Primaires de droite : le troisième tour commence

Publié Par h16, le dans Édito

Ce dimanche, Fillon a donc été désigné comme candidat officiel de la primaire de la droite et du centre. Si on peut se réjouir que cette péniblerie médiatique soit passée, on va à présent devoir composer avec l’avalanche continue de niaiseries sur le sujet qui ne manqueront pas d’émailler nos journaux dans les jours qui viennent, en faisant passer tout le reste de l’actualité pertinente au second plan.

juppé tristounetNe boudons pas notre plaisir : le danger Alain Juppé semble écarté et cette désignation permet d’espérer que, d’ici huit jours, il sera autant oublié que Sablosky. Euh, non, Sapristy… Enfin, vous voyez bien de qui je veux parler.

Je dis bien « espérer ». En effet, on peut se rassurer un peu en notant que l’écart important entre les deux candidats du second tour de la primaire est assez grand pour qualifier la défaite de Juppé de branlée mémorable, qui permettra à ce dernier de remettre un peu ses compteurs à zéro et ré-azimuter clairement l’amour réel que le pays porte pour lui.

Cette bonne claque à l’égo de Juppé donne une probabilité raisonnable que notre homme ne se sente pas trop pousser des ailes et aille imaginer se présenter, en solo, à l’élection de 2017. Oh, bien sûr, ce faisant Juppé perdrait certainement une partie de l’électorat de droite s’il lui venait malgré tout cette idée suicidaire. Mais voilà : ce n’est plus cet électorat qu’il chasse, depuis bien longtemps, mais bien l’électorat d’un centre devenu inexistant ou impossible à situer, et l’électorat d’une gauche complètement désemparée, perdue dans ses dogmes de plus en plus fuyants. Or, à gauche, il y a pour le moment assez peu de candidats capables de rassembler plusieurs millions de voix (au contraire, même), ce qui laisse un réservoir électoral très large et désemparé, alors même qu’il est régulièrement cornaqué par des médias largement résignés à perdre aux prochaines élections mais déterminés à limiter la casse.

Bref : est-il réellement possible d’écarter définitivement Juppé du tableau ? Sans factoriser l’hypothèse amusante qu’il se présente à la primaire de gauche, on devrait rester attentif aux décisions du septuagénaire qui pourrait encore nous surprendre, ne serait-ce qu’en fusillant doucement Fillon si l’occasion se présente.

En outre et au passage, rappelons que cette primaire était, selon son intitulé, « de la droite et du centre ». Mais diable, où est ce dernier ?

Peut-on là encore totalement écarter que ce centre, disparu momentanément dans le vote Fillon, ne réapparaisse avec l’ectoplasmique Bayrou que le ridicule n’a, fort malheureusement, jamais réussi à dissoudre ?

Et puis, cette primaire de la droite est-elle parvenue à rassembler toute la droite ?

C’est loin d’être le cas puisqu’on sent déjà poindre des envies irrépressibles du côté de Michèle Alliot-Marie qui se sent probablement tout à fait capable de rassembler deux ou trois pourcents de votes indispensables à gêner un futur candidat et, par voie de conséquence, se placer en bonne position pour un portefeuille ministériel prochain.

On pourrait aussi évoquer Rama Yade, mais même Bayrou l’ectoplasmique semble plus concret. Passons.

On peut aussi compter sur Dupont-Aignan, qui ajoutera sa candidature au flot maintenant tumultueux des autres candidatures déjà identifiées. Reste enfin quelques originaux qui tenteront sûrement la course sans pouvoir prétendre ni aux signatures ni même à l’indispensable équipe de joyeux colleurs d’affiches, de distributeurs de tracts sur les marchés et autres militants incrustés un peu partout pour faire connaître leur candidat.

Bref, c’est un véritable troisième tour de la primaire qui vient de s’ouvrir pour la droite, dans lequel le candidat Fillon, s’il part favori sur la route de l’Élysée, rencontrera sans aucun doute de nombreuses embûches.

À présent, on peut raisonnablement s’attendre à plusieurs choses.

point-caron-fascisteD’une part, on va commencer à observer un orage dru de la presse sur la droite et son « champion ». Alors qu’il y a trois semaines, Fillon n’était essentiellement qu’un Droopy sans intérêt, le voilà maintenant propulsé représentant officiel de Satan et de ses diableries pour tout l’Hexagone. Même si Fillon ne s’est que très timidement déclaré libéral et s’est en réalité surtout contenté de se revendiquer de l’héritage intellectuel et politique de Thatcher, les médias ont compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de présenter le candidat de la droite comme un ultra-turbo-libéral à la limite fasciste auquel aucune privatisation, aucune suppression massive de postes de fonctionnaires ne fait peur. La tendance, outrageusement démarrée pendant la semaine d’entre deux tours, va donc continuer de plus belle, la mauvaise foi s’y disputant aux pires approximations et autres procédés consternants que les meilleures productions médiatiques vénézuéliennes ne renieraient pas.

D’autre part, on peut aussi s’attendre à ce que cette même presse fasse le nécessaire travail d’aplanissement pour le futur candidat de la gauche. Au contraire de son opposant, on peut raisonnablement parier qu’elle va complètement oublier les casseroles pourtant nombreuses des prochains candidats de cette primaire pour tenter de les faire passer pour dignes, a contrario d’une primaire de droite dont le niveau moyen, de l’aveu de ces médias pas du tout biaisés, aura rarement dépassé celui de la ceinture.

Chose déjà amusante alors que la rumeur voudrait que Manuel Valls se dirige vers une démission pour une candidature dans les prochains jours, on peut parier qu’on trouvera au Premier ministre d’étonnantes qualités qui, chez Fillon, l’auraient immédiatement qualifié pour une demi-douzaine de points Godwin (au bas mot).

point godwin

Enfin, avec l’approche des primaires de gauche, on peut parier que la confusion va continuer à régner en maître dans les esprits des uns et des autres. Ainsi, des électeurs de gauche se sont empressés de verser environ 2,5 millions d’euros dans les caisses des Républicains, sans parvenir à faire désigner Juppé, avec le risque grandissant pour eux de devoir se retrouver, au second tour, à choisir entre l’abstention ou Fillon, qu’ils honnissent. Ainsi, des conservateurs (Fillon en tête) réclament maintenant des réformes, des progressistes (à la Mélenchon) s’arc-boutent pour que, surtout, rien ne change, des encartés socialistes ou des artisans dans des gouvernements de gauche se retrouvent à goûter et vouloir faire goûter la liberté, Macron en premier, pendant que des encartés de droite voire d’extrême-droite réclament quant à eux que l’ombrelle de l’État s’étende toujours plus loin, que la liberté soit nerveusement et rigoureusement encadrée pour éviter, enfin, toute surprise et toute initiative hors des clous (et ultimement, toute rébellion).

En somme, les messages des uns et des autres deviennent de plus en plus confus, les lignes de démarcation se font de plus en plus floues et nos journalistes / experts / troubadours, généralement fort mal dotés intellectuellement et anesthésiés par des années de subventions trop grasses, se retrouvent bien en peine pour donner un sens à ces vastes mouvements de pensées qui agitent la société française actuellement…

Pendant ce temps, Marine Le Pen, habile, a choisi la discrétion médiatique, et se contente d’avancer son nouveau logo qui aura toutes les peines du monde à faire oublier celui du Parti Socialiste… À moins que, finalement, ce soit ce dernier parti qui finisse par se faire oublier complètement au profit d’un Front National, devenu l’aspirateur à déceptions.

Le deuxième tour de la primaire de droite vient de s’achever. Le troisième commence.

lolcat-attaque-chat-laser
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  1. « Bref : est-il réellement possible d’écarter définitivement Juppé du tableau ? »
    LOL :
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/11/28/97001-20161128FILWWW00072-le-hashtag-aj2022-de-gilles-boyer.php

  2. Mais ce vide intersidéral au centre ne peut-il pas être largement comblé par un Macron au faux-nez de gauche ? Je m’interroge !

  3. Juppé doit savoir que, sans les voix de gauche, c’est un 80-20 qui lui aurait été infligé. Cela devrait suffire à le dissuader d’aller plus loin. Maintenant, ça n’empêche pas les coups bas…
    Le score réel de Fillon va peut-être en faire réfléchir d’autres à droite (de la simili-droite

  4. Notons quand même qu’en remportant la primaire, Fillon a désormais toutes les clés du parti.
    Selon les status, il va pouvoir choisir la direction du parti, et décider de toutes les nominations pour les élections législatives.

    Contrairement au PS qui aura « élu » Hollande en 2011 tout en laissant ses opposants internes (et revanchards) proliférer au point delui faire perdre la majorité réelle au parlement (cf les frondeurs qui lui mettent des batons dans les roues dès qu’ils peuvent), Fillon pourra « nettoyer » et mettre aux ordres le parti, et s’assurer une majorité de députés réellement aux ordres.

    Il a les coudées franches pour 2017.

  5. Le centre est-il encore possible en France quand les média qualifie toute considération pragmatique et modérée comme ultra-libérale, capitaliste, lobbyiste, rétrograde, négationniste voir facho ? Et que le centre s’auto-censure lui même sous la pression.

    Le risque est bien sur qu’on bascule dans une droite dure où la réaction prime sur le bon sens …

    1. Une droite dure, c’est une droite qui n’est pas socialiste.

      1. Ou une droite qui considère de son devoir de légiférer sur l’avortement comme Aznar en Espagne au lieu de s’occuper à tenter de redresser le pays économiquement et socialement. (On en a marre des idéologies pour ou contre – on veut de la liberté …)

        1. Vous avez lu les 15 mesures du programme Fillon ? Une seule est sociétale et elle concerne la différence d’adoption par les couples homo vs celle par les couples hétéros.

          Je suis juste étonné que des mesures comme l’allocation unique (version renommée de l’impôt négatif) et la simplification des régimes indépendants ne soit pas plus commentées et caricaturées par nos zelites médiatiques.

      2. Une droite dure, c’est une droite qui n’est pas ultralibérale.

    2. Le centre, combien de divisions ?

      1. Autant que de prétendants putatifs…

      2. Pas mal de multiplications…

  6. Hier, le 27 Novembre 2016, journée historique :

    – Un président est né
    – Un pingouin est mort
    – Un matamore continue à mouliner

  7. La troisième mi-temps……. et après la gueule de bois

  8. Que Juppé fusille Fillon dès qu’il en aura l’occasion par de petites phrases assassines, j’en suis certain. Une bête blessée, surtout dans son ego, c’est vicieux.
    A mon sens, il serait une erreur de croire que les électeurs de gauche s’étant portés sur son nom lors des primaires de la droite seraient susceptibles de le suivre dans une aventure en solo. N’importe quel individu officiellement rattaché à la gôôôche captera les voix de ces moutons qui n’ont pas hésité à se parjurer en signant une charte allant à l’encontre de leurs valeurs. Encore une belle preuve de l’état d’esprit de ces gens qui veulent imposer leur façon de voir à tout le monde.
    Bayrou va probablement se déclarer, et certainement prendre une branlée compte tenu de sa non-intervention en faveur de Sarkozy en 2007 et surtout de son soutien à Hollande en 2012. J’estime son score à 3% au mieux. Je n’aborderai même pas les cas Alliot-Marie et Rama Yade qui n’auront probablement même pas les parrainages.
    En revanche, je vous rejoins sur le cirque médiatico-politique entourant Fillon, passé du statut d’insignifiant à celui de Héraut déclaré du Camp du Mal, suppôt officiel de Satan en de Zitoire. C’est risible et rappelle l’affolement des clercs du Camp du Bien à l’annonce de la victoire de Trump. Jouissif !