Premier tour de la primaire et recomposition de la droite

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans Politique, Pushmobile

Par Jean-Baptiste Noé.

Ce premier tour de la primaire de la droite a eu pour effet de rebattre les cartes et de remodeler les contours idéologiques de cette famille politique. Entre perdants et gagnants, c’est une nouvelle droite qui se dessine en cet automne 2016.

Les perdants

Le 20 novembre marque l’élimination de Nicolas Sarkozy et son probable départ de la vie politique. Son score est sévère, à peine 20% pour celui qui était président de LR, ancien Président de la République et acteur principal de la droite depuis 2002. Il avait été mal élu président de l’UMP en 2014, certes avec 64.5% des voix, mais avec un score bien inférieur à 2004 (85%). Ce ne sont pas tant les idées qui ont été rejetées que l’homme et sa façon de faire, déjà cause de sa défaite en 2012. Nul ne sait encore ce qu’il fera, mais c’est tout de même une page importante de l’histoire de la droite qui a été refermée.

Alain Juppé est un autre perdant. Non seulement il ne termine pas premier, mais il réalise un score assez faible (28.6%), loin en tout cas de ce qui lui était promis. Le fait que des électeurs de gauche aient pu voter pour lui ternit également son image. Le deuxième tour n’est pas joué, mais sa victoire apparaît peu probable. Sa défaite est aussi celle d’une droite qui court derrière la gauche et qui n’a pas vraiment de projet politique ni de vision de société.

Bruno Le Maire et Jean-François Copé risquent de vivre des lendemains difficiles. En terminant cinquième avec 2.5% et dernier avec 0.3% ils ont montré qu’ils ne pesaient rien. Les politiques de leur génération ne vont pas se priver de les reléguer dans le camp des défaits et de les empêcher de jouer un rôle dans les prochaines années. De même pour Jean-Frédéric Poisson qui a lui aussi raté son pari. Avec près de 15 ans d’existence, son parti est groupusculaire et ne compte aucune victoire à son actif. Avec 1.4% des suffrages, il a montré qu’il était insignifiant.

À l’inverse, c’est la victoire de la stratégie de Sens Commun qui a fait le choix d’être présent à l’intérieur de LR et de soutenir François Fillon à un moment où il était donné quatrième. Ils ont essuyé beaucoup d’attaques, mais la victoire d’aujourd’hui montre que leur stratégie est la bonne. Quant à NKM elle est égale à elle-même et sa quatrième place est finalement plutôt une bonne chose pour elle.

Les gagnants

La démocratie. Beaucoup ont critiqué l’organisation de primaire à droite et souvent avec des arguments justes. Mais force est de constater qu’elle est une grande victoire de la démocratie. Avec plus de 4 millions de participants, c’est un nombre beaucoup plus grand que ce qui était attendu par les organisateurs. Or, pour participer à cette élection il fallait se rendre dans un bureau de vote souvent différent de l’habituel (donc, se renseigner sur le lieu) et payer 2€, difficile dans un pays où beaucoup pensent que tout est gratuit.

La primaire a aussi permis que les candidats exposent publiquement leur programme et en parlent abondamment, notamment sous la forme de livres. Il y a de vraies différences entre Alain Juppé et François Fillon et celles-ci ont été réglées par les urnes. Le candidat vainqueur aura une vraie légitimité politique et les coudées franches pour l’appliquer.

La vérité politique. On a souvent dit qu’en France la réforme ne paye pas. Or François Fillon a fait campagne en se référant à Margaret Thatcher, aujourd’hui plus appréciée, mais longtemps honnie dans la droite française. Il a fait campagne en promettant de réduire le nombre de fonctionnaires de 500 000, d’aligner les cotisations du public sur celles du privé, de repousser l’âge de départ à la retraite.

Ce sont des propositions de bon sens qui sont essentielles pour redresser l’économie française, mais qu’il n’est pas du tout facile de développer. Raymond Barre et Édouard Balladur n’ont pas dépassé les 16%, avec un programme assez proche. Pour la première fois, un candidat qui a fait campagne sur un projet de vraie rupture avec le modèle étatique français a largement remporté l’élection.

Fillon a clairement dit qu’il ne voulait pas réformer le système, mais le transformer. Et cela plaît. C’est la première fois aussi qu’un candidat qui ose se dire libéral fait un aussi grand score au premier tour. Cela aussi est une première.

Reste à confirmer cela au second tour. Dimanche prochain nous pourrions assister à une profonde recomposition idéologique de la droite française.

Sur le web

  1. Oui, à confirmer aussi que c’est un vrai réformateur… indiquer un nombre de suppression de fonctionnaires n’est pas gage de transformation… diminuer les impôts, c’est bien mais n’est pas une fin en soit… il faut simplifier notre état, nos lois, notre organisation, revoir le paritarisme… la baisse des impôts suivra. La pédagogie de cette transformation n’a pas été bien faite… j’attends de voir la suite.

    1. Tout va dépendre, maintenant, de l’élection présidentielle: soit après la primaire, on retrouve Fr.Fillon au 2d tour (probable) ou pas.
      Dans ce cas c’est le « mur républicain » qui décidera face au F.N. de M.Le Pen, ou pas.
      Voter Fr.Fillon, c’est un changement, voter M. Le Pen, c’est un très grand changement!
      Mais à quoi bon savoir d’avance? Vous déménagez en Belgique ou en Suisse?

  2. On va vite dechanter, le nombre de fonctionnaire n’a pas d’importance ,ce qui compte est le nombre de chomeur… fillon est comme les autres, a l’ouest

    1. En fait non, ce qui compte n’est pas le nombre de chômeurs, c’est le nombre de personnes qui bossent et la richesse ainsi créée.
      A trop regarder les intermittents on en oublie les actifs.
      A trop voir les chômeurs on en oublie qu’une partie est « employable », avant d’être « indemnisable »…

      1. @ Pukura Tane

        Oui, Le Mans, c’est à l’ouest!

        La France n’a plus 1 € à investir qui ne provienne soit d’une réforme « économe » (rarissime!), soit de la dette! (déjà à 100%, à peu près!). Un pouvoir sans argent ne peut rien!

        Gérer, c’est s’occuper de ce qui rapporte mais aussi de ce qui coûte: ce qui est clairement « excessif », c’est le coût du train de vie de l’état, première et prioritaire variable à faire bouger vers le « moins »!

        Ça s’appelle le « déficit budgétaire » promis par la France à l’U.E. < 3%, en 1993, objectif qui n'est pas encore atteint en 2016, 13 ans après: que peut-on encore croire? Le "bla-bla" ou les chiffres?

        Nombre de députés en France: 577 pour 66 millions d'habitants (et souvent 40 ou moins en séance, quand la télé n'est pas là!), en Chine 3 000 POUR 1,3 OU 1,4 milliard d'habitants (3 à 4 X moins)! (8,5 contre 2,3 par million d'habitants, approximativement).

        1. Fillon prévoit une baisse du nombre de parlementaires (référendum en septembre 2017 pour ça et l’inscription du principe d’égalité de tous pour la retraite)

        2. Députés USA : 435 pour 318 millions, avec 100 sénateurs seulement.
          La France a du progrès à faire, mais avec 36000 communes, 600.000 elus, et 5,6 millions de fonctionnaires, il y a de quoi faire !

    2. A ce compte là, devenons tous fonctionnaires et hop plus de problème de chômage ! Ho wait…

      Evidemment que le nombre de fonctionnaires est primordial ! Ils ne créent aucune richesse et il faut non seulement les payer mais également toute l’infrastructure qui leur permet d’exister (je n’utilise pas le terme travailler à dessein), sans même parler de toute la bureaucratie que cela génère dans le secteur privé pour répondre à des normes le plus souvent absurdes.

      A supposer qu’un état soit nécessaire, peu des missions qu’il s’octroie dépendent au final de son périmètre. Seules la défense du territoire (gros bémol, on pourrait avoir une armée de miliciens réservistes comme en Suisse), la police (idem, il y en a bien une municipale déjà) et la justice (à revoir de fond en comble vu l’hétérogénéité de ses décisions et son efficacité) peuvent être considéré comme les missions d’un état. TOUT le reste peut être pris en charge par le secteur marchand. Et qu’on arrête de nous faire pleurer à chaque fois sur les infirmières et les enseignants. Une infirmière dans le public c’est 3 administratifs ou pseudo-soignants qui branlent. Et un enseignant dans le privé enseigne au moins aussi bien qu’un enseignant du public, à coût inférieur.

      Les gros bataillons de fonctionnaires, ce sont des administratifs dont on se demandent comment ils arrivent à s’occuper depuis la généralisation de l’informatique et du digital, notamment dans les collectivités territoriales.

      500.000 de moins, c’est un minimum ! L’idéal serait de revenir autour de 10% de la population active et il y aurait encore du gras !

      1. Vu notre système on ne peut pas fonctionner avec moins de fonctionnaires ,il faut changer le système avant de diminuer leur nombre
        , nos politiques sont tous des demagos en déclarant vouloir en diminuer le nombre sans changer leur statut avant.
        Ils ne pourront pas changer ce statut sans diminuer le chômage avant et pour cela il faut libérer les entreprises du carcan syndical et fiscal.

        1. En fait, vivre dans un autre pays!?

          1. Non la carcan syndical doit gicler… 🙂

        2. Boff! Cameron a diminué de plus de 500K inutiles de la fonction publique et cela a eu pour effet de créer trois fois plus d’emplois privés. J’ai l’impression que vous vivez avec des dogmes un tantinet désuet.

      2. excellent résumé !!

    3. La réduction du nombre de fonctionnaire est très importante, car la condition nécessaire (mais non suffisante) pour réduire les prélèvements obligatoires, qui est la seule polique qui puisse renouer avec la croissance.

  3. Le succès de Fillon c’est le retour, certes encore modéré, des idées libérales après 35 ans de socialisme. Réjouissons-nous.

  4. Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain !
    Vous oubliez volontairement le « vote utile ».
    Pour ma part, j’ai choisi Fillon car il me parait le plus apte à gagner les présidentielles et son projet me convient en grande partie. Ceci étant, ce n’est absolument pas un rejet de N. Sarkozy à qui je reconnais de grandes qualités à commencer par le courage. Malheureusement il a été détruit par les médias dans l’esprit de nombreux Français et ses chances de l’emporter en 2017 étaient très minces…

    1. Je pense ne pas avoir été la seule à avoir eu ce raisonnement.

      1. J’ajoute que les scores des petits candidats ne reflètent pas non plus leur poids réel. Le vote utile a concentré les votes sur les 3 candidats ayant des chances raisonnables d’être au second tour. C’est dur pour eux mais un électeur qui veut que son vote puisse peser sur le résultat n’a pas d’autre stratégie possible.

  5. « Premier tour de la primaire et recomposition de la droite ».
    On attend maintenant le premier tour de la présidentielle et la décomposition de la gauche. Nez sensible s’abstenir.

  6. Dati qui rallie son grand pote Fillon, faut vraiment être prêt à tout pour faire de la politique. Certaines sont particulièrement douées.

    1. Cruel! Des révélations à faire?

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