Avec Trump, la nostalgie au pouvoir !

Publié Par Jacques Tibéri, le dans Amérique du Nord

Par Jacques Tibéri.

Donald Trump By: Marc NozellCC BY 2.0

« Make America Great » aurait suffi. Mais Trump y a ajouté Again, car il incarne moins un rêve qu’un souvenir américain. Celui de l’Amérique des années 1970.

Donald Trump, candidat de la restauration

Le programme du milliardaire est une machination à remonter dans le temps. Rapatrier les industries lourdes délocalisées. Rendre les immigrés à leur pays d’origine. Faire redescendre le prolétariat dans les mines et les usines. Remplacer le Made in China par du Made in America. Faire comme s’il n’y avait aucun conflit en Extrême-Orient. S’autoriser à jurer, fumer, boire, draguer, et faire vrombir son moteur sans risquer de remontrance politiquement correcte. Ne plus culpabiliser à l’idée de manger gras, salé, sucré. Dire merde aux droit-de-l’hommistes, aux beatniks écolos, aux féministes hystériques. Et ainsi de suite. Comme l’explique Adam Curtis, réalisateur d’un documentaire sur le milliardaire, « Trump est un produit de la contre-culture des années soixante-dix ».

Les résistances envers ce projet nostalgique

Le rêve américain de (R)onald Trump s’intitule « That’s 70’s show ». Mais malgré les similitudes entre Reagan et Trump, ce fantasme n’est pas prêt de voir le jour, tant les résistances seront grandes.

Elles viendront moins de ses opposants, abasourdis et affaiblis, que de son propre camp. Les Républicains modérés, qu’il n’a cessé d’insulter tout au long de la campagne, contrôlent désormais le Congrès et ont un plan pour bloquer Trump. Face à lui, les médias et surtout les lobbies industriels mettront leur veto à chacune des mesures susceptibles de nuire à leurs intérêts. Le nouveau Président des États-Unis risque de se retrouver bien seul à Washington, encerclé par ses adversaires.

Un programme à tous les coups perdants

Pour autant, imaginons, un instant, que le magnat de l’immobilier, habile à déjouer les pronostics et les pièges, réalise son programme. Hypothèse improbable ? Pourtant, s’il y a bien une leçon à tirer de cette nuit du 8 novembre… est qu’il ne faut (plus) préjuger de rien.

Imaginons donc qu’il bâtisse ce mur et refoule les millions de clandestins, déjà gagnés par la panique. Imaginons, ensuite, qu’il réindustrialise l’Amérique et bloque les produits chinois à la douane américaine, sans subir de représailles économiques – ce qui relèverait du miracle, selon la plupart des analystes. Imaginons, aussi, que son programme de baisses d’impôts profite à l’économie sans faire exploser le déficit budgétaire – alors que certains think-tanks estiment que cette politique creusera le déficit de 10 000 milliards de dollars ! Imaginons, enfin, qu’il réforme l’Obamacare, impose la transparence à Washington et allège l’État Fédéral, etc…

Quel message envoyé au reste du monde ! « Votez pour les populistes : ça marche ! » commencent-ils déjà à clamer. De quoi faire chavirer les démocraties européennes, déjà fragilisées, à l’extrême droite. Un basculement qui sonnerait le glas de l’Union Européenne. Dès lors, les démocrates européens auraient tout à perdre à voir Trump réussir. « Un Brexit puissance trois » annonçait Donald Trump lui-même.

Qui perd gagne

Et s’il échouait ? Pensez à la réaction de cette Amérique profonde pour laquelle le Président-élu représente le dernier espoir de changer la donne. « Si Trump échoue, les électeurs seront encore plus hargneux », prédit la Financial Review. Pensez à la rage et la violence qui pourraient alors s’exprimer.

Comme à son habitude, pour sortir de l’ornière, Trump blâmera le système. Ne prévoyait-il pas déjà de dénoncer le trucage des élections en cas de défaite ?  De nouveau, il se déresponsabilisera sur « Washington » et les élites, accusées, depuis le début de sa campagne, d’avoir fomenté mille complots contre lui. De nouveau, il retournera la violence du peuple contre le système et transformera peut-être sa défaite en victoire. Qui perd gagne.

Mais que restera-t-il ensuite de l’Amérique ? Qui aura le courage de briguer la présidence si les institutions sont démolies, l’économie en ruine et les classes populaires en sécession ?

Dans tous les cas, l’échec de Trump mettrait, aussi, l’Europe en péril. Une Europe dont l’économie, privée de la locomotive américaine, risquerait l’effondrement.

Avec lui, le problème n’est pas la chute. C’est l’atterrissage. Ainsi, qu’il échoue ou réussisse, le monde ne sortira pas indemne de l’ère Trump et l’Europe a, plus que jamais, besoin de s’armer pour résister aux quatre prochaines années. Certains, comme le chercheur en relations internationales Michael Lambert, y voient d’ailleurs une opportunité pour précipiter le « grand saut fédéral » européen. Alors, peut-être, pourrons-nous répéter ce dicton de sagesse populaire : « à quelque chose, malheur est bon ».

  1. Il faut savoir respecter et ne jamais sous-estimer son adversaire.
    L’auteur de l’article prédit l’échec de Trump avec une certaine condescendance, à l’aune de ses promesses électorales.
    Le discours électoral de Clinton pourrait subir le même traitement, et on se gausserait alors des ses promesses aux minorités et aux plus pauvres, alors qu’elle représente et incarne l’hyper-capitalisme et la politique d’intervention agressive à l’extérieur.
    Jugeons-le à ses actes !

    1. +
      Merci d’avoir relevé cette condescendance de thinktanker de bas étage !
      Jugeons-le à ses actes ET dans le contexte difficile de notre monde « moderne »

      1. @caffer 21 & JPC1941:

        Le propos de l’article, c’est que même si Trump parvient miraculeusement à mettre en œuvre les solutions qu’il a promis, le hic c’est que lesdites solutions ne sont pas libérales, elles sont nationalistes et protectionnistes. La seule bonne chose c’est sa volonté tenace de réduire les impôts, mais pour être efficace il faudrait également réduire les dépenses publiques.

    2. Si Trump met en oeuvre son programme protectionniste, ça ne marchera pas.
      Et sur ses futurs actes, s’il est persuadé que le protectionnisme fonctionne, ça n’augure rien de bon.

  2. jespère que trump perméttra à l’amérique de s’en sortir par le haut ; ne serait ce que pour faire la nique à tout ceux qui souhaitent bassement qu’il se plante…..

  3. Ce qu’il y a de bien avec la prospective, c’est qu’elle permet à l’imagination la plus débridée de s’exprimer sans limite.
    Et « si » Vladimir Poutine mourrait assasiné par un dissident tibétain ?
    Et « si » l’effondrement de la Deutche Bank enclenchait une guerre totale en Europe ?
    Et « si » La Niña provoquait des hivers si froid pendant les années qui viennent que les tensions en approvisionnement énergétique enclencheraient une 3eme guerre mondiale ?
    Et « si » Donald Trump n’avait simplement utilisé un système électoral particulier pour gagner la Présidence, et qu’il réussissait à guider une politique favorable à son pays, sans renier ses propres valeurs ?
    Et « si » un jour en France nous avions un président et une majorité libéraux, appliquant une politique que nous aspirons de nos vœux, et que les choses s’améliorent dans notre beau pays ?
    Et « si » demain on interdisait le Métro parisien aux habitants de la rive droite ? Ou de la rive Gauche ? Un jour sur deux ? Aux changements d’heure ?

  4. Même ici on certains n’ont pas honte d’affirmer que les baisses d’impôts coûtent de l’argent.

    1. Baisser les impots sans baisser les dépenses, c’est effectivement peu recommandé…

  5. penser que l UE puisse faire quelque chose de valable est comme croire qu un paralytique puisse courir le 100 m …
    l UE c est le consensus mou et helas chaque pays ne voit que son interet a court terme. sans compter des dirigeants qui ne veulent surtout pas de quelqu un qui leur fasse de l ombre

  6. « Qui aura le courage de briguer la présidence si les institutions sont démolies, l’économie en ruine et les classes populaires en sécession ? »
    Ne vous inquiétez pas sur ce point, il y a toujours du monde quand la gamelle promise est bonne, même si celle des autres est infecte.

    J’ai tendance à lire dans les propositions chocs de Trump pas les propositions elles-même mais plutôt les résultats attendus. Un exemple, ses barrières douanières à 35%, elles ne verront jamais le jour selon Paul Ryan (parce qu’il craint, à juste titre, des mesures de rétorsion des autres Etats) qui préfère une grande réforme fiscale pour rendre l’Amérique plus compétitive. Si un plan bien ficelé voit le jour et que cela crée des emplois, y compris industriels, l’électeur sera content car il se fiche finalement des moyens (pas de protection) si le but est atteint.

  7. Il en dit des choses, le tane:
    « Et « si » Donald Trump n’avait simplement utilisé un système électoral particulier pour gagner la Présidence, et qu’il réussissait à guider une politique favorable à son pays, sans renier ses propres valeurs ? »
    C’est là en effet la question principale!

  8. Commando a parfaitement raison : Trump propose un programme protectionniste calamiteux. Même ses réductions d’impôts feraient exploser la dette et le déficit. Qu’il applique ou non son programme, ses électeurs ne retrouveront pas leurs emplois industriels des années 80. Trump ne peut, à terme, que décevoir ses électeurs.
    Sauf si, comme Mitterrand en 1983, il change totalement sa politique économique…

  9. Je suis assez étonné de voir que les commentaires sur le programme économique de Trump oublient deux faits pourtant essentiels:
    1. il va devoir présider au dénouement des politiques calamiteuses des BC dont la Fed. Et probablement a-t-il en tête une des conséquences de ce débouclage, à savoir la possible fin du $ comme monnaie de réserve mondiale et ses conséquences sur les pétro$.
    2. Il n’a que peu de marges de manoeuvre, mais avec 37% du PIB et une économie hors système compétitif, Medicaid et Medicare et le complexe médico-pharmaceutique à eux-seuls permettent d’éviter le pire. A condition bien entendu qu’il le fasse. Immédiatement car
    3. son horizon d’action est d’un an. Car au delà, on est dans le renouvellement de la chambre comme le rappelle fort a propos Karl Denninger dans ce billet: http://market-ticker.org/akcs-www?post=231661

  10. Si quelqu’un peut nous éclairer sur les modalités de financement d’une baisse du taux d’imposition des entreprises de 30 à 15% par l’administration Trump , je veux bien être tenu au courant 🙂 idem pour les baisses d’impôts pour les foyers etc… etc… pour l’instant j’ ai tout entendu sauf des mesures de baisse de la dépense mais comme disait Bush :  » Le pouvoir d’achat des américains ne se négocient pas », je doute donc très fortement qu’il y ait une inflexion budgétaire. D’ailleurs si les américains ont élu Trump c’est plus par demande de transferts sociaux que pour une cure de désintox.

    1. « …j’ ai tout entendu sauf des mesures de baisse de la dépense… »

      C’est quoi vos moyens d’information ? Vous avez entendu parler de la réforme voire abrogation de l’Obama Care, des subventions aux ENR et à l’ONU, du non-interventionnisme dans le monde, de la réduction du personnel fédéral etc… ?

      « …modalités de financement d’une baisse du taux d’imposition des entreprises de 30 à 15% »

      Suppression des niches fiscales qui comme en france ne sont accessibles qu’aux grandes entreprises utilisant des cabinets fiscaux à la pointe du contournement des régimes taxatoires.

      Lise au moins son programme. Il est sur le Net. Ne comptez pas sur les medias mainstream pour vous en parler.

  11. Je trouve asse consternant de dire que le président ne pourra pas faire passer son programme à cause des assemblées alors que c’est justement le Congrès qui par 67 fois (soixante-sept !) a demandé l’abrogation de l’Obamacare. Il a échappé à l’auteur qu’Obama a passé son 2ème mandat avec un congrès hostile et qu’il a néanmoins réussi à faire passer des mesures et programmes controversées.

    Pourquoi : parce que le président a dû négocier avec le Congrès à majorité républicaine afin de ne pas se voir opposer le veto du Congrès et idem pour le Congrès vis-a-vis du président, chacun pouvant ainsi faire passer ses propres programmes en ménageant la chèvre et le chou. nul doute que pour Trump ce sera plus facile que pour Obama vu que la majorité se situe plus de son coté.

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