Livret A : la fausse réforme qui masque l’essentiel

Publié Par Jean-Yves Naudet, le dans Bourse et investissements

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

Le gouvernement va modifier à nouveau la formule de calcul du taux du livret A. Une réformette, visant à limiter une hausse éventuelle des taux, et qui masque l’essentiel : conserver les privilèges étatiques de l’épargne administrée, pour financer à bon compte le logement social. Autant d’argent détourné des investissements productifs.

Une formule pseudo-scientifique

Le gouvernement veille sur la cagnotte du livret A. Il a la main sur les conditions de rémunération de l’épargne administrée. Certes, officiellement, il existe une formule permettant au Gouverneur de la Banque de France de faire une proposition au gouvernement, deux fois par an, au 1er février et au 1er août. La complexité de la formule visait à lui donner un caractère pseudo-scientifique, alors qu’elle était arbitraire.

Depuis le 1er février 2008, la formule était la suivante : « le taux est égal, après arrondi au quart de point le plus proche ou à défaut au quart de point supérieur, au chiffre le plus élevé entre 1) la moyenne arithmétique entre, d’une part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de l’Euribor 3 mois et de la moyenne mensuelle de l’Eonia (exprimées avec deux décimales) et, d’autre part, l’inflation en France mesurée par la variation sur les douze derniers mois connus de l’indice INSEE des prix à la consommation de l’ensemble des ménages hors tabac (exprimé avec une décimale) et 2) l’inflation majorée d’un quart de point ». Bel exemple de créativité bureaucratique.

Une nouvelle formule pour limiter la hausse des taux

De plus, le gouvernement peut déroger à la formule, qui n’est donc qu’un paravent. Ainsi, compte tenu de la faiblesse des taux et de l’inflation, le taux retenu actuellement est de 0,75%, alors que le calcul donnait 0,5%. Mais, même si la formule n’est pas toujours appliquée, le gouvernement s’est inquiété : que se passerait-il en cas de hausse de l‘inflation ? Appliquer la formule actuelle pourrait conduire à des taux élevés.

D’où l‘idée d’une nouvelle formule, ce qui a été confirmé le 8 novembre. Michel Sapin a expliqué qu’elle visait à « concilier trois objectifs ; maintenir une rémunération attractive pour les épargnants, préserver la qualité du financement du logement social et lisser l’évolution du taux du livret A. ». Objectifs contradictoires : le premier implique des taux élevés, le second des taux faibles et le troisième une déconnexion encore plus grande avec la réalité des marchés !

Pour le dernier objectif, il ne sera plus question du taux d’inflation du mois précédent, mais de celui « lissé » des six derniers mois. Mais surtout il n’est plus question d’appliquer l’inflation majorée d’un quart de point, mais, en cas d’écart trop important entre les taux monétaires et l’inflation, ce sera seulement le taux d’inflation, sans les 0,25% supplémentaires, soit un taux réel de 0% ! En cas de remontée de l’inflation, l’objectif est de limiter la hausse du taux. Question de « solidarité » vis-à-vis du logement social, précise le gouverneur de la Banque de France ; « solidarité » donc sur le dos de l’épargnant !

Formule que le gouvernement peut ne pas appliquer !

Il y a pire : le gouvernement pourra toujours déroger à la formule, ce qu’il fait immédiatement, puisque le ministre de l’économie a déclaré « Quelle que soit l’incidence de la nouvelle formule, le taux ne baissera pas et sera maintenu au 1er février 2017 à 0,75% ».

Donc, on appliquera la formule quand elle ira dans le sens voulu par le gouvernement (pour limiter la hausse en cas d’inflation, afin de préserver le financement du logement social) ; on n’appliquera plus la formule quand elle risquerait de faire « trop » baisser le taux, afin de ne pas décourager l’épargnant. À une formule pseudo-scientifique, on ajoute l’arbitraire : le gouvernement décidera, tout en se donnant bonne conscience dans certains cas : ce sera « la faute à la formule ».

Des taux administrés pour une épargne administrée

Tout ceci cache la réalité. Le taux du livret A reste un taux administré, donc arbitraire ; le seul « juste taux » serait le taux de marché. C’est ce qu’avaient compris les scolastiques de l’école de Salamanque à propos du juste prix, qui ne peut être déterminé à l’avance, mais qui est le prix libre sur un marché concurrentiel. C’est la même chose en matière de taux d’intérêt.

Pourquoi ces taux administrés ? Pour avoir une épargne également administrée, allant à la Caisse des dépôts, pour financer le logement social (HLM). On comprend alors la démarche gouvernementales : il ne faut pas un taux trop bas, pour que l’épargne déposée sur le livret A soit abondante, mais pas trop élevé non plus, pour que les taux des prêts au logement social restent modérés.

Mettre fin à la mainmise étatique sur l’épargne

Cette épargne administrée n’a aucune justification. En matière de logement, l’IREF l’a démontré, seule une libéralisation du secteur de la construction, y compris des terrains, permettrait d’adapter l’offre à la demande.

Quant à l‘épargne, la Caisse des dépôts pratique ainsi un véritable détournement, au lieu de la laisser se diriger librement sur les marchés en fonction des besoins de l’économie et notamment de l’investissement productif. La gesticulation sur la « bonne formule » de fixation des taux n’est qu’un paravent, destiné à masquer l’enjeu principal : la mainmise étatique sur l’épargne.

Sur le web

  1. ça me fera une belle jambe….comme dirait l’autre. surtout que le FMI pourra à tout moment voler 10% de mes économies!!! Vive la france (avec un petit f)

    1. Alors si vous estimez que 10% c’est du vol , préparez vous à ce que je vais vous expliquer et vous allez me dire si c’est du vol ou pas .
      La dette de la France c’est 2100 milliards d’euros . L’épargne nette des français est de 2700 milliards . la dette de la France représente 2100/2700=0.66 . Pour payer la dette de la France il suffit donc de taxer l’épargne nette des français à hauteur de 66% . Et comme ça elle est payée en quelques jours . Alors soit vous vous faite « voler » par le gouvernement comme vous dites soit vous allez mourir , ou bien votre femme ou votre fille vont se faire violer chez elles ou par des inconnus dans la rue . Pourquoi je vous dis ça ? Mais parce que c’est ce qui risque de vous arrivez si vous n’acceptez pas cette taxe de 66% sur votre épargne pour payer la dette de la France . Je m’explique . La France est maintenant endettée à hauteur de 100% de son PIB . Pour l’instant elle a la confiance des marchés . Mais qu’est ce qui se passe si les marchés se rendent compte que la France ne payera jamais la dette ? Les marchés vont se dire attendez on n’a plus confiance dans votre capacité de remboursement et on n’a plus confiance dans votre monnaie l’euro alors on exige une sécurité supplémentaire et donc on augmente les taux d’intérêts sur vos emprunts . Et là qu’est ce qui se passe ? Les taux d’interets de 1% maintenant montent à 7% puis à 10% puis à 15% puis à 21% comme pour la Grèce . La France n’est plus en capacité ni de rembourser ni d’emprunter . La France fait défaut . Une crise économique s’en suit . L’Etat n’a plus les moyens de payer les salaires . Il n’a plus les moyens de payer les policiers et l’armée . Il n’y a plus de personnel pour assurer la sécurité des français . Sans sécurité , la France est livrée aux pillages . Les magazins , les super marchés , les maisons sont attaqués . Et puisque les français n’ont pas d’armes chez eux pour se défendre contre les agressions comme aux Etats Unis et pas de police à appeler alors les gens se font tuer , les femmes se font violer chez elles . C’est le scénario noir qui risque d’arriver en France et dans d’autres pays si on ne se met pas à payer la dette , tout de suite . Alors si vous estimez que 10% c’est du vol , vous feriez mieux d’accepter 66% de taxe sur votre épargne ou c’est votre vie et la sécurité de votre femme et de votre fille qui sera en jeu .

      1. La situation n’est peut etre pas si grave que ça. Ne jamais rembourser la dette n’est pas un problème en soi, du moment que la dette est soutenable.
        Les USA ont une dette bien plus colossale. Leur futur président a dors et déjà annoncé qu’il allait l’augmenter encore massivement, et pourtant les marchés sont au rendez vous et vont acheter cette dette.

        Explication : Ce que veulent les créanciers, avant tout, c’est d’être payés. C’est à dire de recevoir leur argent à échéance des obligations d’état qu’ils possèdent.
        Tant que l’état en question paie ses échéances, les créanciers pretent.
        Que l’état en question continue d’émettre de la dette pour payer ces échéances n’est pas forcément un problème. Certes c’est une fuite en avant, mais tant qu’il n’y a pas défaut, tout va bien…

        1. Oui la dette des USA est colossale , mais elle l’est en propension de leur PIB qui est tout aussi colossal .
          Vous oubliez que les Etats Unis ont le privilège du dollar et de la planche à billet . S’ils continuent leur QE , leur monnaie ne vaudra plus rien , le dollar explosera , l’Etat américain fera défaut et vous aurez la guerre civile chez eux .

      2. Si les taux montent rapidement, on peut commencer par décréter le déficit zéro. Càd ne plus recourir à l’emprunt des 80 Mds annuels. Il y aura donc des conséquences sur les salaires et les retraites. Ensuite l’Etat peut recourir à l’emprunt obligatoire, comme Mitterrand l’avait fait en 83 quand la France s’apprêtait à bouffer au FMI.
        tout s’est bien passé, Fabius premier ministre, on enclenche une politique de rigueur après 2 ans de gabegie économique, et tout rentre dans l’ordre en 18 mois oú 2 ans.
        Votre scénario est donc quelque peu exagéré. La France est encore un pays riche grâce à l’épargne des français. S’il s’agit de sauver leur pays de la banqueroute, les français accepterons les sacrifices, surtout ceux qui ont des enfants voire des petits enfants. Ceci à condition que nos élus s’orientent raisonnablement vers le déficit zéro. Ce qui n’est pas le bout du monde puisqu’il s’agit de vivre à hauteur de nos moyens, ce que font déjà tous les ménages et entreprises français. De plus des économies non négligeables sont faisables du côté de l’état en rabotant les privilèges ainsi que le nombre des postes de députés et de sénateurs qui se gavent sur la bête. Jusqu’à aujourd’hui ce sont les français de base qui font les efforts tandis que la classe des élus n’a de cesse d’accroître leurs privilèges. Donc un gouvernement économe, dynamique et courageux en a encore sous le pied, le problème c’est qu’on élit jamais ces gens là. L’électorat français est toujours beaucoup plus sensible à la démagogie pour les lendemains qui chantent. Et à chaque fois ce sont les lendemains qui déchantent auxquels nous sommes confrontés, après il ne faut pas se plaindre.

  2. « le seul « juste taux » serait le taux de marché » certes mais il faudrait pour cela que le marché fonctionne normalement !
    Or, avec les taux cassés de la BCE à la suite des manipulations monétaires dont tout le monde connait l’ampleur le taux du marché aujourd’hui c’est ZERO ! Vous faites donc un raisonnement théorique qui ne tient pas compte des contingences.
    Quant à la captation de l’épargne publique par l’Etat ce n’est en aucun cas une nouveauté … et elle est pratiquée partout !

    1. @ Philos

      On ne peut en effet parler de « captation » que si il y avait une obligation de mettre son épargne sur ce livret, et ce n’est pas le cas.
      D’autre part, beaucoup de gens souhaitent un taux plus généreux mais sans accepter de risque! Hors le taux de 0,75% est déjà plus favorable qu’un livret d’une banque commerciale. On peut reprocher que ce soit « étatique », bien sûr mais ça, c’est de la théorie libérale pure, dans un pays actuellement pas du tout « libéral » mais jacobin et étatique!
      Cette participation volontaire des citoyens pour la politique du logement ne me choque pas dans la France d’aujourd’hui!
      Enfin, pour que l’état ne puisse plus emprunter, il doit donc compter sur l’épargne de ses citoyens: dans les pays où la dette est tenue par les nationaux, la « garantie » de l’état obtient évidemment, un gain sur les taux par rapport au marché: si les livrets A ont du succès, Pourquoi changer ce qui fonctionne?

      Je ne dis ça qu’en plus de vos arguments monétaires que j’approuve.

  3. @ Miki Stouffs
    La captation peut ne pas être autoritaire; il y a toujours des moyens d’orienter l’épargne et les états ne s’en privent pas.
    La fiscalité en est un exemple et là c’est le cas puisque les placements sur livret A, LDD, LEP sont exonérés de CSG et de la fiscalité confiscatoire sur le capital.
    Petit rappel : si vos revenus globaux sont supérieurs à 25.000 € pour un célibataire – 50.000 € pour un couple – le coup de massue fiscal est de 39.5% sur les intérêts … En France ont passe très vite dans les taux consfiscatoires !
    Pour le reste nous sommes d’accord quoique je ne sois pas sûr que les français sachent que le Livret A sert à financer le logement social.

  4. N’empeche, une petite pensée pour le type qui a du écrire en toutes lettres la formule, là où une formule scientifique avec symboles aurait été tout aussi précise…

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