Ce que les élections US apprennent sur les élections françaises

Publié Par Trevor Smith, le dans Politique

Par Trevor Smith.

À l’issue d’une campagne électorale particulièrement nauséabonde, Donald Trump a donc été élu Président des États-Unis. Au-delà des programmes, on peut tirer de cette victoire trois principaux enseignements en vue de la présidentielle française de 2017 : l’importance de la personnalité du candidat, le discrédit des intermédiaires de l’opinion et le pouvoir des réseaux sociaux.

La personnalité du candidat est plus importante que ses idées

Qui connaît le programme de Donald Trump ? À part construire un mur sur la frontière avec le Mexique, mettre en place des barrières douanières avec la Chine et interdire provisoirement les musulmans sur le territoire national ? Peut-être même pas lui-même. Les trois débats qui l’ont opposé à Hillary Clinton n’ont pas permis d’en savoir plus, au-delà de nombreuses déclarations d’intentions, à commencer par le fait de retrouver la grandeur passée du pays : « make America great again ». Sur la manière dont il entend procéder, son projet reste extrêmement flou.

Mais ce n’est pas le plus important pour ses électeurs. Le plus important, c’est le personnage qu’il est censé incarner : le fossoyeur du « système », celui qui dit ce qu’il pense sans prendre de pincettes avec le politiquement correct, l’homme d’affaires à succès qui manie à merveille l’art du deal. Peu importe que ce personnage soit plus ou moins éloigné de la réalité, ou qu’il se soit distingué par son arrogance, son imprévisibilité, son manque de respect pour les autres ou pour la vérité.

Face à lui, Hillary Clinton a souffert de son terrible manque de charisme et de son image de femme malhonnête. Le fait que son programme soit plus précis et consensuel, qu’elle ait une expérience incomparable pour le poste de Président ou qu’elle représente le choix le plus « raisonnable » ne l’aura pas sauvée, à une époque où les électeurs demandent avant tout un héros inspirant et du changement.

Cela peut être une leçon pour un candidat comme Alain Juppé, qui ne soulève pas spécialement les foules et défend des positions modérées, réfléchies : lui aussi est relativement consensuel, lui aussi a une grande expérience, lui aussi est le choix le plus raisonnable. Ces « qualités » pourraient en réalité le desservir. A contrario, cela peut être un encouragement pour Marine Le Pen comme pour Jean-Luc Mélenchon, leur forte personnalité et leur qualité oratoire leur permettant de défendre des programmes confus et hasardeux.

Les intermédiaires de l’opinion sont discrédités

Le lien direct qui s’établit entre la personne du candidat et son électorat marginalise les intermédiaires, à commencer par le vaisseau-amiral habituel des élections : le parti. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Donald Trump n’était pas prévu dans le casting de départ du parti républicain, au vu de la distance respectable que les pontes du mouvement ont conservé par rapport à sa campagne, certains appelant même à lui retirer son investiture. Mais le modèle de primaire ouverte a disqualifié ces voix discordantes, le vote direct des électeurs ayant incontestablement désigné le milliardaire new-yorkais.

Le discrédit concerne également les « leaders d’opinion » : l’immense majorité des titres de presse étasuniens, des « experts » en tout genre et des célébrités ont soutenu Hillary Clinton contre son rival républicain. Mais chaque nouvel appel à voter pour la candidate démocrate a été une preuve supplémentaire de son appartenance à l’« élite » médiatique, honnie par une partie de l’électorat. « The Donald » a ainsi pu représenter le choix du peuple face à celui des puissants.

Enfin, il convient de souligner l’incroyable raté des instituts de sondage, qui donnaient unanimement Hillary Clinton gagnante avec une marge confortable. Comme lors du référendum sur le Brexit, c’est l’inverse qui s’est produit. Au vu de l’impact des enquêtes d’opinion sur l’électorat, que ce soit sur sa motivation à se déplacer, ou sur son choix d’un candidat dans le cadre d’une primaire, les votants favorisant celui qui a le plus de chance de gagner, cela pose question.

Pour faire un parallèle avec la France, c’est une nouvelle fois Alain Juppé qui pourrait être en danger : déjà installé à l’Élysée selon les sondages, adoubé par la plupart des personnalités de son parti, l’élection pourrait s’avérer beaucoup plus serrée que prévu. On pourrait également voir une surprise sortir de la primaire socialiste, tant le rejet de François Hollande est fort et les chances de voir un candidat PS au second tour de l’élection présidentielle semblent faibles : quelle meilleure occasion pour une candidature atypique, de « témoignage », issue par exemple des frondeurs ?

Les réseaux sociaux permettent une campagne moins onéreuse

Soyons clairs : la campagne de 2016 est la plus chère de toute l’histoire, avec une dépense totale des partis et des candidats pour la course à la Maison-Blanche s’élevant à 3 milliards de dollars, contre un « modeste » 2,3 milliards de dollars il y a quatre ans (qui était déjà un record). Ceci posé, le budget de campagne n’a pas fait le vainqueur : Hillary Clinton a levé près du double de son concurrent, avec 687 millions de dollars contre 307 millions de dollars, ce qui n’a pas empêché Donald Trump de l’emporter.

La comparaison peut être affinée en se concentrant sur les dépenses de publicité, massivement utilisées dans la politique aux États-Unis : 110 millions de dollars pour l’ancienne Secrétaire d’État, face à seulement 20 millions de dollars pour le milliardaire new-yorkais. L’investissement dans les spots télévisés et autres formes de publicité n’a donc pas été déterminant.

L’élection présidentielle de 2016 consacre en revanche le rôle des réseaux sociaux : quand on peut s’adresser directement à ses 13 millions de fans Facebook et 13,5 millions de followers Twitter comme Donald Trump (contre respectivement 8,6 et 10,5 millions pour sa rivale démocrate), pourquoi dépenser des fortunes à la télévision ? Le Président élu a bien compris que ces nouveaux médias lui permettaient de créer un sentiment de proximité entre la personne du candidat et ses électeurs, d’être extrêmement réactif face aux événements, le tout pour un prix imbattable.

Les candidats à l’élection présidentielle française du printemps prochain pourront s’en inspirer, même si les dépenses électorales sont bien plus limitées de ce côté de l’Atlantique, notamment ceux dont la cagnotte pour faire campagne sera maigre, du fait de leur soutien par un « petit » parti, voire pas de parti du tout : Emmanuel Macron, Rama Yade, la demi-douzaine de postulants représentant la gauche de la gauche, etc. À condition d’être déjà un minimum connus du grand public, sans quoi leur audience risque de demeurer limitée. Cela peut encore une fois être un avertissement pour Alain Juppé, François Hollande (le cas échéant) ou d’autres candidats moins à l’aise avec ces nouveaux médias : ils ont tout intérêt à recruter un bon community manager car la machine de guerre de leur parti ne les aidera pas forcément.

Les systèmes politiques étasuniens et français sont bien évidemment très différents et les attentes des électeurs ne sont pas les mêmes. On peut toutefois relever des similarités : rejet des « élites » notamment politiques, avec la tentation de soutenir un candidat qui va « retourner la table » ; journaux subventionnés détachés du quotidien des Français, plus intéressés par les « petites phrases » et pseudo-scandales des candidats que par leurs projets ; popularité des différents candidats se déclarant « hors-système », à commencer par Marine Le Pen. Ceux qui rêvent de l’Élysée feraient bien d’en retenir les leçons.

 

  1. 1 Hillary Clinton n’a pas une image de femme malhonnête, c’est une femme malhonnête.

    2 Que vous pensiez qu’ elle était un choix raisonnable, c’est votre problème. Ma version de la raison me dit que c’était le pire des choix possibles.
    Elle a été » choisie » par le clan Clinton, pas par la base des Democrates.

    3 Vous n’avez pas à vous inquiéter pour l’élection Française, le système est verrouillé, jamais un rustre à la Trump ne viendras y déranger nos élites raisonnables de l’ENA.
    Tout ce que ça va changer, c’est qu’on va les trouver incroyablement chiantes avec des momies discourant sur le sexe des anges pendant que les changements de société se feront à la sauvage en dehors du système politique.

    Élection Américaine : Quelle politique face à la mondialisation ?

    Élection Française : Quelle est le prix d’un pain au chocolat ?

  2. @TrevorSmith: tout à fait d’accord sur la conclusion. Les media font le lit du populisme en ne s’intéressant qu’à ce qui fait vendre… on ne parle donc que des favoris des sondages… qui sont biaisés!

  3. clinton , ses mensonges , ses casseroles , sa malhonnêté , l’ont désservis ; ceux qui rêvent de l’élysée feraient bien d’en retenir les leçons…..

  4. Clinton estimait que c’était son tour, son dû. Elle a juste oublié qu’en démocracie, personne n’hérite du pouvoir, ou du moins ne devrait pas!

  5. Et que faites-vous de la société civile ? tous les candidats que vous citez font partie du système que précisément le peuple américain a rejeté. MLP dite « hors système » fait elle aussi partie du système. Mais elle n’est pas Trump: fille à papa qui n’a jamais rien fait, même pas vraiment de la politique. Et qui dit qu’un énarque ou un science po, ou quelqu’un d’expérimenté en politique serait plus apte ? Difficile de faire pire que Hollande, même pour quelqu’un qui n’y connait rien. Les médias qui refusent de voir l’émergence de représentants de la société civile (Objectif-France par exemple), essentiellement dans les réseaux sociaux, se mordront les doigts de ne pas leur avoir laissé quelque place dans leurs colonnes. Même vous, ne les citez pas !

  6. voila la preuve, comment le gens i a na marre d’être systématiquement muselés avec le politiquement correcte….. pendant des années je été du cote gauche mais maintenant je ne me retrouve plus dans les idées qui portent la gauche actuellement…. donc je le dit clairement et sans honte aucune si je dois choisir je préfère la démocratie de Mme Lepen que la « monocratie » a coup de 49/3

    1. Au point où vous en êtes, vous pourriez envisager de voter Sarkozy. Vue le manque de forces en présence, il a finalement toutes ses chances. Pour mémoire, la primaire des « Républicains », c’est le 20 novembre.

      1. Ben oui, quoi!
        Sarkozy au pouvoir = pas de surprise: médiocratie, fraude, copinage et enfumage. Allons gaiement au précipice§ 😉
        Étonnant, mais parmi mes amis et connaissances, aucun candidat déclaré ne convient! Mais alors vraiment AUCUN.
        On doit pas correspondre aux sondages, dans notre petit port !!!!

      2. Sarkozy il a déjà eu ça chance…. on va laisser la chance a quelqu’un que on a pas teste…

      3. Sarko , celui qui avait déclaré lorsqu’il était président ,avec son ministre de l’intérieur :  » je veux une France quadrillée de radars ! » .
        Quand il déclarait remettre de l’ordre et de la sécurité, vous , vous entendiez : aller remettre de l’ordre dans les banlieues chaudes…..mais lui entendait : mettre des radars .
        Le plus gros problème de notre époque est que les gens ont la mémoire courte !
        Bon , Juppé avec ses emplois fictifs ( au coeur du dispositif , comme dit plus bas Kamel , il ne pouvait pas ne pas savoir et si vraiment il ne savait pas , c’est encore plus grave car un futur président qui ne saurait même pas ce qui se tramerait dans son entourage , ça craint…) ) entre ça et et ses frais de rénovation , dans les années 90 , de son appt de 189 mètres carrés rue Jacob pour plusieurs centaines de milliers d’euros ( c’étaient des millions de francs en 90 ) au frais du contribuable , ainsi que sa demande aux hlm de Paris de baisser le loyer de son fils….encore plus pourri ! Il faut , encore une fois , avoir vraiment la mémoire courte pour voter pour un mafieux pareil .
        Saviez-vous , au fait , que Juppé avait aidé au financement de la grande mosquée de Bordeaux en la déclarant établissement cultuRel ( et non cultuel , bravo l’artiste , la loi 1905 est ainsi contournée ) . très copain de l’imam ( bien sûr les gens peuvent pratiquer librement la religion de leur choix , ce n’est pas cela que je critique , ce que je critique , c’est la partie du financement au frais du contribuable ).

  7. Je ne serai pas aussi affirmatif sur le « mal à l’aise » de Juppé avec les réseaux sociaux; On en pense ce qu’on veut, mais cet homme a beaucoup changé depuis ces dernières années, et il est capable de s’entourer des personnes « ad hoc », notamment sur cet aspect.
    Après, qu’il reste en tête de la course, voire qu’il gagne… c’est une autre histoire..

    1. Juppé est toujours aussi arrogant et son parcours est autrement plus calamiteux que celui d’Hillary Clinton. Celle-ci ne s’est pas présentée en retraité de la politique. Juppé fait profession de retraité depuis l’âge de 58 ans, à sa demande (un an après le plan Juppé qui avait paralysé la France avec le résultat que l’on sait) mais cela ne l’empêche pas de vouloir imposer la retraite à 65 ans pour tous les Français. Hillary n’a jamais été condamné par la justice Juppé si, lourdement, et dans une vraie démocratie, il aurait dû arrêter la politique. Sa propagande qui consiste à nous faire croire qu’il a été condamné à cause de Chirac (facile, celui-ci est à l’agonie et il ne peut répondre) ne tient pas : il était au cœur du dispositif: secrétaire général du RPR, adjoint aux finances de la ville de Paris, il était au centre de toutes les magouilles (faux électeurs, faux employés du RPR payés par les vrais contribuables, biens publics exploités jusqu’à la corde pour son bénéfice propre comme les logements HLM des beaux quartiers qui auraient dû lui valoir une seconde condamnation dans un pays avec une vraie justice). Hillary n’a jamais fait exploser le chômage et plonger son propre pays, Juppé si quand il était Premier Ministre avec le plus calamiteux bilan d’un Premier ministre en exercice (même Cresson fit mieux). C’est avec toutes ces casseroles que Juppé ose se présenter à l’élection présidentielle. Il reste l’archétype du notable arrogant, corrompu et incompétent et son électorat n’est qu’un ramassis de pleutres aussi âgé que lui. Il va être le meilleur marchepied possible pour la conquête du pouvoir par le FN. Le manque de moralité en France explique la place de Juppé dans ces sondages (sans doute surévalué et cela est le seul point commun avec Hillary, et sans doute au profit du FN dont nombre d’électeurs, comme ceux de Trump, avance masqués).

Les commentaires sont fermés.