cessé de croître dans toutes ses dimensions : entre 1974, date d’élection d’un Président qualifié alors de « libéral », et 2012, fin du mandat d’un autre Président qualifié lui aussi de « libéral », les prélèvements obligatoires sont passés de 33,6% à 44% du PIB ; les dépenses publiques de 38 à 56% du PIB ; tandis qu’un actif sur cinq est aujourd’hui fonctionnaire ! C’est à se demander comment l’extrême gauche peut encore entretenir le mythe de l’ultralibéralisme français sans susciter autre chose que l’hilarité… Durant la même période, la Sécurité sociale est entrée en quasi-faillite, tandis que le nombre de pauvres n’a cessé d’augmenter, sans même parler du chômage de masse qui gangrène notre pays depuis quarante ans. Le modèle d’État-Providence mis en place au lendemain de la guerre est aujourd’hui à bout de souffle car parfaitement inefficace. Ce qui devrait inviter la gauche à repenser le périmètre d’intervention de l’État, tout en mettant fin, par la même occasion, au paternalisme qui caractérise certaines politiques publiques menées par les gouvernements de gauche comme de droite : augmentation des accises sur la bière de 160% en janvier 2013, taxe sur le soda, « régulation » de la liberté d’expression, et j’en passe…

La gauche devrait se souvenir, à la relecture de Proudhon ou d’Alain, que derrière le masque d’un État bienveillant se cache toujours des intérêts favorisant les puissants. Le moyen le plus efficace pour remettre en cause les puissances en place est de revaloriser la société civile et d’introduire des mécanismes de marché dans l’économie afin de remettre en cause les privilèges d’une minorité. C’est pourquoi la gauche devrait mettre en place les conditions institutionnelles permettant à des petites entreprises d’éclore pour concurrencer les plus grandes sur le marché international, comme par exemple Blablacar. C’est l’une des vertus du libéralisme économique que de remettre constamment en jeu les monopoles de pouvoirs, comme les professions réglementées, en soumettant les « gros » à la concurrence des « petits ».

Emmanuel Macron a fait l’éloge du libéralisme, ce qui n’a pas été sans créer quelques frictions au sein du gouvernement. Peut-il incarner une forme de social-libéralisme d’avenir ?

Rappelons-nous que tous les prédécesseurs d’Emmanuel Macron qui ont voulu moderniser la gauche de gouvernement en rompant avec son surmoi marxisant et sa phraséologie marxiste de façade ont tous échoué face aux courants majoritairement étatistes de leur propre parti. On a pu observer, aussi bien dans les rangs du PS que sur les bancs du gouvernement, des réactions outrées aux propos du ministre de l’Économie sur le statut des fonctionnaires ou encore sur la compatibilité entre la gauche et le libéralisme. La capacité pour Macron d’incarner un social-libéralisme à l’avenir va dépendre de sa capacité à en définir précisément les contours ; un travail idéologique de fond et de grande ampleur est un préalable absolument indispensable, et sa capacité à organiser un courant puissant et identifiable au sein du PS, ce qui risque d’être délicat pour quelqu’un qui n’a jamais été élu et qui n’a plus sa carte du parti. C’est là que son rôle ne me paraît pas pouvoir être séparé de celui de Manuel Valls, dont le capital politique est bien plus conséquent. Rappelons aussi que la « troisième voie » du New Labour britannique a mis plusieurs années avant de s’imposer au sein du parti travailliste, de la parution du livre Beyond left and Right d’Anthony Giddens, l’intellectuel devenu conseiller de Tony Blair, jusqu’à la victoire électorale sur les conservateurs en 1997. Ce qui me paraît clair, c’est qu’Emmanuel Macron ne pourra pas s’imposer dans son propre camp sans mener un vrai combat sur les idées, ce qui suppose de s’entourer d’intellectuels ou de think tanks comme Terra Nova, qui est à peu près le seul endroit à gauche où l’on produit des idées.

Sur le plan politique, sa personnalité et son parcours peuvent susciter des réserves ou des réticences au sein d’une partie de l’électorat. Il peut en effet incarner, aux yeux de certains, une certaine technocratie désireuse d’imposer un libéralisme « par le haut », en vue de se plier aux impératifs de Bruxelles. Il peut également apparaître aux yeux des sympathisants de son propre parti comme un banquier d’affaires lié à des intérêts financiers et n’ayant jamais osé se soumettre à la sanction du suffrage universel. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ces ressorts psychologiques dans le comportement politique des électeurs, notamment à gauche.

Cependant, certains éléments peuvent amener Emmanuel Macron à incarner l’avenir de ce social-libéralisme. Tout d’abord, à l’heure où la majorité des électeurs ne croit plus guère en la politique, le discours de vérité et de franchise qu’il tient en assumant des mots connotés péjorativement à gauche, comme « libéralisme », peut aussi séduire, ne serait-ce que par leur nouveauté. Sa jeunesse et le fait qu’il n’est pas de l’appareil de la rue de Solférino peut également jouer en sa faveur, car il tranche à l’évidence avec certains de ses collègues du gouvernement qui sont dans le système politique depuis 35 ans, voire plus… Ensuite, son positionnement libéral peut trouver des relais dans l’opinion publique, y compris chez les sympathisants du PS, qu’il ne faut pas confondre avec les simples militants. Une partie de l’électorat est en effet en attente de réformes libérales : selon un sondage de l’IFOP de mai 2015 commandé par le think tank Génération libre, 60% des Français aiment le mot libéralisme et un sympathisant du PS sur cinq aimerait que le Parti Socialiste se définisse lui-même comme « libéral ou social-libéral ». Plus récemment un sondage de la TNS-SOFRES indiquait que 60% des Français se disent en faveur d’une libéralisation de «l’activité économique française, par exemple en privatisant certains services publics ou en ouvrant à la concurrence certains secteurs de l’économie ».

La sociologie électorale montre que les électeurs sont plus rationnels qu’on ne le croit bien souvent ; au moment de glisser le bulletin dans l’urne, ils font leur choix en fonction des résultats concrets des politiques qui ont été menées. Le destin politique d’Emmanuel Macron est donc en partie lié aux résultats de « ses » politiques… qui semblent déjà porter leurs fruits comme en témoigne la baisse des prix des transports liée à leur libéralisation…

  1. mouais, on n’est pas plus avancé. Le plus gênant c’est le terme socialiste libérale qui peut se traduire par socialiste anti -socialisme: ainsi la contradiction est apparente.

    Il faudrait peut être commencer par définir l’appellation « de gauche » mais le mieux serait de rester simple:

    socialisme opposé à libéralisme, ou encore conservatisme opposé à réformisme(le terme progressisme est déjà un jugement de valeur à éviter), etc…

    Une chose est certaine, les ultra-collectivistes socialistes n’attendent qu’une chose: les voix des libéraux (qui pensent qu’être de gauche ça fait gentil) pour réussir les élections et mieux les contrôler.

    1. On dirait tout de même qu’il y a une évolution dans la gauchosphère qui s’opère actuellement, qui me semble fortement clivée entre paléosocialistes et un mouvement émergeant favorable au libéralisme. Et je dis bien libéralisme, pas émancipation planifié.

      Je vois de plus en plus souvent des articles dans libération qui sont libéraux-compatibles, et cela au fur et à mesure que le FN progresse et se fait le porte-parole d’une idéologie collectiviste…

      Juste aujourd’hui : http://www.liberation.fr/debats/2015/10/14/prostitution-etat-de-droit-ou-etat-moral_1403695

      1. Grossier Irrationnel Libéral Conard von Pragmat

        Tout cela n’est que le problème du PS, c’est à dire d’une caste d’élu qui a fait un choix de positionnement politique et commence fortement à s’inquiéter pour sa survie. Mais le problème est simple en fait : la « gauche » ne peut laisser le monopole du libéralisme (même très limité, surveillé et contraint) à la « droite » alors que la « gauche » n’a pas le monopole de l’étatisme ou de la redistribution.

        Question de « marché électoral » fanco-français. Le PS est une anomalie politique, les zélus devraient en tenir compte et le quitter. Et les Valls ou Macron devraient comprendre qu’ils n’ont aucun avenir dans cette structure bancale qu’est le PS.

      2. Forcément si le terrain est occupé efficacement par le FN, les gauchos doivent cultiver de nouvelles terres.

        Ce n’est pas par conviction, mais par contrainte.

      3. @ph11
        Intéressant en effet: sans doute que des « clients » à gauche s’inquiètent de cette perte de liberté…

        Si libé se libéralise grâce au fn, alors vive marine ! Mais un parti dont l’objectif lui même est le socialisme(le ps) ne peut que mener à l’opposé du rêve libéral.
        (Ceci dit, c’est vrai que valls en son temps proposait de changer le nom du ps: peut être qu’après tout, il n’aime pas le socialisme ? Qu’il change alors de politique, et/ou rejoigne la droite)

  2. Pareil que gc: le libéralisme de gauche, peut-être, mais quelle gauche ? C’est la même chose pour la droite, tout aussi traditionnellement dirigiste.
    J’ai un peu de mal à comprendre où se situe Macron, mais il ne me parait pas particulièrement libéral. Mais peut-être qu’il a des ordres, qu’il ne peut pas non plus défendre ses véritables positions. De manière générale certains ministres semblent parfois atérrés par les positions qu’ils sont obligés de prendre.

    1. Une chose que ne comprendront les idéologues « libéraux » de droite : je lis dans cet article « C’est l’une des vertus du libéralisme économique que de remettre constamment en jeu les monopoles de pouvoirs ».

      Quel que soit le type de modèle économique, libéral, communiste, théologique, les sociétés humaines tendent toujours à constituer des monopoles de pouvoir. Selon toutes les théories économiques libérales, la concurrence ne peut être qu’imparfaite, les plus grosses entreprises, les états, les plus gros rentiers, visants tous à se créer un monopole. Ce n’est pas propre à un système économique, mais à l’humanité.

      C’est d’ailleurs pour ça que de temps en temps, une révolution ou un prophète émerge pour casser la mécanique d’accumulation, qui peut être de gauche ou de droite, selon les époques.

      C’est aussi vrai en matière morale, culturelle, ou la « droite » ne se réclame plus du tout libéralisme, bizarrement.

      Normal, pour beaucoup le libéralisme ne sert qu’à conserver des acquis matériels, pas à remettre en cause des monopoles.

  3. le plus grand penseur politique du 20 ième siècle, ce n’est pas, et de loin, Rawls ou Hayek.

    Il ne peut y avoir de choix qu’entre Von Mises, Rothbard et Hans Hermann Hoppe, voire Ayn Rand ou Nozick.

    1. Et Pelé est devant Maradona.

      1. @ ropib :

        lisez Rawls et Hayek, puis lisez Von Mises, Rothbard, Nozick, Rand et Hoppe, et vous arriverez à la même conclusion que moi.

        Pour Rawls et Nozick, ce sera facile, vu que « Anarchie, état et utopie » démonte en règle « Théorie de la Justcie » de Rawls, et que personne n’a jamais pu (ni Rawls ni un autre socialiste) répondre à l’argumentaire de Nozick.

        Rothbard ayant lui-même fait une excellente critique de ce livre de Nozick, qui a encore élevé ledébat.

        Enfin, Hoppe, dans « le libéralisme contre la démocratie sociale » démonte la pensée de Hayek, qui reste socialisant malgré tout.

        tous ces livres sont à lire, si possible dans l’ordre de leur parution, afin de bien comprendre l’évolution des pensées et des argumentaires sur les différents sujets traités.

        Sinon, il est bien évident que le seul qui soit devant, c’est Fargeon 🙂

        1. Ah, Hayek, ce socialiste !!!
          Mondieumondieumondieu… qu’est-ce qu’il ne faut pas lire comme ânerie.

          Faudrait grandir un peu. La science ou la philo, ce n’est pas le concours de celui qui pisse le plus loin, hein…

          1. Vous savez lire ?
            Hayek n’était pas un socialiste, mais sa pensée reste marquée d’une forme de socialisme (« reste socialisant »). Ce qui est indubitable. Notamment dans sa défense d’un État pas vraiment minimal, ses idées sur le revenu universel, etc.

            Et votre remarque un poil insultante s’appliquerait assez bien à vous même…

            1. « sa pensée reste marquée d’une forme de socialisme »

              Mondieumondieumondieu… qu’est-ce qu’il ne faut pas lire comme ânerie.

              1. +1
                Il faudrait replacer le combat d’hayek dans son contexte historique. Hayek est un humaniste avec tout ce que cela implique en terme d’humilite. Je ne dis pas qu’il est intouchable mais jouer au puriste libéral pour accoucher de tels propos est plutôt prétentieux.

          2. Vous vous limez les dents chaque matin ❓

        2. Ce que je veux dire c’est juste que le titre de « plus grand penseur » c’est un peu comme le ballon d’or: c’est à se demander si ne pas être dans la liste ne mériterait pas de la fierté personnelle.
          Mais ok, je note qu’il faut que je lise Nozick. Après… je lis wikipedia, ce qui n’est pas suffisant je le concède, et je vois qu’il est minarchiste, ce qui me semble suspect déjà (le minarchisme est la voie la plus rapide vers un état totalitaire qui considère tout à l’aune de ses seules missions… je pense que le côté incontournable de l’état, même minimal, est très surévalué).

          1. Justin Bieber EST le plus grand…. bon je sors :p

            1. On sous-estime toujours la dimension politique de le musique de Bieber.
              Disons que même si on n’en est qu’au début, il se positionne déjà comme étant le grand penseur du 21è siècle, plutôt.

    2. Pour moi, un grand penseur est quelqu’un qui est parti d’un ou plusieurs intuitions et qui les a poussées jusqu’au bout au point de devenir une référence. Ça ne veut pas dire qu’ils ont eu raison et que ceux qui les démontent sont meilleurs qu’eux (il est plus facile de critiquer que d’innover) mais que vous ne pouvez pas défendre un avis construit sans tôt ou tard tenir sérieusement compte de leurs objections. C’est pour ça que même si je n’approuve pas les idées de Marx et de Rawls, je les estime comme de grands penseurs.

  4. Le socialisme peut il ne pas être totalitaire ?

    1. Bien sûr qu’il peut, les exemple abondent, des monastères aux « communauté d’Emmaus », des sociétés mutuelles aux Kibboutz.
      L’ennemi ce n’est pas le socialisme, c’est l’étatisme. L’étiquette adoptée par le parti « socialiste » trompe sans doute les ignares produits en masse par le mammouth, mais pas nous : nous savons qu’il est pétainiste jusqu’à la moelle, de sa fondation par un pétainiste jusqu’à sa doctrine et sa pratique.

      1. Sauf que ces communautés dépérissent très vite si elles ne sont pas irriguées par un extérieur non-socialiste. De ce fait, à un niveau national le socialisme dégénère toujours en totalitarisme car sa seule possibilité pour continuer à exister c’est d’interdire aux gens de le quitter, d’avoir des libertés ailleurs…

        1. Je suis tout à fait d’accord. Les communautés ne vivent pas vraiment à l’échelle transgénérationnelle.
          L’analyse est valable pour toutes les organisations à hiérarchie unique (même si c’est à plus grande échelle). C’est là où le capitalisme occidental a montré des forces par rapport au capitalisme soviétique. Cependant des organisations encore plus flexibles et plus décentralisées semblent aujourd’hui émerger. Il y a là des opportunités à saisir, mais forcément beaucoup de craintes de la part de beaucoup de gens, notamment celles qui ne pensent l’identité qu’au travers d’une mono-appartenance.
          J’ai du mal à croire que tout cela ne va pas glisser vers une barbarie totalitaire, un écroulement de la complexité du système social.

          1. Le totalitarisme est notre destin : les moyens d’information et de contrôle de l’individu ont déjà dépassé les limites permettant l’existence d’une liberté privée. La technique a toujours le dernier mot.
            Mais le plus raisonnable reste de croire en la possibilité d’échapper à ce destin : il faut se préparer à la survie possible même si elle est hautement improbable, car il n’y a rien à préparer si le pire arrive.

            1. Le totalitarisme, même s’il frappera fort, ne sera que temporaire. Je ne vois pas les systèmes hiérarchiques actuels réchapper aux révolutions technologiques justement. Il y aura des tentatives autoritaires, pas mal de désordre… mais à terme il y aura de nouvelles organisations, sans doute suivant les nouvelles structures de commandement militaire (comme à la sortie de la Guerre de Cent Ans).
              J’aimerais croire à des systèmes de gouvernance performants, sachant prévoir leur propre obsolescence, mais je n’en connais pas d’exemple à travers l’Histoire.

        2. Toutes les communautés finissent tôt ou tard par disparaitre, mais en attendant ces groupes socialistes ont démontrer pourvoir être productifs et stables pendant des décennies voire des siècles. Dépassés par un extérieur non socialiste, certainement, mais en ayant besoin, non.

          « à un niveau national le socialisme  » … n’est pas différent, ni pire ni meilleur, que n’importe quelle doctrine moraliste (et le socialisme est un moralisme, une « idée chrétienne devenue folle », un puritanisme). Le niveau national est par définition contraignant, les frontières ne sont pas là pour le décor mais pour empêcher les gens d’entrer et de sortir librement, et à l’intérieur, forcer les gens à vivre d’une certaine façon et leur interdire de vivre d’une autre façon.
          L’abbé Pierre et Coluche étaient des rouges très rouges, mais pas dangereux parce que fondamentalement libéraux et loin du pouvoir. Au pouvoir, ils auraient été désastreux, pas à cause de leur idées, mais à cause du pouvoir en soi. L’idée de liberté, si jamais elle atteint le pouvoir, devient une horrible machine aussi, capable de « forcer les gens à être libre », à cout de triques et de meurtres si les triques ne suffisent pas comme la Révolution française l’a montré.

  5. Les électeurs de gauche ne se retrouvent pas dans ce libéralisme qui est pour eux d’ordre plus économique dont ils sont les victimes.

    1. @ cording : le libéralisme est une philosophie du droit, qui prône le respect absolu des droits fondamentaux des individus.

      il en découle forcément une application dans le domaine économique, mais il n’y a pas 2 libéralismes, l’un politique et l’autre économique, il n’y en a qu’un.

      Et les électeurs de gauche sont victimes d’une politique économique socialiste, pas d’une politique économique libérale.

      1. l’avortement est-il un droit fondamental ?

    2. S’ils ont envie de se faire plumer, grand bien leur fasse, je leur laisse volontiers ces exploiteurs socialistes.

  6. Maurice Allais aussi ne voyait pas de contradictions entre libéralisme et socialisme. Peut être dû à sa vision de l’idéal socialiste qu’il exprime ici :

    « Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. »

    1. «L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses.» La redistribution des richesses DES AUTRES. Un «idéal» (moral) fonde-t-il un droit? De quel DROIT déshabiller Pierre pour habiller (redistribuer) Paul? «…les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse.». Les libéraux se préoccupent en effet des ENTRAVES (et Dieu qu’elles peuvent être nombreuses) à la liberté de production de la richesse, mais pas nécessairement pour redistribuer davantage de richesses (se faire davantage «déshabiller» par l’État). Je ne vois pas la complémentarité.

  7. L’idéal de gauche : l’égalité de condition est totalement incompatible avec le libéralisme : l’égalité de condition est un impératif moral, une injonction : une servitude pour ceux qui se retrouvent en dessous de la normale et une utopie pour ceux qui sont en dessous.

    L’indignation, qui est la base de la gauche est complètement inverse de la tolérance qui est la base du libéralisme : le propre de la gauche est de chercher à avoir raison.

  8. Le PS est avant tout une machine à ganer les éléctions avec la stratégie suivante:

    – identifier les problèmes sociaux et le faire savoir par les relais médiatiques
    – promettre de les résoudres avant les éléctions
    – une fois élu, on augmentes les prélèvements obligatoires pour lever les fonds
    – redistribuer l’argent public en priorité vers ceux qui votent à gauche.

    Du coup, si les socialistes ne peuvent plus augmenter les prélèvements obligatoires, ils ne pourront plus gagner les éléctions. Et à gauche, personne ne peut gagner une éléction local ou législative sans s’allier à eux.

    Il n’y a pas de place pour le libéralisme dans cette mécanique, et même si Macron gagne l’éléction présidentielle, il n’aura pas la majorité législative.

    1. Oui, enfin ça c’est le principe de la politique en générale, pas de la gauche en particulier. À droite on promet des baisses d’impôts pour les cadres et rentiers, sauf qu’elles se font à crédit, or le crédit d’aujourd’hui est l’impôt de demain, ce qui revient au même.

  9. Macro de gauche….lol…
    Le libéralisme aurait pu être une solution pour le monde.
    Hélas, il s’est installé une dictature des marchés sans règles sans foi ni loi qui profite a quelques uns en exploitant la misère de part le monde avec cette logique  » produire au moins cher possible ».
    C’est la nouvelle dictature qui mène au chaos.
    Voir la Grèce, l’espagne, notre pays, les boulots minables en Angleterre…la misère au USA….
    L’imposture est de nous faire croire qu’il n’existe qu’une voie le libéralisme.
    Nous pourrions refaire ce monde dans lequel un habitant sur 3 meurt de faim….

  10. Le gros problème, dont il est difficile de s’extraire, c’est que nous regardons le monde et l’histoire des hommes avec la déformation rédhibitoire que notre fichu pays a fini par imprimer dans les esprits ; même dans ceux qui prétendent défendre la liberté.
    Vu d’aujourd’hui, certains courants socialistes du XIXe peuvent effectivement apparaître comme libéraux.
    Finalement, presque tout est plus libéral que la France d’aujourd’hui.
    Mais, en valeur absolue, je n’arriverai jamais à penser que la vision de ceux qui, depuis l’aube des temps, veulent donner à la réalité et à leur voisin de palier l’empreinte de leurs fantasmes puisse avoir quelque chose à voir avec la liberté.
    Il est vrai que si on se limite aux discours et aux écrits, on peut là encore se faire abuser. Il suffit peut-être pour en prendre réellement conscience, par exemple, de lire le dernier programme du parti socialiste français ou certains discours de Hollande.

  11. Vouloir positionner le libéralisme à droite ou à gauche revient au final à raisonner sur un seul axe, donc en une seule dimension !
    Il est peut-être grand temps de passer en 2 voir 3D !!!

  12. Et pourquoi ne admettre que l’espace peut se déformer et ainsi être capable de se rapprocher de deux extrêmes opposés dans le même mouvement !
    Le FN semble se mouvoir sans problème dans un tel espace ! C’est donc le premier parti quantique ;-))

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