L’Inde va-t-elle casser la dynamique de l’or ?

Publié Par Jean-François Faure, le dans Monnaie et finance

Par Jean-François Faure.
Un article de L’Or et l’Argent.com

L'Inde va-t-elle casser la dynamique de l'or ?

Gold Bar By: Mark HerpelCC BY 2.0

Alors que l’élection de Donald Trump avait été suivie d’une brève mais intense remontée de l’or, le métal jaune a depuis retrouvé un cours beaucoup plus modeste… et certains envisagent même une chute des cours encore plus marquée d’ici la fin de l’année. La raison ? Rien à voir avec Trump ou le retour des investisseurs sur les marchés actions traditionnels. En réalité, le problème pourrait bien venir de l’Inde, un des premiers importateurs d’or de la planète.

L’Inde, un géant qui vit d’or et de cash

L’Inde est un grand pays. Un très grand pays peuplé d’environ 1,3 milliard de personnes qui vouent une adoration au métal jaune, à la limite de l’obsession. À ce titre, sa production nationale ne suffit plus à combler l’appétit de ses habitants, et ce sont entre 700 et 1000 tonnes d’or que le pays est amené à importer chaque année. Pas toujours pour des raisons très louables…

Récemment, afin d’endiguer l’économie souterraine estimée à au moins un quart de l’économie globale du pays et qui assèche littéralement ses recettes fiscales, le gouvernement indien a purement et simplement décidé d’interdire l’utilisation des billets de 500 et 1000 roupies. Une décision loin d’être anecdotique puisque ces deux coupures sont les plus prisées par les Indiens et représentent pas moins de 80% de la monnaie en circulation.

Il faut dire que ces billets facilitent grandement les paiements en espèces dans un pays où les transactions s’opèrent encore très largement en cash, y compris pour des achats aussi importants que des biens immobiliers. Le hic c’est que ces sommes, dont il ne figure souvent aucune trace écrite, sont ensuite traditionnellement « blanchies » en étant peu à peu converties en or, ce qui a d’ailleurs été une source importante de la demande de métal jaune au cours des dernières décennies.

Il est donc probable qu’en rendant ces billets désormais inutilisables, le gouvernement indien va indirectement influer sur la demande en or. Mais il y a pire.

La crainte d’une interdiction d’importation gonfle les prix de l’or en Inde

On a appris il y a quelque jours que l’Inde pourrait en outre interdire prochainement l’importation d’or sur son territoire. Autant dire que cette guerre ouverte contre l’économie parallèle et le blanchiment d’argent risque d’avoir des répercussions considérables sur les cours de l’or, car rappelons que l’Inde achète jusqu’à 1000 tonnes d’or chaque année, au deuxième rang mondial juste après la Chine.

Premier effet lié à ce possible effet de rareté, la demande s’est brusquement accrue et le prix de l’or a bondi en Inde : à l’heure où j’écris ces lignes, ils se négocie entre 2 900 et 3 100 roupies le gramme selon les provinces, soit 1 320 et 1 400 dollars l’once (!), alors que son cours « consensuel » dans le reste du monde se situe encore aux alentours de 1190 dollars.

Hélas, si la demande indienne venait réellement à disparaître, ou tout au moins à ralentir de manière importante, non seulement cette appréciation de l’or ne s’étendra pas au reste du monde mais cette différence risque même de s’accentuer, avec des prix continuant à monter en interne sous l’effet de la rareté (car les Indiens ne cesseront pas pour autant de vouloir de l’or), tandis qu’ils s’effondreront plus ou moins rapidement dans le reste du monde en l’absence de la demande indienne à l’international.

Une mesure encore loin d’être officiellement décidée

Bien entendu, rien n’est encore fait, en tout cas du côté de l’interdiction d’importer de l’or, mais la détermination de l’actuel gouvernement à éradiquer la fraude et la corruption semble particulièrement ferme. Bien plus en tout cas qu’il y a quelques années où l’Inde avait déjà tenté de taxer les importations d’or, mais avait dû reculer sous la pression populaire.

Les conséquences politiques risquent donc d’être particulièrement difficiles à gérer pour le gouvernement indien, car, en plus de susciter l’émergence d’un marché noir sur l’or (alors qu’il souhaite justement lutter contre les économies parallèles) et de pénaliser le marché de l’immobilier (qui a déjà commencé à baisser face à des acheteurs potentiels qui ne peuvent désormais plus y « placer » leurs liquidités), il pourrait bien devoir aussi faire face à de sérieuses contestations populaires susceptibles de le fragiliser.

Car sa décision de démonétiser les billets les plus courants va mécaniquement entraîner une diminution de la masse monétaire en circulation, contribuant à précariser encore davantage les plus fragiles, lesquels survivaient le plus souvent grâce à des activités plus ou moins « clandestines ». Nul doute que, cette fois encore, surtout après avoir touché au cash, les autorités indiennes risquent d’avoir du mal à s’en prendre à l’or, sacré à plus d’un titre pour les Indiens.

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