Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Alors que l’ensemble des analystes se sont -hélas- lourdement fourvoyés en croyant que la candidature Trump allait se dégonfler au moment des primaires Républicaines, ces mêmes analystes rédigent aujourd’hui de nouvelles belles chroniques dans lesquelles on peut les voir se rassurer à bon compte en disant que de toute façon, un Trump candidat des Républicains serait littéralement balayé par la candidature de la démocrate Hillary Clinton.

Comment est-il possible de se tromper aussi automatiquement en un intervalle aussi court ?

Trump est le probable futur 45ème président des États-Unis, et si cette perspective est loin de me réjouir, je vais vous expliquer pourquoi, non pas sur une analyse partisane, sur du doigt en l’air et de la théorie fumeuse, mais plutôt sur une analyse complète des données dont on dispose aujourd’hui, et qui annoncent ce désastreux résultat.

Désastre annoncé

trump rené le honzecComme chacun sait, l’élection aux États-Unis ne se fait pas à la majorité des électeurs, mais à la majorité des grands électeurs par État. Ainsi, pour devenir président des États-Unis, il faut obtenir 270 de ces grands électeurs sur un total de 538. Ce nombre de grands électeurs est calculé par État en fonction de l’évolution démographique. Ainsi, le nombre actuellement attribué de grands électeurs de chaque État a été calculé sur la base du dernier grand recensement effectué aux USA, en 2010, et la répartition actuelle est la même que celle qui a été appliquée à l’élection de 2012 (Barack Obama réélu face à Mitt Romney). À noter que lors du dernier grand recensement, les États du Nord-Est ont perdu majoritairement des grands électeurs, au profit de ceux du grand Sud, ce qui aura son importance (j’y reviendrai).

Parlons maintenant des Swing States. Ce qu’il faut savoir, c’est que sur l’ensemble des élections présidentielles depuis 2000, un certain nombre d’États votent toujours pour le même parti. Ainsi, sur l’ensemble des 50 États constituant les États-Unis, et cela en 2000, 2004, 2008 et 2012, seulement 10 ont changé de couleur politique à au moins 1 reprise. Il s’agit des États du Nevada, Colorado, New Mexico, d’Iowa, de l’Indiana, Ohio, Floride, Virginie, Caroline du Nord, New Hampshire.

Tableau 3 Trump Nicolas Poirier

Ainsi, on peut prédire sans grand risque de se tromper que la prochaine élection se jouera toujours sur ces 10 seuls États, les 40 autres ayant une chance proche de zéro de changer de couleur. C’est important, car cela signifie que, avant même le début de la campagne électorale, les démocrates partent à la présidentielle avec un potentiel de 242 grands électeurs déjà acquis, et avec seulement 28 de plus à conquérir sur ces fameux Swing States pour s’assurer de gagner la présidentielle. À côté, les républicains ne partent « que » avec un total de 180 grands électeurs déjà acquis, et donc un total de 90 supplémentaires à engranger pour gagner l’élection.

Tableau Nicolas Poirier Trump 2Sur le papier donc, l’élection se présente bien pour le candidat démocrate, probablement Madame Clinton.

Et pourtant, ce serait une grave erreur de croire que tout est gagné pour elle.

En effet, les républicains ont clairement le vent en poupe. Ce qu’il faut voir, c’est que entre son élection de 2008 et 2012, le Président Obama a perdu 2 grands États, l’Indiana et la Caroline du Nord, soit un total de 26 grands électeurs (que je comptabilise aujourd’hui dans les Swing States, mais qui ont donc une forte probabilité de rester républicains). Également, il ne s’est imposé que de justesse en 2004 en Floride, Virginie et Ohio, également 3 États Swing States qui totalisent 60 grands électeurs, et qui penchent naturellement plutôt vers les républicains ! Pour résumer, sur le papier, un total de 86 grands électeurs semblent acquis au sein des Swing States pour devenir ou rester républicains … et on se rapproche des 90 à atteindre. Mais ce n’est pas tout.

Maintenant, étudions les primaires républicaines et démocrates qui se jouent actuellement, et ont livré leurs résultats dans déjà 7 de ces 10 Swing States. Et qu’est-ce qu’on y observe ?

tableau Nicolas Poirier Trump

Dans ces 7 États, la somme des militants républicains qui se sont déplacés pour la primaire est systématiquement et toujours supérieure à celle des démocrates. On peut relativiser en considérant qu’un fan de Marco Rubio ne votera peut-être pas pour un Trump. Le fait est que la réciproque est toute aussi vraie, un fan de Sanders n’étant pas plus automatiquement additionnable à une Clinton. Si on s’en tient à l’analyse du réservoir de voix démocrates / républicains, le constat est sans appel : les républicains ont le vent en poupe plus que les démocrates en Iowa, au New Hampshire, au Nevada, en Virginie, en Caroline du Nord, en Floride et en Ohio. Soit un total de grands électeurs de … 91. Soit 1 de plus qu’il n’en faut pour que Trump ne devienne président des États-Unis.

N’écoutez donc plus les chroniqueurs qui vous parlent des élections aux USA sans avoir analysé l’ombre d’une donnée, et comprenez que ce qui ne semblait qu’un scénario catastrophe il y a encore 6 mois est plus qu’en passe de devenir la réalité.

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