Présidentielle USA : Gary Johnson +200%

Publié Par Charles Boyer, le dans Amérique du Nord

Par Charles Boyer.

Le score décevant du candidat libertarien Gary Johnson représente un triplement de son résultat de 2012.

Les résultats de l’élection présidentielle américaine d’hier sont tombés, avec la victoire du candidat Républicain Donald Trump. Dans l’immédiat, ce résultat crée une plus grande atmosphère d’incertitude que si sa rivale avait gagné.

Concernant la lutte pour la cause de la liberté individuelle, de la réduction de la gigantesque dette publique, de la fin d’une politique étrangère visant à des changements de régimes dans de nombreux pays, c’est-à-dire les piliers de la campagne du parti libertarien, c’est la déception. Le résultat de Gary Johnson est de 3%, soit un peu moins de 4 millions d’électeurs.

Déception au parti libertarien

Le score que le parti libertarien devait atteindre pour passer à une autre dimension était 5%. En effet, ce résultat est un seuil aux États-Unis ; seuil qui confère une présence officielle au parti, ce qui permet, par exemple, d’éviter l’inscription dans chacun des 50 États aux prochaines élections (tâche bureaucratique gigantesque), mais aussi de jouir de financements publics d’environ 10 millions de dollars. Même si l’on sait que les libertariens sont opposés aux financements publics, pour se faire entendre, quel intérêt à accepter des handicaps artificiels ?

De plus, Johnson avait collecté entre 5 et 10% des intentions de vote dans les sondages avant le premier débat présidentiel. L’effondrement des candidats de « troisièmes partis » dans la dernière ligne droite est un phénomène bien connu, et le défi du parti libertarien était donc d’y échapper. Il n’en a rien été.

Décevante également la mauvaise conversion de l’activité sur les réseaux sociaux en votes réels le jour venu. La page principale Gary Johnson sur Facebook compte 1 750 000 fans, et si l’on considère que la moitié de la population n’est pas sur Facebook, on peut supposer que tous les fans de cette page ont voté Gary Johnson, mais, en définitive, pas grand monde de plus. Ainsi, la suractivité bien connue des libertariens sur les réseaux sociaux n’apporterait guère d’effet de levier : ils s’y encouragent et s’y motivent entre eux, ce qui est essentiel, mais ils n’y entraînent peut-être pas suffisamment les foules.

Les jeunes avec Johnson

Autre exemple illustrant ce fait, une des vidéos de campagne du ticket Johson-Weld a été vue près de 30 millions de fois, et une autre, du groupe Balanced Rebellion, avec un acteur interprétant Abraham Lincoln, 33 millions de fois. Que de tels chiffres se traduisent en un peu moins de 4 millions de voix appelle une réflexion sur la conversion du soutien en voix.

Dans le même état d’esprit, les sondages parmi les jeunes de la catégorie « millenials » étaient particulièrement encourageants, Johnson y faisant des scores équivalents aux autres candidats. Comment cela s’est-il traduit dans les urnes et, plus important encore, quelle est la chance que ces personnes votent libertarien lors de futures élections ?

Un espoir de la campagne libertarienne était le report massif des électeurs sur un troisième candidat, les deux principaux partis étant mal aimés, pour ne pas dire détestés. C’est l’inverse qui s’est produit. La course entre Clinton et Trump étant apparue très serrée jusqu’au dernier jour, le choix classique de voter contre celui qu’on déteste le plus et donc de voter pour l’autre grand parti l’a encore une fois emporté, dans ce qui pourrait être une constante du système américain.

La stratégie centriste des libéraux

L’approche du parti libertarien dans cette élection a été de se « centriser » pour séduire davantage. C’est un choix difficile pour ce mouvement et ce parti. Le signe le plus fort de cette stratégie a été le choix de Bill Weld comme candidat vice-président ; ce qui n’a finalement pas fonctionné. Le ticket Johnson-Weld n’a fait que 4% dans le Massachusetts, sévère défaite pour l’ex gouverneur qu’il était dans cet État. En comparaison, Johnson a fait 9% au Nouveau-Mexique, l’État où il a exercé la même fonction.

En opposition à son image anti-establishment, le parti libertarien a tenté de présenter des candidats acceptables pour le plus grand nombre : deux ex-gouverneurs d’États, tous deux ayant obtenu de très bons résultats en matière de finances et de lutte contre l’inflation législative, tous deux élus puis réélus sous la bannière républicaine dans des États fortement démocrates.

L’effet de ce choix pour ce parti confidentiel a d’abord payé, avec des passages télévisés sur des grands réseaux et sur CNN. Par la suite et autour de la fin de la campagne, par le fait que Bill Weld soit de plus en plus apparu comme soutien à Hillary Clinton, cette même approche s’est peut-être finalement retournée contre le parti.

Le ton de la campagne

Le ton de la campagne lui-même devra aussi être décortiqué pour comprendre son impact. Le choix de Johson-Weld a été de se retenir d’attaquer les adversaires, de rester les plus positifs possible sur le contenu de leur programme et sur les qualités du candidat Johnson, intègre, disant la vérité quand bien même elle ne sert pas ses intérêts immédiats, et d’une persistance exceptionnelle comme le prouvent ses succès en affaires et ses authentiques exploits sportifs d’endurance. Le contenu de la campagne est resté simple et clair, concentré sur la question de la liberté : favorable au libre commerce, à la libre circulation en défense de la contribution des immigrés, opposé aux invasions de pays étrangers et aux politiques visant à y effectuer des changements de régimes téléguidés de Washington, et bien sûr favorable au recul de l’État et de la dette publique gigantesque de 20000 milliards de dollars, point non abordé par Clinton et Trump.

Une note positive pouvait-elle être audible dans cette campagne menée entièrement sur un ton disqualifiant, avec des attaques personnelles entre les deux grands candidats, et les scandales auxquels ils sont associés ?

Une campagne libérale exceptionnelle

Ceci étant constaté, il reste néanmoins à se rappeler que le parti libertarien a réalisé sa campagne sans moyens, comparativement à ses concurrents. Le parti lui même est une machine politique en état de fonctionnement, en témoigne le fait que les candidats étaient bien présents sur les bulletins dans les 50 États de l’Union. Financièrement, par contre, malgré des records de fundraising provenant de petits dons de particuliers, le budget de campagne a été inférieur à 20 millions de dollars, alors que, avec le soutien des « Super PACs » (political action committees), les deux grands partis disposent littéralement de milliards.

Enfin, la presse et les médias se sont comportés en véritables snipers vis à vis de Gary Johnson : silence radio quasi permanent, mais, par contre, déchaînement de tous les grands titres nationaux à la moindre gaffe. Peut-être à mettre sur le compte des aléas de l’info à l’âge du web, où le nombre de clics compte fort pour chaque journaliste.

Il y a cependant eu de très belles exceptions, un certain nombre de journaux respectables ayant apporté leur soutien officiel au candidat libertarien, contre aucun pour Trump ; c’est à noter, et rien moins que le Chicago Tribune a appelé à ce qu’on laisse Johnson participer aux débats présidentiels.

Finalement, un score de moins de 5% est inévitablement perçu comme une déception, ce qui se justifie dans la mesure où, à l’inverse, il aurait placé le parti libertarien dans une autre dimension, et une position légèrement moins désavantageuse, pour les élections futures. Toutefois, son score de 2016 est le triple de celui de 2012, représentant une progression spectaculaire en quatre ans. Des éléments du contexte, qui avaient été estimés favorables, ne l’ont peut-être pas été, ainsi que le choix des candidats et du ton de la campagne.

Une chose est certaine désormais : le prochain candidat du parti libertarien ne sera pas Gary Johnson. Celui-ci a affirmé à maintes reprises qu’il ne se présenterait plus. Pour la cause de la liberté, les grands axes électoraux d’avenir semblent donc consister à conserver un appareil fonctionnel à l’échelle de tout le pays, de méditer au choix des candidats, au ton et au contenu de la campagne, et naturellement à son financement, demeurant le nerf de la guerre ; et à la question cruciale de l’existence de canaux d’information hors presse et médias pouvant devenir des leviers efficaces en vue de multiplier les votes au moment crucial.

Une plus vaste question demeure évidemment : la part de la politique électorale dans les modes d’action visant à regagner nos libertés.

  1. McAfee 2020 !

    (Plus vraisemblablement, Rand Paul qui aura pris un peu de bouteille, et qui suivra les dignes traces de son père).

  2. « Même si l’on sait que les libertariens sont contre les financements publics, pour se faire entendre, quel intérêt à accepter des handicaps artificiels ? »

    Être cohérent?

    1. Quel cohérence ? Celle de laisser cette argent à une organisation spoliateur ? Et donc laissez des moyens d’actions coercitif à celle-ci ? Réduire son champs d’action commence par là !

  3. Je pense qu’il a pris quelques voix de jeunes à Clinton sur la marijuana. Aucune autre conclusion à en tirer.

  4. Point que j’avais déjà évoqué : des électeurs de Bernie se sont rabattus sur Johnson après la victoire aux primaires de Killary.

    Au moins, cette campagne aura permis une grande publicité au parti, il y a de quoi se réjouir !

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